UNITÉ DE RÉSISTANCE
Si Ton considère que les formules d*Ohm ne sont applicables qn^aotant que les résistances des circuits sont réduites et rapportées ï une même unité de mesure, on comprend facilement rimportaoce qu'il peut j avoir à rétablissement définitif d'une unité de résista/nce^ qui, étant adoptée par tous les physiciens et tous les constructeurs, permettrait des études comparatives. Malheureusement , jusqu'à présent il est loin d'en être ainsi, et chaque physicien, contrairement aux règles de la logique, se fait un plaisir d'avoir une unité particulière. Les uns prennent pour unité un pied anglais, d'un fil de cuivre très-fin et très-pur, d'un diamètre vérifié ; les autres préfèrent un fil d'argent de 1 mètre, les autres un fil d'or, les autres une colonne de mercure purifié de 1 mètre de longueur sur 1 millimètre carré de section. Enfin d'autres, et c'est le plus grand nombre en France, rapportent les résistances à l'unité métrique du fil télégraphique en fer de 4 millimètres 1 de diamètre. Toutrfois, comme un étalon type, dans ce système, manque encore à l'heure où nous écrivons ces lignes, il arrive que les bobines de résistance que l'on vend chez les différents constructeurs sont loin defoiurnir des résistances concordantes, quoique indiquant un nombre donné de kilomètres de fil télégraphique. Cela vient de ce que l'on prend comme point de départ des étalons établis dans des conditions très-différentes, et mesurés par des personnes peu au courant des lois électriques. Ainsi, généralement les constructeurs, dans l'établissement de leur étalon, ne tiennent pas compte de la température ni de Vétât de l'écrouissage du fer, et pourtant ces éléments font varier dans une proportion considérable la résistance des fils télégraphiques. Il me suffira, pour en donner une idée, de rappeler quelques-uns des chiffres que j'ai obtenus sur la ligne télégraphique d'essai que j'avais à ma disposition à l'administration des lignes télégraphiques. Cette ligne était composée de ^0 fils de 3 millimètres de diamètre ; 10 de ces fils étaient recuits, les 10 autres étaient écrouis, et ils avaient tous une longueur de 1735 mètres. Le 1®' juin 1861, la température étant de 15®,6, la résistance de quatre de ces fils recuits fut trouvée de 200 \ tours du rhéostat de l'administration, et celle de quatre autres de ces fils non recuits de 215 tours. Le 20 juin, par une température de 31°, les résis-
tances de ces mêmes fils furent trouvées de 213 tours et de 327 toiirs. D^un autre côté, entre dififérents échantillons de fil dans le même état de recuit, il peut exister des différences considérables ; ainsi, alors que quatre longueurs de fil recuit donnaient 200 { tours du rhéostat, quatre autres longueurs de fil également recuit, mais provenant d'un autre fournisseur, donnaient 209 \ tours. On comprend facilement, d'après cela, que le constructeur qui aura établi son étalon le 20 juin, avec du fil non recuit, aura^ pour représenter 6940 mètres de fil télégraphique de 3 millimètres, 227 tours du rhéostat, alors que celui qui aura établi le sien le 1*' juin, avec dn fil recuit, ne trouvera que 200 -j tours pour représenter la même longueur de circuit ; de telle sorte que les résistances des bobines du premier seront 1,135 fois plus considérables que celles du second. Pour des bobines de 500 kilomètres il pourra donc se produire, sans parler des erreurs d'expérience et d'observation, une différence en plus ou en moins de 67 ^ kilomètres I Est-il possible de compter sur de pareils étalons ?
Tous les télégraphistes ne sont pas d'accord sur l'unité qui doit être adoptée et la manière dont l'étalon doit être établi ; on tend cependant généralement à adopter l'unité de Siemens, qui réprésente la résistance d'une colonne de mercure purifié, ayant (à 0^) 1 mètre de longueur et 1 millimètre de section. MM. Pouillet et Marié-Davy avaient depuis longtemps proposé cette unité, mais aucun constructeur n'avait voulu se charger de la construction d'étalons basés sur une semblable mesure ; M. Siemens seul y est parvenu d'une manière satisfaisante, à ce qu'il parait, puisque ses étalons sont très-concordants entre eux, ainsi que les bobines de résistance qu'il construit^ et pour lesquelles il a créé un atelier spécial. Traduite en longueur de fil télégraphique de 4 millimètres, cette unité représente à peu près 100 mètres (97"* ,26).
Si les physiciens et les télégraphistes s'entendent pour prendre cette unité, ce sera un bienfait pour la science, et nous faisons des vœux pour qu'il en soit ainsi, car l'important avant tout, est de s'entendre. Dans ce cas, les recherches proposées pour la construction d'un étalon en fonction de la résistance du fil télégraphique, devraient seulement être dirigées dans le but de déterminer exactement le nombre d'unités Siemens qui correspondent à des longueurs de 1000 mètres des différents fils employés sur les ligues télégraphiques.
Bien que la conductibilité des bobines établies comme étalons de ré-
sistance varie peu quand elles sont soigneusement construites^ ainsi que Ta véridé M. Jacobi, on ne saurait apporter trop de soin au choix et àk qualité du métal qui doit entrer dans leur construction. D*après le report de la commission anglaise chargée de T étude des câbles sous-marins, ce métal doit réunir les conditions suivantes : 1® une conductibilité ne se modifiant pas quand on le passe au feu pour le recuire ; 2' use i conductibilité ne variant que faiblement avec la température ; 3** une inaltérabilité complète étant exposé à l'air . Ces conditions seraient réunies, suivant la commission, dans ^alliage (Tor et d'argent.
En 1 861 , une commission scientifique anglaise, frappée des inconvénients que nous avons signalés, sur le peu de concordance des mesures de résistance^ s'était réunie pour créer un étalon qui devait satisfaire théoriquement à toutes les mesures électriques, et, après un travail de plusieurs années, elle avait fini par mettre au jour un étalon auquel elle avait donné le nom d'Obmad (1). Cet étalon a été envoyé à toutes les administrations télégraphiques d'Europe, mais il ne parait pas qu'on se soit empressé de l'adopter généralement. Voici, en effet, le rapport qui a été rédigé à cette occasion par M. Gaugain, au nom de la commission de perfectionnement du matériel télégraphique de Tadministration française, en février 1867.
c La commission anglaise ne s'est pas bornée à rechercher Vunité de résistance la plus convenable, elle s'est occupée aussi des autres unités électriques (unité d'intensité de courant, unité de force électro-motrice, unité de quantité) ; mais, comme elle n'a formulé de conclusions définitives qu'à l'égard de l'unité de résistance, nous croyons ne devoir considérer ici que la partie de son travail qui se rapporte à cette unité.
c L'on a proposé, à diverses époques, une multitude d'unités différentes (2) ; mais aujourd'hui il n'y en a réellement que deux qui paraissent susceptibles d'être adoptées généralement, l'unité à mercure de Siemens et l'unité proposée par l'association britannique.
c L'unité de Siemens est une colonne de mercure pur, d'un mètre de longueur et d'un millimètre carré de section. .
(1) Cette commission se composait de MM. Williamson, Wheatstone, W. ThomsoD, | H. Miller, Matlhiessen, Fleemming-Jenkin, C. Varley, Balfour Stewart, C. W. Siemens, Joule, Esselbach, Sir C. Bright, Maxwell.
(2) Voir le résumé de M. Fleemming-Jenkin. (Rapport de 1865.)
« n est impossible d'expliquer en peu de mots ce que représente Punité de Tassociation britaunique, et la définition suivante, indiquée par M. Fleemming-Jenkin dans son rapport de 1865 (p. 9), est la plus simple
quHlaitpu trouver, c L'unité de résistance absolue | r— ) est telle
\ seconde J
< que le courant produit dans un circuit de cette résistance, par la force « électro-motrice d'une barre droite d'un mètre de longueur, qui se dé- « place à travers un champ magnétique ayant pour intensité l'unité d'inc tensité (1), perpendiculairement aux lignes de force et à sa propre di- « rection, développerait dans ce circuit, en une seconde de temps, une « quantité de chaleur équivalente à l'unité absolue de travail, en suppoc sant qu'il ne se produise aucun autre travail, ou aucun autre effet équic valant à un travail. D'après les expériences du docteur Joule, la quantité < de chaleur équivalente à l'unité absolue de travail, est la quantité « nécessaire pour élever d'un degré centigrade 0,0002405 grammes c d'eau prise à son maximum de densité. »
< L'unité adoptée[par l'association britannique est égal à dix millions de
(mètres \ seconde /'
c Pour établir un étalon matériel qui représente cette imité, la commission anglaise a déterminé d'abord avec beaucoup de soin la valeur en unités absolues de la résistance d'un certain fil de fer ; puis, au moyen de
mètres
ce fil de fer, elle a construit la bobine étalon équivalent à 10' r— .
seconde
c La commission anglaise ne croit pas que la véritable valeur en mesure absolue de cet étalon puisse différer notablement de celle qui lui a été attribuée ; mais quand même de nouvelles déterminations, faites par des méthodes plus précises, viendraient à démontrer plus tard que l'étalon matériel de l'association britannique ne représente pas réellement 10'
mètres
— , on ne le modifierai; pas, on se bornerait, dans les applica-
seconde
tions scientifiques où cela deviendrait nécessaire, à faire usage d'un coef-
(l) Définition de Gauss.
fîcient pour transformer en — - r — les unités de résistance mesuras '^ secondes
au moyeu de Tétalon. La commission propose même, pour éviter tonte équivoque, de donner à cet étalon un nom qui ne rappelle pas son origine., de le nommer, par exemple, unité BA (de l'association britanDique) chi Ohmad.
« Dans le cas où rétalon viendrait à être perdu ou détérioré et où il serait, par conséquent, nécessaire de le reproduire, la commission anglaise pense qu'il serait plus sûr de recourir aux moyens chimiques, que de répéter les expériences qui ont servi de base à sa détermination. On devrait donc procéder pour l'unité de l'association britaoniqne comme on le ferait pour une unité tout à fait arbitraire.
< Après avoir examiné avec beaucoup d'attention toutes les raisons exposées dans les quatre rapports qui nous ont été communiqués, nous croyons qu'il n'y a pas de motifs bien sérieux pour préférer f unité de Vassociation britannique à l'unité de Siemens. Toutes les deux nous paraissent satisfaire à peu près également aux conditions que Taniié de résistance doit remplir, d'après le programme que la commission anglaise a elle-même tracé. Ces conditions ont été indiquées de la manière suivante, dans le rapport de 1862 (page 126) :
< 1* La grandeur de l'unité doit être telle qu'elle se prête aux mesures « les plus usuelles sans exiger l'emploi d'un nombre très-considérable de c chiffres ou d'une longue série de décimales ;
« 2* L'unité de résistance doit présenter un rapport déterminé avec les c unités qui seront adoptées pour mesurer la quantité, l'intensité du coa- « rant et la force électro-motrice ; en d'autres termes, elle doit faire < partie d'un système coordonné de mesures électriques ;
c 3® L'unité de résistance, de même que les autres unités, doit autant c que possible présenter un rapport déterminé avec l'unité de travail qui c forme le lien commun de toutes les mesures physiques ;
« 4® n ne faut pas que la valeur de Tunité soit exposée, dans l'avenir, c à subir des corrections ou des changements ; elle doit être invariable ;
c 5® L'unité doit pouvoir être reproduite avec exactitude, afin qu'on « puisse remplacer l'étalon original, dans le cas où il éprouverait quelque t avarie, et aussi, afin que les observateurs qui seraient dansTimpossibilité « de se procurer des copies de cet étalon, puissent en construire un pour « leur usage, sans erreur sérieuse. >
c Comme nous Tavons dit plus haut, les deux unités entre lesquelles il s'agit de choisir, nous paraissent remplir au même degré ces cinq conditions :
€ i^ D'après le tableau qui accompagne les rapports de 1864 et 1865, la différence entre Tunité de Siemens et celle de Tassociation britannique est tout au plus de 4 ou 5 centimètres ; par conséquent. Tune se prête aussi bien que Tautre aux mesures usuelles : elles satisfont également à la première condition ;
< 2^ et 3"* La commission anglaise affirme (page 1^9, rapport de 186^) qu'aucune des unités de résistance arbitraires proposées ne satisfait en aucune manière à la seconde ni à la troisième condition, et c'est sur cette raison qu'elle se fonde pour donner la préférence à l'unité dite absolue de Wéber ; mais il nous semble que cette affirmation se trouve en opposition avec les principes exposés dans les pages précédentes du même rapport. Quelle que puisse être l'unité de résistance adoptée, il sera toujours possible de prendre pour unité de courant, le courant qui produit dans l'unité de temps l'unité de travail ; lorsque la résistance du circuit est égale à l'unité de résistance , l'on pourra également prendre pour unité de quantité la quantité d'électricité que l'unité du courant met en circulation dans l'unité de temps ; enfin l'on pourra prendre pour unité de force électro-motrice, la force électro-motrice qui produit l'unité de courant, lorsque la résistance du courant est égal à l'unité de résistance. Il sera donc toujours possible d'établir un système d'unités qui satisfasse à la Seconde et à la troisième conditions, même en adoptant une unité de résistance tout à fait arbitraire.
« Ces propositions résultent directement des relations qui lient entre elles les quatre quantités électriques.
c Si nous représentons par W le travail que le courant C exécute dans le temps ^, en parcourant un circuit de résistance R, nous avons d'abord
< C'est la loi de Joule.
c En second lieu, si nous désignons par E la force électro-motrice, nous
avons : C = — ;
c C'est la loi d'Ohm.
« Enfin, si nous représentons par Q la quantité d'électricité mise encir-
culation par le courant C dans le temps t^ il résulte des expériences t^e M. Faraday que Ton a Q = C^
« Or, il est bien clair que, quelle que soit la valeur attribuée à l'umié de résistance, on pourra toujours choisir les trois autres unités de manière que les trois équations précédentes soient satisfaites.
c i^ et 5^ Si l'on s'en tenait rigoureusement à la définition donnée, l'unité de Tassociation britannique ne remplirait ni Tune ni raatre de ces conditions ; mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer, la commission anglaise a fait construire un étalon matériel qui devra tonjours être considéré comme la véritable unités lors même qu'il serait reconnu plus tard que cet étalon s'éloigne plus ou moins de la valeur absolue
10' — qn'il est censé représenter. Ainsi envisagée, Tonité de
l'association britannique n'est ni plus ni moins invariable que toute autre unité arbitraire, et peut être reproduite avec le même degré de précision.
< En définitive, il nous parait complètement indifférent que Ton adopte Tune ou l'autre des deux unités proposées. Si l'on n'avait pris encore aucun parti dans les autres pays, nous nous prononcerions pour l'unité de Siemens, parce qu'elle offre à l'esprit une idée plus nette que l'unité de l'association britannique ; mais, s'il est vrai qu'en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, dans l'Inde et l'Australie, on soit généralement disposé à accepter cette dernière unité (ainsi que paraissent le croire les auteurs du rapport de 1864), nous conseillerons à l'administration française de l'adopter également, parce qu'il nous paraît avant tout désirable que la même unité soit admise par tout le monde.
« Nous pensons toutefois qu'avant de prendre une décision, il est utile de faire une enquête auprès des administrations des lignes télégraphiques les plus importantes et de s'assurer de leurs véritables dispositions.
c On eût pu croire qu'en raison de l'importance philosophique des déterminations qui servent de base au système absolu, ce système aurait été accueilli avec empressement, sinon par les hommes pratiques, du moins par les savants. Or, il ne parait pas qu'il en ait été ainsi. De tous les savants que la commission anglaise a consultés, deux seulement ont répondu, MM. Werner Siemens et Kirschboff ; le premier persiste à donner la préférence à l'unité à mercure qu'il a lui-même mise en avant ; le second
ne croit pas qu'il soit nécessaire de faire un choix entre les deux unités proposées.
< M. K.-H. Wéber n*a pas fait connaître son opinion à la commission anglaise, mais M. Siemens affirme, dans un mémoire récemment publié (Mars 1866, Poggendorffs Annalen) , que Fauteur du système absolu luimême, est d'avis que Ton adopte Tunité à mercure, et que Ton se borne à faire connaître aussi exactement que possible le rapport qui existe entxe cette unité et Tunité absolue. »