On peut en dire autant de la chimie, qui rend
en même temps plus familières la marche et les formes de Y analyse, et qui fait trouver une foule de ressources , de procédés et d'applications pour l'industrie et pour les arts.
1 1 . Nous avons puisé dans la physique les premières idées théoriques du son, de ses phénomènes, de ses lois, qui doivent servir d'introduction à la musique. Le chant développe et perfectionne les organes de la voix, qui se prêtent plus facilement aux différentes modifications de la prononciation, nécessaires dans l'étude des langues : l'influence de Y harmonie rend plus délicat et plus sûr le sentiment du beau, ou le goût, qui sert ensuite à mieux apprécier et souvent à perfectionner les produits de l'industrie.
12. La gymnastique, qui s'unit dans quelques parties, à la dynamique et à la physique , sous le rapport des lois du mouvement et de leur application, et à l'enseignement du chant, par le développement plus complet des poumons et des organes de la voix , augmente les forces et cultive tous les sens : elle rend l'individu qu'elle exerce capable de mieux percevoir les sensations produites par les objets, de mieux juger tous les corps de la nature, toutes les productions de l'art, et surtout de tirer un meilleur parti de lui-même et d'avoir plus de puissance d'action. Elle est une préparation positive pour les différentes professions industrielles et pour Y art militaire.
i3. L'apprentissage d'un art mécanique ou d'un métier , rendu plus facile par le concours des exercices et des études qui ont précédé , se lie essentiellement aux trois branches de l'Éducation. Il
458 MÉTHODE DEDUCATIOX.
donne plus de force et d'adresse nu corps, plus d'activité à X intelligence , plus de moralité a l'homme, par l'habitude, la pratique et l'amour du travail, par la conscience de ses propres forces, par la possession d'un moyen personnel d'existence et d'indépendance qu'il porte en tous lieux avec lui.
14. Les exercices militaires, qui découlent de la gymnastique , et qui n'en sont , à quelques égards, qu'une branche particulière, sont mis en contact, non-seulement avec les exercices précédents, mais avec plusieurs autres parties de l'enseignement : avec les mathématiques , avec la physique qui recherche et détermine les lois du mouvement et de l'équilibre, avec la musique qui sert à régler la mesure de la marche. Les élèves saisissent les rapports de ces sciences entre elles : iis appliquent sur le terrain , et avec des hommes , les problèmes de géométrie qu'ils ont appris à résoudre sur le papier et avec des lignes. On étend de pîus en plus la sphère de leurs idées : leurs connaissances, mises en harmonie , se prêtent des secours mutuels. On ne cherche pas h leur inspirer un goût exclusif pour l'état militaire, ni pour aucune profession spéciale; maison fait passer en revue devant eux, dans le cours de leur instruction, les éléments de toutes les sciences et de tous les arts, afin qu'ils puissent en voir les points de contact, la connexion et l'ensemble, et qu'ils se trouvent tout préparés pour l'état qui leur offrira le plus d'attraits , s'ils ont la liberté de faire un choix, ou pour celui qu'ils pourront être dans la nécessité d'embrasser (1).
(1) Yo)rez le chapitre 1" des Résultats, aptitude générale donnée aux élèves pour tous les genres de cojinaissar\ces.
Sous le point de vue de leur influence morale ei sociale , les exercices militaires habituent nos élèves à Y ordre et à la discipline, par des mouvements réguliers, communs à tous, exécutés clans un même temps, d'après un seul commandement.
i5. L'instruction religieuse et morale, qui enveloppe toutes les autres parties de l'Éducation , fait -rapporter toutes les observations, toutes les connaissances acquises, toutes les actions au perfectionnement moral de l'homme, à la contemplation et à la pensée de la divinité, manifestée dans ses ouvrages. Elle fournit une direction et un but h toutes les études, à tous les travaux, à tous les emplois de la vie; elle puise les preuves des vérités dont elle pénètre les âmes, dans les développements successifs du mécanisme du langnse observé chez les anciens et chez les modernes, dans les faits de l'histoire , dans les phénomènes que présentent la géographie et les sciences naturelles.
JJ histoire fournit quelques exemples de vertu , quelques actions généreuses qu'on éprouve le désir d'imiter, des actions lâches et cruelles qui inspirent l'indignation, des leçons et des modèles dans tous les genres. La géographie ne fait pas connaître seulement les différentes parties de la terre , mais aussi les moeurs des nations qui les habitent : eile apprend à comparer et à distinguer les pays heureux et florissants, où sont des sociétés civilisées , qui jouissent des lumières de la religion et des bienfaits de l'instruction et des arts, et les vastes contrées, incultes et sauvages, que se disputent quelques hordes barbares. L'histoire naturelle donne lieu d'admirer la fécondité infinie de la nature , l'inépui-
sable bonté de la Providence et les ressources qu'elle met à la disposition de l'homme , pour améliorer sa propre condition et pour aider ses semblables. La musique agite fortement l'âme par des impressions douces et profondes , essentiellement morales, lorsqu'elles sont bien dirigées, qui excitent et développent la sensibilité. La vie extérieure, enfin, devient une source d'expériences et d'observations sur soimême, sur le coeur humain, sur la société. L'instituteur s'étudie à tirer parti de ces divers objets.
C'est ainsi que toutes les branches de l'enseignement, non-seulement sont rendues familières par une marche graduelle, mais aussi sont enchaînées par d'intimes rapports, et se trouvent en contact les unes avec les autres.
La loi générale de Y Enchaînement , considérée tour à tour dans la théorie et dans la pratique de l'Education, dans ses vues d'ensemble et dans ses moindres détails, et la nécessité de lier entre eux tous les éléments, toutes les notions , tous les exercices par une chaîne étroite et indissoluble, en même temps qu'on les fait parcourir à l'enfant comme autant de degrés successifs et très-rapprochés d'une échelle par laquelle s'élève l'entendement, ont fait l'objet de notre neuvième principe (i), qui fournit ici, pour Y Education pratique, un moyen essentiel & exécution. L'application exacte de ce moyen, dans toutes les circonstances de la vie, contribue à don-
(i) Voyez, ci -dessus, page 102, et suivantes, \e Neuvième Principe. Vo}rez aussi les développements donnés an principe de la Chaîne universelle : tout se tient dans le monde ; dans Y Introduction de V Essai sur l'emploi du temps (seconde édition, page 5i, et, même ouvrage, quatrième édition, i835, premier Appendice, pages 55.4 — 56o.
ner plus de justesse à l'esprit , plus de solidité aux connaissances, plus de force aux principes de morale et aux règles de conduite.
Dans toute espèce d'instruction, la Méthode s'occupe de lier toujours étroitement le mot à la chose: elle établit une connexion intime entre les idées et les signes, entre les objets et les expressions destinées à les représenter et à les reproduire, entre les faits et les notions auxquels ils doivent servir de points d'appui. Dans l'Education morale, elle lie toujours le précepte à l'exemple ou à l'action.'
La liaison de toutes les branches de l'Éducation , toujours mises en rapport et en harmonie entre eîies ; la série continue des exercices particuliers qui s'enchaînent les uns aux autres dans les différents degrés dont se compose chaque partie d'enseignement, en sorte que l'Éducation et l'Instruction sont toujours complètes à chacun de leurs périodes ; enfin , l'unité et la communauté des sciences, déduites d'un même principe , de l'intuition claire et distincte des objets, des faits et des notions qui en découlent, et qui sont données par Y expérience et le sentiment, nos premiers et nos véritables maîtres; la direction commune de ces sciences , rapportées à un même but, au perfectionnement de l'homme, à l'adoucissement et à l'amélioration de la condition humaine, constituent la base et l'essence du moyen pratique dont il est ici question.
Ainsi la méthode applique ce conseil de Rousseau, qui veut qu'on fasse toujours aller de front, dans l'Éducation, tous les développements qui doivent se correspondre : « Que l'ordre ne soit jamais inter- « verti ; que ce qui doit marcher ensemble ne soit
u point sépare; que l'homme, tout entier à tons les « moments de sa vie, ne soit pas a tel point par une « des facultés, et à tel autre point par les autres. » L'ordre suivi pour l'Instruction , d'après la Méthode, rapproche dans cette vue les cours d'études, de manière que les leçons, qui ont entre elles le plus de rapports, parce qu'elles exposent les développements de sciences correspondantes, propres à s'éclairer mutuellement , sont données, les mêmes jours, à des heures différentes, et forment, pour ainsi dire, une exacte continuité des mêmes notions présentées aux enfants. Ceux-ci reposent leur esprit en changeant d'objet, et leur attention esta la fois moins pénible et plus soutenue , parce qu'elle s'applique à des objets toujours nouveaux, mais analogues à ceux dont ils viennent de s'occuper.
« 11 faut, » (dit encore l'auteur à' Emile , en parlant de l'étude de la physique; et la même inarche est suivie dans notre Institut pour tous les genres d'études), « crue toutes les expériences des enfants « se lient l'une à l'autre par quelque sorte de déduc- « tion, afin qu'à l'aide de cette chaîne ils puissent les « placer par ordre dans leur esprit, et se les rappe- « 1er au besoin; car il est bien difficile que des faits, « et même des raisonnements isolés tiennent longce temps dans la mémoire, quand on manque de « prise pour les y ramener. »
Après avoir terminé une étude particulière, il convient de ne pas entrer dans une sphère nouvelle, soit dans un degré plus avancé de la même science, soit dans une autre branche d'enseignement, sans avoir employé quelque temps à parcourir la série et l'ensemble des notions qu'on vient de s'imprimer
dans l'esprit. Cette revue des connaissances acquises, dont on peut fixer les résultats dans un Mémorial, où Ton se rend compte à soi-même de ses progrès , sert a les mieux lier entre elles , à les cimenter et à les fortifier par leur rapprochement.
Education à la fois particulière f.t publique.
Nous avons consacré, comme principe fondamental, la nécessité de combiner ensemble Y Education domestique et Y Education publique , pour organiser une Education complète , propre à satisfaire à tous les besoins de l'enfant (i). Nous avons donné quelque développement sur la manière dont on applique cette vue de la Méthode, qui se reproduit, comme moyen essentiel à' exécution, dans toutes les relations entre les instituteurs et les élèves. La nature de leurs rapports n'est pas moins favorable au développement de l'esprit qu'à celui du cœur. D'un côté, ils vivent entre eux comme des frères tendrement unis : leur libre communication contribue à les perfectionner les uns par les autres. Sous le rapport de YInstruction'y beaucoup de difficultés sont aplanies. A la sortie de la classe, le maître, mêlé aux élèves, demande tour à tour à l'un d'eux en particulier ; Qu as-tu saisi dans la leçon? dis-moi comment tu as compris ce que nous avons vu? L'élève, par ses réponses, donne et prend lui-même une juste idée de sa valeur personnelle et de ses forces. Une confiance intime s'établit entre lui et les personnes qui
(i) Voyez le Dixième Principe, page 1 10
464 méthode d'éducation.
sont chargées de l'instruire et de le diriger; loin que cette intimité diminue en rien le respect et les égards qu'il leur doit, elle fortifie sa disposition à les aimer et à les écouter. Quelquefois c'est le disciple qui fait une question au maître, qui le prie de lui éclaircir une notion obscure ou douteuse. Souvent le maître répond : Je ne puis pas , dans ce moment, donner cette solution ; je ne sais pas ; je chercherai ; je me suis peut-être trompé» Ainsi l'enfant apprend, par la conduite et l'exemple du maître , à ne jamais trahir la vérité par un amour-propre mal entendu, à répondre avec candeur lorsqu'il est interrogé , à ne point rougir de paraître ignorer ce qu'il ignore en effet.
L'avantage d'une éducation solitaire, donnée loin du monde et au sein de la famille, consiste surtout à laisser à l'enfance le temps de mûrir. Ici , comme on ne presse jamais le développement des enfants , afin que la nature se développe lentement et librement d'elle-même, cet avantage est parfaitement conservé.
« Les écoles particulières sont d'autant meilleures, m dit M. Edgeworth, auteur de plusieurs ouvrages estimés sur l'Éducation (1), « que les élèves
(i) Les parents qui s'occupent de l'éducation de leurs enfants et les instituteurs pourront consulter avec fruit les Essais sur l'éducation des diverses professions par Richard Lovell Edgeworth (publiés à Londres, en 1809) dont Charles Pictet a donné, de nombreux extraits dans les cahiers de la Bibliothèque Britannique (en 1810-1811 et 18 12) Nous leur désignerons aussi l'excellent ouvrage sur V Education pratique, de Miss Maria Edgeworth, traduit par M. Charles Pictet, dont la préface, que nous avons déjà citée, renferme plusieurs observations judicieuses sur les deux sortes <V Éducation domestique et publique, rapprochées et comparées. — « L'enceinte d'une famille n'offre point cette variété de caractères,
« y sont peu nombreux , parce qu'alors l'instituteur « porte aisément son attention sur chacun d'eux « comme un bon père sur chacun de ses enfants
« de ressources physiques et morales, qu'on trouve dans les noni- « breux rassemblements d'enfants, et qui est singulièrement utile « au développement de chacun d'entre eux. L'Education domestique « exclusive ne saurait être une préparation convenable au mouve- « ment de la société, ni même à celui des grandes écoles , où, dans « la plupart des cas, les jeunes gens doivent passer, en sortant de « la maison paternelle. Il est difficile de croire que des enfants ainsi « élevés à l'ombre des foyers domestiques , eussen t du caractèz^e et « que, quant à la connaissance des hommes et des affaires, ils ne « fussent pas longtemps en infériorité dans le monde. Il n'y a point m en effet, descience moins susceptible d'être enseignée par théorie « que celle du jeu des passions clans la société..... L'Éducation « particulière est, en général, une éducation molle, froide uni- « forme, trop méthodique, trop raisonnée; elle voudrait faire des « hommes parfaits , et fait souvent des hommes manques. Destinés « comme nous le sommes , à une existence active; appelés à soutenir « une lutte constante contre les maux naturels, et contre ceux qui « résultent des institutions sociales, des vices et des passions des « hommes, nous ne saurions être formés trop tôt par des épreuves « analogues au rôle qui nous attend. . . . L'élève de l'école a bien « plus de chances pour conserver les principes qu'il a reçus, et pour « demeurer honnête, en débutant dans la société. 11 n'entre point « dans un monde nouveau: il a joué un rôle actif parmi ses cama- « rades d'enfance : il a éprouvé les frottements de l'amour propre
« les chocs de l'intérêt , les effets de l'ambition , les rivalités
« de rang, les jalousies de gloire. Il a appris qu'on n'obtient des « autres, qu'en raison de ce qu'on met soi-même dans la commu- « nauté. Il n'espère point trop, et il n'a pas de mécomptes. Il ne se « rend pas raison de sa science; mais, il sait déjà beaucoup de chù-
« ses que l'expérience seule peut enseigner Il voit les hommes
« tels qu'ils sont ; son courage est exercé à la résistance; il soutient « mieux les revers. L'usage lui a donné la finesse défensive. . . . Son « caractère a une assiette plus forte; et tous les hasards, qu'il faut « courir dans un monde corrompu, sont moins grands pour lui. » — M. Pictet établit, par des raisons décisives, la supériorité des enfants formés par YEducatioti publique sur ceux qui n'ont reçu qu'une Education domestique ; mais il ne se dissimule pas que cellesci présente aussi des avantages, qui lui sont propres, et qu'il est possible de combiner habilement avec ceux qui appartienent àl'autre.
a dans nue famille bien réglée, m Ici , quoique l'Institut se compose d'un assez grand nombre d'élèves, les différentes sections, dans lesquelles ils sont répartis, forment autant de petites écoles particulières, où chaque enfant est l'objet d'une surveillance spéciale et vraiment paternelle, en même temps qu'il participe , dans les classes , à l'instruction publique et commune. Ces petites écoles ou sections, dont chacune est confiée à un jeune précepteur, deviennent pour chaque élève une image véritable de sa propre famille. C'est dans la famille seule, ou dans une pareille institution qui en est la représentation pure et fidèle, qu'on peut puiser, avec l'amour de la vie paisible et domestique , les vertus qui lui sont propres, et « dont il faut, suivant Rousseau, avoir « senti les douceurs dès l'enfance pour être capable « de les goûter toute sa vie. L'amour qu'on a pour <( ses proches est le principe de celui qu'on doit à « l'État j c'est par la petite patrie, qui est la famille, « que le cœur s'attache à la grande; c'est le bon fils, « le bon mari , le bon père ( le bon ami ) , qui font « le bon citoyen. »
Le double but que doit se proposer l'Éducation , de rendre un jeune homme bon , aimant et sensible, et de former en lui le caractère et la puissance de la volonté, se trouve atteint complètement parle concours des deux éducations domestique et publique. La première emploie, dans l'Institut, l'influence et le pou- Toir du sentiment pour développer les vertus domestiques et les affections de famille, germes des vertus publiques et de l'amour de la patrie. L'existence privée des élèves devient ainsi une préparation salutaire à X ordre social, compris dans son véritable sens.
qui n'est que la « réunion de toutes les forces parti- « culières , produite par la réunion de tous les sen- « timents et de toutes les volontés (i), a et qui, dans sa vue la plus noble et la plus élevée, doit être, suivant l'expression d'une femme justement célèbre (2), «non l'aride combinaison du calcul et de la force, « mais un heureux ensemble d'institutions qui exci- « tent les facultés, développent l'àme et donnent à « l'homme pour but le perfectionnement de lui-même « et de ses semblables, » Aucun élève n'est étranger à ses camarades ; des liaisons étroites s'établissent entre ceux que rapproche la conformité de leurs penchants : on voit se former, plus que dans aucune autre maison d'éducation , plusieurs de ces amitiés de collèges, si pures, si tendres, si durables, dont le temps n'affaiblit point la force , parce qu'elles ont pour base l'union intime des coeurs et la parfaite sympathie des caractères. On fait servir ces amitiés mutuelles à développer et à perfectionner les enfants, en dirigeant habilement leur innocent désir de mériter l'estime de ceux qu'ils aiment le plus. On leur fait conserver des relations de correspondance avec leurs jeunes amis, qui ont quitté l'Institut pour retourner dans leurs familles ou pour entrer dans d'autres maisons d'éducation. On a surtout soin de réveiller et de nourrir en eux le souvenir et l'amour de leurs parents , de veiller à ce qu'ils leur écrivent régulièrement, d'exciter leur activité dans leurs études par l'espoir de leur être utile un jour et de leur rendre les bienfaits qu'ils en ont reçus.
«Nul ne devient sensible, dit Rousseau, que
(1) Gkavika, cité par Montesquieu, Esprit des lois, liv. Ier, chap 5.
(2) Madame de Staël : Corinne, ou l'Italie, tome IL
468 méthode d'éducation.
u quand son imagination s'anime et commence à le u transporter hors de lui. Pour exciter et nourrir « cette sensibilité naissante , pour la guider ou la suite vre dans sa pente naturelle, qu'avons-nous à faire, (( si ce n'est d'offrir au jeune homme des objets sur « lesquels puisse agir la force expansive de son cœur, « qui le dilatent, qui l'étendent sur les autres êtres, « qui le fassent partout retrouver hors de lui ; « d'écarter avec soin ceux qui le resserrent , le coure centrent , et tendent le ressort du moi humain? » L'existence de l'Institut est une continuelle application de ce moyen essentiel du développement de l'enfance.
Quant à l'Education publique, nous avons déjà fait remarquer (dans le Septième chapitre des caractères: Discipline et vie intérieure de l'Institut, voyez cidessus, page i56,) l'influence des leçons que les enfants se donnent entre eux dans leurs récréations , et qui sont généralement plus utiles pour la formation de leur caractère, et même de leur intelligence, que celles qu'ils reçoivent de leurs professeurs. Elles apprennent à chaque élève à tirer parti des autres et à vivre avec eux, à s'accommoder à leur caractère, ou à les faire plier au sien. C'est une nouvelle préparation à l'état d'homme et à la vie sociale.
Les instituteurs , pénétrés de la vérité au principe et de la bonté du moyen, que nous venons d'exposer , doivent avoir eux-mêmes et inspirer sans cesse Y esprit de famille, ou les affections douces et tendres de la vie domestique, et Y esprit de société , ou les sentiments et les pensées qui associent chaque individu aux intérêts généraux de l'humanité (i).
(i) On retrouve ici une nouvelle application d'un des Caractères