ALPHABET POUR CHIFFRES
6 = in
La lettre z est omise et remplacée par la lettre s\ la lettre q est également ocnise, et remplacée par k. Les chiffres sont représentés par les mêmes mouvements que les lettres ; seulement le passage des lettres aux chiffres s'indique par les signes h et +, qui sont répétés par la personne qui reçoit, afin de faire savoir qu^elle a compris. Lorsque le télégraphiste veut repasser des chiffres aux lettres, il donne les signes m et +, qui sont de même répétés par Tautre station.
La personne qui reçoit, transmet après chaque mot reçu, la lettre e, quand elle a compris, et le signe + si elle n'a pas compris, et alors le même mot est répété par celui qui transmet. Par les lettres r et te on indique les phrases, attendez, allez plus loin.
Avant l'abandon définitif des télégraphes à aiguilles, M. Gloesener avait
(1) Les lettres sont indiquées par les parties inférieures des aiguilles suspendues au- )ssousdeleur centre de gravité ; /indique le mouvement vers la gauche, et r le meuve-
dessous de leur ment vers la droite.
encore perfectionné son appareil en supprimant complètement le nmlliplicatewr et en employant, pour mettre le barreau aimanté à portée des pôles de Télectro-aimant, un système magnétique composé de deux barreaux aimantés croisés Tun sur Tautre sous un angle dont TampUtade pouvait être réglée suivant le degré de sensibilité qu'on voulait donner à l'appareil. De cette manière il put obtenir de la part de ces appareils une sensibilité tellement grande qu'ils étaient impressionnables aux courants telluriques.
Nous avons représenté, flg. 8, pi. II, cet appareil.
Télégraphe à. aiguille de Itf. Bain. >- Ce télégraphe, qui avait été installé, en 1846, sur la ligne d'Edimbourg à Criascow, est fondé sur un principe tout à fait différent de ceux que nous avons jusqu'à présent étudiés. Dans cet appareil, Torgane électro-magnétique consiste dans deux bobines magnétisantes B B', flg. 11, pL I, réagissant sur deux aimants persistants, hémicirculaires, enfoncés par leurs extrémités polaires à Tintérieur de ces bobines. Ces aimants circulaires, fixés sur une traverse de cuivre A A' de manière à constituer un cercle, ne sont séparés Tun de l'autre que par un espace de quelques millimètres, et présentent d'un même côté des pôles semblables. Les extrémités polaires de ces aimants, ainsi que l'intervalle qui les sépare, ne se distinguent sur la figure que par des lignes pointillées, parce qu'elles sont, comme je l'ai déjà dit, enfoncées à l'intérieur des bobines. L'aiguille indicatrice a a\ qui apparaît en dehors de l'instrument est placée sur l'axe d'oscillation de la traverse A A', et perpendiculairement à elle.
Le manipulateur de ce télégraphe est un simple commutateur à renversement de pôles que l'on manœuvre à Taide d'une manivelle M, comme celui de M. Wheatstone. A cet effet, cette manivelle porte deux ressorts arqués, isolés l'un de Tautre, qui s'appuient chacun sur un commutateur circulaire composé de plaques de cuivre et d'ivoire. Ces plaques, au nombre de 8, se distinguent aisément sur la figure. Enfin, deux forts ressorts à boudin R et R' ramènent toujours la manivelle M suivant la verticale.
Pour comprendre le jeu de ce télégraphe, il faut savoir : 1° que les plaques * extrêmes Z et r du côté gauche du commutateur communiquent avec la pile ; 2o que les deux plaques extrêmes du côté droit h h\ correspondent l'une et l'autre aux bobines magnétisantes B, B', et, par leur intermédiaire, au circuit de la ligné; 3<> que les plaques i, i du milieu sont reliées diagonalement avec les plaques l, X \ 4» que les plaques g, e' communiquent ensemble; 50 que les ressorts de la manivelle ontuic longueur et une position calculées pour appuyer toujours sur les plaques extrêmes du côté droit) de quelque côté qu'on incline la manivelle.
D*aprës cela, on conçoit que si Ton tourne à droite la manivelle, comme l'indique la figure, le courant entre dans les bobines des récepteurs de la station éloignée par la plaque h, les bobines B B' et revient à la pile par la terre et la plaque h\ Quand, au contraire, on incline à gauche la même manivelle, le courant entre dans le circuit par la terre et revient par le fil de la ligne, les bobines B B' et la plaque h. Quand la manivelle est dans la position verticale, le circuit de la ligne à travers les bobines B, B' est complet, et par conséquent le récepteur de la station peut recevoir les dépêches qui lui sont envo3'ée3. Voici maintenant quelle est la réaction qui s*opére au moment où le courant traverse les bobines magnétiques :
Quand ce courant est dirigé de manière à marcher à travers les spires des hélices dans le même sens que le courant magnétique à travers Taimant A, il y a attraction de cet aimant à l'intérieur des bobines et répulsion de Tautre. Ces deux aimants sont donc mis en mouvement et tendraient à tourner jusqu'à ce qu'ils aient présenté symétriquement leurs pôles aux deux extrémités des hélices? Mais ceci n'a pas lieu, d'abord, parce que le courant transmis n'est pas assez fort, et, en second lieu, parce que Taiguille indicatrice qui suit le mouvement de ce système, a sa course limitée comme dans le télégraphe anglais. Quand le courant change de sens, c'est Taimant A' qui est attiré et Taimant A qui est repoussé.
L'alarme de l'appareil de M. Bain se composait simplement d'un timbre et d'un marteau dont la tige sollicitée par un ressort se prolongeait un peu au delà de son point d'articulation, el reposait sur Taxe de l'aiguille. Cet axe portait près du point d'appui de cette tige un coche qui, en temps ordinaire, se trouvait tourne de côté, mais qui se présentait sous la tige lorsque le courant faisait marcher l'appareil. Le marteau était alors dégagé et retombait avec force sur le timbre.
Ce système télégraphique avait été quelque peu modifié dans son application en Autriche par M. Ekling, de Vienne, qui avait voulu en faire un télégraphe auditif à deux timbres, comme celui de M. Steinheil. Pour cela, il avait fixé sur le prolongement de Taxe de Taiguille indicatrice un petit levier placé entre deux timbres de sons différents. Lorsque Taiguille était dévice d'un côté, le timbre correspondant signalait cette déviation, et quand elle était déviée du côté opposé c était l'autre timbre qui retentissait. Le même mécanicien avait aussi substitué au manipulateur que nous avons décrit un commutateur inverseur à deux touches, que nous avons représenté fig. 11 blSf pi. L Ce commutateur consiste dans deux leviers de bois ou d'ivoire IF, Evj, basculant en K et L. et réagissant sur trois doubles ressorts HM, AB, CD, fixés en 0, 0', 0" au-dessus de lames métalliques A.. B,
II, C, D, M incrustées dans la planche. Ces leviers sont maintenus à l'état normal, abaissés sur le ressort H M par l'action de deux contre-poids F, G; par conséquent, les extrémités I et E sont soulevées en Tair, et les ressorts AB, CD n'appuient pas sur les plaques correspondantes et communiquent entre elles et avec le récepteur, comme on le voit sur la figure. 11 résulte do cette disposition que quand on appuie le doigt sur la bascule I F, le courant entre dans le circuit de la ligne par la plaque B et revient à la pile par la plaque A, qui communique avec la terre; tandis que, quand on appuie sur la touche G £, le courant entre par la plaque A et revient par la plaque B; quand on n*appuie sur aucune des deux touches, le circuit se trouve fermé à travers le récepteur de la station par le ressort H M.
Télégraphe à. aiguille de M. Henley. — M. Ilenley, qui s'est occupé spécialement avec succès, à| une certaine époque, des machines magnéto-électriques, les a appliquées d'une manière avantageuse aux télégraphes à aiguille, et a combiné dans cet ordre d'idées le télégraphe représenté fig. 9 et 10, pi. I.
La fig. 10. représente le manipulateur de ce télégraphe. Il consiste dans un électro-aimant E£' pouvant tourner devant les pôles d'un fort aimant permanent en fer à cheval F. En temps ordinaire, cet électro-aimant à tra* vers les bobines duquel naît le courant d'induction, se trouve maintenu horizontalement devant l'aimant fixe, position à laquelle tend toujours à le ramener un fort ressort à boudin. Un pédale en ivoire T, qui ressort en dehors de la boîte de Tappareil, permet, au moyen d'une simple pression, d'écarter Télcctro-aimant de l'aimant fixe et de développer ainsi un courant direct d'induction à travers le circuit de la ligne. Toutefois pour permettre de couper le circuit pendant la réception, un interrupteur particulier se trouve adapté à l'appareil. Cet interrupteur se compose d'un petit appendice de platine, fixé sur la traverse G de Télectro-aimant et d'un ressort métallique maintenu à portée de cette appendice, par une petite colonne de cuivre. L'une des extrémités du fil induit aboutit à l'appendice dont nous venons de parler, tandis que la lame de ressort est en rapport avec le circuit de la ligne. Le ressort à boudin, en communication avec le sol, et les bobines de l'électro-aimant complètent le circuit. A l'état de repos la lame de ressort et l'appendice sont en contact intime l'un avecTautre, mais après qu'on a abaissé la touche T, la séparation de ces deux pièces a lieu, et le circuit est rompu. Dans cet intervalle de temps, un courant énergique a sillonné la ligne, et a fait fonctionner l'appareil récepteur du poste correspondant.
Le récepteur peut être à simple aiguille ou à deux aiguillés; seulement dans
ce dernier cas, il faut employer deux manipulateurs distincts. Cette aiguille ou ces aiguilles, au lieu de fonctionner sous Tinfluence d'un multiplicateur galvanométrique est soumise à l'action plus caractérisée d'un électro-aimant, action qui est encore renforcée par une disposition particulière que xM. Henley a adoptée pour les pôles de ses électro-aimants. La ûg. 9, pi. I, représente cette disposition, qui consiste dans deux pièces semi-circulaires en fer, AB, CD fixées par leur milieu sur les pôles G et H de Télectroaimant. L'aiguille aimantée N S se trouve à Tintérieur du cercle formé par ces deux pièces semi-circulaires, et est soumise à l'action de quatre pôles réagissant dans le même sens. £a effet, par leur contact avec les pôles des électro-aimants, les pièces AB, CD partagent Tétat magnétique de ces derniers et constituent en A et B, deux pôles sud par exemple, et en G ci D deux pôles nord; sous l'influence du pôle A, l'aiguille N 8 dont le pôle nord est en N, sera attirée vers la gauche, et sous Tinfluence du pôle C, elle sera repoussée vers la droite^ de même qu'elle sera repoussée vers la gauche par le pôle B, et attirée vers la droite par le pôle D. Toutes ces réactions seront renversées aussitôt que le transmetteur reviendra à sa position normale, car alors un courant inverse sera créé, et ce courant naura d'action, en raison de son peu de durée, que pour ramener l'aiguille à sa position initiale ; c'est ce qui fait que dans ces sortes de télégraphes à aiguille, on ne peut utiliser les mouvements de l'aiguille que dans un seul sens.
L'axe auquel est fixée l'aiguille aimantée, porte l'aiguille indicatrice qui répète en dehors de Tappareil les mouvements de la première. Afin de pouvoir ramener celle-ci à sa position d'équilibre quand il se manifeste des courants accidentels, une vis sans fin fait tourner Télectro-aimant sur son axe, par l'intermédiaire d'une roue dentée, et on peut changer ainsi la position des pièces semi-circulaires par rapport à l'aiguille.
Les signaux employés pour ce télégraphe, sont à peu près ceux du télégraphe Morse. Ils sont gravés sur le cadran de l'appareil. Une double oscillation correspond à un point, un temps d'arrêt correspond à une ligne. Pour produire la double oscillation de l'aiguille, on abaisse la touche du manipulateur et on l'abandonne aussitôt. Le premier courani créé dans les babines d'induction, fait dévier l'aiguille, et le second, qui est en sens contraire, la ramène au repère. Pour faire opérer un temps d'arrêt à cette aiguille, on tient quelque temps abaissée la touche du manipulateur. Bien que le courant d'induction n'existe plus alors, la déviation de ruiguille subsiste, parce que le magnétisme développé dans l'ëlectro-aimant ne cesse pas instantanément, et que d'ailleurs la réaction de l'aiguille aimantée sur
le fer suffit pour la maintenir inclinée. Ce n'est que lorsque la touche se re'ève, que le magnélisme change et que l'aiguille revient au repère.
Il est presque inutile d'ajouter que ce télégraphe, comme ceux de M. Wheatstone, est muni de deux chevilles pour limiter les écarts des aiguilles et amortir les oscillations.
En 1862, M. Henley ayant trouvé de grands avantages au système magnétoélectrique que nous avons décrit tome II, p. 205, a substitué ce dispositif à la partie magnéto-électrique du manipulateur du télégraphe précédent, qui s'est trouvé dès lors combiné comme Tindique la fig. 3 ci-dessous qui en représente la coupe.
Dans cet appareil le manche M du manipulateur porte un arc de cuivre muni de trois armatures de fer doux, deux en arrière, *^* * une avant, lesquelles, suivant Tinclinaison du manclie M
d'un côté ou de l'autre, fait communiquer magnétiquement en sens inverse Télectro-aimant E avec l'aimant en fer à cheval G B, dont on ne voit qu'une moitié sur la figure. Quand cette inclinaison se fiiit à gauche, ce qui suppose l'arc de cuivre incliné vers C; l'armature de fer unique touche à la fois le pôle de l'aimant et le pôle de Té* lectro-aimant correspondant à cette armature, tandis que Tarmature extrême de droite touche à la fois le pôle contraire de l'aimant qui n'est pas représenté sur [la figure, et le second pôle de Télectro-aimant, d'où il] résulte une aimantation de l'électro-aimant dans un certain sens. Quand au contraire le manche M est incUné à droite, c'est-à-dire sur le spectateur, l'armateur unique qui avait touché C vient en contact avec le pôle invisible de l'aimant et le réunit au pôle correspondant de l'électro aimant, tandis que l'armature extrême de gauche réunit le pôle C avec le second pôle de l'éleclro-aimant, ce qui entraîne une aimantation de celui-ci en sens inverse de ce qu'elle était au moment du premier mouvement du manche M. Comme de ces aimantations en sens inverse résultent des courants induits contraires qui sont d'autant plus énergiques qu'aux courants d'aimantation s'ajoutent les courants de désaimantation, on obtient avec ce système les mêmes effets qu'avec le manipulateur inverseur ordinairement employé, c'est-à-dire deux mouvements inverses de l'aiguille.
Télég^raphe à, aig^uille de M. AUan. — Ce télégraphe exposé en 1862 à l'Exposition universelle de Londres n'avait de nouveau que le système magnétique de son récepteur.
Pour éviter les inconvénients du magnétisme rénianant des électroaimants^ et pour avoir cependant une force électro-magnétique suffisante, M. Allan a employé des bobines magnétiques, c'est-à-dire de petits électroaimants droits sans ndyaude fer. On sait que les bobines magnétiques sont par le fait de véritables aimants, et si leur action sur le fer est peu énergique, il n'en est pas de même de leur action smr les barreaux magné-» tiques. Aussi, en multipliant cette réaction par la disposition que nous représentons dans la fig. 4 et en faisant en sorte que Tarmature aiman^ tce à buit branches, qui encadre les bobines, pu' présenter aux extrémités de ces branches des pôles alternativement nord et sud, M. Allan a pu arriver avec quatre petites bobines de 2 centimètres seulement de longueur, à construire un télégraphe assez sensible.
Les autres appareils de ce genre ne diflfèrent les uns des autres qu'en ce que chaque constructeur a voulu leur adapter un système électro-magnétique particulier ; or l'effet avantageux de ces systèmes est souvent plus que contestable, mais ils donnent à l'invention un cachet de nouveauté suffisant aux yeux de certaines petsonnes peu au courant des effets électriques, pour la faire rechercher. Ainsi, par exemple, M. Tyer a appliqué à tous ses télégraphes une disposition électro-magnétique qui n'est autre que la disposition renversée du système de M. Henley, mais prise dans de mauvaises conditions, puisque la masse de l'armature étant augmentée et celle-ci étant disposée de manière à faire volant, ses mouvements ne peuvent pas être rapides.
Historique. — Les télégraphes à cadran combinés pour la première fois par M. Whealstone en 1840, ont été la première application des effets mécaniques aux effets électriques en télégraphie. Pensant qu'avec un mouvement de va et vient comme celui dont peut être aminé une armature de fer doux en présence d'un aimant temporaire et d'un ressort antagoniste, on pouvait obtenir de la part d'un mobile un mouvement de rotation saccadé qui pouvait d'ailleurs résulter soit d'une action directe, soit de Faction intermédiaire d'un mécanisme d'horlogerie, il chercha à tirer parti de ce mouvement pour la désignation des différentes lettres de Talphabet, et, à cet effet, il chercha à y soumettre, soit un aiguille mobile autour d'un cadran sur lequel étaient gravées ces différentes lettres, soit le cadran lui* même.
Pour obtenir ce résultat, il sufQsait de disposer le mécanisme destiné à faire tourner Taiguille ou le cadran, de manière que chaque attraction de l'armature fit avancer le mobile d'une distance égale k l'intervalle de deux lettres consécutives. Par ce moyen, en effet, la désignation de telle ou telle lettre pouvait être le résultat d'un nombre d'émissions de courant en rapport avec la distance séparant les différentes lettres appelées à se succéder, et, au moyen d'un transmetteur mécanique, on pouvait même effectuer ce nombre voulu d'émissions sans s'en préoccuper, en faisant en sorte que le jeu de l'appareil, quand on passait d'une lettre à une autre, eût pour effet de faire agir un interrupteur de circuit combiné en conséquence. Telle est l'origine des télégraphes à cadran, aujourd'hui il est vrai un peu délaissés, mais qui sont encore employés dans le service des chemins de fer, dans certains établissements industriels et sur le réseau de la télégraphie domes<tique dans certaines villes d'Angleterre.
Dans le brevet que M. Weatstone prit à cette époque (1840) pour s'assurer la priorité de cette belle invention, plusieurs dispositions importantes se trouvent spécifiées : !<> le moyen d'utiliser le mouvement alternatif de l'armature d'un électro-aimant, pour mettre directement en mouvement une roue à rochet ; 2* le moyen de faire réagir les électro-aimants à grande distance en les enroulant de fil fin, ce qui n'avait pas été fait jusqu'alors; 3<» le moyen de substituer le courant issu des machines magnéto-électriques à celui de la pile pour le fonctionnement des télégra-
pbes électro-magnétiques; 4<'le moyeu de faire £onner une grosse cloche avec une très-faible force électrique.
Depuis le télégraphe à cadran de M. Wheatstone, et surtout depuis son adoption par les chemins de fer, une foule de systèmes différents ont été proposés. Dans les uns le mécanisme d'horlogerie n'eifiste pas, et la force électro-magnétique réagit directement sur le rocliet destiné à faire tourner Faiguille. Ce système, qui n'avait été employé dans Torigine que pour les télégraphes de démonstration, a été, dans ces derniers temps^ tellement perfectionné par MM. Wheatstone, Siemens, Henley, Allan et Wilde, qu'il est presque exclusivement employé en Angleterre. Dans d'autres systèmes on a cherché à éviter les inconvénients du réglage au moyen de dispositifs particuliers. De ce nombre sont les télégraphes de MM. Mouilleron, du Moncel, Digney, Gloesener, Lippens, etc. Dans d'autres encore on a substitué au manipulateur à manivelle de l'appareil primitif, des manipulateurs à clavier et à touches. Les appareils les plus perfectionnés de ce genre sont ceux de MM. Wheatstone, Gloesener, Drescher, Siemens, etc.Entin^dansun certain nombre, on a cherché à rendre synchroniques et continus les mouvements des deux appareils en correspondance, et le signalement des lettres s'effectue alors par l'arrêt momentané des aiguilles des deux appareils, arrêt qui se produit en même temps aux deux stations sous l'influence d'un arrêt mécanique exercé sur l'un de ces appareils, précisément au moment où son aiguille passe devant la lettreà transmettre. Le premier appareil de ce genre a été imaginé par MM. Siemens et Halske, mais il a été depuis perfectionné par MM. Drescher, Gloesener, d'Arlincourt (it Lippens. Nous pouvons encore signaler comme systèmes se rapportant aux appareils que nous étudions en ce moment : i^ les télégraphes à remontoir, combinés par MM. Langrenay et Breguet, dans lesquels le mécanisme du récepteur se remonte par le fait même de la manipulation, ou par le jeu de Tarmature de l'électroaimant ; t^ certains systèmes originaux dus à MM. Gloesener et Régnard, dans lesquels l'aiguille peut avancer à droite et à gauche , ou désigner sur un cadran carré, divisé en compartiments, telle lettre qui s'y trouve inscrite. Ces derniers systèmes sont plutôt ingénieux que pratiques, et n'ont en définitive aucune utilité.
Des différents systèmes de télégraphes à cadran que nous venons d'énumérer, les seuls qui soient mis en pratique sur les lignes télégraphiques, sont ceux de MM. Breguet, Siemens, Wheatstone et Lippens. Aussi concentrerons-nous sur eux les détails descriptifs que nous devons consacrer à ces sortes d'appareils; quant aux autres nous n'en n'exposerons que le principe.
SB
Avant d'entamer la description de ces différents appareils, examinons comment le mouvement attractif produit par un électro-aimant peut donner lieu au mouvement circulaire et saccadé d'une aiguille autour d'un cadran.
La fig. 5, ci-contre, représente le dispositif le plus simple pour arriver à ce but ; il constitue même tout le mécanisme du récepteur de M. Henley, et c'est pour cela que nous le prenons pour type.
C'est une armature aimantée oscillant verticalement sur un pivot O entre les deux pôles d'un électro-aimant. Ces pôles se trouvent entaillés suivant leur ligne axiale pour donner à cette armature un jeu convenable, sans amoindrir Faction magnétique. Telle qu'elle est représentée sur la figure, cette armature est légèrement inclinée vers le pôle de droite et se trouve maintenue dans cette position, la dernière qu'elle ait prise, par l'action du magnétisme rémanant et celle de son magnétisme propre sur le fer de rélectro-aimant.
Du côté opposé à l'électro-aimant, l'armature 0 est entaillée de manière à présenter deux crochets, et entre ces crochets est adaptée une roue à rochets de treize dents, dont la position est telle que, quand le crochet de droite se trouve au fond d'un intervalle de dents, comme l'indique la figure, le crochet de gauche est placé un peu au-dessus d'une dent du côté opposé. Inutile de dire que l'aiguille indicatrice se trouve fixée sur l'axe même de la roue à rochet.
Cela posé, imaginons que l'armature 0, par suite d'une inversion de courant à travers l'électro-aimant, soit repoussée vers la gauche : le crochet de gauche de cette armature va se déplacer vers la droite et, en appuyant sur le plan incliné constituant le dos de la dent du rochet qui se trouve en fece de lui, va faire avancer cette roue d'une demi-dent. Pendant ce temps le crochet de droite se sera dégagé, et la dent qui se trouvait au-dessous de lui, ayant avancé également d'une demi-dent, aura ce que l'on appelle échappé; l'aiguille indicatrice, en suivant ce mouvement, aura alors passé d'une division occupée par ime lettre à la division suivante où se trouve une autre lettre, et comme les choses peuvent se renouveler de la même manière pour une oscillation contraire de l'armature, il arrivera que, pour une oscillation double de celle-ci, c'est-à-dire, pour un seul intervalle de dents, l'aiguille aura avancé de deux lettres. Pour plusieurs oscillations successives, elle accomplira donc un mouvement saccadé de rotation qui
sera d'autant plus rapide que les inversions de courant se seront suivies de plus près. On comprend, d'après cela, que les roues à rochet, dans les télégraphes à cadran, n'ont besoin que de treize dents, puisque ces treize dents correspondent aux vingt-cinq lettres de Talphabet, plus le signal de repère qu'on représente ordinairement par une croix et qui occupe sur le cadran Texlrémité supérieure du diamètre vertical. C'est de celle forme du signal de repère que vient Texpression usitée en télégraphie, mettre les appareils à la croix, ce qui veut dire : mettre les appareils au repère, de manière que leur aiguille soit verticale.
Dans Tappareil de M. Henley, le mécanisme que nous venons de décrire^ est pour ainsi dire microscopique ; ' c'est en quelque sorte de Thorlogerie de montre^ et dans ces conditions les frottements sont presque nuls. On comprend dès lors que ces appareils puissent fonctionner avec une force électrique excessivement minime; mais avec des appareils plus grossiers et plus volumineux, tels que ceux qu'on fabriquait au début de la télégraphie, il était loin d'en être ainsi, et le système si simple que nous venons de décrire n'était guère appliqué qu'aux télégraphes de démonstration, dans les cours de physique. On a donc dû à cette époque chercher un moyen qui pi\t affranchir rélectricité du rôle de moteur, et on a eu recours pour cela, ainsi que nous l'avons déjà vu, à l'action intermédiaire de rhorlogerie. Dans ce cas, la roue à rochetest sans cesse sollicitée à tourner par l'action indirecte d'un ressort, et elle n'est arrêtée dans son mouvement que par une ancre d'échappement munie de l'armature de l'électTOaîmant qui, en oscillant comme on l'a vu précédemment, lui permet d'échapper par intervalles de demi-dents. Dès lors le rôle de l'électricité se borne à produire de simples déclanchements, ce qui ne nécessite que trèspeu de force.
Les systèmes d'échappement employés dans les télégraphes à cadran ont été très-variés. Tantôt l'ancre a la forme d'une fourchette et oscille normalement au plan de la roue d'échappement, qui Se trouve alors munie de treize chevilles d'acier sur chacune de ses faces. Tantôt cette ancre, également en forme de fourchette, est dans le plan de cette roue d'échappement et réagit sur elle aux deux extrémités de son diamètre, comme dans la fîg. 5; alors celte roue porte des dents de rochet légèrement efflllées. . Tantôt, comme on le voit fig. 13 çt 14, pi. I, l'ancre d'échappement est constituée par deux petits doigts d'acier a, c montés sur un axe dd auquel est adapté le levier de l'électro-aimant, et qui, en oscillant devant chacune des dents du rochet, normalement au plan de celui-ci, les dégage successif vement. Enfin, dans d'autres appareils, l'ancre d'échappement est constituée
par un seul doigt qui oscille entre deux roues à rochet montées sur le môme axe, et dont les dents s'alternent de Tune à Tautre roue. Ces deux dernières dispositions , qui sont du reste les meilleures , sont employées par M. Breguet dans les télégraphes qu*il livre aux chemins de fer français, et dont nous donnerons une description détaillée. Nous représentons encore (fig. 22, pi. I), et tig. 6 ci-dessous deux genres d'échappements particuliers employés par MM. Drescher et Lippcns. Dans l'un, les dents de la roue à rochet sont remplacées par une circonférence ondulée latéralement. Dans Tautre, fig. 6, celui de M. Lippens, le doigt d'échappement oscille entre deux roues à ro-
Fig. 6.
chet à dents de côté qui sont disposées de manière à ce que les dents s'alternent d'une roue à l'autre. Ce système fonctionne aisément sans mécanisme d'horlogerie et a été appliqué avec succès à plusieurs télégraphes construits par cet ingénieux constructeur (I).
Nous allons maintenant nous occuper des différents systèmes dont nous avons parlé en les rëpartissant en trois classes, dont la première se rapporte aux télégraphes à courants voltaïques, la seconde, aux télégraphes à courants d'induction, la troisième, aux télégraphes à mouvements synchroniques.
f. — TtLIÎQRAPHBS K CADRAN A COURANTS VOLTAÏQUES.
Téléfl^aphea A eadran de M. Wheatatone. — Dans Torigine la partie mobile du télégraphe à cadran de M. Wheatstone était, comme nous l'avons vu, le cadran lui-même, et le repère était constitué par un guichet ouvert dans une plaque de cuivre qui constituait l'un des côtés de la boîte où était renfermé l'appareil. Ce cadran était en papier pour être plus léger, et le mécanisme moteur était constitué par une roue à rochet de petit did-
.(1) Ce système a été copié en 1862, par M. Tyer, qui avait un appareil de ce genre à rEzpoBition de Londres.
mètre mise en mouvement par deux ressorts d'encllqueiage. L'un de ces ressorts qui était muni d'un crochet, était mis en action au moment des attractions de l'armature; l'autre, constitué par une lame droite, réagissait au moment des répulsions, et celie&<;i étaient déterminées par un ressort antagoniste en acier. Il est curieux que ce dispositif qui avait été modifié dans l'origine sous prétexte de perfectionnement, soit celui que M. Siemens a appliqué dans ces demiei-s temps à ses télégraphes à cadran magnétoélectriques, comme fournissant les résultats les plus satisfaisants. Les dimensions des différents organes employés par M. Wheatstone à cette époque sont également dignes de remarque, car elles étaient extrêmement minimes. Pour en donner une idée, il nous suffira de dire que les branches de rélectro-aimant n'avaient que deux pouces anglais d? hauteur sur un demi pouce de diamètre et étaient enroulées de fil fin recouvert de soie. Il y a loin de là aux électro-aimants que M. Morse employait à cette époque. Le manipulateur de cet appareil que M. Wheatstone appelait œmmunU cateur, était formé d'un disque en cuivre se mouvant librement sur un pied aussi de cuivre. La circonférence de ce disque portait douze entailles remplies de morceaux d'ivoire, de sorte qu'elle présentait des intervalles égaux de substances conductrices et non conductrices. Un ressort en rapport avec le pôle positif de la pile appuyait sur cette circonférence, et l'axe qui la portait, communiquait par la Hgne à Télectro-aimant du récepteur opposé mis d'ailleurs, parla terre, en rapport direct avec le pôle négatif de la pile. Enfin le disque de cuivre portait gravées devant les différentes divisions de sa circonférence (cuivre et ivoire) les 25 lettres de l'alphabet, et de petites tigei placées devant ces divisions, permettaient de faire tourner aisément le disque avec le doigt, de manière à amener devant un repère fixe celle des lettres qu'on vciulait transmettre; un butoir d'arrêt empêchait même le disque de dépasser ce repère une fois que le doigt y était arrivé. Sous l'influence des contacts successifs produits par le frottement du ressort sur la circonfé^rence du disque, le courant de la pile se trouvait successivement fermé et interrompu, et la roue à rcchet du récepteur avançant successivement sous l'influence des actions électriques ainsi produites, faisait arriver devant le guichet du récepteur la lettre transmise, au moment même ob celle-ci ainvait au repère sur le manipulateur* Pour obtenir que la transmission put être coupée de la station opposée en cas d'erreur, M. Wheatstone fit en sorte que la liaison du récepteur de chaque station avec le circuit de ligne fut faite par Tintermédiaire du manipulateur. A cet effet, un anneau d'ivoire était placé sous le disque métallique et présentait devant le point de ce disque correspondant à la croix du repère, tin contact métallique en rap-
port avec le disque lui-même; un second ressort relié à rélectro-aimant du poste expéditeur frottait sur cet anneau et formait ainsi commutateur. Il en résultait que quand les appareils étaient à la croix aux deux stations, chacun des récepteurs ne pouvait recevoir Faction des courants transmis qu'après que ceux-ci avaient passé par leur propre manipulateur, et on pouvait de cette manière, en manœuvrant ce manipulateur, couper la correspondance. Ce dispositif a été très-simplifié depuis cette époque et se trouve représenté ai^ourd'hui par le contact de repos deTinterrupteur, mais il n'en n'est pas moins vrai que dès Torigine des télégraphes à cadran, on avait pensé à cette disposition accessoire très -importante, et c'est M. Wheaststone qui en cela, comme dans presque toutes les inventions se rapportant à la télégraphie, a eu l'initiative.
' Le second système de M. IVheatstone avait pour organe moteur un méca* •nisme d'horlogerie à trois mobiles, dont l'ancre d'échappement était commandée par deux électro-aimants placées verticalement des deux côtés de son axe d'oscillation. Une traverse de cuivre fixée transversalement sur c«l axe portait à ses deux extrémités les deux armatures, de sorte que quand le courant venait à animer l'un ou l'autre des électro-aimants, Fancre se trouvait inclinée d'un côté ou de l'autre, et provoquait l'échappement d'une dent de la roue à rochet commandant le mécanisme d'horlogerie et par suite le mouvement de l'indicateur, qui était cette fois une aiguille» Baiis ces conditions, le cadran portant les lettres de l'alphabet était fixe. Pour obtenir l'avancement saccadé et successif de l'aiguille, il ne s'agissait donc que de transmettre successivement le courant de l'un à Tautre des deux électro-aimants, mais pour cela, il a fallu compliquer le manipulateur dont nous avons parlé précédemment, d'un système commutateur à deux ressorts disposés de telle façon que quand l'un appuyfiit sur une partie con« ductrice du disque, l'autre appuyait sur une partie isolante, et comme ces deux ressorts communiquaient isolément aux deux électro-aimants, on les rendait, par suite de la rotation du manipulateur, alternativement actifs, et on évitait ainsi l'emploi d'un ressort antagoniste.
M. Wheôtstone appliquait ce dernier système aux lignes un peu longues et ôur lesquelles la force électrique développée ne pouvait être asse2 considérable pour faire les frais du mouvement du mécanisme moteur. C'est ce système, dans lequel la force électrique n'avait à opérer qu'un déclànchement, qui a été le point de départ de tous les appareils qui ont été mis depuis en pratique et qui ont réalisé les curieux effets que nous Bda)irons tant ai:gourd'hui.
Téléf^apke à, oadran de St. BMgiiet*-- Ce télégraphe, quant
à son principe, n'est, à proprement parler, que celui de M. Weatstone, mais son installation et surtout la disposition mécanique des pièces qui le constituent ont été si ingénieusement combinées par M. Breguet, qu*elles en ont £ait l'appareil le plus pratique que Ton puisse employer. Aussi tous les constructeurs Français se sont-ils empressés d'adopter ce modèle, et il n'y a guère que lui qui soit usité en France en dehors du système Morse. Récepteur. — La fig. 7 ci-dessous, représente la dernière disposition que M. Brôguet a donnée au récepteur de cet appareil. Le mécanisme d'horlogerie destiné à entraîner l'aiguille est fixé en P P sur une platine
Fig. 7.
verticale ce en zinc, au devant de laquelle est adapté le cadran. Ce mécanisme d'horlogerie se compose de quatre mobiles, d'un barillet, de trois roues d'engrenage dont les axes sont munis de pignons et d'une double roue à rochet que l'on aperçoit dans une échancrure au bas de la platine P P et sur laquelle réagit l'ancre d'échappement, laquelle ancre se réduit à un simple doigt d'acier. L'aiguille indicatrice est, bien entendu, fixée sur Taxe- de cette dernière roue.
Le système électro-magnétique se compose d'un électro^imant E£ dont l'armature se voit en A, et qui est fixé sur la planchette de ^appareil au
moyen d'une traverse de cuivre serrée par deux vis à écrou. L'armature A oscille sur deux vis v, v', et porte en t, à Tune de ses extrémités, le levier qui doit réagir sur l'échappement. Celui-ci s'effectue par l'intermédiaire d'une fourchette X (hg. 8) adaptée à l'axe horizontal aa\ sur lequel est fixé le doigt p. Une cheville adaptée au levier t et introduite entre les branches de cette fourchette X, permet en effet aux mouvements de Tarroature A d*ètre répétés par le doigt p, et par conséquent, de £ûre échapper successivement les deux roues à rochet; deux vis r, r' placées des deux côtés du levier t permettent d'ailleurs de régler convenablement Tarnplitude de Toscillation de celui-ci.
Dans ce S3^tëme télégraphique, les mouvements de l'armature A résul* tent d'interruptions successives du courant; par conséquent, les rappels de cette armature s'effectuent au moyen d'un ressort antagoniste. Dans l'origine, ce ressort était fixé à un fil de soie qu'on enroulait plus ou moins, quand on voulait le tendre, sur un petit treuil; mais l'expérience ayant démontré que ce fil de soie se coupait promptement, M. Breguet a substitué à ce système le dispositif représenté dans la partie gauche de la fig. 7. Ce dispositif consiste dans un noyau à rebord excentrique L, contre lequel appuie une longue goupille faisant partie d'une pièce à pivot sur laquelle est fixé, par l'intermédiaire d'une tige recourbée IF, le ressort antagoniste R. Ce dispositif est représenté plus simplement fig. 20, pi. I* Quand, à l'aide d'un clef, on tourne l'axe portant le noyau L (fig. 7), la goupille qui s'y trouve appuyée glisse sur le rebord excentrique dont nous avons parlé, et suivant le sens de la rotation de ce noyau, elle repousse en avant ou ramène en arrière la tige / /', qui tend ou détend ainsi le ressort. Quand, par une circonstance quelconque, l'appareil s'est trouvé dérangé et que les lettres indiquées au récepteur ne sont plus d'accord avec les lettres transmises, il est nécessaire, comme on le comprend aisément, de ramener l'aiguille de ce récepteur au repère, c'est-à-dire à la croix.
Dans les premiers appareils de M. Breguet, on obtenait ce résultat au moyen d'une espèce de petit piston qui ressortait en dehors de la boîte du récepteur et qui permettait à l'opérateur de communiquer à l'armature le nombre d'oscillations voulu pour remettre l'aiguille en position convenable. Ce petit piston avait reçu le nom de pédale. Toutefois, comme on perdait beaucoup de temps avec ce système, M. Breguet a cherché à obtenir d'un seul coup la remise à la croix en faisant réagir directement la pédale sur l'échappement lui-même. A cet effet l'axe a a' (fig. 7 et 8), qui porte le doigt p est soutenusur une traverse M K articulée en M, et susceptible, par conséquent, d'être relevée ou abaissée. Cette traverse porte en N une petite
rainure qui limite, à Taide d'une vis, sa course angidairc et se trouve maintenue soulevée en temps ordinaire par un fort ressort à boudin U. Une tige K H appuie d'ailleurs sur Textrémité K de cette traverse et correspond à la pédale dont nous avons parlé. Enfin, pour compléter le système, un butoir d'arrêt en forme de crochet a, fixé sur la traverse M K, est disposé de telle manière que, quand cette traverse est abaissée par l'action de la pédale, il peut rencontrer ime petite cheville fixée sur Tun des rayons de la
seconde roue à rochet et arrêter alors raigiiille indicatrice sur la division qui précède la croix. Le jeu de ce mécanisme se comprend aisé* ment.
Quand on appuie sur la pédale, la^traverse M K étant abaissée, le doigt p dégage les roues à rochet, et celles-ci, entraînées par le mouvement d'horlogerie, se mettent immédiatement à tourner; mais ce mouvement ne dure pas longtemps, car la cheville adaptée au second rochet, en rencontrant le butoir a porte par la traverse M K, les arrête immédiatement, et elles ne recouvrent leur liberté que quand le doigt de Topérateur, ayant abandonné la pédale, a permis au butoir a de se relever et à la cheville d'arrêt d*échapper. Toutefois, se trouvant alors de nouveau mises en prise avec le doigt p qui s'est également relevé, elles ne peuvent tourner que do l'intervalle d'une tii 3
demi-dent Mais cela suffît pour que Taiguille indicatrice se trouve en cet instant exactement au repère.
Fig. 9.
La fig. 9 ci-dessus, montre la perspective extérieure de Tappareil ; la pédale pour la remise à la croix s'aperçoit à la partie supérieure de la boîte un peu vers la gauche, et à la droite du cadran, on distingue Taxe du mécanisme destiné à tendre le ressort antagoniste. La clef destinée à faire tourner cet axe est suspendue à une petite chainette et est munie d'une aiguille qui, en se mouvant autour d'un petit cadran divisé, permet de reconnaître facilement les diflférents degrés de tension qu'on doit donner au ressort. Au-dessus du repère se trouve le trou pour le remontage du mouvement d'horlogerie.
Manipulateur. — Le manipulateur de l'appareil Breguet que nous représentons fig. 10, p. 35, se compose d'une planche de forme carrée sur laquelle est monté, par l'intermédiaire de trois colonnes, un plateau circulaire ou cadran en laiton autour duquel se meut une manivelle qui a la double fonction de faire réagir l'interrupteur du courant et de servir d'index aux différentes lettres qu'on veut signaler, lesquelles sont gravées sur le cadran. A cet effet, cette manivelle porte une ouverture appelée fenêtre, à travers laquelle se montrent ces différentes lettres, et c'est quand la lettre désignée apparaît dans la fenêtre, qu'on doit arrêter la manivelle. Pour que cet arrêt ne soit pas indécis, ce qui amènerait des dérangements dans le fonctionnement du récepteur, le cadran du manipulateur porte sur sa circonférence une série de petites entailles dans lesquelles peut s'engager, au moment où l'on abaisse la manivelle, une forte goupille en acier fixée
au-dessous de celle-ci. En ayant soin de faire glisser cette goupille sur lo cadran du manipulateur un peu avant l'arrivée de la fenêtre sur la lettre signalée, on est toujours certain que la manivelle se trouvera arrêtée à temps.
L'interrupteur du courant, auquel M. Breguet a donné dès Torigine une disposition tellement parfaite, qu'elle n'a jamais été perfectionnée depuis, est représenté dans le coin gauche de la fig. 10, dont une partie se trouve échancrée pour mieux en faire comprendre le dispositif. Cet interiiipteur se compose essentiellement d'un levier / /' pivotant en o, sur lequel réagit par l'intermédiaire d'un goupille fixée à son extrémité recourbée /, une
Fig 10.
gorge sinueuse évidée dans un disque de laiton que porte Taxe même de la manivelle. Cette gorge sinueuse, en présentant successivement devant hi goupille /, qu'y s'y trouve engagée, des parties alternativement creuses et bombées, repousse ou ramène le levier II' et le fait finalement osciller lorsqu'on tourne la manivelle, sans qu'on ait à craindre aucune incertitude dans son jeu. Gomme cette gorge sinueuse présente treize inflexions, le levier accomplit une demi^^oscillation chaque fois que la manivelle passe d'une lettre à l'autre. U est Êu^ile de i>omprendre qu'avec cette disposition
le levier 1 1' n'a qu'à réagir sur un contact métallique en communication avec le circuit, pour fournir une série d'émissions de courant dont le nombre sera nécessairement en rapport avec la position de la lettre sur le cadran autour duquel se meut la manivelle, et qui devront avoir pour effet de faire avancer l'aiguille du récepteur d'une manière synchrone avec cette manivelle. A cet eiîet, le levier 1 1' se termine par un ressort /' placé entre deux vis^butoirs p, p\ dont l'une p' communique au pôle positif de la pile par le bouton G, et l'autre ]} au récepteur de la station même où se trouve le manipulateur. Nous en verrons plus tard la nécessité. Ck)mme le disque interrupteur est relié d'ailleurs métaliiquement avec la ligne, qui elle-même est en rapport avec le pôle négatif de la pile par le sol et le récepteur correspondant.on comprend que chaque fois que le levier//' s'approchera de p', il devra se produire une émission de courant, et que chaque fois qu*il s'en éloignera pour toucher p, une interruption surviendra, et en même temps une liaison métallique sera établie entre la ligne et la terre par le récepteur de la station qui parle.
Dans l'appareil Breguet, les fermetures de courant correspondent aux lettres AGKGIKM0Q8UXZ, les ouvertures, à la croix et aux lettres BDFHJLNPRT VY. En rapprochant ou en éloignant l'une de l'autre les deux vis p, p', on peut augmenter ou diminuer la durée des contacts; ce qui n'est pas un des moindres avantages de la disposition du manipulateur Breguet, car, par un règlement intelligent de ces vis, on peut, suivant les circonstances du circuit, augmenter considérablement la force électrique transmise. Avec un circuit bien isolé, on peut, en effet, plus que doubler l'action électrique en ne laissant au ressort /' que juste le champ nécessaire pour interrompre le circuit.
Comme complément de cet interrupteur, M. Breguet lui a adapté deux commutateurs destinés à mettre la ligne en rapport, soit avec le récepteur du poste, soit avec la sonnerie, soit avec le second fil de ligne pour établir une communication directe entre les deux postes situés à gauche et à droite de celui où se trouve placé l'instrument. Chacun de ses interrupteurs se compose d'une manette munie d'une lame de ressort recourbée qui peut s'appliquer sur trois contacts métalliques appelés gouttes de suif, lesquels sont en rapport avec ces différents appareils. Nous verrons plus tard, au chapitre de l'organisation des postes télégraphiques, comment les communications électriques se trouvent établies avec ces sortes de télégraphes.
Comme on a pu le voir dans la flg. 10, le cadran du manipulateur Breguet, comme du reste celui du récepteur^ porte au-dessus des différentes lettres de l'alphabet les différents nombres depuis 4 jusqu'à 25 et Taiguilla
TELEGRAPHES A CADRAN.
du télégraphe peut les désigner aussi bien que les lettres quand un signal particulier prévient que ce sont eux qui sont transmis.
M. Breguet a fait de ce télégraphe un appareil portatif pour les convois de chemin de fer qui est d'une grande utilité et d'un usage facile. I peut être contenu, avec sa pilo et les différents accessoires qui lui sont nécessaires dans une boîte de Fjg. 11.
37 centimètres de hauteur
sur 27 de dimensions latérales. La fig. il le représente.
Nous ne parlerons pas ici de la sonnerie en rapport avec ce système télégraphique^ nous réservant d'en parler dans un chapitre spécial consacré aux sonneries en usage dans les différents postes.
Le dernier modèle du télégraphe Breguet que I nous venons de décrire n'étant guère appliqué qu'aux appareils que ce constructeur fournit luimême, nous avons cru devoir reproduire, fig. 17, 18 et 21, pi. I, la disposition qui avait précédé ce dernier modèle, et qui est encore adoptée par quelques constructeurs français. Cette disposition se comprend d'ailleurs facilement rien que par Tinspection des trois figures dont nous parlons. Ainsi la fig. 17 représente le manipulateur, il ne diffère de celui que nous avons décrit que par les contacts des commutateurs. La fig. 18 représente le mécanisme du récepteur; la roue d'échappement est enr, rélectro-aimant en £ et la palette réagissant sur l'encliquetage en PL. Dans ce modèle il n'y a qu'une roue d'échappement ; en conséquence l'ancre,
au lieu de consister dans un simple doigt, comme précédemment, est constitué par deux petits appendices formant fourchette que Ton voit dans de plus grandes dimensions en G, fig. 21. Cette figure représente, du reste, le dispositif mécanique destiné dans ce modèle à ramener d'un seul coup Taiguille au repère. On appuie toujours sur une pédale disposée en A au-dessus de l'appareil; cette pédale étant reliée à une équerre EDG pivotant en D, repousse, par l'intermédiaire d'un doigt I, une tige PP munie d'un ressort à boudin R, et cette tige appuyant contre l'ancre G, récarte de la roue d'échappement en présentant devant elle un butoir P qui l'arrête un peu avant la remise de l'aiguille à la croix^ par l'intermédiaire d'une cheville. Quand on retire le doigt de dessus la pédale A, l'ancre G revient à sa place, le butoir d'arrêt s'écarte de la roue d*échappement, et celle-ci après avoir fait un petit mouvement, revient à sa position nor- i maie de départ.
Dans quelques appareils qu'il a livrés, M. Breguet a établi im manipulateur mécanique à touches qui fonctionne d'une manière très-satisfaisante. Ce système de manipulateur avait du reste été imaginé il y a longtemps, et M. Drescher semble être le premier qui en ait fourni un modèle pratique. Quoi qu'il en soit nous représentons comme type, fig. 6, pi. III, le dispositif mécanique adopté par M. Breguet en 1859.
Le modèle des télégraphes à cadran du système Breguet a du reste été très-varié, non-seulement dans la disposition du mécanisme, mais encore dans celle du cadran lui-même. Ainsi, le modèle de l'administration des lignes télégraphiques est différent de celui des chemins de fer et il varie encore suivant les pays qui l'emploient. Le modèle le plus perfectionné jusqu'à présent, est celui de M. Descbiens qui réunit à une grande perfection d'exécution, une disposition très-commode pour le réglage. Ainsi dans cet appareil, le réglage peut s'effectuer par le ressort antagoniste et par l'écartement des pièces qui subissent l'attraction électro-magnétique, et, ce qui est le plus curieux, ces deux réglages peuvent s'effectuer à l'aide d'un double bouton placé en avant de l'appareil au-dessous du cadran. L'un de ces boutons correspond à une glissière sur laquelle est établi rélectro-aimant, et qui peut écarter celui-ci plus ou moins de son armature en avançant ou reculant elle-même dans une rainure adaptée à la plaque de zinc sur laquelle est monté le mécanisme. L'autre bouton qui enveloppe le premier, comme un écrou moleté, est adapté à un axe creux qui porte à son extrémité une rainure en pas de vis dans laquelle se meut l'extrémité du levier coudé appelé à réagir sur le ressort antagoniste. Le mouvement lui-même est un mouvement carré, et le mécanisme de la mise
au repère est disposé d'une manière plus simple et plus solide que dans les modèles ordinaires.
Télé(paplie H oadran de H< Brei^et» dans lequel le mé- (saulsme du réoepteuur se remonte par le jeu même da majiipalateur. — Pour que les télégraphes à cadran à mouvement d'horlogerie puissent être toujours en état do fonctionner et être, par consé* quenty indépendants des distractions ou des défauts de soin des employés, M. Breguet a eu Tidée de faire opérer le montage de leur mécanisme d'horlogerie par le jeu même du manipulateur. Pour cela, il place le récepteur au centre de ce manipulateur et dispose la manette de manière à laisser vide la partie centrale qui est occupée par Taiguille indicatrice du récepteur* 11 en résulte que le cadran du manipulateur sert de cadran au récepteur, et vice-versa. Le mécanisme des deux appareils est d*aiUeurs toujours le même. Seulement le disque portant la gorge sinueuse destinée à fsûre osciller le levier interrupteur est muni de 13 chevilles qui réagissent sur un autre disque échancré adapté au barillet du mécanisme d'horlogerie. Ce disque joue le rôle de la clef destinée à remonter ce barillet; toutefois, il ne peut réaliser cet effet que jusqu'à un certain degré de tension du ressort moteur, car il n'est relié avec lui que par Fintermédiaire d'un ressort arqué appliqué fortement sur la platine mobile du barillet. Il arrive alors que quand on tourne la manette du manipulateur, on remonte continuellement le mouvement d'horlogerie, et quand la transmission est assez prolongée pour dépasser la limite du remontage, le disque remonteur tourne comme une roue folle sans produire d'effet. On comprend facilement, d'après cette disposition, que le ressort du barillet ne doit pas être très-fort pour ne pas opposer une résistance trop grande au jeu de la manivelle. Aussi a-t-on été obligé de supprimer quelques rouages au mécanisme du récepteur, qui est à trois mobiles au heu d'être à cinq.
Téléipraphe H cadran de M. Froment. — L'appareil de M. Froment se distingue principalement par son transmetteur, qui est mécanique et semblable au clavier d'un piano, et par la sûreté du jeu de son récepteur, qui peut marcher sans mouvement d'horlc^erie au moyen d'un simple échappement à ancre analogue à celui que nous avons décrit page 26.
Voici en quelques mots, en quoi consiste Tingénieux transmetteur de M. Froment.
Un axe d'acier horizontal mû par un niouvement d'horlogerie est commandé par une roue à rochet d'un nombre de dents égal à celui des signes ou lettres qui peuvent être employés, porte échelonnées les unes à côté des
autres et disposées en spirale, des chevilles ou butoirs d'arrêt dont le nombre et la position sont en correspondance parfaite avec les dents de la roue à rochet. Une grande traverse horizontale dont le mouvement ne peut s'effectuer que de haut en bas, réagit par l'intermédiaire d'un cliquet sur cette roue à rochet; mais comme à Tétat de repos cette traverse est repoussée en haut par un ressort antagoniste, Tencliquetage empêche le mouvement d'horlogerie d'entraîner Taxe qui porte les butoirs. C'est sur cotte traverse que viennent s'appuyer les différentes touches du clavier. Ces touches, à bascule comme celles d'un piano, sont en outre munies de butoirs susceptibles d'arrêter, quand elles sont abaissées, celles des chevilles de Taxe mobile qui leur correspondent. On conçoit alors que, si un interrupteur est placé sur cet axe mobile ou si même on se sert de la roue à rochet comme d'interrupteur, il suffira d'appuyer le doigt sur l'une ou sur l'autre des touches pour rendre libre le mouvement d'horlogerie, et pour qu'avant de se trouver arrêté de nouveau. Taxe mobile décrive un arc plus ou moins grand en rapport avec la position de la cheville qui doit venir en prise. Or, comme cet arc correspond à un certain nombre de dents de la roue à rochet, on se trouve avoir obtenu ainsi le nombre d'interruptions du courant en rapport avec le signal transmis.
La figure 23, pi. I représente le télégraphe de M. Froment, tout disposé pour une station. La caisse AB contient le mécanisme du transmetteur et le clavier. £ F est un cadran dont l'aiguille marche mécaniquement en même temps que l'axe du transmetteur et sert à contrôler la marche de ce transmetteur. Enfin C D est le récepteur dont la pédale pour ramener l'aiguille au repère se voit en G.
Téléflpraphe de M. Lian^peiiay. — Comme MM. Siemens, Wheat^ stone, Henley, etc.» M. Langrenay a voulu supprimer dans les télégraphes k cadran le mécanisme d'horlogerie, mais l'expérience lui ayant démontré qu'avec les conditions ordinaires de ces sortes de télégraphes l'action électrique aurait beaucoup de peine à produire à elle seule les mouvements de l'aiguille, il a voulu conserver le système d'échappement par déclanchement, en remplaçant le mécanisme d'horlogerie par un ressort spirale adapté à l'axe de la roue d'échappement elle-même, et terminé à son extrémité libre par une roue à rochet. Le levier de la fourchette, en oscillant sous l'influence des émissions successives de courant, réagit sur ce rochet et opère la tension du ressort spirale à mesure qu'il se détend. Il en résulte que la roue d'échappement, au lieu d'être sollicitée à tourner sous l'influence de forces indirectes, comme cela a lieu avec les télégraphes sans mécanisme d'horlogerie^ reçoit directement son mouvement circulaire, ce qui théoriquement
est un grand avantage. Maltieureusement l'expérience a démontré qu'il follait une force électrique assez puissante pour faire fonctionner cet appareil.
Téléf^rapIiLe H manlpolatenr Imprimeur de M. Dn^ardin.
^ Quand on expédie une dépèche par l'intermédiaire d'un télégraphe à cadran ordinaire, il n'existe aucun moyen de contrôle pour reconnaître si cette dépêche a été expédiée convenablement et si remployé n'a pas commis quelque erreur dans sa transmission» question fort importante quand il s'agit d'ordres à donner télégraphiquement pour alTairos, ou de contestations élevées entre les deux correspondants : M. Dujardin a cherché à corriger ce défaut des télégraphes à cadran en disposant le manipulateur de manière qu*il piU imprimer lui-même la dépêche tout en la transmettant.
a Le manipulateur auquel j'applique mon système^ dit M. Dujardin, est celui que M. Breguet emploie pour ses télégraphes à cadran. Je n'ai fait qu'en modifier la construction pour le rendre apte à servir comme manipulateur imprimeur ou simplement comme machine typographique. Dans le premier cas, on l'emploie au poste transmettant pour imprimer les dépêches en même temps qu'on les transmet: et, dans le second, on l'emploie au poste recevant pour imprimer les dépêches dictées par l'aiguille du récepteur au lieu de les écrire. Les dépêches sont ainsi imprimées au départ et à l'arrivée, ce qui est avantageux au point de vue du contrôle. »
La figure 1, pi. III, représente ce manipulateur. Il se compose, comme on le voit, d'un cadran BR, portant 26 divisions et 26 crans, autour duquel se meut une manivelle DD, dont Taxe creux CG porte une roue d'angle 6 et pivote sur un pont. Dne seconde roue d'angle H, engrenant avec cette dernière , est montée sur l'axe d'une roue verticale des types J J, contre laquelle appuie un tampon encreur K; et au-dessous de cette roue des types passe une bande de papier XX, enroulée en provision sur un rouleau L, et tirée par un laminoir UV. Ce laminoir est mis en fonction par une roue à rochet T, à sur laquelle réagit une tige à crochet 8, laquelle est mise en fonction par un bras P adapté à un axe horizontal N N (fjg. 12). Cet axe, qui porte encore deux autres bras dont l'un O est placé sous l'axe GC (fig. 1, pi. III) de la manivelle, est sollicité à tourner vers la gauche par l'action de deux forts ressorts antagonistes ZZ'; mais il peut, étant incliné vers la droite, réagir, par l'intermédiaire de l'un des bras dont nous avons parlé, sur une bascule R'R (fig. 12) servant de mécanisme imprimeur. Celle-ci est, à cet effet, disposée de manière que son extrémité
libre R, garnie de caoutchouc, se trouve placée immédiatement au-dessous de la roue des types et de la bande de papier. Enfin une tige MM (fig. 1, pi. III) traversant Taxe creux de la manivelle et articulée sur le levier DD, appuie sur le bras O (fig. 12) de l'axe NN, engagé sous le pont de Taxe CG (fig. 1, pi. III). Voici maintenant comment cet appareil fonctienne.
Quand on tourne la manivelle DD, la roue des types J J tourne en même temps et présente devant le levier imprimeur celui des caractères devant lequel s'est arrêtée la manivelle. En appuyant alors sur cette manivelle, on abaisse la tige M M, qui, en faisant tourner Taxe N N, provoque d'une part rabaissement du levier imprimeur et de l'autre l'échappement du crochet de la tige S. La lettre transmise se trouve donc ainsi imprimée au manipulateur, et lorsque la manivelle se relève, le rochet T, mis en action par la tige S sous l'influence des ressorts antagonistes fait tourner le laminoir U V, qui fait avancer d'un cran la bande de papier.
M. Dujardin a, du reste, combiné plusieurs autres systèmes de manipulateurs de ce genre, dans lesquels la roue des types, au lieu d'être verticale, est horizonlale, et qui peuvent fournir plusieurs bandes imprimées, l'une pour le contrôle et les autres pour les expéditeurs. Un système de ce genre a été publié dans les Annales télégraphiques de Tannée 1859 (voir t. II, p. 405).
Manipulateur imprimeup de M. Guillot. — Ce manipulateur est à peu près semblable à celui que nous venons de décrire. Seulement, M. Guillot lui a ajouté im mécanisme destiné à forcer l'employé qui transmet de manipuler convenablement pour que l'impression ait toujours lieu. Pour cela, M. Guillot adapte sur l'axe de la manette un disque dont la surface inférieure est creusée d'une rainure en limaçon ayant pour centre celui du disque et dans laquelle s'engage l'extrémité recourbée d'un levier doublement articulé. Ce levier, ainsi engagé, se trouve entraîné, par suite de la rotation du disque, vers l'axe du manipulateur, et pourrait, en s'appuyant contre lui, former un obstacle à la marche de l'appareil, s'il n'était dégagé à temps de la rainure; or ce dégagement n'a lieu que quand on appuie sur là manivelle. Ce levier sort alors de la rainure, et, se reportant en arrière sous l'influence d'un ressort, ne s'engage de nouveau dans cette rainure qu'en son point le plus éloigné du centre. De plus, le levier en question étant disposé de manière à compléter le circuit de la ligne et à ne le fermer que sur un arc d'une longueur déterminée, il résulterait de l'oubli d'une impression de la part de l'employé, la rupture dn circuit et l'arrêt du mécanisme manipulateur.
Perfectiounements apportés aux télégraphes H cadran
par MM. Disney. — Pour rendre la manœuvre des télégraphes Breguet plus facile et plus sûre, MM. Digney ont eu l'idée de réduire de moitié le nombre des mouvements du levier interrupteur dans le manipulateur et d'utiliser pour la fermeture du courant les deux vis butoirs entre lesquelles oscille ce levier. Par suite de ce changement, MM. Digney ont été forcés d'adapter à ce levier un troisième contact pour correspondre à la communication à la terre au momentoù le manipulateur est ramené à la croix. Or, ce troisième contact, constitué par un galel affleurant la surface de la planche-support, a été placé entre les deux vis-butoirs, précisément au-de§sous de ce levier interrupteur, et a été disposé de manière à être rencontré par lui au milieu de son oscillation, c'est-à-dire au moment où le manipulateur doit fournir pour les lettres paires une interruptiou de courant. Pour réduire de moitié les mouvements de ce levier, MM. Digney ont réduit à 7 au lieu de 13 les ondulations de la gorge sinueuse au moyen de laquelle ses mouvements oscillatoires sont produits; cette modification leur a fait gagner sur le cadran deux intervalles qu'ils ont utilisés à la répétition des lettres les plus usitées de l'alphabet, l'E et l'N. Grâce à ce perfectionnement, la manipulation des télégraphes à cadran est d'une douceur extrême et incomparablement plus facile qu'avec les manipulateurs ordinaires.
Télégraphes sans réiplag^e. — Bien que les administrations télégraphiques ne veuillent pas attacher d'importance à la suppression du réglage dans les appareils télégraphiques, les avantages de cette suppression sautent tellement aux yeux, que le problème est toujours à Tordre du jour parmi les inventeurs. Nous avons vu que depuis longtemps M. Gloesener avait résolu le problème dans ses télégraphes à armatures aimantées; mais ce système a été appliqua depuis dans de meilleures conditions par MM. Breguet et Digney, l'un en employant le système électro-magnétique du Père Gecchi, l'autre en employant le système d'électro-aimant de M. Siemens, que nous avons déjà décrit dans notre second volume, p. 85 et 87. La substitution de ces systèmes électro-magnétiques aux électro-aimants ordinaires n'a d'ailleurs occasionné aucun changement dans le mécanisme de ces télégraphes. Les manipulateurs seuls ont dû être disposés de manière à faire fonction de commutateurs à renversement de courants. Le système de MM. Digney est représenté fig. 13, p. 44. Il ne nécessite, comme on le voit, en dehors de la disposition ordinaire, qu'un levier additionnel isolé du métal de l'appareil et communiquant métalliquement avec le fil de ligne. Les vis entre lesquelles oscillent ces deux leviers, sont en communication avec les pôles de la pile, comme on le voit sur la figure, et un troisième levier oscillant,
appuyant par une de ses extrémités sur la circonférence du disque portant la gorge sinueuse, établit la communication entre la ligne et le récepteur.
quand le manipulateur est à la croix. A cet effet, cette circonférence du disque porte de petites entailles qui servent en même temps à empêcher le recul de la manivelle.
Le système de M. Breguet est aussi simple et ne diffère du précédent qu'en ce que le levier additionnel, au lieu d'être disposé en croix sur le levier ordinaire, est placé dans son prolongement, et en ce que les contacts qm* doivent établir la communication de la ligne avec le récepteur, quand le manipulateur est à la croix, sont produits par un ressort spécial placé perpendiculairement au-dessous de celui qui fournit les contacts avec la pile. Ce ressort appuie alors sur une petite plaque placée entre les deux vis d'arrêt de ce dernier.
Quant aux récepteurs, nous n'entrerons dans aucun détail relativement à leur construction ; car, sauf le système électro-magnétique qui est constitué, pour l'un par l'électro-aimant du P. Cecchi et pour l'autre par
Fig. 14.
rélectro-aimantde M. Siemens, la disposition est à peu près la même que celle que ces constructeurs ont adoptée pour leurs télégraphes ordinaires.
L'objection principale faite aux systèmes précédents, étant toujours la possibilité supposée de la désaimantation des armatures, désaimantation qui aurait pour effet, si elle était réelle de mettre les appareils dans l'impossibilité matérielle de fonctionner, puisqu'il n'y aurait plus alors de ressorts antagonistes, j'ai recherché, il y a quinze ans environ, s'il n'y aurait pas moyen, tout en gardant exactement la disposition ordinaire des appareils, de leur adapter un système qui pût détruire les effets du magnétisme rémanent. J'y suis parvenu avec le système que nous avons décrit tome If, page 109, et que nous reproduisons ci-dessus, fig. 14, lequel
TÉLEGUAPHES A CADRAN. 45
a pu permettre à un télégraphe Breguet de fonctionner sans réglage avec un circuit variant en résistance de 0 à 500 kilomètres, et avec une pile variant de 2 à 30 éléments.
Afin d'éviter le soin de régler, suivant Tintensité du courant, la tension < du ressort antagoniste dans les télégraphes de M. Breguet ou autres, M. Mouilleron a adapté au mécanisme de ces appareils, le système régulateur représenté fig. 24, pi. I.
Ce régulateur consiste dans un petit mécanisme d'horlogerie mis en mouvement par un barillet D, et commandé par un électro-aimant supplémentaire B, au moyen d'un échappement. Le fil de cet électro-aimant communique avec celui de la ligne, et partage ainsi le courant avec Téiectroaimant du télégraphe, mais sa longueur et sa grosseur sont calculées de manière à présenter une très-grande résistance.
Le mécanisme d'horlogerie a pour efiet de mettre en mouvement deux petites poulies C, C sur lesquelles sont fixés les fils de soie des ressorts antagonistes des deux armatures. Si à la station qui transmet on fait Caire au manipulateur un tour de cadran, Télectro-aimant B dégagera vingt-six fois par Téchappement du régulateur, et par conséquent les poulies G, Cauront tourné d'une certaine quantité. En tournant, elles auront serré les deux ressorts antagonistes; mais si l'un de ces ressorts, celui H correspondant à rélectro-aimant B, se trouve préalablement tendu beaucoup plus fortement que l'autre, il arrivera un moment où la force antagoniste de ce ressort surpassera la force électro-magnétique de l'électro-aimant B, et où par conséquent l'échappement ne fonctionnera plus. Cette Umite, comme il est bcile de le comprendre, dépendra de l'intensité ou de Ténergie du courant. Mais tandis que le ressort H aura paralysé l'action électro-magnétique de Taimant B, celui du télégraphe qui est beaucoup moins tendu, laissera parfaitement fonctionner cet appareil, et celui-ci continuera même désormais k bien fonctionner, car l'inertie de l'échappement du régulateur empêche une tension plus grande de ce dernier ressort. Si donc la différence de tension initiale des deux ressorts ou leur force a été calculée de manière que le degré de tension du ressort H correspondant à l'arrêt du régulateur réponde au degré de tension nécessaire pour le bon fonctionnement du ressort du télégraphe, l'objet du régulateur aura été rempli, car évidemment ce degré de tension dépendra toujours de l'intensité du courant.
Pour faire fonctionner ce système télégraphique, il faut : !• que tous les soirs après le service de la correspondance, on prenne le soin de détendre le ressort, ce que l'on fliit en tournant les deux poulies sur leur axe au moyen d'une clef; 2« qu'avant de transmettre, on âuse foire plusieurs tours
au manipulateur, afin que la tension des deux ressorts arrive an degré suflisant.