II. Noms et fonnoles qu'on doit employer eo periiat
de Hakem.
Suivant la doctrine de Hamza, aucun nom, aacune définition ne convient à Hakomi ; ce n est que par nécessité et pour se faire entendre, qu'on emploie, en parlant de lui, les expressions usitées pannî les hommes. Mais rien ne devait paraître plus contraire à l'idée que Hamza et ses sectateurs avaient ou feignaient d avoir de Hakem, que le nom qQ*y avait pris en montant sur le trône. Ce nom, Alhakeni'biamr-aUah, signifie celai qai conunande^ fii juge, qui ordonne conformément à tordre dé Di'eo, et ne pouvait convenir à mie personnification de la dirinité unie à Thumanité. Aussi Hamza \ substitue-t-ii cet autre nom Alhakem-bidliatihi, qui veut dire celm (jui commande par son essence, et il enseigne que k nom Alhakem'biamr-allah a la même signification. \ parce que le premier mot Alhakem (celai qai com- I mande) indique l'humanité, et allah Dieu, la divinité. Qui vous a appris ', dit Hamza, la véritable nature de Hakem et pourquoi il (Notre-Seigneur) ne porte le nom de Hakem que sous cette figure, et
dance ainsi établie entre la 1 1* année de Tèrc do Hamu et la 7' de son absence, il faudrait savoir si , dans le calcul de Moktana , Vkt de Haniza et celle de Tabsencc partaient du même mois : c'est et que je ne saurais assurer.
^ Pièce IX du recueil. Cette formuie. Qui vous a appns? ^>.— ^ cSllj^l, est empruntée de TAIcoran, cl signifie rotu itfnorr:.
DE LÀ HELIGION DES DHUZËS. 125
non sous aucune des autres formes qu il a prises (dans les siècles précédents ), tandis qu un de ses serviteurs, le kadhrikodhât (ou juge suprême), Ahmed, fils d'Awwam, est, par sa place, Hakem de tous les Hakems ( c est-à-dire, j 0^6 de tous les juges)? 11 faut que tous les unitaires qui ont de Tintelligence connaissent la signification mystérieuse de ce nom , le vrai sens de Hakem, et de ce titre Alhakeni'biamr-aUah. Hamza établit ensuite que le nom allah peut être considéré sous trois rapports, ou simplement comme un mot composé de divers éléments de la parole , ou comme 1 être à qui ce nom appartient, ou comme celui qui est désigné, d'une manière emblématique, par fêtre auquel ce nom appartient ^ Comme mot, allah est le dal suprême, Khatkin*^; comme sujet
* Dans un nom, tel quAdam, notre auteur distingue, i* le mot lui-même, abstraction iaite de U personne à laquelle il sert de nom , et du sens qu il a dans le langage; 2*" le sujet auquel il s applique comme nom propre , et qui est le premier homme; 3* le sens de ce mot, abstraction faite du matériel du mot, et du personnage auquel il Inappliqué comme nom propre : le sens ici est rouye ou roux. De même, dans Cicero, il y a i' le mot détaché de toute idée; 2** 1« sujet dont ce mot est le nom propre ou le sobriquet, Marcus TuUiiu ; 3* le sens, à savoir an homme qm a sar le visaye une Irntille en fonnt de pois chiche.
* Hamsa fonde cette explication du mot ailah sur un texte de T Alcoran (sur. 3, v. 1 7] où on lit : IHeu appelle ^ Jo ^\ It* hommes an séjour (le la paix. Puisque Dieu appelle, le mot Dieu est donc le nom d^un dai, car daï j\^ signiiic celai qui appelle. Xinsi par (Heu il faut entendre le daî suprême Khiitkin; dans un sens pins relevé, Dieu si-
nommé par ce mot, cest Timam ou Hama; maii. comme sujet désigné d*une manière emblématique, c est Notre-Seigneur.
Ici, dit Hamza, le vrai sens et la véritable signi-
iication de ce mot, cest le Seigneur ; cest ie
créateur du nom et de la chose nommée ( c est-idire , du dai et de Timam ) , la divinité de Notre- Seigneur qui ne peut être comprise , qui envdojqpe les quatre éléments spirituels ( ce sont quatre ministres), sans avoir rien de commun avec eux. Par aU il faut entendre la divinité de cet (être) universd qui est caché à nos yeux^ Notre-Seigneur n*est point séparé de son humanité ; les œuvres qu*elle fait soot les œuvres de cette divinité qui nous est cachée, et les paroles qu'elle profère sont les paroles de cette même divinité. Il ne sépare point la divinité de rhumanité; mais cest vous qui ne pouvez pas k voir, et qui êtes incapables de comprendre sa véritable essence. Par AUmkem il veut dii*e celui qui i une souveraine autorité sur tous les nateks, asis. imams et hoddjas , qui les soumet tous à sa puissance et à son empire. Ils sont les serviteurs de son règne.
gniGc Hamia, le chef de tous les ministres qui participent à U fct*. tion d'appeler \es hommes à la religion unitaire; mais, dans unsea» mystique, le mot Dieu s'applique à Hakem lui-même, comme personnification de Notre-Seigneur. Voyez ci-après, p. i34, note i
les esclaves de son empire. Pour lui il est AOiakembidhatiki (celui qui domine par son essence). Son essence, c'est sa divinité. Louange à celui qui commande par lui-même et non par les ordres d un autre qui lui intime ses ordres ou ses défenses.
Cette expression Àlhahem-bidhatiki se trouve plusieurs fois dans les écrits de Hamza, et lauteur des gloses , fidèle aux mêmes principes , remarque, sur un endroit où Hakem est nommé Alhakem-hiamr'aUak^ que Hakem désigne fhumanité et aUak la divinité'.
Hamza enseigne encore, en divers endroits, qu'aucun des titres que Ton a coutume de donner à Hakem ne conviennent à sa majesté, et qiuls n*indiquent tous que ses mmistres et &es serviteurs.
Quant aux dignités ^ extérieures ou mtérieures (c est-à-dire temporelles ou spirituelles), qui appartenaient au natek ou i\ lasas, Notre-Seigneur, dit-il , les a données à ses serviteurs et à ses esclaves. Tels sont ces titres, possesseur des deux autorités^ des deux surintendances, des deux majestés, des deux excellences, des deux limites et autres semblables ^. il en
* Voyez la pi^ce x.\ix du recueil. Lauteur des glose» pour indiquer que Hakem ^tS:s\JX signifie Vhamanitè, et aUah AM* la divinité, \/^^ a écrit en encre jaune un ^j sur le premier mot et un J sur le se- ''^ cond ; le ^ veut dire o^UJt , et le J ent le sigle de i^^^] .
' Pi^ce VI du recueil.
■' Voiri le texte : ^IT ^J' *À kUl^ •^LUl: o^^f Ul
a usé ainsi , pour désigner par le sa connaissancf et la confession de son unifé. H a voulu faire connîdtre aux hommes intelligents et sensés, qnll a transféré à ses serviteurs toutes les dignités dont jouissaient le natek et l'asas, et que, pour lui, mcun nom, aucune dénomination ne lui sont applicables. Et toutes les fois qu'on lui applique qudqoe nom, comme ceux-ci, Imam, Saheb-alzéman, Éadr-dmowménin et Maulana, tous ses noms ne convienoent ^ qu'à ses serviteurs. Quant à lui, il est trop éleré d trop grand pour être mesuré , défini ou décrit. Ce n'est donc que par métaphore et non dans un sens exact, par nécessité et non par appropriation, que nous disons de lui Émir-abnonménin, nous conformant ainsi aux titres et aux qualifications de d%nité< qui sont employés et usités par tous les hommes. Si nous nous exprimions autrement, on ne comprendrait pas de qui nous voudrions parler, et ifs cœurs des hommes aveugles ne pourraient saisir Ir sens de ce que nous dirions; mais cet être, d^gnf
Je pense qu'on donnait ces titres aux personnes qai rvanisnieei les fonctions de (hnldoâi ou grand daï, à celles de ktufknkoJkat »t kadlii suprême.
de louange, iia rien qui lui soit semblable; il est le très-haut et le tivs-grand.
Les plus excellents, dit ailleurs Haniza\ des noms (de Dieu) qui se trouvent dans TAlcoran, de Taveu de toutes les sectes et de tous les partis, ce sont ces deux noms Allah et AIrahmam : ces deux noms cepen- A^ dant indiquent le daï du Tenzil et celui du Tawil.
m iimmJL«mi I II ■! ■■ ■ - ■ wii ■ tuai, Il II,, j uni miim ■ i iwirn i
Et plus loin il dit : Lorsque qudques-uns d'entre vous appellent Notre-Seigneur Saheb-alzéman, Imamaizéman, Kaim-alzéman, fVéU-alzéman ou Khalifet-allofcp ou, ce qui est la même chose, le nomment, comme vous faites, AOiakem-biamr'aUah, ou bien emploient ces expressions, Selam allah aleihi (la paix de Dieu soit sur lui ! ) ou Salau^t allak aleîhi ( les fa*
veurs de Dieu soient sur lui! ) , tout cela est se
rendre coupable de polythéisme envers lui, se laisser aller h la coutume, et suivre les antiques erreurs qui sont demeui'ées enracinées dans les cœurs.
C'est en suivant ces principes que le ministre Ismail, fils de Mohammed, Tcmimi, dans son cantique, intitulé Cantique de l'dme^, dit en parlant de Hakem : On le nomme Imam, mais Vimam est son serviteur.
Mais, parmi les noms donnés à Hakem, il en est un dont Tusage est «'uitorisé par llam/^'i : c'est Al-
* Pi^ IX du rerueil.
- Pièce XI. du recueil.
haîm^. Ce nom est commun à Hakem et à Hama. mais avec cette difTérence qu'en parlant de Hakem on doit dire avec l'article AOiaîmf et en parlant de Hamza Kaîm-ahéman, Alkaïm signifie proprement celai qai se lève, qui se tient debout; mais» dans on sens métaphorique , il veut dire celui qui se lève jHmr commander, qui exerce l'autorité. Ainsi on peut traduire Alkaim par le Commandant, et Kàtm-ahémn par le Commandant de ce siècle.
Hamza, après avoir établi sur quelques passif de TAlcoran, qu'il interprète d'une manière forcée, que le nom Kaïm est employé en pariant du Seigneur, ajoute^ : Notre-Seigneur est appelé Atkàim (il avait déjà dit auparavant: le Seigneur est nommé Alkaim, ce qui est aussi le nom de son serviteur) parce que, lorsqu'il a commencé à se manifester au monde sous l'apparence de la royauté et d*une chair humaine ' , dans le temps des nateks , auteurs des lois chargées d'observances légales et infectéesde polythéisme, il a commandé ^ aux hommes avec force et puissance, il a établi sa vérité, c'est-à-dire, en
' Les Ismaêlis donnaient au i 2' imam les noms d* Alkaim, lirait «t Hoddja, Voyez Abuy. Annal. Mosl. t TT, p- 3 33.
* Pièce ui du recueil.
' Voyez ri devant, p. 71.
' // a commandé Kama ^[3 , et plus bas i7 a èlahli Aei«a ym\J' Ces doux mots appartiennent à la m^me racine que Knim.
cet endroit , sa justice ^ , pour les unitaires , et il a jeté les fondements de la religion de Tunité dontTédifice sachève de notre temps par sa volonté. Si quelqu'un dit : Pourquoi le Seigneur porte t-il le même nom que son serviteur, et quel est le mystère de cela? nous lui répondrons, avec le secours et la grâce de Notre-Seigneur, que tous les noms par lesquels le Seigneur est appelé , «oit <j|ang Vj^}- '* ^ "' coran, soit aUleurs , sont les nppas, de ses serviteurs et de ses ministres. Le plus excellent de ces noms, dans IVVlcoran, c*est Allah. Ce nom, quant à Texterieur, est formé de traits et de lignes créées ; quant à Tintérieur, il dési^pie des ministres humains et
&vorisés des srâces du Seiimeur. Son extérieur est un nom , son intérieui* est une chose nommée. Mais rÊtre adorable est différent de lun et de Tautre; c*est lui qui est le véritable sens, c'est la divinité de Notre-Seigncur qui est digne de louange et audessus de toute description. Mais les serviteurs (c'est-à-dire les honunes) n'étant pas capables de regarder l'unité de leur Créateur, sinon sous un point de vue conforme à leur nature '^, et sous leurs
' Lajasiicr est un des noms sous lesquels on désigne la religioa unitaire. Ces mots, àJs^ ^Ut, sont empruntés de VAlcoroH, sur. 3, vers. 19. Voyez ri -apr^s, p. 1 34, note 1.
figures charnelles, sa sagesse el sa justice Toot obligé à se faire appeler de leurs noms, afin qu'ils connussent une partie de ce qu*il est réellenient^ Mais dans ce nom Alkàim il y a une signification suhtile, que les yeux des hommes aveugles n aperçoivent pas : car il n*est permis à aucim des unitaires d^appeler Notre-Seigneur Kaim-ahéman, parce qof son nom est Alkaim avec un éUf et un lam. Il n et pas plus permis d'appeler son serviteur Alkàim : i faut retrancher IVIî/* et le lam, et dire Kaim-alzémoM. et cela, parce que le mot Kàim est composé de qnatrf lettres, ce qui est aussi le nombre des lettres du mot allah. Or allah (comme mot) c*est le daî; allak, je veux dire dans sa signification , c'est Vimam^ mot composé aussi de quatre lettres. Le daî, Tiniam, alUk. tous sont des serviteurs de Notre-Seigneur le so^Iv^ rain , le savant Hakem ^, dont le nom soit glorifip. Les deux lettres élifei lam, qui sont de plus dans If nom de Notre-Seigneur, et qu il ne convient point d*ajouter dans le nom de son serviteur, indiquent qu'on ne doit admettre la ressemblance d'aucun être avec lui ; car ces deux lettres élif et lam forment
J ai traduit ailleurs le ckef^ le jovonl, le souverain (ci-devant, p 77. noie ? ) : ici je pr6(^re considérer ^j&aUl comme nom proprr
aussi la particule négative la (non) ^ : c*est-à-dire, iln*y a rien qui lui soit semblable parmi les êtres créés, et il n'y a personne qui partage avec lui la puissance et la perfection. Quant à son serviteur, on le nomme Kàim, c'est-à-dire, celui qui est à la tête des ministres de l'unité; il n'a ni puissance, ni perfection, niais il a besoin d'être secouru de Notre-Seigneur, et d'être fortifié par la perfection de celui qui est digne de louange et au-dessus de toute description. Alkaim, composé de six lettres, c'est l'être adorable; Kaïm, composé de quatre lettres, c'est le serviteur. On observe cette même différence de deux lettres entre le mot abd, serviteur, et mabond\ l'être adorable. Abd n'a que trois lettres et mabood en a cinq. Les deux lettres que ce dernier mot a de plus que le premier sont le mim et le waw. Le mûn vaut numériquement &o et le waw 6. Cela indique que tous /^ v les ministres, qui sont au nombre de quarante-six, et qui sont teflhinistrês de l'imamat et de la confession unitaire , appartiennent à Notre-Seigneur le souverain, le savant, Hakem , et non à son serviteur, qui est h la tête de ces ministres. Ces ministres sont
^ En iotervertisiant Tordre des leUret, «i J I , qui est Tartide déterminaiif arabe, devient identique avec Tadverbe négatif /a Y mm. Os explications cabalistiques, si commîmes dans les écrita des Juifs, sont aussi d'un usage fréquent dans les livres des Drum.
' AM jy^c serviteur; malwud 2^m^^, adoré et adonàU.
/V^S l rinleUigence , l'Ame, la Parole, le Sabek (le Précédant), puis douze hoddjas, le Tali (le Suivant (ait partie des douze hoddjas) , et trente dais, ce qui Eût en tout quarante-six ministres ^ de Notre-Seigneur, le souverain, Hakem, le très-haut, et c*est lui qui a donné la force au chef de tous ces ministres, c*est-i> dire à leur imam. C est pour cette raison et ce mystère, que Notre-Seigneur est nommé Alkaùn. Qu*il soit loué et que son nom soit exalté , comme rejetant toutes les dénominations et les qualifications! Quelque précise que soit la défense faite ici de donner à Hamza le nom d'Alkaim, réservé exclusivement à Hakem, cependant, dans un écrit sans date , qui n*est pas de Hamza, mais qui doit être antérieur à la disparition de Hakem , à qui il a été présenté, on trouve deux fois Alkaîm pour désigner, suivant la glose, Tlntelligence, c'est-à-dire. Hamza. On pourrait croire que c est une faute dans la glose, mais rien n'est plus commun dans les écriU de Béha-eddin, et en général dans tous les écrits postérieurs à Hamza. On lit dans un traité anonyme et sans date , mais certainement postérieur à Hamza - : O société des unitaires, qui faites profession de (Toire à Tunité de Notre-Seigneur Hakem, et qui
* Ailleurs Hamza compte cent soixante-quatre ministres. Sans doute il exclut ici les ministres infthîeurs au rang de Haï.
* Pi^i'c xLi du recueil.
reconnaissez Tiniamat de son serviteur Alkaim
Béha-eddin dit de même de Hamza qu*il est Timam, le directeur, Alkaim ' ; il dit, en parlant de lui-même, qu'il s*approchc de Notre-Seigneur Hakem , par l'entremise de son fidèle ministre Alkaim^; ailleurs il appelle Hamza, Alkaim, le Seîd, le directeur, le Messie^. Enfin, cette expression revient ft-équemment dans les écrits de Béha-eddin.
Le nom d'imam est aussi donné à Hakem par Hamza lui-même, qui termine un éloge magnifique de Hakem par ces mots, Notre-Seigneur, Ylmam Alkaîm, AOtakem-biamr'allah *, passage ou , ce qui est remarquable, il ne dit point Alhakem-bidhatilii,
Mais ce qui me semble plus étonnant et même inexplicable dans la théologie des Druzes, c'est qu'un écrivain druze, qui n'est autre, je pense, que Béhaeddin , dans un écrit daté de la quatorzième année de Hamza, après avoir nommé Hakem, ajoute cette formule ^ : La paix de Dieu soit sur son nom! H l'emploie aussi deux fois après avoir nommé Alkaim ^; mais, dans ces deux endroits, on peut douter s'il parle de Hakem ou de Hamza. Peut-être était-ce
* Pièce XLViii du recueil.
* Pièce XLix du recueil.
* Pièce Li du recueil.
* Pièce \xix du recueil
* Pièce xLii du recueil.
* Ihid.
m EXPOSÉ
un ménagement ou une sorte de concession que faisait Béha-eddin , en écrivant à des unitaires qui ne connaissaient pas à fond la doctrine de Hamia.
lU. Marques de respect avec lesqodles ceux ^ui se présealaieil devant Hakem devaient s'approcher de loi.
On a déjà vu, dans le paragraphe précédent, qpt Hamzajiédarait coupable depolYthéisme eeluijiiii, en parlant de Hakem , se servait de cette formule : La pgiajde Dieu soit sur Inil II interdit encore d'une manière plus positive Tusage de cette même formule, dans une lettre qu*il adresse à Abd-alrahim, fils d'^yas, que Hakem avait désigné pour son successeur, et dont nous avons parié dans la Vie de ce prince. Après lui ayflirinterdit de se qualifier dorénavaut de cousin patemelde témir des crqyarUs, û ajoute : Vous ne devez pas' non plus dire à Taveiiir, soit en écrivant, soit en pariant, la paix de Diea soit sur bû! puisque Dieu ( AUah) est son serviteur, et que vousmême en êtes la première lettre (c'est-à-dire, suivant la glose, le premier sur qui tombe le nom de Diea. comme dans ce passage de l'Alcoran : Dieu atteste K etc.)
* C est un texte de la 3* snr. v. 17, qui est commenté par Hamu Voici le texte de ce passage : «Jcj^L «^ Jfl <Jî V <j\ m\ o^
^.J\ ol (t^ >^(y Vf Jt y iuaJ[^ UP-lï ^\Jj\j ^JlwVt m\ oOfr, c>9t-à-dirc : cDieu a attesté qu*il iiMi poiat I de Difu sinon lui, et les anges, ain5i que ceux qui possM^tit la
Ce n*e8t point la paix du serviteur qui doit reposer sur le Seigneur, mais bien celle du Seigneur qui doit reposer sur le serviteur.
ïjfitre les choses qui, suivant Hamza, rendent coupable de polythéisme contre Hakem , et qui sont contraires au respect qui lui est dû, sont comprises les actions suivantes : Présenter un écrit à sa divine majesté sans bien en comprendre le sens; lui demander des richesses sans en avoir besoin, ou une augmentation de bienfaits sans nécessité; lui
« science (ont pareillement attesté cela) ; il maintient l'équité : il n y ■ a point de Dieu autre que lui, le puissant, le sage. La religion, « aux yeox de Dieu, c'est rislaoïisme. »
Hamta commente aussi ce tcite de TAlcoran :
« Dieu, c'estrà-dire Mahomet, a attesté.; qu'il, il indique Notre-
• Seigneur, dont le nom soit gloriGé; n'est point de Dieu sinon lui,
• c'est-à-dire la divinité de Notre-Seigneur, dont le nom soit glorifié;
• et Us anyts, c'est-à-dire les boddjas; ainsi que ceux qui possèdent lu « science p c'est4-dire les dais; d maintient Viquiti, cest-ù-dire il est « haut, élevé au-dessus de tous les nateks, les délégués et les imams, « par la doctrine de l'unité qui est V équité. Il n'est point de Dieu sinon
• lui, le puissant, le sage. C'est Hakem, dont le nom soit glorifié. Il « (Mahomet) a prononcé que Notre-Seigneur, dont le nom soitglo- « rifié, est celui qui traitera chacun selon ses mérites, le Moéxz^
• l'Azis, le Hakem, dont le nom soit glorifié, qui se montre à nous
• sons telle figure que hon lui semble, et comme il veut La religion
• aux yeux de Dieu, c'est t islamisme, c'est-à-dire ils (les unitaires) c ont abandonné leurs affaires au Seigneur digne de louange, et ils « ont acquiescé à ce qu'il a ordonnné. Ce sont eux qui sont vraiment «les Musulmans, qui croient en lui, qui confessent son unité en
• If reconnaissant pour Dieu, et avec sincérité. »
adresser ia parole ou l'informer de quelque nouvelle, sans en avoir été chargé de sa part.
Mais on ne trouve nen de plus détaillé sur les témoignages de respect dus à Hakem que ce que Hamzai prescrit à Âbou^Âbd-allah Mohammed, fils de Wahab, dans les provisions qu'il lui adresse de b place de troisième ministre^. Ne vous présente! point, lui dit-il, devant sa majesté qu*il ne vous ait demandé. Ne lui adressez point une seule parole sinon après qu'il vous aiua interrogé. Vous réciterez la formule que je vous ai prescrite dans vos premières lettres de provisions^. Vous direz d*abord tout bas , et sans que cela paraisse : Akélam (ia paii). Que la paix vienne de toi, ô Nptre-Seigneur, que la paix retourne vers toi; c'est à toi que convient par excellence la paix; ta religion est le séjour de la paix. Tu es béni et exalté, ô Nôtre-Maître, trèshaut, à qui appartiennent la gloire et l'honneur. Vous réciterez cette formule de prière jusqu'au bout. Vous ne lui ferez point de questions avec importunité; vous ne hausserez point la voix, vous ne remuerez point les mains, vous ne ferez aucun signe avec les yeux, vous ne lèverez point la tête en pariant.
^ Pièce XXI do recueil.
' Suivant la glose dans la hniii^iM, c'est-à-dire en 4o8 : cf> lettres ne se trouvent point dans le recueil des Druzes.
La formule de salutation prescrite ici est précisément celle qui se trouve dans la réponse à la 54* demande du formulaire.
Il est encore question , dans le recueil des Druzes , de différentes ordonnances rendues par Hakem , au sujet des formalités que fon observait en s'approchant de lui. On y voit qu*il avait défendu de l'appeler Maulana (Notre-Seigneur), de baiser la terre en sa présence, de descendre de cheval à sa rencontre; qu il avait supprimé 1* usage des rocoab, c'està-dire des marches solennelles où tous les officiers du palais montaient à cheval, pour accompagner le khalife et lui faire cortège ^ ; qu'il avait ordonné que tout le monde se rangeât du côté droit seulement, quand on venait pour le saluer; que tous ceux qui lui présentaient des requêtes pour lui exposer leurs besoins eussent soin qu elles continssent un nombre de lignes impair; que tous les dons tirés de ses tré* sors fussent en nombre impair; que le nombre de ceux qui étaient admis à l'audience de sa majesté fiit aussi impair ; que l'on ne parût pas devant lui , hommes et femmes, en même temps; enfin, que chacun observât le nombre impair dans toutes ses actions et ses paroles. Toutes ces ordonnances renferment, suivant les écrivains di^uzes, des allégories relatives €^ la religion unitaire; toutefois, comnit*
' Vih'v I flti recueil.
elles n'étaient pas pi'escrites enclusiYement aux initiés à la doctrine de Hamza , mais communes à tous les sujets de Hakem , elles n*ont pas un rapport dii*ect avec Tobjet dont nous parions. D'ailleurs, elles appartiennent à des époques diverses, et il en est plusieurs qui ont dû être rendues avant f époque où il lui prit fantaisie de se &ire passer pour Dieu.
rV. Rapports de parenté avec Hakem.
Hamza, conformément à Tidée qu*il donne â ses disciples de Hakem , répète , en divers endroits de ses écrits, que Hakem est trop jsaint et trop pand pour qu'on lui attribue une femme ou des enfants, et qu'il n'a aucun rapport de parenté avec ceux ouï croient être ses parents. Mais il ne se borne pas i ces expressions généi^es : il défend à ses sectateurs de dire quAzîz est père, et Ali, fils de Hakem. Gardez-vous bien, leur dit-il *, que quelqu'un de vous aille dire que Notre-Seigneur est fils d'Âzîz, ou père d'Ali : car Notre-Seigneur^ digne de louange, est toujours le même, en tout temps et en tout âge.
Dans une lettre adressée àKhomar, fils de Ejelsch, lettre qui est sans date , mais qui n'a pu être écrite que du vivant de Hakem , Hamza menace Kbomar d'une punition terrible s'il ne renonce ^ la qualité
' Pi^re IX H u recueil.
DK LA RELIGION DES DRUZES. 139 de firère ou plutôt de cousin paternel de Uakero. O khomar, lui dit-il ^ quoique ton nom ait été dans f origine (gl. du temps de la manifestation de la divinité sous le nom d^Albar) Haret^^ 6 Iblis, ne te laisse pas aveu^er par la longue vie dont tu jouis en ce monde, malgré ton impiété , ton polythéisme , tes mensonges contre Notre-Seigneur Aziz (que sa paix et sa miséricorde soient sur nous!), et Tauclace que tu as de t*assimiler au Seigneur, à qui aucun être n est semblable, qui est souverain par son essence (Alkakeni'bidhaiihi) et distingué de toutes ses créatures (sa paix, soit sur nousl). Tu dis, dans tes maudites extravagances, que tu es le frère de celui que les imaginations et les pensées ne peuvent comprendre, et, en disant cela, tu demeures dans le polythéisme et tu as entraîné les hommes négligents et pervers par ta cavalerie et ton infanterie^; mais prends garde aux suites de ton erreur, et mets ta vie en sûreté, avant que je lève mon glaive contre tous les polythéistes dont tu es le premier. Prends garde à toi et demande pardon avant le
' Pièce xxTii da recueil. Cette lettre te tromre dant ma (ilire^tomathie arabe, 3* édition, t. ÎI, p. m et mût.
' Suivant let traditions musnliDanes , Harei est le nom que |»ortait Satan ou Eblis, a\ant sa révolte contre Dieu.
* Cest une expression métaphorique, imitée d*un paMa|;«* de l'Ai- (oran, »ur. 17, vers. 66. Vmei ma Cbrestnmathir aralir 9' «nJition, t. III, p. 184.
voyage (gl. c est-à-dire, peut-être l'absence de Hakem et de riinam,-ou bien, avant de te mettre en chemin avec les députés de Timam , pour venir au Caire); connais les droits de Notre-Seigneur, Fémir des croyants, et la force de sa puissance ; crains les tourments de ses feux, renonce à ton impiété et i ton polythéisme ; au lieu de faire réponse, viens toimême, avec mes envoyés et mes serviteurs (gl. Moktana et ceux qui sont avec lui), à la mine de la religion et de la doctrine unitaire (gl. au Caire), conformément à Tordre de Témir des fidèles. Nous t'offrirons de croire en Notre-Seigneur, et de confesser son unité : tu demanderas le pardon de la faute que tu as commise par ton impiété, et, en fassociant à Notre-Seigneur, tu ne dois prétendre à aucun honneur, distinction ou plaisir, jusqu'à ce que tu supplies et tu conjures la miséricorde de Notre-Seigneur rémir des fidèles , de te pardonner la grandeur de ton impiété et de ton polythéisme. Si tu ne veux, en prenant ce nom (^. de fils de son oncle) et par cette prétention (gl. detre 50/i/rér^), qu'obtenir les ordures de ce monde, je prierai Notre-Seigneur de t accorder ces ordures que tu désires; mais, si tu refuses ce parti et que tu t'opiniàtres dans ton oi^ieil. sors-en * (gl. do la secte) : iu es condamné à être
' IaX-» fry^^ • — Ce boni les paroles par lesquelles il etl ord«»nm'
inandit, et la malédiction sera sar toi jusqu'au jour du jugement, cest-à-dire jusquau jour où je punirai par le glaive tous les polythéistes. Je commanderai à mes serviteurs de te battre à coups de fouet, de te promener dans la sainte ville du Caire, et dans les rues et les carrefours de Misr. Si tu fais pénitence et si tu renonces à tes discours, à la bonne heure ; sinon , j*ordonnerai à mes serviteurs de t'écorcher, je remplirai ta peau de foin, et je te ferai mettre en croix aux portes de Zawila et de Potouh , afin que tes partisans et tes amis voient Topprobre auquel t'aura condamné Témir des fidèles. En te faisant mourir, nous procurerons le bonheur des sujets et la tranquillité du pays; ensuite, nous commencerons par ceux qui te ressemblent, et nous les ferons mourir comme des chiens ; les autres seront livrés aux tortures , jusqu'à ce qu'ils payent le tribut, et ils seront couverts d'opprobre. Tout cela se fera par la force de Notre-Seigneur, qui n'a point de compagnon.
Je n'ai rien trouvé, dans les historiens que j'ai consultés , de relatif à ce Khomar. Je croirais volontiers qu'il se disait fils d'Aziz, et par conséquent frère de Hakem, si une des gloses de la lettre que je viens d'extraire ne disait qu'il se qualifiait de fik
à Adam, aprèn son péché, do sortir du paradis tcnrstrf. Alcontn, sur. 38, vers. 78.
cT
(le V oncle paternel y c'est-à-dire de cousin germain de Hakem. Si cette glose est exacte, il fiiut croire que le mot frère doit être pris ici pour caasin. Il parait, par la réponse i la 6 1* demande du formvdaire, que Hakem le fit mourir. Le surnom, Accawi, qu*il portait montre quil était natif d*Acca, ou du moins qu*3 j résidait. On voit, par un autre écrit de Hamza , qa*3 y avait eu des troubles dans cette pai^e de la Palestine, dès Tan Uog ; car Hamza, dans une lettre doDt j*ai parié, et qu'il adresse à quelques partisans de Neschtékin qui étaient en prison en Tan & i o, dit i celui à qui il parie ^ : Tu as entendu, rebelle, ainsi que ceux d'entre les habitants d'Acca , d*entre ces insolents qui étaient avec toi, ces paroles qu'a prononcées en apparence Notre-Seigneur (gl. dans h hmtièmé) : N'ajoatez plas de nouvelles révoltes aux anciennes : je voas suffis. Je ne trouve rien de plus sur Khomar.
Ce que Hamza reprochait avec tant de véhémence à Khomar, il le reproche aussi, quoique d'une manière bien plus modérée, à Abd-alrahim , fils d*Elyas, cousin paternel de Hakem , dans une lettre sans date, contenue dans le recueil des Druzes.
Voici ce que les livres des Druzes nous apprennent au sujet d'Abd-alrahim. Hakem lui a donné le titre de fVéli ahd almousiimin, c'est-à-dire, successeur désigné à Tempire des Musulmans, a fait pro-
' Pièce MX du recueil.
DE LA lŒLIGION DES DRUZES. 145
iioncer son nom dans la khotba et Ta fait inscrire sur les monnaies ' . 11 a ordonné qu on lui prêtât , comme à lui-même, le serment de fidélité ordinaire. Tout cela n a eu lieu que pour lui faire combler sa mesure, et manifester ce qui était caché dans son cœur^. Il est le principad des imams de Terreur, le natek Mohammed, fils d*Âbd-allah (Mahomet). Il affecte un extérieur semblable à celui de Notre-Seigneur, et se rend ainsi son rivale II était riche en trésors, en domaines, en hommes, en domestiques, en valets, en serviteurs, en esclaves; mais il ne professait pas le dogme de Tunité de son créateur, et il méconnaissait celui de qui il tenait tous ces bienfaits. Toute sa puissance, ses trésors et ses esclaves n*ont point empêché que Notre-Seigneur ne Tait fait enlever du milieu de tous ses domaines qui ne lui étaient que prêtés, de sa puissance, de sa force, de sa gloire, de son autorité, et cela, par le ministère d un faible et méprisable serviteur. Celui-ci a enlevé, par Tordre de son seigneur, cet homme pervers, orgueilleux, hypocrite et impie, sans que sa puissance, et la multitude de ses trésors et de ses serviteurs aient pu lui servir d'aucime défense *.
' Pièces XVII et xhxy du recaeil.
■ Pièce xu? du recueil.
' Pièces XTI1 et xviii du recueil.
* Pièce xLi? du recueil.
Les deux écrits où il est parlé de la disgrâce d'AUalrahim sont postérieurs à la disparition de Hakem. L*uD, intitulé Traité de t absence ^ a été apporté, estil dit, quelques mois (gl. trois mois au moins) après la disparition , et est adressé particulièrement aui habitants de la Syrie : je le crois de Hamza; Tautre^ a pour objet de réfuter ceux qui croyaient que, depuis la disparition de Hakem, la divinité s était manifestée sous la figure de son fils Ali.
Suivant les historiens que j*ai consultés, ce fut en Tannée UoU Que Hakem désigna Abd-alrahim pour son successeur^. Son nom fut mis dans la khotba; il fut ordonné d'user, en le saluant, de cette formule : Salât au fils de fonde paternel de ternir des fidèles, au successeur désigné de t empire des MêsuImans. 11 occupa une place dans le château. Hakem. tout occupé des promenades qu*il faisait, montf sur un âne, vêtu d'une tunique de laine blanche, avec une serviette pour turban et des sandales â ses pieds , abandonna le soin de son gouvernement i Abd-alrahim. Dès Taimée &o3, suivant Makriii. Abd-alrahim avait remplacé Hakem à la cérémonie
' C est la XXXV* pièce du recueil.
^ Cest la xuv* pièce du recueil.
' Makrizi le nomme Abd-alrahim, JUs dEljas, fis d AhmuJ , Jih du Mcltdi. Il devait donc étrearrière-petit-filsd^Obeîd-allah, sumnninK le MehiU, premier khalife fatimi. Suivant Abou hnahasin , il a«ait pour prénom Aboulkasem, et pour titre honorifique \Mdi.
DE LA RELIGION DES DRUZES. 145 de l*iininolation des victimes. Quand il eut été désigné par Hakem pour son successeur, on pria pour lui dans les chaires en cette qudité, et son nom fut mis sur les monnaies. Suivant le récit d*Âbou*lmahasin , Âbd-alrahim résidait à Damas , et gouvernait cette ville conune lieutenant de Hakem , en Tan & 1 1 , lorsqu'il reçut ordre , de la princesse Sitt-almoulc , de se rendre en Egypte. On peut voir le reste de ses aventures dans la Vie de Hakem ^
Revenons maintenant à la lettre de Hamza à Âbdalrahim. 11 est temps, lui écrit-il^, que le successeur désigné lève le voile (g^. qu*il mette fin au secret), et qu'il sache pourquoi il a été nommé Jils de l'oncle paternel de témir des fidèles. A Dieu ne^ plaise qu'on attribue à Notre-Seigneur ni père^ ni fijj^i ni oncle paternel ou maternel; il n'engendre point, il n'est point engendré , et aucun être ne lui est semblable. Mais il vous a donné ce nom et attribué ce surnom, dans le temps passé, lorsque vous étiez attaché au service et placé à la tète de la secte des Musulmans. Ce nom vous était donné, suivant votre opinion , comme une marque de ressemblance et de parenté ; mais Notre-Seigneur veut vous faire connaître aujourd'hui le rang que vous occupez, afin que vous demandiez pardon du passé. Maintenant
' Ci-<levant. pgc ccc€\i.
* Pi^ce xxTi du recueil.
donc, il faut ([ue le successeur désigné supplie humblement Notre-Seigneur de lui pardonner, qn*il effKf son nom de tout écrit, lettre ou discours, et qu*il ne dise plus le fils de i oncle jHUemel de témir des fidèles, cet être digne de louange ne pouvant être assimBé
à qui que ce soit Aujourd'hui toutes les pé>
riodes (gl. les âges des fausses religions) sont achevées : le soleil (^. Tlntelligence ) des soleils (gt. les quatre autres ministres), et la lune (gl. Tlntelligence) des lunes (gl. les quatre autres minrâtres) s'est levée : c'est dans ce temps (gl. le temps de la mamfes> tation) que doivent être révélés les secrets, que doit être établie la pure confession de Tunité, sa manifestation, et ie culte de Notre-Seigneur, Tunique et le puissant. J'ai accompli à votre égard les fonctions de ma direction, et je vous ai suffisamment averti de révéler le culte de Notre-Seigneur dans le* chaires, de confesser par votre propre langue qiie vous êtes son serviteur et son esclave, et de ne vous point prévaloir d'une prétendue parenté avec lui *. Il parait, par cette lettre, qu'Abd-alrahim avait (luelque connaissance de la doctrine de Hamza, et
"MiK -J h ^ ^^« « • A • ta. . . .
que celui-ci voulait l'engager h en faire profession ])ubliquement, ce qui me porte à penser que cet écrit est de l'an 4io.
' J'ai publié cette lettre dans ma (ilirestomathie arabe , 9* édition.
t. II , |>. 409 cl sui\.
Dans les questions 78, 76, 77, 78 et 79, du formulaire , U est &it mention d*un certain Mohammed , qui se disait fils de Hakem , qui monta sur le trône après lui et voulut être adoré, et que Hamsa traita de bâtard. Il y est dit qu'il étp^jt fil,^ ^^'llflif esclave , que ce personnage n'était ^utr^ que^MoJbammed, fils d*Âbd-allali , c'est-à-dire Mahomet, et que Hakem, qui le nommait, pour l'apparence seulement, son fils, et qui soufErait qu'il passât pour tel sans l'en punir, a agi ainsi par une raison pleine de sagesse, afin qu'il devînt la cause d'une persécution, et que, la foi des unitaires étant mise ainsi à répreuve , les fidèles fiissent discernés de ceux qui n avaient qu'une foi faible et passagère.
11 me parait bien difficile qu'il n'y ait point d*erreur dans tout ce récit ; car les historiens ne parient d aucun autre fils de Hakem que de celui qui lui succéda, qui se nommait AboaUiasan Ali, et qui prit, en montant sur le trône, le titre de Dhaher-Uézazdin-aUak, c est-à-dire, celui qui parait pour glorifier la religion de Dieu. Dans un écrit de Hamza ^ daté du premier mois de la deuxième année de son ère, et que j'ai déjà cité, il est enjoint aux unitaires de bien se garder de dire de Notre-Seigneur qu'il est fils d'Aziz ou père d'Ali. Dans le même écrit Hamza dit : Quiconque dit et croit que Notre-Seigneur a
^ Pièce w du recueil.
l4d EXPOSÉ
ream sa piii»sdLiice et transporté sa grandeur à Féniir AU, ou quil Ta désigné comme cehii en qui doit résider ia divinité ; celui-là associe â Notre-Seignair un autre que lui; il parle avec précipitation, aTtnt que le Se^neur ait parlé.
Dans un autre écrit anonyme ^ on trouye une réfutation expresse de ceux qui disent que la ngare nommée ilUbma passé sous la %ure noPMPée AIL L auteur de ce traité dit que si Notre-Seigneur Hakem, après aroir manifesté la doctrine unitake, et reçu les engagements de ceux qui Tout embrassée, a fidt paraître la figure nommée Ali^ et lui a fait prêter le serment accoutumé, ce n'a été que pour acquérir un titre suffisant contre ceux qui, après s*être révefllés de leur sommeil et avoir cru, étaient retombés dans le pol3rthéisme. Car c était un moyen de les mettre à Tépreuve, et de faire paraître au grand jour ce qui était caché dans le cœur des polythéistes. Ed faisant paraître ia figure nommée AU, et en lui faisant prêter le serment accoutumé, il a donné i coimaître que cette figure est un des derniers imams précédents qui ont été au service de Notre-Seigneur, et qui ont dirigé et conduit les hommes à la connaissance de la doctrine unitaire. Gela n'empêche point que rengagement que contient la profession
' Pièce XLiv du recueil Cet écril est, je crois, de MokUna.
DE LA RELIGION DES DRUZES. 1^9 de foi de l'unité de Notre-Seigneur, ne soit demeuré dans toute sa force, et ne soit tout à &it spécial à la figure nommée Hakem, sans que qui que ce soit de ses créatures et de ses serviteurs y participe en aucune manière.
' n semble que l'auteur du fonnulaire attribue à ce Mohammed, fils de Hakem, dont il parie, ime partie de ce qui est dit d'Abd-alrahim et d'Ali, comme on peut s en convaincre en comparant ce qu'il dit avec ce que j'ai extrait du recueil des Druzes, concernant ces deux personnages. Au reste , cgmme nous n'avons pas le recueil des Di'uzes en entier, il n'est pas possible de décider si l'assertion de cet auteur est absolument destituée de fondement.
Il se peut que Hakem eût eu de quelque esclave un fils nommé Mohammed, dont les historiens n'aient point parié, parce qu'il n'aura joué aucun rôle et sera mort jeune.
V. CoDdoiie de Hakem par rapport aui préceplet ci aux rilea de la
religion musulmane.
On a vu dans la vie de Hakem que ce prince, inconséquent dans toute sa conduite, ne l'était pas moins en ce qui concerne la religion. Mon intention n'est point de répéter ici tout ce que j'en ai dil, je me bornei-ai à rapiK)rtor ce qui se trouve, à ce sujet, dans les livres des Druzes.
Hakem , suivant fauteur de la Oharîe sagpeniae \ a (ait revivre les préceptes de Tislainisiiie. ... Il i bâti et réparé les mosquées, il a rétabli et orné les oratoires; il a fait faire la prière aux heures qui j sont consacrées ; il a fait exécuter le précepte de h dime suivant les lois et les règles prescrites , ainsi que ceux du pèlerinage et de la guerre contre les infidèles ; il a réparé la sainte maison de Dieu ; il a i*elevé les colonnes de Tislamisme ; il a ouvert tous ses trésors, et n*a rien épargné pour Tavantage de b vraie religion ; il a fait escorter les pèlerins par ses troupes ; il a fait creuser des puits ; il a rendu sûn les chemins qui conduisent à la Mecque, ainsi que les lieux des environs; il a fondé des provisions d'eau pour les caravanes; il a répandu ses aumônes sur tous, sans distinction; il a remédié à tous les maux et proscrit toutes les injustices.
Hakem a ouvert, hors de son palais, une école qui renfermait toutes les sciences et toutes les instructions relatives à la religion : k la jurisprudence de TAlcoran, par rapport aux choses permises ou défendues; aux décisions et aux jugements, conformément aux livres des anciens et aux livres d'Abraham et de Moïse. Il a donné à cette école du papier, de l'argent, de l'encre et des plumes.
' Pi^ce I du recueil. Gel écrit est imprimé dans ma l'.hrrsioinalliic arabe, n' édition, t. II , p. 191 rt suiv.
Par une oixlonnance de la fui de Tan &oo \ Hakem défepd de faire usa||^c d'aucune ligupiir rapa% Jj^yvrer. de quelque espèce ^'elle soit, et, quels quen soient le nom , la couleur eJt.le^oût, enfin d*aucune
liqueur comprise sous cette dénomination , et eni-
vrante, étant prise soit en grande soit en petite quantité : il fait défenses absolues d'en boire, sous prétexte et en vertu de quelque décision que ce puisse être, et ne veut point qu on ait aucun ^ard aux interprétations et aux raisons quallègucnt les hommes irréligieux, il menace de peines sévrres, d*un châtiment terrible et d'une vengeance rigoureuse, toute personne qui contreviendra à cette ordonnance.
Dans un écrit anonyme'^, lauteur atteste que Hakem avait souvent fait lui-même les prières léféales, il la tête du peuple assemblé, et pratiqué la cérémonie de Tinimolation des victimes.
Mais, d'un autre côté, Hamza témoigne que* det)uis plusieurs années Hakem n*a fait ni la priî^re du vendredi dans rassemblée, ni celle qui se fait ,,0. aux funérailles; qu'il a abrogé la prière dq la fête {des victimes] et celle du vendredi, en en supprimant l'exercice dans la première mosquée du Caire, nommée la djami Alazhar, et qu'il n'a point immolé
' l'ivre II du mciiril. (^hreslom, ar. 2* éilit I. If, p. ?oi el suiv.
' Vwcv \Li (lu recueil.
^ Pi^rc VI (lu rrcueil. Vnyrz auft5i le» wX el \i.ii* pù'^ces.
les victimes , cérémonie qui fait partie du précepte de la prière. Il a déchargé ses a^jeta du payant de la dîme , U a fait publier une ordonnance portant abolition de toute contribution, des dîmes, di
m^'^é^^ flP»*
quint, et de toute sorte d*aumônes légades, quoique le payement de la dîme soit d'une si étroîle obligation pour un Musulman, que sans cda saibî et lobservation des autres préceptes de la loi ne U servent de rien ^.
Quant au précepte du jeûne , Hakem Ta êjm aboli, suivant les auteurs dnues , en pennettant de rompre le jeûne du ramadhan avant qu*il fut entièrement fini, n paraît que cette permission consistait en ce que Hakem avait autorisé Hamaa à rompit le jeûne le dernier jour du ramadhan , avant midi, et que, dans ime khotba prononcée ce jour-là dans la mosquée de Karafa, il avait annoncé que le jeûne était fini, quoiqu*ii restât encore une partie du jour-.
* Pièces VI et vu du recueil.
* Pièce XLii du recueil. Il me parait utile de transcrire ici u passage de la pièce vi du recueil, intitulée : \si' ^aiûJf, UDatraction cachée. On y voit que Hakem a aboli le précepte da jeûne du mois de ramadhan , ce qui résulte de deux traits de sa conduite, i<* de ce qu'il avait permis de fixer le commencement d la fin du jeûne de ce mois, d'après le calcul astronomique, san» attendre l'apparition de la nouvelle lune; 3* de ce qu1l avait mtorisé à rompre le jeûne, le dernier jour du mois, avant la fin du jour. Voici ce passage :
«Quant au jeûne, le» {^artisans de la doctrine extéricurr (c*e»i-â
Ce qui prouve que c* est là le sens de ces passages du recueil des Dnues , c'est que , dans un des écrits où Ton dlégorise cette ordonnance de Hakem , on dit que le temps d*avant midi représente le temps de Tabsence de Hamxa , et le temps d'après midi celui où il reparaîtra , et que c*est avant midi, c'est4i-dire pendant son absence qu'il faut embrasser la religion unitaire, parce que plus tard il n'y aura plus aucun mérite à le faire. Or, dans la doctrine allégorique de Hamza, jeûner, c'est renoncer au Tenzil et au Tawil, pour professer le Tewhid, c est-^-dire la rdigion unitaire.
dire du TenxU oa mahométisme littéral ) et tous les Musulmans croient que le natek (Mahomet ) leur a dit : JeÛMUz dî après m vue (la vue de la nouvelle lune) , et rompez le jeûne daprèt sa rii«. Ils font profession de croire que quand un homme rompt le jeûne un seul jour du mois de ramadhan , sll rceonnaStja faute, il doit, en remplacement de ce joor, et par forme d expiation , jeûner deui mois et dix jours; et si, au contraire, il pense qu*il a pu licitement manquer au jeûne ce jour-là , il anéantit le précepte du jeûne entièrement. Or Notre-Seîgneur a abrogé complètement, depuis un grand nombre d'années, le jeûne, par le démenti qu*îl a donné à cette tradition : Jeûnez diaprés sa vue, et rompes le jeûne daprks sa vue, W nous a ordonné de rompre le jeûne en ce jour, qui est regardé par tous les Musulmans comme le sceau du jeûne, de sorte que, suivant eux, il ne sera point tenu compte du jeûne de tout le mois, à quiconque n observera point rigoureusement Ir jeûne ce jour-là. Il ny a point, en ce qui concerne rabrogation du |H*éceptc du jeûne, d*argument plus puissant ni plus évident pour quiconque est capable de penser et Hc réfléchir. »
Hakem n*a pas plus respecté le précepte du pèk-
«, . m 4». .lift 1. '"fV--**." -• --».«-^— ■ '■ "'* '" ■ * ■ ■
ringge. Nous avons vu , dit Hamza ^ , dans Fenceintf du territoire nommé inviolable (harom), commettre des massacres et des pillages , et nous avons vu les brigands jusque dans l'intérieur de la Caaba. Toutes
les cérémonies du pèlerinage qui se pratiquent eo
ce lieu sont une espèce de folie et d'extravagance, comme de se découvrir la tête, de se mettre le corpii nu , de jeter des cailloux , de prononcer des formules de réponses par lesquelles on promet Tobéissanoe. sans que personne ait fait aucune demande ; ce sont là les actions d'un fou. Notre-Seigneur a interrompu pendant plusieurs années le pèlerinage de la Mecque, et il a cessé d'y envoyer l'étoffe destinée à couvrir l'édifice sacré. Or ôter la couverture d'une chose, c'est la dévoiler et la livrer h la profanation *.
Hakem, suivant Hamza, a aussi aboli le précepte de faire la guerre aux infidèles, en ce qui concerne les juifs et les chrétiens. 11 veut dire, sans doute, en leur accordant la permission , ainsi qu'on fa vu dans sa Vie, de professer leur religion, et même d'y retourner, après qu'il les avait forcés, par toutes sortes de mauvais traitements, à se faire musulmans.
Enfin, un dernier précepte de la loi est ta sou-
• Pièce VI du recueil.
mission à Tautorité l^tÎPe « ^^ ^ oblige les Musulmans à reconnaître que lautorité ayant appartenu à AKnnJ^r^r^Omftrj^Pt^yniin Pt Alî, ffyant passé
ensuite aux enfants d*Qmayya, ^et étant retournée après eux à la famille d*Âbbas, chacun de ces princes, lorsqu'il était assis sur le trône, possédait une autorité légitime, et devait être regardé comme souverain par tous les Musidmans. Hakem a aboli ce précepte en y contrevenant, en faisant écrire sur toutes les portes des malédictions contre ces princes ot en tirant leurs radavres de leurs tombeaux.
VI. Coiidaite de Hakem par rapport aux questions qui divisent le» schiis y ou partisans d*Ali , des sunnis.
On a VU , dans la Vie de Hakem , que tantôt il avait obligé ses sujets à suivre , soit dans Yidhan ou annonce publique de la prière, soit dans divers autres exercices de religion, les usages qui distinguent la secte des schiis, et tantôt il leur avait laissé sur ce point une entière liberté de conscience. Par une suite de la même inconséquence , les assemblées ou medjlis dans lesquels on ensoignait la doctrine des Ismaêlis, secte de schiis qui était colle des fatimis, avaient été plusieurs fois supprimées et rétablies sous son règne. C'était dans ces assemblées que les initiés k cette secte en apprenaient la doctrine. Klle eonsistait principalement à cUlégoascr
tous les préceptes de rAlcoran , et i substituer à l'observance extérieure des devoirs prescrits pir h loi musulmane, certams préceptes purement spirituels ou intérieurs. G*est pour cela que cette doctrine» dont'je parierai plus au long ailleurs, était nommée tawl, c'est-à-dire interprétation, cxplicatkm mystique, et haJdn, intérieur. Dans^^cfltailQdCVM* la prière , le payement de la dîme , le pèlcrinay , le devoir de fain^ ]au£uerre aux infidèles et celui de b soumission à l'autoiitélégitiDae, ne signifientanjre chose que l'attachginenLà,Ali jst i.jsfig^4egj?ggdgfa' une haine implacable pour tous ses ennemis, et spé- 1 cialement pour Âbou-Becr, Omar et Othman'. Quant au jeûne, il signifie chez les Ismaèlis, k silence que l'initié doit garder sur ce qu*on loi enseigne. Hakem, qui, comme nous l'avons déjà dit, avait d'abord montré tant de zèle contre les ennemis d'Ali, a ensuite aboli le sens mystique de tous ces préceptes, en laissant à chacun la liberté de penser comme il voudrait, et de suivre telle secte que boo lui semblerait. Cette permission fut donnée publicjuement par une ordonnance lue dans les chaires, dans laquelle il était dit que chacun était libre de mettre son anneaa à la main droite ou à la ganclie. comme bon lui semblerait, ce qui signifie suivre la
' Tout cela est exposé avec beaucoup de détail dans la pîécf ti du recueil.
DE LA HELIGION DES DRUZES. 157 secte d*Âli ou celle de ses ennemis ^ Par une autre ordonnance il fut fait défense de maudire Abou-Becr et Omar. Quant au silence prescrit aux initiés et indiqué par le jeûne , Hakem Ta pareillement supprimé en souffrant que cette doctrine fôt divulguée.