UesU rai, seigneur, lui répondit cet homme
->juit'eruis, lorsque l'un travaillait le jour pourg>-
. .1.1 <d \K, il arrivait quelquefois que I'od veillait
.rf. ^ lie de la nuit. Ce que je fais ici est aussi ose
hulw. • llakem se mit à rire, le laissa faire et pennit
.^uKuii de reprendre le train de vie ordinaire. Qnel-
..Miuis. trouvant, pendant la nuit, sans doute dans un
-.uip» iiu il était défendu de vaquer à ses^affaires apnf
t' .vui'livr du soleil, des rôtisseurs qui chaufljûent leun
-ui» pour v faii-e rôtir do la viande, il les disait jeta
.:j.i9 leurs fours et les y faisait brûler, l'ne nuit, ayant
iMUke uu homme qui faisait frire de la \iande dus
.iio poi-le, il ordonna qu'on lui coupât les inaios et
^a.m les jt'liit dans la poêle. • Quand donc, dit alon
.ri lioinmc, le prince d<-s croyants a-t-il appris à fain
.ic ta friture? Nous savions bien qu'il était rùli&seur.
,ii'(>ui> quand a-l-il aussi appris à frire.^ ■ Hakemst
.iiit A rire et le laissa en paix.
l u ^le M's amusements était d'écrire des billets et île ■\ X jt-ler tout fermés par les fenêtres, l'armi ces billets. i»» un» contenaient l'ordn" de donner au porteur uor iviU- Mumiu- dargi-nt. les autres de lui faire subir telle ,-u telle [Hune. Ceux qui avaient ramassé ces billets le? (Kntitientà un émir, qui exécutait re qu'ils contenaient. t 4 tiTivur que Ilakeiii inspirait ù si-s sujets était si ^■iitule, <^ii'Hlo contenait les malfaiteurs. Ce prino- li:
mm
HAKEM-BIAMR ALLAH. ccccxzv
même pnbBer une défense de fermer les portes des boutiques ou des maisons durant la nuit, promettant d'indemniser quiconque aurait perdu quelque chose. On (ait à ce sujet un conte que je rapporterai. Chacun ayant obéi à Tordre de Hakem, il se trouva qu en une seule nuit quatre cents pièces d'ouvrages furent volées à des partientiers, qui vinrent ie lendemain matin en porter leurs plaintes à Hakem. Lorsque pareille plainte lui était présentée, il se faisait apporter une statue quil nommait Ahou'lhoul (c'est le nom du sphynx); il faisait asseoir odoi qui se plaignait d'avoir perdu quelque chose, devant cette statue, et lui fidsait dire : Ahou*lhoul, j'ai perdu ceci oa cela. Un homme, caché dans la statue, indiquait alors le voleur et le lieu où il avait mis lobjet volé. Sur CCS indications, on cherchait tout ce qui avait été volé et on le rendait aux propriétaires ; puis Hakem faisait pendre les voleurs. Le fait n'est pas impossible, car, de lliumeur dont était Hakem, il pourrait bien avoir fait voler lui-même et cacher ces effets, pour donner ensuite une grande idée de sa justice, en punissant et faisant périr ceux qu'il avait employés à conmiettre ces vols. Cette sévérité produisit un tel effet , qu'ensuite on n'entendit plus parler d'aucun vol. Si quelqu'un laissait tomber une pièce d'argent, elle demeurait à la place où elle était tombée , sans que qui que ce fut osât la raïuasser, jusqu'à ce que celui à qui elle appartenait vint la reprendre. On dit qu'une personne ayant laissé tomber, à la porte de la djanii d'Ebn-Touloun , une bourse contenant mille pièces d'or.
cxccixn VIE DU KHALIFE
die y dpmeiira imp semaine entière , sans que penomtÊ osât se l'approprier, jusqu'à ce qu'eafio le propriétàn vint à passer et la reprit. Ud homme mit on joor n dépôt cbez un autre un sac qui contenait miik ptè» d*or, et partit pour un voyage. Quand il fut de retmr il voulut ravoir son or, mais le dépositûre nia Vnw reçu. Le propriétaire en ayant porté ses plaintes à Htkem, ce prince lui dit : • Teaes-vous demaio rar It
• chemin, et, quand je passerai, accostez-moi et sniva-
• moi pendant quelque temps, en causant avec moi;
■ j'afTecterai de vous écouter avec beaucoup d'attes-
■ tion, > Cela fut ponctuellement exécuté, et le dépositaire infidèle ayant vu son ami quï causait avec Ibkem, en conçut de l'inquiétude et lui rapporta sonac cacheté, tel qu'il l'avait reçu. Celuî-d en informa Hikem , qui le congédia. Le lendemain on trouva le déph sitaire infidèle pendu a sa porte, au grand étooiwiiMil de tout le monde, personne ne sachant ni pourquoi, nt comment il avait été pendu. Dans une autre <xcasion , il sacrifia la justice k une mauvaise plainaterie. On lui amena un voleur qui tenait no sac iTvgent, qu'il avait pris à quelqu'un sur le marché. •>
■ voudrais bien voir, lui dit Hakem , comment ta l'a
■ enfui quand tu as eu fait ce vol, • Le volear se mit à courir, et s'enfuit sans que personne osât le retrair. Ayant été rencontré, dans une de ses promenades nwtumcs, sur la montagne deMokattam,pardis faonuiKi bien armés qui lui demandèrent de l'argent : * Sépafn-
• vous, leur dit Hakem, en deux bandes, et combatln
HAKEM-BIAMR-ALLAH. ccccxxvii
• les uns contre les lutres ; je donnerai de Targent à celui « à qui demeurera la victoire. » Ils lui obéirent et combattirent si bien, que neuf furent tués, et qu'il nen resta qn*un seul. Hakem tirant alors de sa manche une grande quantité de pièces d'or, les lui jeta. Pendant qu'il les ramassait, il le fit mettre en pièces par ses valets de pied, et reprit son argent qu'il remit dans sa manche.
Hakem avait fidt iSBiire dans son palais un grand bassin cfoi se remplissait d'eau au moyen de machines hydrauliques. Ce réservoir était entouré d*un pavé de marbres de diCTérentes couleurs, qui représentait des oiseaux et qui avait l'air d'un tapis ou d'une natte. Dans un mur voisin de ce bassin , il fit placer une pièce de bois trèsmince qui s'avançait hors du mur, et dont l'extrémité donnait à plomb sur le bord du bassin. Alors Hakem fit annoncer qu'il donnerait 600 pièces d'argent à celui qui s'avancerait sur cette pièce de bois et se jetterait dans l'eau du bassin. L'espoir de cette récompense éveilla l'avidité de plusieurs personnes qui s'avancèrent sur la pièce de bois, et tombèrent sur le bord du réservoir où elles se tuèrent.
Hakem se cachait si peu pour commettre un meurtre, qu^un jour il descendit de son âne à la porte de la djanii de Misr, prit un de ses valets de pied par la main , le fit coucher par terre, lui fendit le ventre de sa propre naain, en tira les entrailles, puis se lava les mains et s'en alla. Quand il avait fait tuer quelqu'un , il le faisait ensevelir et inhumer, et il obligeait la famille du mort à passer la nuit auprès de sa sépulture.
ccccxxviii VIE DU KHALIFE
On avu.danssa vie, que les priocipaui officîende son empire recevaient de lui des surnoms on dlnsbonorifîques ; quand il voulait leur témoigner son mécoolentement, au lieu de faire usage de ces surnoms, il la appelait par leurs noms, ce qui leur caosaït de gnoda alarmes. Leur rendait-il leurs surnoms, c'était le signe dn retour de ses bonnes grâces.
Sa cruauté n'empêchait pas qu'il ne fût quelqoefaîs exposé à des sarcasmes piquants, comme on en a vu no exemple dans l'aventure qui donna lieu au pillage etiFiB cendie de Misr. U éprouva une injure pareille , au snjetde sa généalogie, ainsi queje l'ai rapporté précédemmeat'.
Haltem fut informé, un jour, qu'un kadhi avait fut adapter à son bonnet deux cornes de bœuf dont il donnait des coups aux plaideurs, ce qui l'avait fait appekr nattak^, c'est-à-dire cetat qui frappe de la corne. U ir manda et lui en fit des reproches. Le kadhi s'excusa nir l'opiniâtreté, la mauvaise foi et l'esprit de chicane d» plaideurs, et engagea le khalife à se trouver ïncogniloi une de ses audiences, après quoi, s'il jugeait qu'il en! lort, il en déciderait ainsi que bon luisembleraiLHikm se trouva eOéctivement à une audience du kadhi, eltt tint derrière un rideau. 11 se présenta deux plaidean. dont l'un demandait à l'autre le payement d'une toaaac de cent pièces d'or. Le défendeur reconnut la dettf. mais il demanda terme et délai, avec division de h somme en plusieurs payements. Le kadhi ordonna qw
' Vojei ci-i1ev>DI , p»ge CCLIV , noie i .
HAKEMBI AMR ALLAH. ccccxxiJi
la somme serait payée de mois en mois, à raison de dix pièces d'or par chacjue payement. Le débiteur soutenant ({u'il lui était impossible d'accepter ces conditions , le kadhi lui proposa de modérer les payements à cinq pièces d'or, puis à doux, puis à une seule, puis enfin à dix pièces d'argent par mois, sans pouvoir le satisfiure. Enfin le kadhi demanda au défendeur quelles étaient ses offres. « Je payerai , dit-il , trois pièces d'ar- « gent par an , mais à condition que ma partie tiendra « prison : car, si cet homme jouissait de sa liberté et « que je ne pusse satisfaire à mes engagements, j'aurais « à craindre qu'il ne me tuât. » Hakem demanda alors au kadhi combien il donnait de coups de corne au plaidiear opiniâtre. « Un seul, dit le kadhi. — Donnez-en « deux à celui-ci , dit Hakem , ou bien donnez-lui-en un , « et je lui en donnerai un autre. » Cela fut exécuté, et Hakem se retira et approuva la conduite du kadhi.
Terminons par le portrait de Hakem , tel que le trace Sévère d'Oschmouneïn. « Ce prince avait l'aspect aussi terrible qu'un lion , ses yeux étaient grands et d'un IjeiLjfimbsttai , on ne pouvait soutenir son regard , sa voix était forte et effrayante. Son caractère était la bizarrerie et l'inconstance jointes à la cruauté, et l'impiété unie à la superstition. Il adorait, dit-on, d'une manière spéciale la planète de Saturne, et croyait avoir des conférences avec Satan. On assure que dans le cours de son règne 18,000 personnes furent victimes de sa férocité. » Tel est cependant le dieu que les Dnizes adorent depuis plus de 800 ans !
EXTRAIT DE NOWAIRI