II AVERTISSEMENT
veau tés, doit inspirer d'autant plus de confiance, qu'elle n'est, à beaucoup d'égards, que l'application des idées et des vues développées sur le même sujet par les meilleurs esprits. Pestalozzi lui-même, loin de s'ériger en novateur, n'a d'autre prétention que d'appliquer avec discernement tout ce qui est bon et raisonnable , en fait d'Education. Il peut être considéré, sous ce rapport, comme le continuateur des Socrate, des Platon, des Xénophon, des QuintUien, des Plutarque, des Montaigne , des Fénélon, des Roi lin, des Condillac, des Locke, des Rousseau, parce qu'il a su combiner et pratiquer , sans esprit de système, tout ce que lui ont indiqué ou suggéré les écrits de ces philosophes, et surtout la nature et l'expérience.
On trouve spécialement des citations nombreuses de Y Emile de Rousseau , qui renferme trop de vérités importantes sur l'Education pour avoir pu être oublié. Quelques lecteurs voudront peut-être en conclure que l'Education donnée par Pestalozzi est absolument celle d'Emile. J'oserai leur répondre qu'ils ne tarderont pas à revenir de cette erreur, s'ils veulent comparer attentivement le système du Philosophe genevois avec la Méthode du Philanthrope
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suisse. Ce rapprochement fera remarquer entre eux une infinité de différences essentielles, toutes à l'avantage du second. En effet , tout ce que l'Education d'Emile présente de bon, de vrai, d'utile, se trouve réalisé par la Méthode suivie dans l'Institut d'Yverdun; mais, cette Méthode exclut et rejette formellement tout ce qui, dans le plan de Rousseau, peut être jugé faux, dangereux, systématique, romanesque, contraire aux principes fondamentaux de la religion , de la morale publique et de la sociabilité.
2°. Les répétitions des mêmes idées , qu'on pourra remarquer dans plusieurs chapitres, tiennent presque nécessairement à la marche analytique que j'ai suivie. J'ai voulu présenter, l'un après l'autre, à la suite d'un coup d'œil général ou Précis sur l'Institut d'Education de Pestaîozzi, les principes qui constituent sa méthode , les caractères essentiels qui paraissent la distinguer des méthodes ordinaires, les moyens spéciaux d'exécution qu'elle emploie, les résultats qu'elle cherche à produire , ou sa nature et son esprit , ses procédés et son but. Cette division méthodique des différentes parties de mon travail , qui doit en rendre la lecture
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plus facile, m'a obligé de reproduire quelquefois les mêmes idées, pour faire mieux saisir, dans chacune des sections générales et des subdivisions particulières que j'ai adoptées, les rapports intimes qu'elles ont entre elles et la liaison et l'harmonie qui en forment un seul tout. Je pourrai m'appliquer ce passage par lequel les auteurs du traité de V Education pratique (i) cherchent à prévenir le reproche de se répéter quelquefois et de trop s'appesantir sur les détails : Nous sentons qu'en effet les éclaircissements didactiques doivent fatiguer les philosophes spéculatifs qui saisissent et appliquent promptement les idées générales ; mais nous écrivons pour ceux qui élèvent, et il est rare que ceuxci se plaignent de»trop de détails, parce qu'ils savent que l'utilité des applications dépend d'une multitude de circonstances minutieuses et variables. L'abbé de Saint-Pierre reçut un jour d'un ami le reproche de se répéter dans ses ouvrages. Quelles sont les répétitions que vous avez remarquées, dit-il à son critique? Celui-ci les lui indiqua. Je suis content, repartit le philanthrope ; vous avez saisi mes idées. Je
(1) Éducation pratique par Miss Maria Edgeworth , ouvrage raduit de l'anglais par Charles Pictet.
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« n'aurais pu réussir à vous en pénétrer, sans « les répétitions dont vous vous plaignez. Nous « dirons comme lui.»
3e. Enfin, si je parle quelquefois peu favorablement des anciennes méthodes, qui ont pu néanmoins s'honorer d'avoir formé des hommes très -distingués et quelques génies supérieurs, ou qui peut-être n'ont pas été toujours assez puissantes pour étouffer en eux la nature et pour empêcher leur développement, mes réflexions ne sont dictées ni par l'envie de censurer, ni par l'enthousiasme pour une méthode que je crois infiniment préférable , mais par un sentiment profond d'amour de la vérité. Voulant d'ailleurs mettre en circulation , dans la sphère de l'instruction publique, une sorte de monnaie nouvelle, j'ai dû déterminer assez exactement son rapport avec l'ancienne , et leur valeur respective.
Mon ouvrage est écrit de bonne foi ; c'est à des lecteurs impartiaux et de bonne foi que je désire le soumettre.