I. SONNERIES TÉLÉGRAPHIQUES
Les sonneries ou alarmes ont été la conséquence immédiate de rinvention des télégraphes électriques. Aussi leur invention remonte-t-elle à la même date que ces intéressants appareils.
On comprend, en effet, que quelque soit le système tél^p^hique «pie Ton emploie, il est indispensable de prévenir le correspondant que la transmission va commencer, et cet avertissement ne peut être fourni que par un bruit quelconque. Les systèmes qui ont été imaginés sont excessivement nombreux et ont suivi, pour la plupart» les mêmes phases que les télégraphes, quant à la manière dont l'électricité leur a été appliquée. Toutefois, ce n'est guère qu'à l'époque des expériences de M. Wheatstone que les sonneries électriques purent foire assez de bruit pour fournir un avertissement utile, et nous avons vu, p. 3, comment ce savant était arrivé à obtenir ce résultat. Depuis, co système de sonnerie qui était, comme on Ta vu» à mouvement d'horiogerie et à déclanchement électro-magnétique, les avertisseurs télégraphiques purent être établis beaucoup plus simplement par rintroduction d'un petit mécanisme connu sous le nom detrembleur. Dans ces conditions, ils devinrent tellement simples qu'on pût songer sérieusement à les employer dans les usages domestiques. Cette question ayant pris un certain intérêt à cause des procès qu'elle a soulevés et des nombreuses applications qu'on a faites dans ces derniers temps des sonneries électriques, nous croyons devoir entrer dans quelques détails sur les diverses transformations qu'ont subies ces intéressants appareils. Mais auparavant rappelons en quelques mots en quoi consiste le trembleur de Neef.
Ce système rhéotomique que nous avons déjà décrit dans notre tome n^ p. 249^ au sujet des appareils d'induction, consiste dans un ressort de contact placé derrière Tarmature d'un électro-aimant et qui, étant relié à l'un des pôles de la pile alors que l'autre pôle communique avec l'armatura par l'intermédiaire de l'électro-aimant, ne permet la circulation du courant à travers celuhci que quand il est en contact avec cette armature. Or, comme
il résulte de cette circulation du courant une attraction de ladite armature qui occasionne la rupture du circuit, il doit nécessairement se produire une vibration indéfinie qui, en agitant un marteau placé auprès d'un timbre, provoque des tintements répétés.
L*application du rhéthome de Neef aux sonneries n'est pas nouvelle; elle remonte à une époque bien antérieure à celle où Ton a eu Fidée d'employer les sonneries trembleuses pour les usages domestiques. Nous voyons en effet M. Siemens, dès 1847, l'employer pour son télégraphe à mouvements syncchroniquës (voir page 65,) et plusieurs autres inventeurs, avant lui, les avaient déjà combinées dans des conditions beaucoup moins bonnes. D'où vient donc que ces inventions ne se sont pas répandues dès cette époque ?... On le comprendra facilement, pour peu qu'on étudie la disposition du mécanisme de ces sortes d'appareils.
Dans l'interrupteur de Neef, la pièce contre laquelle bute Tarmatiue de J'électro-aimant, et qui forme interrupteur en lui commimiquant le courant était rigide. C'était une espèce de vis qui pouvait servir en même temps à régler l'écart de cette armature. Or, cette pièce ne pouvant suivre celle-ci dans une partie de sa course attractive, il en résultait d*abord des vibrations excessivement rapides, et en second lieu une très-petite amplitude dans les écarts de la pièce vibrante. On comprend aisément que, dans ces conditions le vibrateur de Neef ne pouvait être appliqué avantageusement aux sonne*ries, et c'est en cela qu'avaient échoué les sonneries trembleuses qui avaient précédé celle de M. Siemens.
Pour obtenir une plus grande course de l'armature, et par suite une plus grande oscillation du marteau de la sonnerie, M. Siemens eut l'idée d'appliquer au système de Neef, un mécanisme intermédiaire auquel il donna le nom de navette, et qui, se composant d'une pièce rigide munie de ressorts, oscillant entre deux butoirs de contact, permettait d'obtenir le prolongement des fermetures de courant, tout en diminuant le nombre des vibrations. L'appareil, gr&ce à ce perfectionnement important, put fonctionner d'une manière k peu près satisfaisante.
Mais il est facile de comprendre que l'introduction d'une pièce compliquée comme une navette à ressorts, sur laquelle l'armature de l'électro-aimant devait réagir par l'intermédiaire d'un levier, rendait l'appareil peu pratique, dispendieux, et susceptible de nombreux dérangements. U exigeait d'ailleurs une certaine force électrique pour fonctionner, et le marteau en frappant le timbre, ne produisait pas le coup sec et élastique nécessaire pour produire un bruit sonore. Le système avait donc besoin d'être considérablement perfectionné, pour avoir quelques chances d'être adopté dans les usages la 32
domestiques. Or, ce perfectionnement a été imaginé dans les conditions les meilleures et les plus simples, par M. Lippens, et la ligure 180 ci-dessous représente la sonnerie brevetée le 20 août 1850 par cet inventeur.
Pour augmenter la durée des contacts de l'interrupteur, et par suite» pour . rendre les vibrations plus longues et moins nombreuses, M. Uppens substitua au butoir rigide du rhètome de Neef une lame de ressort F, qui pouvait suivre Tarmature dans une partie de sa course ; et pour fournir au . coup de marteau cette élasticité nécessaire au développement de son pro- . duît, il constitua farmature elle-même avec une seconde lame de ressort en fer G, qu'il fixa sur l'un des pôles de Télectro-aimant Cette douMe disposi* tion de ressorts lui donnait en outre l'avantage d'entretenir mécaniquement
Fig. 180.
la vibration, et de fournir de iûen meilleurs contacts électriques (1). Ls problème s'est donc trouvé ainsi résolu de la manière la plus simple et la plus complète. Mais comme beaucoup de belles inventions, celle de IL lippens devait être pour son auteur Tobjet d'ennuis et de tribulations, à la suite desquellselle tomba dans l'oubli et le domaine puUîc.
(1) Voici le texte même du brevet.
« Si, prenant Talidade G en repos sur la pièce de cuivre D, voas la faites glsuer
sur celle D\ le circuit est établi ; l'électricité passant par Talidade, monte par la
colonne Eei paue du resiort F dont celui 6, fixé lui même à Télectro-aimaat A. Le
. fluide passe ensuite dans le fil de cuin*e qui s*y trouve soudé, en parcourt tons les
replis pour sortir par le bouton d'attache B'.
. « Dans cette action Télectro-aimant attire le ressort vîbrateur G, mais cette attrao- ' tion cessant aussitôt que le ressort F n*est plus en contact avec celui 6, celui-d va 'remonter, referpiera le circuit» sera attiré de nouveau et ainsi de suite, s
SONNEtUËd Et APPELS bfiS STATIONS. 4M
Ce ne fut que trois ans plus tard, en 1853, que M. Mirand» associé à cette époque avec un architecte de Rouen, M. Parelle, voulant appliquer les sonneries électriques aux usages domestiques, arriva à combiner le système de sonneries trembleuse aujourd'hui employé partout, et qui ne diffère en rien, du reste, de celui de M. Lippens. A cette époque, M. Mirand, pas plus que moi, n'avait eu connaissance de l'invention de M. Lippens. L'inventeur français ne s'était en effet inspiré que d'un petit mécanisme trembleur, qu'il avait installé devant la boutique de M. Archereau (à cette époque établi boulevard Bonne-Nouvelle), pour attirer l'attention des passants. Ce mécanisme qu'il avait combiné lui-même sans connaître le rhéotome de Neef, n'était autre que le mécanisme des sonneries trembleuses d'aujour* d'hui; seulement il fonctionnait avec le courant d'une pile de Bunsen, et M. Mtrand dut en changer la disposition, pour l'approprier aux courants de Daniell, quand il voulut en faire une sonnerie électrique domestique.
Depuis cette époque, plusieurs mécaniciens ont construit des sonneries électriques, et il en est résulté, comme je le disais, un grand nombre de procès en contrefeçon. Mais ce qui est le plus curieux dans cette affaire, c'est que les premiers procès furent engagés par deux constructeurs qui n'avaient aucuns droits à fsdre valoir. Ce ne fut qu'après plusieurs jugements qui eurent pour conclusion la mise de Tmvention dans le domaine public, que le successeur de M. Mirand recommença, mais sans plus de succès, le procès en attaquant à la fois tous les constructetu^ de sonneries électriques. Aujourd'hui tout le monde fait des sonnettes électriques et on ne se préoccupe plus guère du véritable inventeur, mais nous, historien de la science, nous devions bien ces quelques lignes au rétablissement de ses droits.
Les sonneries employées aujourd^ui dans la télégraphie sont de trois espèces : i^ les sonneries à mouvement d'horlogerie dont le type le plus parfait représenté fig. 181 et 182 est dû à M. Breguet^ 2^ les sonneries à trembleur, Z^ les sonneries relais à mouvement continu.
•onntriet à mottvemenU d'liorlog«rle.
Les sonneries à mouvement d'horlogerie ont été, comme on Ta déjà vu, découvertes par M. Wheatstone ; nous avons même fait remarquer qu'elles avaient été indirectement l'occasion de la découverte des relais. Le problème n'avait du reste rien de difâcile, du moment oh l'action électrique pouvait déplacer une détente, et le dispositif mécanique pouvait être varié de mille manières différentes.
Dans rorigpne de Tapplication de hi télégraphie électrique en France, le
modèle construit par M. Breguet se composait d'un mécanisme d^horlogerie, qui, étant déclanché par l'intervention d'un électro-aimant, faisait tourner une traverse dont les extrémités étaient munies de marteaux articulés, et ces marteaux redressés par la force centrifuge sous l'influence de la rotation de la traverse, venaient frapper avec force un timbre pàacé à portée.
Fig. 181.
Ce système fut ensmte modifié, et le modèle adopté aujourd'hui en France est celui que nous représentons sous ses deux faces, fig. 181 et 182.
Sonneries de M. Bre^^oet. — Dans ce système, le carillon est constitué par un marteau qui oscille à llntérieur d'un timbre dont il frappe les bords opposés. Le mécanisme d'horlogerie est composé de trois mobiles, et c'est le dernier portant extérieurement un disque D, ûg. 181, muni d'une cheville G, qui, en constituant une sorte d'excentrique lait fonctionner le marteau m.
A cet effet, cette cheville, qui est munie d'un galet, est engagée dans une rainiure constituée par une fourchette qui termineJa tige du marteau et qui