POUSSÉE AU VIDE
qu'on fasse, tendrait toujours à compromettre plus ou moins leur stabilité. On prétend justifier l'existence de cette force obscure, en décomposant la voûte en parties qui ne seraient point eu équilibre d'elles-mêmes et sans l'intervention des parties voisines; et, comme on néglige cette intervention parce qu'elle est trop difficile à apprécier, on arrive à conclure que toute arche biaise a une tendance à la rupture. Un tel raisonnement ne prouve rien. On peut conclure avec sûreté que la réunion de systèmes individuellement en équilibre donne un système en équilibre, dont la stabilité ne saurait être altérée par de nouvelles liaisons ; mais on n'est pas autorisé à affirmer que des morceaux qui ne sont pas en équilibre par eux-mêmes conserveront leur tendance au renversement, après qu'on les aura liés les uns aux autres. On pourrait employer un raisonnement analogue pour prouver l'existence d'une poussée au vide dans les arches droites. Nous l'avons dit, les faits qui ont paru aux constructeurs démontrer l'existence de la poussée au vide dans les voûtes biaises sont les résultats d'un vice de l'appareil ; c'est quelquefois aussi le glissement des voussoirs, pendant la pose, le long des lignes de plus grande pente du cintre.
Des tirants de fer placés à travers les maçonneries ont été destinés, par ces constructeurs craintifs, à combattre par de nouvelles liaisons la tendance, réelle dans certains cas, et le plus souvent fictive, des voûtes biaises à se déjeter et à se rompre.
Il est certain que cette addition de liens de fer, peu conforme du reste aux saines traditions de l'architecture, peut avoir pour résultat d'assurer l'équilibre de voûtes qui ne possèdent pas par elles-mêmes une stabilité suffisante; mais la théorie et l'expérience sont d'accord pour montrer que, dans une voûte biaise bien appareillée, de semblables consolidations sont tout à fait inutiles. Cette doctrine a été soutenue avec un talent remarquable par M. Le Blanc, ingénieur des ponts et chaussées, dans un article des Annales^; et les grands ponts biais qu'il a construits sur la ligne de