DIEU. DIVINITÉ DE HAKBM
Dieu est un , et il est le seul être qui doive être adoré.
Sa divinité est incompréhensible et ne peut être définie.
Il s'est manifesté plusieurs fois aux hommes sous une forme humaine, semblable à la leur.
Dans la dernière de ses personnifications il a paru sous le nom de Hàkem, et il a fait des actions extraordinaires , remplies d'une profonde sagesse.
Depuis la disparition de la figure nommée Hakem, il n'y a plus d'autre manifestation ou personnification de la divinité c^ attendre, jusqu'à l'époque où Hakem doit paraître de nouveau parmi les hommes, pour faire triompher la religion unitaire et punir les incrédules.
être plus ou moins éloignés les uns que les aulret de la vérité, de même que, quand on parie, on peut parier plus ou moins.
La troisième classe comprend ceux qui confessent l'unité du Seigneur dans leurs cœurs; qui , dans leurs esprits droits et dans leurs intelligences, ledégagent de toutes qualités; qui ne conçoivent point son unité sous le rapport de l'aspect et des figures, ni sous celui de certaines paroles ou d'une certaine définition, mais confessent son unité par une simple pensée droite et affirment la i^alité de son eiistence, éloignant de lui et rejetant tout ce que le* hommes des deux premières classes imaginent, et écartant en même temps de lui toute idée de oosexistencc.
Suivant les livres des Dnizes, il y a deux écaeib à éviter dans l'idée que l'on se forme de l'unité de Dieu, et la manière dont on la conçoit. Ces deui écueils sont ordinairement exprimés par les mob teschbih et tatil. Le premier signifie comparer, assimiler, et, en matière de théol(^ie, imaginer ou admettre quelque ressemblance entre Dieu et les êtres créés, c'est l'anthropomorphisme ; le secood signifie dépomller, et, lorsqu'il s'agit de Dieu, nier en lui l'existence d'aucun attribut comme incompatibip avec son unité. Ce fut cette doctrine qui fit donorr aux Motazales, ou du moins k quelques-unes drs
MiBirfiM
sectes entre lesquelles on subdivise celle des Motazales, le nom de Moattihun ^
Il est facile de reconnaître, par ce quon vient de lire, que les Druzes ne sont pas éloignés de la doctrine des Motazales, en ce qui concerne les attributs de Dieu, quoique leurs écrivains prétendent être exempts de Terreur qu'ils nomment tatil, et qui peut être considérée comme Texcès de la doctrine des Motazales. La plupart des Motazales soutenaient qu'il n v avait point en Dieu d'attributs distincts de Fessence , que Dieu était puissant, sage, juste, etc., non par puissance, sagesse, justice, mais par son essence fet cela , parce qu'ils craignaient que si Ton admettait en Dieu des attributs co-éternels, ce ne fût admettre plusieurs dieux. Nous avons vu de même Moktana assurer que la confession de l'unité du Seigneur consiste à rejeter loin de lui tous les attributs des êtres créés, les esprits sains et éclairés convenant, ajoutet-il, que l'attribut est une chose différente du sujet, et le sujet une chose différente de l'attribut.
Les Druzes sont si éloignés d'admettre les attributs en Dieu, que l'intelligence, la volonté, la justice, la parole, etc., sont, dans leur système, des êtres créés, les ministres de Dieu, ses premières productions, comme on le verra par la sui»p.
^ JLki^ ~- Voyez mon Introduction, page fiii.
\ti EXPOSÉ
Il est assez difficile de comprendre comment, après cela , ils soutiennent que leur doctrine n est point infectée de Terreur du tatiL Je crois cependant que cela signifie que, quoiqu^iis n'admettent point en Dieu la puissance, la justice, la sagesse, comme des attributs, ils reconnaissent néanmoinf que Dieu est juste, puissant, sage, par son essence, à ta manière des Motazales; car je ne crois point qœ l'on puisse supposer qu*ils pensent , à ce sujet , comme les disciples d'Aboulhasan Âschari, dont ropinion, aujourd'hui généralement suivie par les Musulmans, consiste à admettre en Dieu des attributs distincts de son essence, en s'abstenant néanmoins d aucune comparaison entre lui et les choses créées.
Les E)ruzes ont encore Kfianrniin d'affinité mir^e
les Motazales en ce qui r#^i^r#»rnp la ^fytrinii au libre arbitre , comme nous le verrons ailleurs.
Enfin, presque tout leur système religieux est dérivé de la doctrine des Schiis, et la plupart des Schiis sont en même temps Motazales.
Mais ce qui est particulier aux Druzes, c'est que» tout en admettant en Dieu la divinité unie k Yhumanité, ils distinguent son humanité divine, de cette figure sensible sous laquelle les honmiesle voient.
Je terminerai cette section de l'unité de Dieu pu* un passage tiré d'un écrit de Hamza , et qui pourra
jeter quelque jour sur le système des Druzes par rapport aux attributs de Dieu.
Je dis donc, c'est Hamza^i parie \ par la grâce et avec le secours de Notre-Seigneur, digne de louanges, que le Seifpieur ne peut être compris sous aucun nom, sous aucun attribut; niM)us aucunne^^gresskn. Je ne dis point de lui ï ancien^ ïitemel, parce que Yanden , Yétemel, sont des êtres crées , et que le Seigneur^ très-haut, dont le nom soit Confié, est celui qui leur a donné letre et lexistenco. La véritable nature de sa divinité ne peut être saisie ni par les imaginations, ni par les sens. On ne peut le connaître par la raison , ni par le raisonnement. Il na aucun lieu certain dans lequel il soit contenu, à l'exdusion des autres lieux , et de telle manière qu il soit absent de partout ailleurs. Il n'est aucun lieu où il ne soit pas, autrement cela indiquerait en lui un défaut de pouvoir. Il n'est ni premier, ce quirenfisrme l'idée d'une relation avec un dernier, ni dernier, ce qui suppose un premier. Il n'est ni extérieur, ce qui renferme une idée nécessaire de relation avec
' Pièce XIII du recueil.
* Ici et un peu plus bas où j*ai traduit le Seigneur, il y a dans le texte Albar. Albar est, comme on le verra bientôt, le nom de la première figure sous laquelle a paru la divinité. Hamia venait de dire que , lors de la production de YlnieUigence , il n existait rien antre cbose f\\kAlhar, c'est-à-dire la première personnification de la divinité.
quelque chose d'intérieur, ni intérieur, puisqu'il Eiudrait qu'il fût caché par quelque chose d'e\térieur; car tous ces noms entrdnent nécessairement une idée de corrélation avec quelque autre être. Je ne dis point de lui qu'il a une âme ou un esprit, puisqu'il aurait quelque ressemblance avec les êtres créés, et serait susceptible de plus ou de moins. Je ne dis point qu'il a un volume', un corps ^ une masse, une figure, une substance, un accident, parce que toas ces noms entraînent nécessairement un rapptnt avec six limites ou termes, qui sont : le dessus, le dessous , la droite , la gauche , le devant et le derrière. Or, toutes les choses qui peuvent être dénommées par un nom qui indique relation ont besoin d'une autre chose avec laquelle elles soient en relation; ces six premières idées exigent nécessairemeot six idées corrélatives , et ainsi progressivement, sans fin et sans bornes ; mais le Seigneur très-haut et digw de louanges est bien élevé au-dessus des nombres el des êtres pairs ou impairs. Je ne dis pas de lui qu'3 est une chose, car il serait sujet à la destruction. Je ne dis pas non plus qu'il n'est pas une chose, car il serait un pur néant. Je ne dis pas qu'il est nr
' Le terme de l'original ,^JB aïgnifie tonle cbo»e corpotA^ forme obsUcle «u rayon visuel.
* Le mol :ff^ qu'on lit ici signi&p toul ce qui Ibnnc uor [cmvnence lur une surface quelconque.
une chose , car il serait porté sur elle ; ni dans une chose, car il en serait entouré; ni dépendant d'une chose, car il se serait réfugié auprès d'elle. Il n'est ni debout, ni assis, ni endormi, ni éveillé; il n'a point de semblable; il ne s'en va point, il ne vient point , il ne passe point ; il n'est ni subtil , ni grossier, ni fort, ni faible. Notre-Seigneur, digne de louanges , est exempt d'analogie, avec quelque nom, attribut, genre, expression ou chose que ce puisse êti*e. Je dis donc, et cela par nécessité, mais non par une expression véritablement exacte , qu'il est le créateur de toutes choses , que c'est lui qui leur a donné l'être et qui les a formées, qu'il a produit de sa lumière les choses soit universelles, soit particulières; que toutes choses retournent à sa puissance et è sa grandeur. La véritable nature de sa divinité ne peut être comprise que sous une figure formée par l'imagination , mais non véritable et substantielle. Mai$ il nous a ùlt voir le voile sous lequel il est caché, et le lieu duquel il nous parle, afin d'être adoré sous la forme d'un être extérieur et sensible, le tout par miséricorde et par bonté pour les honunes. Le culte et Tadoration sont dus , en tout siècle et dans tous les temps, à ce lieu que nous voyons , que nous apercevons , dont nous entendons les paroles , et à qui nous parlons.
Le voik, le lieu, dont il est question à la fin de ce
passage , c*est la forme humaine de Hakem sous hquelle la divinité se manifeste. Je reviendrai là* dessus dans la section suivante.