XI. Ordonnances et autres écrits de Hakem
Parmi les écrits qui composent le recueil des Druzes, il s*en trouve deux qui paraissent être de Hakem, ou qui du moins sont écrits en son nom.
Le premier est rordonnapce pQrtai;yt d^fenies de faire usage du vin et de toute liqueur capable d'eni vrer, d'en faire, préparer, acheter ou mettre eu réserve; elle est datée du mois de dhoulkaad:t ^oo. Ten ai suffisamment parié ailleurs ^.
Le second est une lettre sans date, écrite par Hakem à un prince qui est nommé simplement le Karmate, pour répondre au\ menaces de ce prince. Il me suffira de renvoyer à ce que j'en ai dit dam mon Introduction ^. Je persiste à croire que cette lettre appartient au règne de Moëzz ou à celui d'Aziz.
Outre ces écrits on trouve encore plusieurs cita tions de diverses ordonnances de Hakem , qui sont expliquées d'une manière allégorique.
* Voyez ci-devant, p. i5i.
^ Page ccxxiv et suiv.
Tel est le passage que j*ai déjà cité d'une ordonnance dans laquelle il était dit que celui qui met l'anneau à sa main droite et celui qui le meta sa main gauche.' sont au même rang devant le Seigneur; ce qui signifie que les deux religions du Tenzil et du Tawil, les deux sectes qui,rçpQnDaissenLpûuil.ch^fs le natek et Tasas, sont indifférentes et également fausses aux yeui^du Seigneur^.
Tel est encore cet autre passage d'une ordonnance qui a été lue publiquement : Le jour d'hier ', avec tout ce qui lui apparlenait, est passé; celui d'aujourd'hui est venu, avec tout ce qui iid appartient: quant au jour de demain , ne vous imaginez pas que vous le verrez. Suivant la glose, hier, ce sont les fausses religions, avec le culte du néant et le polythéisme; aujourd'hui, la manifestation de la vérité, la confession de Texistence réelle et sensible de la divinité, avec abstraction de tout attribut; demain, une autre religion après celle-là.
Une autre ordonnance de Hakem ^ enjoignait à ses sujets, grands ou petits, proches ou éloignés, de
* Suivant Grégoire Bar-Hebrxus, Hakem avait drfendo aux juifs et aux chrcticDS de porter des anneaux à la main droite. Sans doute il révoqua ensuite cette ordonnance, et c*est vraisemblablement le sens naturel du passage cité ici. (ireg. Bar-Hebr. irxt. tyr.p. iiS.
* Voyez les pi^^cs vi, xviii et \M du recueil.
* Pi^cc x\ii du recueil.
^ Pièces XXI et xlii du recueil.
porter en tous lieux, même dans Tenceinte sacrée de la Mecque, leurs armes attachées à leur ceinture^ Gela signifiait , suivant Tauteur qui rapporte ce passage, quil fallait faire une profession publique de la religion unitaire.
Le même écrivain , citant des reproches adressés, dans une autre ordonnance, aux receveurs des de> niers fiscaux, suppose que, (dans leur sens vérilabie, ils s'adressent aux unitaires : Vous vous détouTDei\ leur dit-il , des avis que Ton vous donne, et vous vous corrompez parla maladie de vos esprits. De cette minière se vérifie ce qui vous a été lu, ainsi que je m*en souviens, dans une ordonnance vénérable, émanée de fautorité de celui qui est très-élevé et très-grand. Ces paroles, qui s'adressent à vous tous, sont aiosi conçues : w Votre ignorance des règles dugouvemen ment est telle qu*il semble que vous soyez dans « fivresse : l'aveuglement de vos esprits sur les de- « voirs que vous impose la fidélité, est si grand, qu'il (( semble que vous soyez plongés dans un abime (( Vous ne remplissez aucun des devoirs qu'exigent « de vous les bienfaits que vous avez reçus : feiTeur « de votre jugement vous égare dans un désert a affreux; vos esprits sont comme attaquée d'une M maladie dangereuse : votre cure est difficile . et « votre guérison très-difficile , parce que vos faculté*
* Pi^ce XI. I! du recueil.
c< naturelles sont épuisées, n Pensez-vous donc que ces reproches et ces réprimandes sévères s'adressent aux ccUebs et aux percepteurs, au sujet de la levée des deniers fiscaux, ou aux soldats et aux Turcs, au sujet de la guerre et des combats?
Le même auteur, après avoir rapporté ces mots d*unc khotba prononcée, peut-être par Hakem luimême, dans la mosquée de Karafa, Serviteurs de IXeUf le jeune est fini, il est passé; le temps de rompre le jeûne est venu et s'est approché, par où Hamza entend que le temps de garder le silence sur la doctrine unitaire est passé, et qu» celui d*en foire une profession publique est arrivé , cite encore un long passage d'une ordonnance quil applique au même sujet. Voici ce passage.
Détournez ^ de vos âmes la frayeur et la crainte, éloi<{nez d'elles les alarmes et la terreur. Reconnaissez que rémir des fidèles vous a établis dans une situation où vous pouvez agir selon votre choix, en ce qui concerne vos opinions, étant débarrassés de la peine de vous cacher et d'agir en secret , en sorte que chacun de vous agisse dorénavant sincèrement et conformément à sa croyance , et ne puisse alléguer aucun prétexte ni aucun obstacle pour se dispenser de se conduire d'une manière conforme k l'opinion à laquelle il est attaché, et k la religion
' Pièce iLii da recaeil.
qu'il a adoptée. L'émir des fidèles a anéanti touros les excuses de chaque homme en particulier en accordant à chacun ce qui faisait Tobjet de ses désirs : il a excité chacun & déclarer pudiquement sa croyance, sans avoir lieu de craindre que personne
étende la main sur lui pour lui faire du mal, et avec une pleine s?cùrité, étant à fabri d'une protection sous laquelle il n'a personne à redouter. Que celui qui est présent (à la lecture de cette ordonnance) en instruise celui qui est absent, afin que la connaissance de cette loi parvienne à tout le monde, que ce soit pour les hommes un sujet de méditation, et que la sagesse de ce décret subsiste dans tous les âges.
Méditez bien ces paroles, ô vous à qui je m'adresse, continue cet auteiu*, et comprenez-en le sens. Xe dit-il pas : Reconnaissez que l'émir des fidèles vous a établis dans une situation où vous pouvez agir selon votre choix? La justice consiste-t-elle en guelque autre chose qu'en une entière liberté .dje^cboisir ccLquon juge bon ^ ? Lorsqu'il dit, il a excité chacun à déclarer publiquement sa croyance^ que pensez-vous que cela signifie ? Est-ce qu'il a excité chacun à faire une profession publique de la vérité et de la justice, ou ;i faire
* jjMvJûJl fjym Jt> iJI j Jjij — Je pense qu'il y a in une
allusion au sens que les Motazales et les Tsmaêlis attachaient jii mol J jc«Jf ta justice. Voyei mon Introduction, p. x, note i.
profession du mensonge et de la folie? ... Il ajoute, afin que la connaissance de cette loi parvienne à tout le monde, et que la sagesse de ce décret subsiste dans toas les âges. Que croyez-vous qu il ordonne par ces paroles? Elst-cc bien de (aire connaître et de rendre publiques ses volontés? ou tout ce discours ne signifie-t-il rien du tout? A Dieu ne plaise quon pense de lui pareille chose. Quand il dit, et que la sagesse de ce décret subsiste dans tous les âges, pensez-vous que, par cette sagesse subsistante, il faille entendre la manifestation de son unité par le ministère de son Commandement ^ ou une profession publique d'attachement pour Abou-Becr et pour Omar? . . . Lorsqu'il dit, en sorte que chacun de vous agisse dorénavant sincèrement et conformément à sa croyance, et ne puisse alléguer aucun prétexte ni aucun obstacle pour se dispenser de se conduire d'une manière conforme à (opinion à laquelle il est attaché, et à la religion qu'il a adoptée, que pensez-vous quil ordonne par là? Kst-ce de faire une profession ouverte et publique de la religion unitaire, ou de professer publi- (|uenient la doctrine du polythéisme? Enfin il dit : L'émir des fidèles a anéanti toutes ses excuses, en lui occordant ce qui faisait (objet de ses désirs. Croyez-vous que cola veut dire qu*il a anéanti toutes les excuses de chacun et a accordé à chaque honune ce qu*ii
' Le (lommamlcmeni de Noire-Seigneur, c e»l Hanua.
igs EXPOSÉ
désirait, pour le tromper etTinduire en erreur par cet ordre qu*il lui a donné? ou bien pensei-vous que tout ce discours ne soit qu'un galimatias? D faut que vous disiez Tune ou l'autre de ces deux choses, ou que vous admettiez la troisième interprétation , qui est la véritable. Que Dieu éloiyne les indociles ,et qu'il rétrécisse les sentiqr^ des infidèles! Gela étant ainsi, et tout le monde sachant
que cet édit auiruste qui contient cette perle précieuse est émané de l'autorité de celui qui .est trèsélevé, certes quiconque y contrevient, et qui, après avoir connu cela, déguise et cache la secte qu'il suit, a secoué le joug de la foi; il est devenu rebelle, et il est sorti de la société des unitaires, parce qu'il a désobéi au commandement de celui qui est très-élevé et digne de gloire.
Un autre écrivain druze remarque * que la permission donnée aux hommes de suivre telle religion qu'ils voudraient et d'en faire une profession publique est postérieure à la manifestation de la doctrine unitaire par Hamza, et il en conclut que cette per mission a été accordée spécialement en faveur et à cause des unitaires, et non en faveur des polythéistes.
* Pièce Lxvii du recueil.
DE LA HiaiGlON DË5 DRUZ£S. 199