‹ Exposé de la religion des druzesChapitre 18 sur 97 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

de Moawia, descendant de Djafar surnommé Dhouldjénalieirif fils d'Abou-Taleb : il pr^tpndaît être Dieu , et disait que la science pnussait ^ana son cœur comme les rlinTTipî|ri(]|Qp^ yir la \fip^^ que l'esprit de Dieu avait passé tour à tour dans les prophètes, puis dans Ali et ses cnfiamts, et enfin s'était reposé en lui. H permettait le vin y la chair des bêtes mortes d'elles-mêmes , et les unions incestueuses. Il niait la résurrection ; il expliquait îtilégoriquemcnt F Alcoran^ ejt sejondant sur ce passage , « Ceux qui croient et font « de bonnes œuvres ne sont coupables d'aucun « péché, par rapport aux aliments dont ils se « nourrissent, pourvu qu'ils craignent Dieu« « qu'ils croient et qu'ils fassent de bonnes œu- « vres ^ ; » il soutenait que toutes les lois de l'Aicoran qui interdisent l'usage des animaux morts naturellement, du sang et de la chair.de. porc « ne sont que des expressions figurées, qui désignent certains personnages qu'on doit.j^oir en horreur, tels qu'Abou-Becr, Omar, Othmian et M oawia , et que toutes les obligations que Dieu impose dans l'Alcoran désignent aussi métaphoriquement certains personnages pour les-

^ Aie. sur. 5, vers. 9.^.

INTRODUCTION. un .

quels on doit avoir de l'attachement, comme Ali , Hasan , HoseÎD , et leurs enfants.

Abou-Mansour Idjli', autre Rafédhi, dont'>< les disciples furent nommés Mansoaris, fait le digne pendant de l'auteur de la secte des I)|énahis : il disait qu'il avait succédé, dans Timamat, & Mohammed Bakir; qu'il avait été enlevé au ciel depuis que l'imamat s'était reposé sur lui , que Dieu lui avait touché la tête de sa propre main, et lui avait dit, ■ Descends, mon fils,

• et annonce de ma part (ma loi) aux hommes;* qu'ensuite il était descendu; que c'était lui qui était le morceau qai tombe du ciel, dont il est |)arié dans l'Alcoran en ces termes : ■ S'ils voient

• un morceau qui tombe du ciel, ils disent :

• c'est un nuage amoncelé^. » Les habitants du paradis ne sont autres, suivant lui, que cei^ la ines personnes pour lesquelles on doit avoir de l'attachement, comme Ali et ses enfants; et les habitants de l'enfer en désignent d'autres pour lesquelles on ne doit avoir que de l'inimitié, «'Ornme Abou-Bccr, Omar, Othman et Moawia.

' Jt ni> siis s'il faul prononciT ,JiE liljli on ^j^E ; ces deui i'inurs Ae Docni rlliiiii(ucs M>nl iDdïqiiÉrB dai» Ir Kamom.

Liv INTRODUCTION.

Les Garabis soutenaient que l'ange Gabriel. envoyedePieu vers Ali , se trompa , -et s'adressa t Mahomet. Leur signe pour se reconnaîUe, quand ils se rassemblaient, c'était de dire. Maudissez celai qui a des ailes; à quoi le fidèle répondait ; Gabriel.

<-^ Suivant les Dbemmis, Mahop^et n'était que l'envoyé et 1** minUtro jl'Afj mais il abusa de sa mission pour se faire reconnaître lui-même pour prophète , et ensuite il apaisa Âli en lui donnant pour femme sa fille Fatime. Quelques-uns d'entre eux reconnaissent Ali et Mahomet pour dieux, et donnent la priorité è Mahomet. D'autres font part de la divinité i cinq personnages, compris sous le nom de Ashab alkesa '. Ce sont Mahomet, AU, Fatime, Hasan et Hoseîn. Les cinq ne sont, suivant eux, qu'une même chose , et l'esprit réside en eux avec une parfaite égalité , sans que l'un ait aucun avantage sur l'autre. Ils disent Faft'm, et non Fatima avec la terminaison du genre féminin'.

' L 5ut f^K tfl, c'eil-i-dirr, ]f pFQSC, \ts poueisfon lU la

* Pour preuve de «1» , Makriii ciie le vers suivant de l'un de en

INTRODUCTION. lt

Ce n'étaient pas exclusivement les partisans ^^^^^

d'Ali et des imams descendus de lui qui con-

testaient la souveraineté à M oawia et aux autres khalifes de la maison d'Omayya; dès avant la fin du premier siècle de Thégire, il s'était formé, principalement dans les provinces les plus orientales de Tempire, un parti puissant, en faveur des descendants d'Abbas, oncle du prophète. Ces gens-là ne reconnaissaient point Abou-Becr, Omar et Othman pour légitimes successeurs de Mahomet. Suivant eux^ c'était Abbas qui aurait dû lui succéder. Ils faisaient pourtant une exception en faveur d'Ali , l'époux de Fatime; mais, considérant d'ailleurs l'autorité souveraine et pontificale comme l'héritage de la fatmillc de Mahomet, ils ne pouvaient voir dans les Omiades que des usurpateurs. Ces descendants d'Abbas avaient, comme ceux d'Ali, une mission et des missionnaires ^ qui leur recrutaient secrètement des partisans et levaient pour eux des contributions. Je me crois auto-

LéJ>LJj V 1» Aj <v^ n.,.A. ».j «^--^-S-J

' On donnait au célèbre général Abou-Moslom le titre de <.>^Uc* • *c.oJI, cest-A-dirr, le chef de la mission

Lvi INTRODUCTION,

risé à penser qiipj^iif p?H^ ^jnigt^it aiiM, comme les partisans d'Ali, Tinfusion successive de Ja divinité, ou d'une particule de Tessence divine , dans les pontifes de la race d'Abbas ^

' Abou-Moslem croyait à JAjaaétgJPysyœse , et , comme Ta bien remarqué Reiske, à la transmission successive de la divinité dans la personne des imams : car c^est certainement là la crojanoe de la secte qu'Elmacin appelle i^jJJi^ jUJC^UjJt k^ô^ (Elmac Hist. sarac. p. loo; Reiske, Annal. MosL t II, p. 627). Cétait aussi la croyance des Rawendis , comme on le voit par la oondnitc qu'ils tinrent sous le règne du khalife Mansour, auquel ils voulaient rendre les honneurs divins (Ahou'lféda, Jnnal. MosL p. i3).

Schahristani , dans Touvrage intitulé J^^Jîj JJ>tî cJviTptfl^ en plusieurs endroits du dogme de la métempsycose ^rUA-JI, et dit, à Toccasion de la secte des Camélis jL^uuêLSZjI ^ quil y a qaatre degrés de métempsycose qui sont nommés ugJi\, ^w^>« y. âH,

et ^rJt ; il promet d expliquer cela en détail quand il traitera des sectes du Magisme; je crois qu il n a point tenu sa promesM. Il dit seulement, en deux endroits, que le plus haut degré de la mtéUmpsycose^ c'est de devenir ange ou prophète, et le plus bas, de devenir

démon ou urpent, J^^^ *i>W j' *fï^^' '^J^ V^L>*' ci*'

Au dogme de la métempsycose il associe celui qu*on exprime par le mot J J^f ce qui signifie la personnijication divine ou Tunion de la divinité à un être créé dans lequel elle étahlit sa résidence. En |)arlant des Harrams JUiLal , Tune des sectes des Sabiens â^La/Î , il dit qu ils enseignaient que le créateur adorable est unique et multiple, unique par son essence, multiple parce qu^il se multiplie dans \f$ corps i^Ljé^L aux yeux de Thonmie. •Les corps, ajoutc-t4l,

• résout les sept planètes qui gouvernent le monde V^l c;>ij^iX*l>

• cl les corps lerrcsJrrs bons, doués de science ti d'excellence, dans

INTRODUCTION. lvii

DaDS ie Khorasan, ceux qu'on nommait Rawen- 4?iA. dis^ étaient les plus chamis partiaaDs__dft la maison d'Abbaa: ce fut i eux principalement e( au dévouement de l'illustre capitaine Abou-

• lesqueUilpuait et m taoaitt Mai une tonne Kntible, ^Lié^tj l^Lélj (j'^^J ^ .J^- ^ iX^\ 4UJI ■jJfû^jJfî. ■ tiBi cener pour cela d*<tre unique, t •

Ce qn'ii j a de plm linj^ier, c« aont lea dévdoppemenlt qu'il donne de ce «yitèiDe. Celte union de la divinité i un jlre corpord at tantbl anioa, on, pour £tie plut littéral, rùidenct MtJe AJ» JjDLj ou rétidaue ât ton essence <i\i J^l^ , et tantAt riiiJaui portklUj^^ cM^ <>■> Ttàdlnce inné portion de ion etteace JLl^ <i''i f^ jj^. La résidence totale, c'eit comme l'apparition d'un ïiigc soui une Tonne corporelle, ou celle de Satan sous la Tonne d'une brute. La rétideuce partielle a lieu saivani la prédiipotition de frtneK^aieUeltJtûl. jo^i p|>« jli)Ji**l ji)J J* ■ LeiHarnni* comparaient lea sept [danètes aai sept membre! de l'homme, rt ils disaient que Dieu agissait ou dans tontes les planètes en ■DÔne temps, sans cesser d'être un, ou dans chacune séparément, juiiant le degré d'action qu'il cierfiit sur elles, et le degré de saper-

lunuiGcatioa en elles, «^ *.aJÉJm «aJ ïjIjI j(> aj. Ils disaient

HUMi : ill parie par notre langue, il voit par nos yetn, i) entend ■pw DM oreille», il serre on il déploie par nos mains, ii vient ou •d s'en va par nos pieds, il agit par nos membres. •

■ Lea Rairendif prenaient sans doute leur nom d'un lieu nommé Hmrfiid JiJtlj - Ebn-Kballican . dans la vie d'un docteur surnommé Kaireiidi, dit qoe RairrnJ est le nom d'un^lieu qui dépend de K»xhaii ^.^Lalj , cl Tait partie du territoire d'Ispalian, cl qu'il j ■ un luire linidu mênienou), dans le Khorasan. en dehors Hc Nisabour. irest uni doute de rc dernier lieu que prenaient leur nom les lln- "inlif, parlisins lélés de lu maison d'ilbb*» ^ carc'étatl dausle Kbo-

Lviii INTRODUCTION.

Moslem, aidé par la comiptioD des descendants de Moawia et par la haine qu'ils inspiraient, que la famille d'Abbas fut redevable des succès qui la mirent en possession du trône. Abou- Moslem fut puissamment secoadg p?r \\U ai'*"* partisan de cette même iàmiUe. ^^u-Selroa. sumommé Kkallal. Celui-ci fut mal récompensé de ses services : car le second khalife Abbaside, Mansour, qui l'avait pris pour son vizir, le 6t mourir. Abou-Moslem n'eut pas un sort plus heureux; mais peut-être s'attîra-t-il son infortune par une désobéissance, pour le moins imprudente, aux ordres de Saffah.

L'esprit de secte et d'indépendance était si général dans l'islamisme, que ceux mêmes qui avaient embrassé avec le plus d'ardeur la cause des enfants d'Abbas ne tardèrent pas k se diviser. Masoudi nous apprend que, du vivant même JAbpu-Mûslem , il y avait dans le

nuD que cette miisoD, air>Dl de parveair m trAm, compUil ira partiiiDS le« )Jus oonibrsui et les pitu paitunta. Huoudi, U»toricD si recommandable , en ctumuentaiit l'IiUtNK dti khalilca Abbasides, ilil poûtivement : ^LoJI lvJ» «^a-^ i'^ *;*0>>j!y' yL—lj-^ J»! ^j> i.>liill iMc 1^ iLes Rawendis ijai «onl. (parmi In habitants dn Kborastn, Ir.i partÎMo» de) dncendaDls .d'Abbai, Ifh d'Abd-almotallrh. ■

INTRODUCTION. ux

KJiorasan une secte nommée ïea Mqftlp.m\f^ g^iî />w«^>À^w» ie reconnaissait pour imam; ceux-ci mêmes , après sa mort, se divisèrent encore en deux partis : Tun soutenait qu'il n'était point mort , et qu'il ne mourrait point avant d'avoir fait triompher sa doctrine , qu'ils appelaient la justice; l'autre, qui assurait qu]U étaitmprt^r^^ oaissaût sa fille Fatime poig iinam ^ On nom- j/'^t,^^,^

mait ceux-ci Fatimis, et Masoudi assure qu'au "

temps où il écrivait, en l'an 33a de l'hégire, il existait encore des sectes dérivées de celle-là. D'un autre côté, il se trouva aussi des sectaires qui choisirent pour l'objet de leur culte ou du moins de leur vénération, l'autre victime des Abbasides, AbouTSelma : car je trouve dans Makrizi une secte nommée les fiaslémis^, '\/^*'^':îLlll- ({ui enseignaient que l'imamat avait passé,

oyr o-^liJ^* *3>j ^o^ ^j^, si^ i^yr. ^^ <:>< f * O nom est écrit dans un manuscrit juJAm».», et dans un autre

««JLctaLj, niais j'ai préféré la leçon j- / -« Baslémis, parce que je p^iMe que ce nom est formé par contraction de relui d'Ahou-Selma,

Lx INTRODUCTION.

après Mahomet, à Ali et à ses enfants, Hasan et Hoseïn, (ils de Fatime; puis, à un autre fils d'Ali, Mohammed, surnommé EhnraUuir néfiyya; ensuite, à Abou-Haschem Abd-ailah, fils de Mohammed Ebn-alhanéfiyya; qu'Abou- Haschem Favait légué à Ali, fils d'Abd-allah, fils d'Abbas , après quoi il avait passé à Abou 1abbas SafTah, et ensuite à Abou-Selma, vîiir de SafTah. Ces Baslémis étaient une branche des Rawendis, comme l'assure positivement Makrizi.

Peu de temps après, un homme du même pays en imposa à la crédulité des peuples. Cet r homme, connu sous le nom de Mokanna, estap-

pelé différemment par divers historiens ^. On peut voir ce qu en dit Aboulféda, et ce quy ajoute Adler, d'après Ebn-Khallican ^. Je me

vizir de Safiah , qui fut assassiné par l'ordre d'Âboo-Moslem , ou plutôt de SafTah lui-même (Elmac. Ilisior. sarac. page 97]. AhouSdmm^ été nommé f dans Tédition d'Ellmacin et par d'Herbelot, Ahom-Moi- Icma; mais Reiske a remarqué, avec raison, que c'est une faute (Annal, Mosl. t. I, ÂnnoU histor. p. 137). Il se pourrait aussi que liasUmi fût formé par contraction de Bénou-Sebna.

' Dans les manuscrits de Makrizi, au lieu de Mohamna WjUI

on lit «^aXI et «uwàIi, mais c'est incontestablement une faute.

* Abou'lfe'da, Annal. Mosl. t. H, p. h^\ Adler, dans le Rtperior. fur hibl. und moi-rfcni LitUraUir d'Eichliorn, t. XV, p. 392 et suit.

INTRODUCTION. ixi

conleDlerai de rapporter ce qu'en dit Makrizi. «Il s'éleva, dit-il, dans le canton de Kesch, au pays de Ma-wara'lnahr, un homme de Mérou, qui était boi^e, et se nommait Haschem. Cet homme disait quAbou-Selma était dieu, Tesprit de Dieu ayant passé en lui , et qu'après Abou-Selma c'était lui, Haschem, qui avait reçu rinfusion de la divinité. Sa doctrine se répandit dans ce pays. Il se voilait pour se dérober aux yeux de ses sectateurs, et s'était fait faire un viisage d'or, ce qui lui avait fait donner le nom de Mokanna. Ses disciples lui ayant demandé k voir son visage à découvert, il leur promit qu'ils le verraient, s'ils pouvaient le regarder sans être brûlés : il plaça devant lui un miroir ardent, en face des rayons du soleil, et lorsqu'ils entrèrent pour le voir, les uns furent brûlés et les autres se retirèrent. Séduits par cet artifice, ik demeurèrent convaincus qu'il était dieu, et que les yeux des mortels ne pouvaient soutenir sa vue; dans leurs guerres ils proclamaient sa divinité, » sans cloute en réclamant son assistance *.

L'histoire des sectes des Kharédjis pourrait

L&ii INTRODUCTION,

fournir aussi plusieurs traits remarquables; \t n*en citerai qu'un seul. Parmi ces sectes on compte les Schcbibis, disciples de Schébib, fils de Yczid, fils d'Abou-Naîm. Schébib se révohi sous le khalifat d^Abd-almélic, fils de Merwan, et il y eut de fréquentes hostilités entre lui et Heddjadj. Les Schébibis tenaient la même doc* trine que ceux que Ton nommait Mohakkims '; mais ce qui les distingua des autres Kbarédjis, c'est qu'ils prétendirent que Timamat et le khalifat pouvaient appartenir à une femme. Schébib laissa, pour lui succéder au khalifat, sa mère, Gazala. Elle entra à Coula, y fit les fonctions de khatib ou prédicateur, fit la prière do

> On nomme ^okaklàms ou Hakèmis ceox qui se toaievènal contre Ali à Siffin , en disant que le jugement n^appartenaîl qa^à Dieu et non aux bonunes. Ils se retirèrent, en se s^paruit dTAIi, d^abord à Uoroura, et emsuite à Nahréwan. Ib aYueiil CBgigé Ali à remettre à des arbitres, qui jugeraient suirant U âéàmaù de TAlcoran , le droit contesté entre lui et Moan ia ; mais, mécontents de la conduite des arbitres et de Tissne de cet arbitrage, ils en amfurent un tel dépit, qu'ils abandonnèrent Ali et prirent po«r ngœ de ralliement ces mots : Le jugemunt n'appariieni tfuà Diem ei à iom apôtre (%faknzi; Pococke, Spec. kist. ar. édit. de Wbite, ptge t6S et suiv.); Ce sont ces Mobakkinis auxquels on donne le nom de Horouris <^jn^ \ il^ adoptèrent quelques opinions particnlifres. Ali en vint aux mains avec eux. On les compte parmi les Kbarédjis Sasihs, v>^|y ou 4^^>.AÀJt jL^t, c*est-i-dirr , entimis dAU.

INTRODUCTION. imi

matin dans la grande mosquée, et lut, la première fois, la surate de la Vache (la deuxième lurate), et, la seconde fois, la surate de la famille tFImran (la troisième) '.

Tous les faits qiie je viens de rassembler, et dont il serait facile d'augmenter le nombre, prouvent qu'il n'était point d'opinion bizarre , ridicule, contraire aux textes les plus précis de l'Aicoran, inconciliable avec les dogmes-et les préceptes de la religion musulmane, qui n'eût été soutenue et n'eût trouvé des partisans dans le sein même de cette religion, et qui n'eût même, au moyen de l'interprétation allégorique, cherché ses fondements et puisé ses autorités dans le livre révéré des Musulmans, longtemps avant le siècle de Hakem et de Hamza. Les détails dans lesquels je vais entrer sur l'histoire et la doctrine des Karmates porteront jusqu'à l'évidence la vérité de ce que j'avance.

Le nom de Karmates n'est pas le nom primitif de la secte dont nous parlons; le vrai nom de ces sectaires est celui d'Ismaëtis ou Ismaéliens. 11 y avait déjà quelque temps que leur

■ VoT» Aboulfïda, Àmai. tfoil. t. I, [i. 'm, el iniiof. hUl. f 98-

iMV 1\TI;01)UCTION

secte subsistait, loisqu on les nomma Kammies, nom sous lequel ils devinrent célèbres dansk suite; et peut-être même cette dénomination ne doit-elle être regardée que conune le nom particulier d'une branche des Ismaclis.

Les Ismaëlis appartiennent à la classe génê' raie des Rafédhis, c'est-à-dire qu'ils font profession d'un attachement exclusif pour Ali et ses descendants, et d'une haine implacable contre Abou-Becr, Omar, Othman, Moawia, qu'ils regardent comme des usurpateurs; qu'ils ne reconnaissent d'imam légitime que dans les descendants d'Ali , et qu'ils suivent , dans les pratiques extérieures de la religion, tout ce qui caractérise les Schiis. Le nom d'Ismaëlis prouve que , dans leur origine, ils formaient un parti en faveur d'un imam nommé Ismaïly et cet imam doit être Ismaïl, fils de Djafar Sadik. Djafar tient la sixième place entre les douze imams, dont la suite est admise par ceux que Ton appelle Ethnaaschéris^^ lesquels font passer l'imamat de DjaËur à son fils Moùsa. Les Ismaëlis, au contraire, n'admettaient que sept imams , et l'on ne peut douter que ces sept imams ne fussent Ali, ses

' i^tr"^ LuVt — C'est coninic qui ilirail duodècimaim.

INTRODUCTION «v

deux fils, Hasan et HoseÏD; Ali Zeïn-elabidin, Bk de Hoseïn; Mohammed, fils d'Ali; Djafàr Sidik, fils de ce Mohammed, et Ismaîl, fils de Djafar'. Cette secte doit donc avoir commencé vers l'an de l'hégire i AS , qui est l'époque de la mort de Djafar. Je conjecture qu'Ismaïl, fils de Dja&r, étant mort, tous les Ismaclis reconnurent, pour son successeur à Timamat, son fils Mohammed, fils d'Ismatl, avec cette différence seulement que les uns, ne voulant recon- MÎtre que sept imams, exclurent de ce nombre Ismaîl, fils de Djafar et père de Mohammed, elque les autres les admirent l'un et l'autre, ' ne les envisageant peut-être que comme un Kul et même personnage. Il m'est impossible àe dire ce que devint cette secte pendant la *ie de Mohammed, fils d'Ismaîl; peut-être même ne prit-elle une forme et une organisatioQ régulières qu'après sa mort : car il parait, par tous les monuments qui nous en restent, ^e le retour de Mohammed, fils d'Ismaîl, était

' Le* Scbiii, qui n'atlmetuicnt qoe aept imam», n'élaieot point i'teeard *ur le personnage qui fomitll le dernier degré de cette «aewaiinn 1 l'iinainat, et auquel ili donnaient le litre de /\—.à-i\ ^1__>^I i>&L^, criai fBi $t l>FC, te maître du trmpi.

Lxvi INTRODUCTION,

le dogme principal des Ismaclis, que tout tt faisait en son nom , et que c était à «on service qu on s'enrôlait pour être prêt à le suivre lorsqu'il reparaîtrait. Il paraît qu avant la conquête de TAfrique par le premier des khalifes iriir mis\ la secte des Ismaëlis avait eu saccessivement sept chefs ou imams, c'est-à«-dire sept personnages par lesquels le droit à rimamat, et, si je ne me trompe, la participation à b nature divine, s'était transmise à Oheîd-allab, premier khalife fatimi^. Ces sept imams sont

^ J ai donné dans ia seconde édition de ma Qureslomatliie aribe, t. II, p. 88 et suiv., un extrait important de la Description de VÉgjfit par Makrizi , extrait qui concerne Torigine des khalifes fatimn. Je suis très porté à penser, avec cet historien , que leur aoteur, Obdiallah, descendait vcritahlement d'Ali, et que les doutes qu*on a âeféi snr Torigine de cette famille ne sont dus qu*à la politique et aoi intrigues des Ahbasides, qui satisfaisaient ainsi leur rage tiérile contre une puissance rivale qui leur avait enlevé la moitié de letfi états.

* Selon Ebn Khaldoun, les Ismaëlis admettent pour imam, après Djafar Sadik, son ûis Ismaîl, quoique cet Ismaîl soit mort avant toa père, et cela, en vertu de la désignation qui avait été faite de lui par Djafar. Après Ismaîl , ils admettent trois imams cachés, Mohammed, fils d*lsmaîl; son fils Djafar Mosaddik; Mohammed, fils de celui-ci, et après eux Oheîd-allah le Melidi. Au surplus, d*autres croyaient qulsmaîl , fils de Djafar, n'était pas mort , mais qu on feignit qn*il était mort pour le soustraire aux recherches des Abbasidet. Vtyt: .Vhahristani.

INrUODlCTlON. ixMi

nommes, dans les livres des Druzes, Ismaïl, lils de Mohammed; Mohammed, fils dlsmaïl; Ahmed, fils de Mohammed; Abd-^Uah, fils d* Ahmed, de la race de Maîmoun Kaddah; -; Mohammed, fils d'Abd-allah; Hoseïn, fils de Mohammed, de la race de Maîmoun Kaddah; enfin, Abd-allah, père du Mehdi, et qui se nommait aussi Ahmed. Ces sept imams sont appelés les imams cachés, parce qu'ils étaient obligés de se tenir cachés pour se soustraire aux persécutions des Abbasides ^ Ils ont dû exercer leur ministère occulte, à partir de Mohammed, fils dlsmail, jusqu'aux dernières années du m* siècle de Thégire. Ahmed, le cinquième de ces imams, occupait cette place en Tan 278 de rhégire, comme on le verra par Taventure de Karmat*. La doctrine de la secte avait été réduite en un système, et avait reçu une forme r^ulière de son père Abd-allah; en sorte qu'il semble qu'on peut fixer l'époque de celui-

* Cette ftoite est tirée dHin écrit qui fait partie du recueil des livres religieux des Dmzes, et qui a pour titre aJ^\ jN-w^Pj , De la JitiMWH des »citnces.

* Ceci se trouvera un peu plus loin dans l'extrait de Nowaîri , qui rite pour son garant le schérif AbouMhasan Mohammed, surnommé Aklum'MokstR.

uviii INTKODUCTION.

ci et de la l'orniation de sa doctrine à l'an aSo

- ou environ. Abd-allah était un homme très-ins- ^ truit; son père, Maïmoun, professait la doctrÎDe des Schiis, mais intérieurement il étaii Zendiln, c'est-à-dire matérialiste '. On lui donne pour père ou, suivant un des manuscrits de Makrîzi, pour oncle paternel ^, Daïsan , qui était de U secte des Thanêwis, c'est-à-dire des Dualistes; mais ce mot est susceptible d'équivoque, et il n'est pas absurde de penser qu'il ne s'agit pas ici des Dualistes proprement dits qui admettent deux principes, la lumière et les ténèbres, et qui disent que la lumière est Ormuzd et les ténèbres Ahriman, mais d'une secte particulière de Motazales, qui furent nommés Dualistes,

■''parce qu'ils enseignaient que, dans les actions des hommes, le bien vient de Dieu et le ma] de l'homme ^ Abd-allah est; suivant Aboulféda, auteur d'un livre intitulé la Balance, qui est conforme aux principes des Zendikis *. Cela n'a

■ Aboulftda, Aftn. Voil.t. I[,p. 3ii.

■ Kowaïri le fait fili de DaïMD, comme Aboolféi]* et quelques manuKrils île Mskriii.

* Cette KCte est eipreuéinent comprise par Makriti entre cdle* des Motaiales.

* Abou'lfïda, Aimai Motlem. t. II, p. 3i i.

IN'IUODIJCTION lAix

nen de surprenant, s'il est, eonniie nos auteurs 1 assurent, le fondateur du système jDhilosophique des Karmates; car les Karmates méritent , sans aucun doute, d'être comptés, comme le 7 fait Makrizi , parmi les Zendikis. Le surnom de faddah. qui signifie médecin oculiste . est donné par Abou'lféda à Abdallah ; les livres des Druzes le donnent à Maîmoun : il est assez vraisemblable qu ils l'ont porté l'un et l'autre , et peutêtre exercèrent-ils tous deux la même profession. Bibars Mansouri dit que Maîmoun Kaddah a donné son nom à la secte des Kaddahis : je n'ai point trouvé ce nom ailleurs ^ Makrizi parle d'une secte de Kharédjis nommés Maîmounis, de Maîmoun, fils d'Imran, leur chef; mais je ne crois pas que ce Maîmoun ait rien de commun avec Maîmoun Kaddah. Abou'lféda fait partir Maîmoun de Caradj^ et d'Ispahan, et fait venir Abd-allah de là à Ahwaz, puis à Basra, et enfin à Salamia. Makrizi dit simplement qu'il était d'Ahwaz, et qu'étant obligé de

' L'ouvrage de Bibars Maosouri est intitulé : ïty jj ^jt y^-»

•j^l ^jL» j «jXjJI, man. ar. de la Bibl. du Roi, n» 668.

* Caradj est une ville du Djébal : c'était la pairie de Kaseni \b*»a-Dolar, dont la vie se trouve dans Ebn-Khallican.

Lxx INTRODUCTION.

fuir, il se réfugia d'abord à Basira, et ensuite à Salamia.

« Abd-allah , dit Makrizi , connaissait par£ùtcment toutes les religions et toutes les sectes. U institua un corps de doctrine, divisé en sept degrés d'instruction ou d'initiation, pat lesquels devait passer successivement le prosélyte, jusqu'à ce que, secouant le joug de toute religion, il devînt un vrai matérialiste , ne reconnaissant plus ni l'existence de Dieu, ni aucune règle des mœurs; qu'il n'attendit plus ni récompenses ni châtiments après cette vie, et qu'il demeurât persuadé de la vérité de cette doctrine, et de Terreur de tous ceux qui pensaient autrement ^ Abd-allah voulait parla se former un parti. U appelait les hommes à reconnaître pour imam Mohammed, fils dlsmaîl , fils de Djafar Sadik. La renommée de sa science et de son zèle pour la propagation de la doctrine des Schiis devint célèbre : il avait

LaI#! Jlk^ jj-M j ^sjk^y o^ Jâj J^ ^ O*-^^'

INTRODUCTION. lxxi

même des dais ou missionnaires, chaînés de répandre sa doctrine et de faire des prosélytes. On forma des desseins contre lui, ce qui lobligea de quitter Ahwaz et Asker-mokarram , où il avait établi son séjour et avait amassé de grandes richesses , pour se retirer à Basra, et lai fit encore abandonner Basra pour chercher une retraite dans la Syrie, à Salamia; là il eut un fils, nommé Ahmedy qui lui succéda. D mourut dans cette ville, et ce fut son fils Ahmed qui envoya dans Tlrak le daî Hoseïn Ahwazi, lequel avait accompagné Abd-allah dans sa retraite à Salamia. »

En pesant bien les expressions de ce récit, on voit qu Abd-allah ne feignait de reconnaître pour imam Mohammed, fils d'Ismaîl, et de travailler à lui assurer les hommages des musulmans, que pour se former à lui-même un parti puissant, et attirer plus facilement les Schiis, et surtout les Ismaëlis; car un homme dont le but était de propager le matérialisme , lathéisme et l'immoralité , ne devait guère s'embarrasser qu on reconnût pour imam un descendant d'Ali plutôt que tout autre. Mais ce qui était important pour lui, c'était d'avoir un

Lxxii INTRODUCTION,

moyen de soulever les peuples contre leur souverain ; son prétendu zèle pour un descendant d'Ali lui en donnait un prétexte plausible, et d'autant plus puissant qu'il était couvert du voile de la religion. C'est ce que remarque judicieusement un écrivain cité par Nowaïri.

9 Dans le principe , dit-il , on assurait que Mohammed, fils d'Ismaïl, était vivant, qu'il n'était point mort, qu'il paraîtrait à la fin des temps, que c'était lui qui était le M ehdi que les Musulmans attendent. Mais l'intention de l'imposteur qui les séduisait n'était point d'attacher les pro^ sélytes à Mohammed, fils d'Ismaîl, et de lui faire rendre hommage comme au vrai souverain; ce n'était là qu'un moyen dont il se servait pour s'emparer de l'esprit de ceux qu'il attirait à son parti , et par lequel il s'assurait qu'il avait réussi à les séduire , et qu'il les tenait dans ses filets, quelle que fût auparavant leur croyance, soit qu'ils fussent Sunnis ou Schiis. »

Je m'imagine que, jusqu'à Abd-allah, la secte des Ismaëlis n'avait été qu'une secte ordinaire des Schiis, secte qui se distinguait des autres en ce qu'elle reconnaissait pour dernier imam Mohammed, fils d'Ismaïl, et quelle professait la

INTRODUCTION. lxxiii

doctrine allégorique doiat . ce Mohammed , ou peut-être son aïeul Djafar Sadik, avaient été les auteurs ; mais qu'Abd-allah , devenu le chef des Ismaëlis, poussa les choses plus loin, et voulut établir le matérialisme sur la base de cette doctrine mystique « qui lui donnait un moyen facile d'anéantir tous les préceptes de la religion en les réduisant à de simples allégories. Cest de ce système de doctrine, formé par Abd-allah, qu'il est important de se faire une idée juste et développée, et je crois qu'il est à propos de l'exposer ici , avant de faire l'hisloire des progrès de cette secte. Deux auteurs célèbres me fourniront pour cela un secours inappréciable : ce sont M akrizi et Nowaïri ^ Ces deux historiens ont vraisemblablement puisé à la même source, car ils emploient presque toujours les mêmes expressions, et on peut corriger le texte de l'un par celui de l'autre ; mais comme Nowaïri a quelquefois un peu plus Jélendue, je le suivrai de préférence. Cet écri-

' ïêi donoé dans le tome IV du Journal asiatique, en j8a4i un ^og eitrait de cette Introduction. J'ai revu depuis cette époque ce °^e travail, ce qui rend sufliaaninicnt raison d^ différences qu'on pourrait obaerver entre cet extrait et la rédaction que je publie au-

Lxxiv INTRODUCTION,

vain a extrait tout ce qu'il rapporte, d'un ouvrage dont il n'indique point le titre, composé par un «chérif dont le nom est Abou'IhasM Mohammed 9 jib ^Ali, et qui est ccHinu sous le surnom d'Akhou-Mohsin. Il descendait de Mohammed, (ils dlsmaîl, fils de Dja&r, et Nowaîri ne compte que cinq générations entre lui et Mohammed, fils dlsmafl; en sorte qu'il y a lieu de croire qu'il était contemporain d'Obeïd-allah , le premier des khalifes fatimis; ce qui, joint à ses liaisons intimes avec la branche des schérifs descendus de Mohammed, fils dlsmaîl , autorise à penser qu'il devait être bien instruit. Je vais laisser parler cet auteur, en abrégeant seulement quelquefois ses réflexions ^

« Lorsque le daï veut faire un prosélyte , le ^ premier et le plus puissant moyen qu'il emploie pour le séduire, après avoir fixé son attention par une dévotion affectée et hypocrite, c'est celui qui est commun à tous les incrédules et aux mécréants. De quelque religion que soit

' Le morceau de Nowaîri dont j*ai fait asage en le comparant avec Makrizî se trouve dans le manuscrit arabe de la Bibliothèque du Roi, ancien food», n" 6^7

INTRODUCTION. ixxv

celui dont il veut faire un prosélyte , il fait toujours usage de ce moyen , qui consiste à pro* poser des questions sur des choses obscures , sur le sens de certains passages de TAlcoran , sur la signification spirituelle des diverses ordonnances de la loi , et sur quelques objets qui appartiennent aux sciences physiques. Les dais choisissent, pour le sujet de leurs discours, des matières qui présentent beaucoup d'obscurité ou d'incertitude, et dont la connaissance est réservée aux savants distingués, et n'appartient qu^aux hommes dont les talents acquis ou naturels égalent ceux que possède le daï luimême. Si le daï rencontre, dans la personne i laquelle il s'adresse, un homme d'esprit, instruit , et accoutumé à la controverse , il s'accommode à ses opinions \ lui témoigne toute sorte de respects et d'égards , applaudit à tout ce qu'il dit, et s'insinue dans son esprit, en se montrant lui-même instruit dans tout ce qu'il juge pouvoir plaire à cet homme, et dans la connaissance de la religion que celui-ci professe, n en use ainsi par prudence, de peur que

* Ob Ut dans Nowuri, aJ] JL, et dans Makrizi, 4] JL, ce qui ûgniGe à la lettre, H se soumet à lui.

Lxxvi INTRODUCTION,

cet homme, devinant ses desseins, ne sème de mauvais rapports contre lui ; que ses ruses , ses artifices, et le ministère de missionnaire qu'ti exerce pour attirer les peuples à sa secte, ne viennent à se découvrir, et qu'ainsi son secret ne soit trahi. Mais si le daî rencontre un homme facile à séduire, d'un esprit simple et grossier, ii lui tient des discours propres à captiver tonte son attention : il lui dit que la religion est une science cachée, que la plupart des hommes la méconnaissent et Tignorent; que, si les Musulmans connaissaient quel degré de science Dieu a départi aux imams par une faveur toute spéciale , il n y aurait parmi eux aucune diversité d'opinions.

« A ces discours, celui à qui ils sont adressés s'imagine facilement que le daï possède des connaissances rares et profondes, et il commence à concevoir le désir de savoir ce que signifient les paroles mystérieuses du daï. Celui-ci, soit que ses discours s'adressent à plusieurs per^ sonnes ou à une seule, prend pour sujet de ses entretiens la signification de certains passages de TAlcoran, les pratiques dont l'observation est prescrite par la religion, le sens littéral et

INTRODUCTION. lxxvii

le sens allégorique des textes sacrés \ et tels autres sujets sur lesquels un Musulman bien instruit ne peut avoir aucun doute; et il parvient ainsi à persuader à ceux qui Técoutent, qu il possède un fonds de science qui peut être d'une grande utilité pour le salut de ceux qui lecouteront avec docilité. Alors il leur affirme que ce qui a causé le malheur des Musulmans ^ ce qui a perverti leur croyance, donné naissance i une multitude de sectes différentes , et établi \ Tempire des passions qui ont égaré les hommes, cest rinfidclité dont ils se sont rendus coupables, en abandonnant les imams qui leur avaient été donnés pour veiller à la conservation de leurs lois, pour ramener ces lois à leur véritable objet, et en conserver sur la terre le sens caché et la signification intérieure ^. En se refusant i suivre la direction des imams, les hommes ont voulu juger des choses par leurs propres lumières, n'admettre que ce qui paraissait droit ileur propre jugement, ou ce qu'ils avaient reçu de leurs devanciers et de leurs chefs, de

wiviii INTRODUCTION,

ces hommes qui s'attachent servilement aux rois, par le désjr des biens de ce monde, biens qui sont de tout temps la source du péché ^; de ces hommes qui sont comme les armées des tyrans et les soldats des pécheurs \ qui n^ont de désirs que pour le monde passager, et ne tendent qu'à obtenir Tautorité sur les petits, et à enlever par artifice à lapôtre de Dieu le peuple qui lui appartient, à altérer son livre, à changer les lois fondées sur la tradition venue de lui, à faire mourir ses descendants, à pervertir sa loi , à tenir avec les hommes une conduite différente de la sienne, enfin à résister opiniâtrement à ceux qui lui ont succédé dans rimamat. De là il est arrivé que ceux qui ont

* ^Vt «AJu» lo^t ^ vi^î l^oJU Uill» — La leçon que je sois «i celle d'un manuscrit de Makrizi qui fait partie de ma collection particulière. Ce paaaage est diversement altéré dans les manuflerhs de Makrixi; le manuscrit 683 de la Bibliothèque du Roi porte v5vtt ^y t (j^iJ<^ (S^^^—^' t L^ > ^^ ^^^ ^® manuscrit n® 673, G. 3 » on lit

Dans le texte de Nowaîri, on lit UiJt ^j^l^-

* aJuJlJI çj]jc\ j liiàJl «^Ur^lj — Dans Nowairi et dans quelques manuscrits de Makrizi, on lit ^LMb.^t, mais ce mot étant en

parallèle avec ^L £|, qui signifie les gardes du corps, les soldats

attachés à la personne du prince, ie n'ai point hésité k adopter la leçon ^U^t , qn offre le manuscrit de la Bibiothèque du Roi , n* 673, G. 3.

INTRODUCTION. lxxix

reçu la doctrine de ces gens-là sont tombés dans une sorte d'étourdissement et de folie, et se sont égarés eux-mêmes en une multitude d'erreurs , en les suivant eux et leurs disciples. • Ensuite , prenant le ton d'hommes sages et qui donnent aux autres de bons conseils, ils disent k ceux qui les écoutent, que la doctrine de k religion de Mahomet n est point une doctrine brillante, propre à flatter par des dehors séduisants \ conforme aux passions des hommes et aux inclinations des mortels, que toute langue puisse facilement expliquer, et qui soit à la portée de Tintelligence du vulgaire grossier ; que la religion, au contraire, est une chose difficile, et très-difficile , un fardeau très-pénible à porter, une science abstruse et profonde ; que Dieu Ta couverte de tous ses voiles ; que c'est une chose d'une trop grande importance pour être abandonnée à l'usage profane des méchants; que c'est le secret caché de Dieu, et son mystère impénétrable ; qu'il n'y a qu'un ange de la première classe, ou un prophète chargé d'une mission divine, ou, enfin, un serviteur fidèle dont

' Void le leiie de Nowaîri : ^^jiJ^ Vj ^J^isJl^ ^L> t .

Lxxx INTRODUCTION.

Dieu a éprouvé le cœur pour s'assurer de sa foi, qui puisse porter le fardeau de cette science sublime, ou en soutenir le poids. Ils disent beaucoup d'autres choses du même genre. Tout cela en impose aux ignorants : ils se persuadent que ces gens-là sont en possession de connaissances du plus grand prix , et très-avantageuses à ceux qui les écoutent; ils regardent le da! avec admiration, et tous les autres hommes au milieu desquels ils vivent ne leur paraissent plus que des impies. Mais ces discours du dai ne sont que comme un prélude : ils n'ont point d'autre but que d'apprivoiser en quelque sorte • ceux qu'il veut séduire, pour les disposer à ne point s'effaroucher de ce qu'on doit leur enseigner par la suite. C'est là le premier pas qu'on leur fait faire y pour les amener peu à peu à abandonner leur religion; c'est la base de toute la doctrine de ces sectaires, et Taiguillon qui excite la curiosité et fait naître le désir de connaître leurs dogmes. Souvent les daïs ajoutent à cela certaines questions sur des choses auxquelles ils assurent qu'on doit donner un sens spirituel, parce qu'elles ne sont qu'une espèce de représentation mimique de la vraie

INTRODUCTION ixxxi

pieic '. \ oici ([iicl([iies-unes dos questions qu'ils proposent :

• Que signifie le jet des cailloux, et la course « entre Safa et MerwaP

« Pourquoi une femme qui a omis le jeûne « et la prière, à cause de ses règles, est-elle

• tenue à réparer l'omission du jeûne, tandis

• qu^ellc ne doit pas réparer celle de la prière^?

« Pourquoi Thomme souillé par l'émission de « la semence doit-il se purifier par le lavement « de tout le corps, et cela pour une petite quan-

• ûté d'ujDie liqueur, pure de sa nature , qui est « sortie de lui , tandis que l'émission de Furine , « qui est sale et abondante, ne l'assujettit point « à cette sorte de purification?

• Pourquoi Dieu a-t-il employé sept' jours à

* Àjljjjt j (xJuLij0 V^lj — Cela pourrait signifier aussi que ces ptaiùpuâ ne sont qae comme un signe extiriear et une sorte de brevet (fmâîmiwom dans la religion. Le mot (> ^^ I » V signifie investiture, diplâane dimiesiiture; il signifie aussi comédie, représentation mimi- ^: mais je crois que cette acception est moderne. L*auteur du livre des DéfimûoHS dit que ce qu^on entend par qlJLaJ, c*est adopter wMt opimion tar taatonié d autrui, sans en examiner Us motifs, ni en porter mRJmgetneiU personnel,

* Vojex Maradja, Tableau de V empire othoman, t. I, p. i54; Chardin, Voyage de Perse, t. VII, p. 178.

* Od Ut dans Makrizi six jours.

Lxxxu INTRODUCTION,

créer le monde? Est-ce quil ne pouvait pas le créer en une heure?

« Quel est le sens de cette voie nommée sirat, dont il est parlé d'une manière symbolique dans FAlcoran ^ ?

« Que signifient les deux anges écrivains et observateurs? Pourquoi ne les apercevonsHious pas? Dieu a-t-il craint que nous ne nous élevassions un jour contre lui avec fierté « et que nous ne lui donnassions un démenti? Cette crainte Ta-t-elle engagé à établir, pour nous surveiller, des yeux clairvoyants, à appeler des notaires pour avoir un titre contre nous, et à faire consigner le tout par écrit sur du papier ^?

« Que signifie le changement de la terre en « une chose qui ne sera pas la terre ' ?

« Qu'est-ce, au vrai, que les tourments de

crois, de ce passage de TAkorao : .»^Â..^c. i f^ U«»»hJ ^^^Jj

UJJ-^*^ 3L5 I>[>oil tjiuA«,l5 — ili<î. sur. 36, v. 66.

* Voyci Pococke, Not ad PoH, Mos., p. 278; Chardin, Voymge dt Perse, t. VII, p. 46; Birghila Risal^k, p. 1 49 ; Marracci , Refia, Aie» p. 589, note sur le i" vers, de la 37* sur., et p. 781.

' Voyex Pococke, Not ad Pari. Mox., p. 274; Sale, Prriimûmuy Discourse io the Alcor. p. 1 1 3.

INTRODUCTION, lxxxui

• lenfer? Comment peut-il être vrai que la peau i des damnés sera changée en une autre peau ,

• pour que cette nouvelle peau , qui n'aura pris « aucune part à leurs péchés, soit soumise aux

• tourments de Ténfer ^ ?

« Quel est le sens dé ces mots : En ce jour-là

• il y en aura huit qui porteront le trône de ton

• Seigneur^?

• Qu est-ce qulblis, les démons dont il est « lait mention dans TAlcoran, et les qualités

• qui leur sont données? Où est leur demetu*e«

• et quelle est Fétendue de leur pouvoir ?

« Qu'est-ce que Gog et Magog ^, Harout et

• Marout*?

« Qu est-ce que les sept portes du feu et les

• huit portes du paradis ^P

«Qu'est-ce que l'arbre Zakkoum qui croît

• dans le fond de l'enfer •?

' Aie. sur. 4, v. 54; BirghUu Risal^h, p. i63.

' AU. sur. 69, V. 17; Birgh, Kû., p. 147.

* Alcor, sur. 18, y. gS, et sar. 91, v. 96.

' Umwd ti Mûnmi sont les nom» de deux anges qui ont enwigaé aux hommes la magie. Ak. sur. 9 , vers 96.

^ Air. sur. 39, vers. 71 et 78; ibid, sur. i5, vers. 43; Birgk. Hiioièk» p. 157 et 163; Anikol. tframm. ar. p. 73.

' Aie. sur. 37, ver». 63.

Lixxiv INTRODUCTION.

• Qu'est-ce que la bâte de la terre ', les

• têtes des démons \ l'arbre dont il est dit

• Varbre maudit dans TAlcoran *, le figuier el «l'olivier*?

« Quel est le sens de ces mots , ceux qui ouf

■ une marche rétrograde et ceux (fai se cachent^i

"Que signifient ces si^es, Elif-lam-mim tX » EUJ'lam-mim-sad? et ceux-ci, Caf-hé-ya-aïn-iad, * Ha-mim-aïn-sin-kaf et autres semblables*'?

• Pourquoi les cieux ont-ils été créés au « nombre de sept, et les terres pareillement? et « pourquoi le premier chapitre de rAlcoran est- « il aussi composé de sept versets?

I Pourquoi douze sources ont-elles été ou-

■ vertes''? Pourquoi le nombre des mois a-t-il

• été fixé à douze '? •

' Soir, Prrfim. Di'ic. p. io5t Marracci, it«/nl. Aher. p. Si3; liirgk. niiaM.f. il3.

' Aie. sur. 37. *m. 66.

' yl>jJI j Uj*iXt ïjjdJt— /«c, »iir. 17, y. 61.

• ftiil. sur. 95, ïpr»- 1.

' ^fSSaJl j-jUl — -lie. Mit. 81, ï. 16.

* Il »'«g:it kî iln moDograinmn qni m lraa«cnt id conmcanmrni de plusiruTs ïurelrs ér rAicoran. ri dont on igoorv le wot. VojrM OHin AnA^. Cnimm.ar. p. I9,

' i4(r. iur, 1, ïfrt. 59 ' UiiL »»r, 9, ïM». 37

INTRODUCTION. lxxxv

« lis accumulent beaucoup de questions de ce genre, afin de persuader que toutes ces choses renferment im sens profond et des mystères inexplicables; ensuite ils parient ainsi à ceux qu'ils instruisent :

« Que fait , à votre égard , le maître qui enseigne FAlcoran, la Sunna et les sens mystiques des devoirs indispensables de la religion musulmane^? Réfléchissez d'abord (sur ces questions) : où sont vos àmesP quelle est leur figure? où est leur domicile? quel est leur premier commencement? qu est-ce que rhomme, et qu est-il dans la réalité? quelle difierence y a-t-il entre sa vie et la vie des quadrupèdes, entre la vie des quadrupèdes et celle des reptiles, entre la vie des reptiles et celle des végétaux? Que signifient ces paroles de Tapôtre de Dieu : Eve a été créée d'une côte d'Adam? Que veut dire cet aiiome des philosophes, que l'homme est un monde en

' Le texte de cet endroit varie beaucoup dans les manuscrits; ra comparant rt combinant les diverses leçons, j*ai cru pouvoir le

rrstituer ainsi : ^^^^-^J aXmJÎ* qI X^JI Iju» >*^^ ij-^. ^

ikjtjjUf ^a^\jiu\ ^ et j'ai conformé ma traduction h ccttr rcstitu-

Lxxxvi INTRODUCTION.

petit, et le inonde un homme en grand? Pourquoi Thomme a-t-il reçu le port droit, au contraire de tous les autres animaux? Pourquoi a-t-il dix doigts aux mains et autant aux pieds \ et pourquoi quatre doigts de sa main sont-ils divisés en trois phalanges, tandis que le pouce nen a que deux? Poiuquoi a-t-il au visage seul sept ouvertures, tandis que, dans tout le reste du corps, il n'en a que deux? Potu^oi a-t*il douze vertèbres dorsales et sept vertèbres cervicales? Pourquoi sa tête a-t-elle reçu la forme d*nn mim, ses deux mains celle d'im ha, son ventre celle d'un mim, et ses deux jambes celle d*an dal, en sorte qu'il forme comme un livre écrit, dont l'interprétation est le nom de Mahomet (mhmd) ^? Pourquoi son port, lorsqu'il est debout, représente-t-il un elif, et devientil , quand il est à genoux , semblable à un lam,

^ Cette première partie de la question est omise dans Nowaîri.

* Voici la figure qui r^ulte de ,ces quatre lettres qui forment en arabe le nom de Mahomet o>^^ ; mais, pour y trouver Failnsion que l*on cherche, on ëcrit ce mot perpendiculairement, et on altère un peu la forme des lettres , ou peut-^tre on leur ronserre une forme plus ancienne. La voici telle qu^on la troutc en marge du manuscrit do Nowaîri :

INTRODUCTION. lxxxvii

« et quand il est prosterné, semblable à un hé, « en sorte que cela forme un livre qui présente « le nom de Dieu, ilak, (alh) ^? Pourquoi vos • os 8ont41s en tel nombre? Pourquoi avez-vous « un tel nombre de dents P Pourquoi les priii- « cipaux d'entre vos membres^ sontrib comme « ceci ou Gonmie cela? »

« ils font plusieurs autres questions pareilles d'anatomie , et parient des artères, des membres et de leurs principaux usages '. Puis, s adressant à ceux qui les écoutent, ils leur disent : « Ne ferez-vous point de réflexion sur votre propre état? n'y penserez-vous point attentivement, et ne reconnaîtrez-vous point que celui qui vous a créés est sage, qu'il nagit point au hasard^, qu'il a fait tout cela avec sagesse, et que c'est pour des raisons secrètes et mystérieuses qu'il a uni ce qu'il

' Toot€ cette question est omise dans Nowaîri.

* ^ ^ *^ tt*^t ^yA pK^my^] — Nowaîri. Dans Makriii on lit :

aam^^I ^LiLft^l, le$ membres capitaux.

' ^L^^Vt «sLu» ««^jj — On lit dans Makrizî : ôl^t «yMj (jLpl et des principales uiililés des animaux. La leçon de Nov.iîri me parait la meilleure.

* ijj\^ jfÀ — Il faut lire (^jL jf jac . Cette idée se rc- ^fouTcra dan» Texposition du cinquième degré de rinitiation

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