DE LA TROISIÈME SECTION
Indépendamment des six mojens spéciaux d'exécution qui viennent d'être développés , il convient de rappeler et de reproduire six autres considérations générales de la Méthode , qui doivent être envisagées et traitées sous un double rapport, comme principes fondamentaux , dans les vues théoriques de l'éducation; comme moyens d'exécution, dans T éducation pratique.
Education libre et naturelle , ou libre et entier développement des facultés, produit par les relations habituelles de confiance intime et d'amitié réciproque entre les instituteurs et les élèves.
La Méthode emploie, comme moyen spécial et nécessaire pour arriver à son but, à la formation organique et complète de V homme (i), le libre et entier développement de ses facultés ou dispositions primitives. (Voyez, dans la première partie qui traite de la Théorie de la Méthode, le Quatrième Principe.)
« Les dispositions naturelles, dit Rousseau (2), « s'étendent et s'affermissent, à mesure que nous « devenons plus sensibles et plus éclairés : mais , « contraintes par nos habitudes , elles s'altèrent plus (( ou moins par nos opinions. Avant cette altération, a elles sont ce que j'appelle en nous la nature. . . .
(1) Voyez le Troisième Principe , page 76, première section.
(2) Emile, au commencement du livre premier.
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(( C'est à ces dispositions primitives qu'il faudrait « tout rapporter. . . . Observez la nature et suivez « la route qu'elle vous trace. . . L'Education com- «• menée avec la vie. En naissant, l'enfant est déjà « disciple , non du gouverneur , mais de la nature. « Le gouverneur ne fait qu'étudier sous ce premier a maître , et empêcher qu'il ne soit contrarié. . . Il h faut bien connaître le génie particulier de l'enfant « pour savoir quel régime moral lui convient. Hom- « me prudent, observez bien votre élève, avant de « lui dire le premier mot; laissez d'abord le germe « de son caractère en pleine liberté de se montrer ; « ne le contraignez en quoi que ce puisse être , afin « de le mieux voir tout entier. »
La gêne et la contrainte ne déforment pas moins l'esprit et le cœur, l'humeur et le caractère, qu'elles ne déforment le corps. La liberté entière du développement du corps et des membres rend les enfants sains, robustes , vigoureux : il en est de même pour les facultés intellectuelles et pour les qualités morales. Les sentiments primitifs du cœur et les premiers mouvements de l'esprit sont purs et droits (i). C'est surtout par une confiance intime , qui doit s'établir entre l'instituteur et l'élève, que celui-ci sera toujours disposé à découvrir ses inclinations , à se montrer tel qu'il est, à fournir ainsi les indications nécessaires pour le bien diriger. Cet art de s'insinuer dans l'esprit et dans le cœur des enfants, et de s'en faire aimer, est le plus sûr moyen de réussir dans l'éducation. Mais il faut, avant tout, les aimer soi-même , et savoir leur faire goûter ,
(i) Y oyez le Sixième Principe : Education positive ; culture des germes primitifs qui existent dans l'homme, page 86.
suivant le conseil de Fénélon , « avant qu'ils aient perdu la première simplicité des mouvements les plus naturels , le plaisir d'une amitié cordiale et réciproque. » La discipline de l'Institut (1) favorise parfaitement ce libre développement des dispositions primitives et naturelles qui résulte à la fois, chez les élèves, d'un côté, de l'entière liberté de Y éducation domestique et de la vie de famille y de l'autre, des relations, des chocs et des frottements multipliés, produits par l'éducation et par V existence publique [i).
Il faudrait, pour bien exposer et pour faire apprécier ce moyen d'exécution de la Méthode dans toute son étendue et dans toutes ses applications , présenter ici le Tableau complet de V Institut ; retracer les circonstances variées à l'infini de la vie journalière des élèves ; les suivre tour à tour clans leurs récréations, dans leurs promenades , dans leurs études, dans leurs communications habituelles avec leurs instituteurs et leurs camarades, et surtout dans ces fêtes simples et touchantes , les unes religieuses et solennelles, les autres domestiques et de famille, qui affectent puissamment l'imagination et l'âme des enfants, et dans lesquelles l'impression douce et profonde des objets extérieurs dont ils sont environnés les porte à révéler eux-mêmes, avec un aimable abandon, leurs dispositions intérieures et la direction naturelle de leur humeur et de leur caractère.
(i) Voyez le Septième Caractère , page i56. (2) Voyez le Dixième Principe, page 110.
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Éducation intuitive, qui s'occupe de rendre tout visible et sensible aux enfants.
L'un des moyens essentiels qu'emploie la Méthode consiste , comme nous l'avons indiqué en exposant sa théorie ( "voyez le Septième Principe) , à instruire les enfants par la vue des objets eux-mêmes.
Les jeux sont tout-puissants sur l'âme ; le vrai moyen d'agir sur l'esprit est de parler aux sens. Point de raisonnements abstraits; mais des faits et des objets sensibles. « En fait d'observation, dit « Rousseau , il ne faut pas lire; il faut voir . . . Puisce que les sens sont les premiers instruments de nos « connaissances, les êtres corporels et sensibles sont « les seuls dont nous ayons immédiatement l'idée.* » L'éducation des sens , donnée par la Méthode, prépare celle de l'esprit et du jugement.
La base de V Instruction élémentaire de Pestalozzi est /'intuition ( i), qu'il regarde comme le fondement
(i) Exposé de la Méthode élémentaire de Pestalozzi, par Dan. Alex. Chavannes (Genève, 1809); ouvrage cité dans Y Introduction ci-dessus. Voyez page 1.
En saisissant ici l'occasion de payer un nouveau tribut de reconnaissance, au nom des parents et des instituteurs, à l'estimable auteur de cet Exposé, qui le premier a fait connaître aux Français la Méthode d'éducation de Pestalozzi, nous emprunterons de lui la définition suivante du mot intuition, pour mieux éclaircir l'idée qu'on doit y attacher : « Le mot intuition est dérivé d'un mot latin, «qui signifie voii\ considérer de près et jusqu'au fond. Dans le « langage philosophique, on l'emploie aujourd'hui pour désigner « la vue du sens intérieur ou de l'âme. L'impression reçue par les « sens extérieurs, et principalement par celui de la vue, se com- « munique aussitôt à l'âme qui acquiert par là le sentiment ou la « conscience de l'objet. Cette représentation de l'objet, saisie par « l'âme, est appelée intuition. Elle peut devenir telle, que l'homme,
général de nos connaissances , et le moyen le plus propre à développer les forces de V esprit humain de la manière la plus naturelle. Il cherche à former le jugement de l'enfant, en parlant à ses jeux. En effet, les images des objets , ni les livres qui en renferment la description , ne peuvent jamais produire une sensation aussi vive ni une émotion aussi forte
« à l'aide de l'imagination et de la mémoire, jouit de la vue de tous « les objets dont son œil lui a transmis la sensation distincte, lors « même qu'ils ne frappent plus ce dernier , et cela aussi vivement « que s'ils lui étaient toujours présents. Une instruction intuitive «est donc celle qui fait toucher à l'enfant au doigt et à l'œil ce « qu'on lui enseigne, même les vérités les plus compliquées (aux- « quelles on n'arrive, en suivant une marche toujours graduelle, « qu'après être parti des notions élémentaires les plus simples). Il « faut ici qu'il puisse voir de ses yeux l'évidence, qu'il puisse, pour « ainsi dire, la palper. On comprend aisément que, si l'on peut « trouver le moyen de parvenir à un tel résultat, la marche de l'ente fant sera nécessairement la plus sûre et la plus heureuse pos- « sible. »
Nous indiquerons à nos lecteurs les développements donnés au même sujet par feu M. Tiiurot, dans deux extraits raisonnes de l'ouvrage de M. Chavannes, et dans une Lettre sur la Méthode de Pestalozzi , insérés dans les numéros du Mercure de France des g et 16 septembre et 20 décembre 1809. Nous rappellerons aussi une lettre écrite sur cette Méthode par M. Amaury Dural , publiée à la suite d'un Précis de la nouvelle Méthode d'éducation de Pestalozzi, par M** de H** (Paris, an 12, 1804), précis très-court, mais intéressant , dont nous avons eu connaissance depuis que notre travail est livré à l'impression. Enfin, nous ne devons point passer sous silence un très-bon Discours de Maine-Biran , sur la nature et les avantages de la Méthode de Pestalozzi , prononcé à la distribution des prix du collège de Bergerac. Le suffrage de Maine-Biran, observateur judicieux et penseur profond, avantageusement connu par plusieurs mémoires philosophiques , dont l'un traite de la puissance de l'habitude, ne saurait manquer d'inspirer une juste confiance aux hommes qui, ne pouvant observer par eux-mêmes, ou portés à se défier de leur propre jugement quand il s'agit d'une matière délicate et d'une Méthode nouvelle, veulent s'en rapporter à des esprits sages et droits pour former leur opinion.
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que les objets extérieurs eux-mêmes qui frappent immédiatement nos sens.
Les trois principales branches d'enseignement primaire, du langage, de la géométrie et du calcul, qu'embrasse la Méthode, reproduisent également l'application du même moyen. La faculté d'observer et de parler , dont l'enfant est doué par la nature, s'exerce d'abord uniquement sur les objets placés devant ses yeux. 11 apprend leurs noms, à mesure qu'il les voit. Il apprend aussi à distinguer les parties qui les constituent, leur nombre, la cohérence et la subordination qui existent entre elles , la situation des objets, leurs formes, leurs qualités et leurs propriétés , leurs fonctions ou l'usage qu'on en peut tirer. La Méthode présente séparément chacune de ces considérations et conduit l'enfant pas à pas de l'une à l'autre, de manière qu'il ne fasse, à mesure qu'il s'instruit , que se rendre compte à lui-même de ce qu'il a vu. Comme il a déjà remarqué avec attention les différentes formes des objets et de leurs parties, il construit peu à peu, pour son usage, les éléments d'une géométrie sensible et palpable, parfaitement adaptée à sa force de conception , et à laquelle s'associe, comme objet d'un cours particulier et distinct , l'exercice du dessin. Le dessin , qui perfectionne son coup d'œil et sa main, n'est pour lui que le développement et l'application de sa faculté naturelle de reproduire avec fidélité les formes qu'il s'est habitué à distinguer par l'observation. Il apprend en même temps à s'énoncer avec une précision géométrique sur tout ce que sa main exécute. Les rapports numériques des objets et de leurs parties deviennent la matière d'une troisième instruc-
tion élémentaire distincte; et, pour l'élève de la Méthode, calculer, c'est encore voir. \J intuition des nombres et de leurs rapports lui est donnée par des choses réelles, par des fruits , de petits cailloux, des haricots, des jetons, dont il forme ses collections d'unités, qu'il combine lui-même de différentes manières, sous la direction de l'instituteur, avant de faire aucun usage des signes de convention appelés chiffres. On montre toujours les choses mêmes, plutôt que les signes; ce qui est le vrai moyen de bien apprendre. « En quelque étude que ce puisse « être, dit Rousseau, sans l'idée nette des choses « représentées, les signes représentants ne sont rien. a On borne pourtant toujours l'enfant à ces signes « (dans l'instruction ordinaire), sans jamais pouvoir « lui faire comprendre aucune des choses qu'ils re- (( présentent. » La Méthode de Pestalozzi évite avec soin ce contre-sens. Les exercices du calcul de tête , qui fortifient singulièrement le jugement et la mémoire, sont toujours fondés sur la vue et la classification des objets avec lesquels l'enfant a commencé à compter, et sur l'intuition des tables élémentaires d'unités qui lui ont été présentées, et qu'il s'est imprimées dans l'esprit.
Dans ces différentes instructions, on s'attache à rendre l'enfant capable de voir distinctement et avec clarté tout ce qu'il apprend, de n'admettre aucune notion obscure ou incertaine, de bien lire dans le grand livre de la nature, de se bien observer luimême, de connaître, de sentir, de juger ses facultés et ses forces. Dans cette vue, la Méthode porte sur toutes les choses qu'elle enseigne, et sur l'enfant luimême soumis à son propre examen , le flambeau de
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l'analyse et de Yintuition. Elle communique à tous les objets auxquels doit s'appliquer l'intelligence des enfants, cette simplicité et cette clarté qui peuvent seules en rendre la conception facile, la connaissance complète, et en donner, pour ainsi dire, la conscience (i).
Sous le rapport moral, notre Méthode intuitive consiste à faire usage de cette lumière intérieure qui est en nous-mêmes , et qui nous montre le vrai, le bon et le beau. « Le vrai, dit l'auteur d'Emile , dans « tout ce qui est relatif à la morale , est si simple et « si clair, que, sitôt qu'on nous le montre, nous « croyons nous rappeler ce que nous savions déjà. » La Méthode frappe à la fois les sens , 1 'imagination et le cœur des enfants. Elle éclaire leur esprit , en ne leur proposant rien qui ne soit revêtu d'images sensibles ; elle forme leur âme , en leur donnant , par de bons exemples et par de bonnes habitudes pratiques, une continuelle intuition delà vertu.
Éducation graduelle et progressive (qui, par cela même, est essentiellement analytique).
Nous a vous développé, dans la théorie de la Méthode, cette vue générale de la gradation, appliquée à la fois , comme principe fondamental et comme moyen aV exécution , à toutes les branches et à tous les objets de l'éducation. (Voyez le Huitième Principe, page g5.)
« La marche des instituteurs est tracée dans celle
(1) Voyez le Septième Principe, page 89, et le Troisième Caractère distinctif, page i43.
ce du géomètre, qui va du facile au difficile, du sim- « pie au composé , du point à la ligne , de la ligne à « la surface , de la surface au solide. Ils doivent donc « faire marcher les idées simples avant les compo- « sées, les idées sensibles avant les idées abstraites, « les idées particulières avant les idées générales, les « individus avant les espèces, les espèces avant les « genres. » (i)
C'est un grand art de savoir borner l'horizon et la sphère des enfants , de ne leur présenter que des choses qui soient à leur portée , de s'avancer lentement avec eux et de s'affermir à chaque pas, de ne point sauter tout d'un coup des objets sensibles aux objets intellectuels, de commencer par exercer le corps et les sens avant de s'occuper de l'esprit et du jugement, d'imiter enfin les instructions lentes et tardives delà nature, et de proportionner toujours au développement qu'elle produit elle-même peu à peu chez les enfants la marche de l'éducation et de l'instruction. Tous les philosophes qui ont écrit sur l'art de former l'enfance et sur celui de développer et de diriger l'esprit humain, Quintilien etPIutarque, chez les anciens; Montaigne , Bacon et Descartes , dans nos temps modernes, et, à des époques plus rapprochées de nous, le sage Fénélon, le judicieux Locke , le vertueux Rollin, le profond Condillac 3 l'éloquent Rousseau, ont donné de nouveaux développements à cette vérité.
« Trois choses , suivant Plut arque (2), concou-
(1) Abrégé des études de V homme fait , en faveur de l'homme à former, par Leclerc (Paris, 1789).
(2) OEuvres morales de Plutarque, traduites par l'abbé Ricabd, tom. I, Traite' sur V Education des enfants.
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« rent à rendre la vertu et L'éducation en général « aussi parfaites que notre condition payait le cornet porter: i°. la nature (ou les dispositions primi- « tives) ; 2°. Y instruction (o\i la culture des facultés «naturelles); 5°. l'habitude (ou la. pratique). La « nature dépose dans le coeur des enfants les prête mières semences de la vertu; Y instruction, c'est- « à-dire , l'ensemble des préceptes qu'on leur donne, « les développe ; Y exercice rend ces préceptes plus « familiers et en fait trouver la pratique facile. La « perfection de l'Education résulte de ces trois causes (( réunies , et surtout de la sage lenteur avec laquelle « on doit suivre et favoriser leur action. »
Fî.nelon insiste sur l'inconvénient et le danger des éducations prématurées (i). Il recommande souvent de former peu à peu les enfants, selon les occasions qui viennent naturellement; de les accoutumer à penser avant déparier; de craindre, même lorsqu'on pourrait le faire sans les presser , d'avancer beaucoup leur esprit.
Rousseau prescrit également de veiller avec soin, tant que l'enfant est seulement frappé des choses sensibles, à ce que toutes ses idées s'arrêtent aux sensations, de faire en sorte qu'il n'aperçoive de toutes parts autour de lui que le monde physique :'« sans « quoi il ne vous écoutera point du tout, ou se fera « du monde moral dont vous lui parlez, des notions
« fantastiques que vous n'effacerez de la vie
ce Avant l'âge de raison, l'on ne saurait avoir aucune « idée des êtres moraux ni des relations sociales]; il « faut donc éviter, autant qu'il se peut, d'employer
(i) Fénélon, Traite de V Education des jeunes filles.
« des mots qui les expriment, de peur que l'enfant « n'attache d'abord à ces mots de fausses idées qu'on « ne saura point, ou qu'on ne pourra plus détruire. H
La Méthode de Pestalozzi pratique et met en action, avec une fidélité religieuse, dans toutes les parties de l'éducation, ces sages préceptes trop souvent méconnus, et relégués, comme appartenant à une vaine théorie, dans les ouvrages des grands écrivains qui les ont consacrés. Elle procède toujours lentement d'idée sensible en idée sensible; elle familiarise longtemps chaque élève avec la même idée, et le rend d'autant plus attentif, qu'elle ne le force point à l'être. La patience et la circonspection que cette manière de procéder exige deviennent faciles à l'instituteur, quand il est pénétré d'une véritable affection pour les enfants. Il ne se presse pas de les instruire, ni de les juger, parce qu'il les aime tels qu'ils sont , et qu'il sait se mettre en harmonie avec eux, à chaque période de leur existence. Il a soin de ne point trop exiger d'eux : il sait prendre son temps et laisser leur esprit se mûrir. « Chaque âge, dit encore Piousse au, a sa perfection convenable, sa sorte de maturité qui lui est propre. »
Dans l'Institut et d'après les vues de la Méthode, chacun des cours d'enseignement se compose d'un certain nombre de degrés, qui forment une progression non interrompue : chacun de ces degrés devient exclusivement à son tour l'objet de l'activité de l'enfant, qui voit d'autant plus clairement les choses qu'on lui enseigne, qu'elles sont placées pour lui dans un cercle particulier, dont il occupe le centre, et dont il peut sans effort embrasser toute l'étendue. Par cela même que l'éducation est essen-
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tiellement intuitive , ou propre à rendre visible et sensible à l'enfant tout ce qu'il apprend, elle est aussi nécessairement analytique (voyez le Onzième Principe, page 1 1 5 ), et dès lors progressive et graduelle. Tout se lie et s'enchaîne dans le système que nous exposons.
he Manuel des Mères, qui s'occupe spécialement de la formation du jugement des enfants par l'observation exacte et attentive des objets, et qui traite aussi, dans cette vue, de l'instruction élémentaire du langage; l'enseignement des rapports des formes ou de la géométrie, et celui du dessin, le cours complet des rapports des nombres ou du calcul se composent également de sphères ou de degrés, dans chacun desquels l'élève doit successivement s'arrêter pour les bien connaître, en s'élevant de l'un à l'autre, sans négliger aucun degré intermédiaire. On lui propose des questions, toujours proportionnées à l'état actuel de son développement, dont il se fait un plaisir de chercher et de trouver la solution , en sorte qu'il ne sait jamais rien sur la parole du maître, mais parce qu'il l'a compris lui-même. On prend ainsi par parties V intervalle qu'on doit parcourir (1). Chaque progrès bien ménagé prépare et rend plus faciles ceux qui doivent suivre : chaque opération de l'esprit bien dirigée devient un pas vers le but.
Cette marche toujours graduelle de la Méthode
(i) « Il n'est jamais difficile d'aller à une journée du lieu où l'on « est; et pourquoi vouloir faire plus, si, de journée en journée, « on peut aller au bout du monde?.... En comparant les extrêmes, « on s'effarouche de l'intervalle; il semble qu'on doive le franchir « tout d'un saut : au lieu qu'en le prenant par parties, on ne fait «que des promenades, et l'on arrive.» (J.-J. Rousseau, Emile, livre v.)
n'a pas néanmoins été généralement approuvée. On a craint qu'en évitant de hâter le développement des enfants, elle ne le retardât trop et ne les retînt trop longtemps sur les premiers éléments des connaissances. Nous répondrons à cette objection , qui nous paraît peu fondée , par ce mot de Montaigne : qu'il, ne s'agit pas d'être plus savant', mais mieux savant. D'ailleurs , si nos élèves vont moins vite que d'autres, surtout dans les commencements, ils ne font jamais de pas rétrogrades; ils acquièrent une instruction lente, mais solide, complète, bien digérée.
On peut appliquer aux élèves de l'Institut, comparés à ceux des autres écoles , la fable ingénieuse de notre bon La Fontaine : le Lièvre et la Tortue.
Rien ne sert de courir; il faut partir à point.
C'est à bien établir le point de départ que s'attache notre Méthode. Il devient ensuite facile de parcourir avec succès la carrière.
Application de la gradation, considérée comme moyen d'exécution de la Méthode , aux différents cours d'enseignement.
Il serait utile, pour bien faire saisir et apprécier les applications , variées à l'infini , de la gradation , considérée comme moyen d exécution dans toutes les branches d'enseignement, de présenter une analyse raisonnée des différents cours donnés dans l'Institut. Nous ne pouvons qu'offrir ici une simple nomenclature de ces cours; elle prouvera que la lenteur de la marche, suivie dans chaque branche d'instruction , n'empêche point d'embrasser un assez grand nombre d'objets, sur lesquels les élèves acquièrent d'abord des notions bornées, mais claires et
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positives, qui leur fournissent les moyens de s'avancer ensuite rapidement, et d'un pas d'autant plus sûr, que les premiers éléments ont été complètement élaborés et solidement établis dans leur esprit.