‹ Exposé de quelquesuns des principaux articles de la Theogonie des Brahmes, contenant la description détaillée du Grand Sacrifice du ChevalChapitre 9 sur 13 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Métamorphose de Vichnou en Fleuve du Gange, et en Femme, pour satisfaire la passion de Siva.

Rrahma et Siva allèrent autrefois faire une visite à Vichnou, dans le Vaikontam. Pénétrés de respect à sa vue, ils lui offrirent leurs adorations, et Siva lui adressa la parole en ces termes :

« Adoration au fils de Vassou-Dèva! Vous êtes » l'Être-Suprême ! vous êtes le dieu des dieux! Être » par excellence ! Vous êtes d’une nature incompré- » hensible; et nous ne connaissons de vos perfec- » tions , que ce que vous voulez bien nous en com- » muniquer. Que dirai-je de votre forme? qui peut la comprendre? Vous êtes tout à la fois visible et » invisible. On vous a vu revêtu de mille formes , et » cependant vous n’avez ni figure ni corps. Vous » êtes l’époux de Lakchimy . Le serpent Ananta vous

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» sert de lit. Vous êtes l’ennemi des ennemis des » hommes. Vous avez mis à mort les géans qui les » tyrannisaient. Vous êtes vraiment le maître du » monde. Vous en êtes le père. Si nous possédons » aujourd’hui les védams, c’est à vous que nous » en sommes redevables, Vous n’avez pas dédaigné » de prendre la forme de poisson pour nous les pro- » curer. Le monde est semblable à une mer, qui en- » gloutit tout. Si vous ne me tendez une main se- » courable, je ne puis éviter le naufrage. Vous vous » souvenez sans doute, que dans le tems où vous » prîtes la forme de la courtisane Mohinjr, je vous » témoignai le désir de jouir de vous ; je viens au- » jourd’bui vous demander pardon de ce péché! »

En disant ces paroles, Siva se prosterna devant Krichna , et après avoir arrosé ses pieds de ses larmes , il se releva pour célébrer de nouveau les grandeurs de ce dieu.

« Votre nom ( lui dit-il) est Govinda; vous jouis- » sez d’un bonheur parfait. Il n’est que vous qui » puissiez pardonner les péchés des hommes. *Par- » donnez-moi les miens, et ayez pitié de moi! »

Krichna, charmé des louanges que venait de lui

prodiguer Siva , loi répondit ainsi : « Si va, etvous » Brahma, et tout ce qu’il y a de dieu*, vous êtes » mes oufans. Dites-moi donc ce que vous souhaitez *> de moi , et soyez sûrs que vous l’obtiendrez. » v Vous voir et jouir de vous, répliqua Siva, voilà » les biens que j’aittends de votre bonté! »

« Vos sentimens me plaisent , répondit Vichnou, » et vos désirs seront remplis. »

Vichnou, prenant, ensuite Brahma à part, lui découvrit le désir qu’avait eu autrefois Siva de jouir de lui, lorsqu'il s’était incarné sous la forme d’une courtisane , du nom de Mobiny ; que , pour satisfaire < ses désirs, il était résolu de prendre une autre fois la même forme; qu’en attendant, il allait se métamorphoser en eau; que cette eau se changerait, dans la s«ite , en femme, pour remplir les désirs de Siva,

La métamorphose en eau s’étant opérée tout de suite,* ^Brahma reçut avec respect cette eau , dans le vase qui lui servait à boire , et l’y conserva précieusement. . , li ur- .

P#u de t«ms après, les fils du roi Sagara, voulant offrir le grand sacrifice du Cheval ,' et ayant lâché le cheval qui devait servir de victime, parcoururent bien

îles pays sans pouvoir découvrir ce qu’il était devenu. Enfin, après bien des recherches, ils le trouvèrent sur les bords de la mer, attaché près de l’ermitage du pénitent Capüa ; et outrés de colère contre lui , ils l’accablèrent d’injures et de coups. . .

Le pénitent, de son côté, indigné des outrages qu’on lui faisait, ordonna au feu du ciel de tomber sur ces deux princes et de les consumer; et à l’instant ils furent réduits eu cendres. Il ne resta que leurs deux femmes , qui, se voyant sans espérance de laisser des descendans à cette illustre famille , furent trouver Brahma, pour le supplier de ressusciter leurs maris. « Il n’y a pas moyen de les ressusciter, ré- » pondit Brahma, -à moins que Krichna ne touche » leurs cendres. » ,

« Comment l’y engager, répondirent-elles, et quels » moyens pour cela? » ; ; ,. - .... . ... r

« Allez, repartit Brahma, et comportez-vous entre » vous deux comme mari et femme. Il vous naîtra » un fils , à qui vous donnerez le nom de Baguirata. » Vous l’enverrez auprès de Brahma, et il obtiendra » ce que vous désirez. »

De retour chez elles, ces prinesses exécutèrent

les ordres de Brahma, et elles eurent en effet un fils,

à qui elles donnèrent le nom de Baguirata.

Aussitôt que l'enfant eut atteint l’âge de raison , il connut l’histoire de sa naissance, ainsi que des malheurs survenus à ses ancêtres, et des moyens d’y remédier. 11 fut donc trouver Krichna, et après les premières démonstrations de respect, il lui dit : « Grand dieu! mes ancêtres, frappés de la malédic- » tion d’un pénitent, ne sont plus qu’un tas de cen- » dres ; je viens vous supplier de leur rendre la vie. « Krichna lui demanda en quel lieu ses parens avaient été mis à mort ; et après qu’il le lui eut indiqué, ce dieu, voulant tout à la fois remplir les désirs de Siva, et satisfaire Baguirata , dit à ce dernier : « Allez auprès de Brqhma, vous trouverez dans le » vase dont il se sert pour boire, de l’eau ; cette eau » est mon corps sous la figure d’une femme. Prenez » cette eau, versez-la sur les cendres de vos ancêtres,

» et vous les verrez ressusciter aussitôt. »

Baguirata ayant remercié Krichna, alla trouver Brahma, qui lui donna un peu de l’eau qu’il demandait, et qui se convertit aussitôt en trois sources, dont l’une coula dans le Souargam , l’autre sur la

terre , et la troisième dans le Patialam. Chacune d’elles porte avec soi le caractère de l’ Être-Suprême, et en est la substance. Ou donne à celle qui coule dans le Souargam, le nom de Mandagmy; à celle qui coule sur la terre, le nom de Baguiratty; et à celle du Pattalam, le nom de Bagavatty. Ces trois sources sont trois formes de Vichnou.

Cette eau, qui avait la forme de femme, demanda à Baguirata ou il la menait, et quel devait être le terme de sa course : « Venez, déesse, répondit Ba- » guirata , sur les bords de la mer; c’est là que vous » trouverez les cendres de mes ancêtres, mêlées avec » le sable. Vous les rappellerez à la vie; et, pour » éterniser leur mémoire, vous porterez le nom de » Gange. »

« Mais, reprit la déesse, si je tombe de si haut, » la secousse de ma chute fera périr tout le monde , » et je périrai aussi moi-même. Va donc dire à Siva » de me transporter sur sa tête en ce lieu-là. » Baguirata exécuta ces ordres ; et Siva prit la déesse, et la cacha dans ses cheveux. Mais Baguirata ne la voyant plus , se mit à pleurer.

u Fais tarir tes larmes, lui dit la déesse; il faut

» que je reste ici quelque teins, pour satisfaire les » désirs de Siva. Dès que cela sera fait, je te suivrai

partout où tu voudras. »

La déesse devint donc la femme de Siva ; leur passion satisfaite, elle continua sa route, et, de la tête de Siva, elle descendit sur la montagne Hiroaleya. Ayant reçu un accueil très -favorable de la montagne, elle y resta plus long-tems que n’eut voulu Baguirata, qui lui en témoigna son mécontentement en ces termes :

(r Pourquoi, illustre déesse, vous arrêtez-vous » ainsi à chaque pas , et différez-vous mon bonheur ? » Mes ancêtres , détenus en enfer, ont les yeux fixés » sur vous, et attendent avec impatience, de vous, » leur délivrance. Continuez donc votre route, et » achevez de mettre le comble à leurs vœux et aux » miens. »

Le Gange exauça les vœux de ce prince , et continua à couler sur la terre. Mais le pénitent Djanna Payant aperçu, et sachant que cette eau avait la vertu d 'effacer les péchés, il l’avala. Ce fut un nouveau sujet de douleur pour Baguirata, qui , se prosternant aux pieds du pénitent, lui dit :

« Illustre pénitent, rendez-moi le Gange que vous,

» venez d’avaler ; vous savez qu’il doit opérer le salut

» de mes ancêtres; ne mettez pas, je vous en sup-

» plie, d’obstacles à leur bonheur. »

Djanna , touché des larmes de Baguirata , vomit

le Gange qu’il avait avalé. C’est pour cela qu’on

donne aussi à ce fleuve le nom de Djannaby.

Le Gange continua sa route, et, arrivé à l’endroit

où étaient les cendres des ancêtres de Baguirata , il

y pénétra, et aussitôt on en vit sortir des hommes pleins de vie, ayant chacun quatre bras, et portant en main les armes de Vichnou. On vit en même tems arriver des chars de triomphe qui les transportèrent dans leSouargam. Le Gange, continuant son cours, alla se joindre à la mer.

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