DÉTERMINATION DES CONSTANTES VOLTAÏQUES
Les qualités d'une pile dépendent, d'après ce que Ton a vu précédemment, des valeurs de sa force électro-motrice et de sarésistance intérieure^
valeurs qu'Ohm a supposées invariables pour une même espèce de pile, et auxquelles il a donné pour cela le nom de constantes. Nous verrons plus tard que ces constantes, par suite de réactions secondaires, n'ont pas, par le fait, toute la constance qui leur a été supposée ; mais les variations qu'elles subissent sont dans la pratique peu marquées, et Ton peut toujours conclure que de la détermination des valeurs qui les représentent, résulte la possibilité de comparer entre elles .les forces des différentes piles et d'apprécier les différents cas dans lesquels telles ou telles de ces piles peuvent être employées avec avantage. On comprend, d'{q;)rès cela, que cette étude a dû faire l'objet de la préoccupation des physiciens, et plusieurs méthodes de détermination de ces constantes ont été proposées. Ne pouvant ici les décrire toutes, nous nous bornerons à celle d'Ohm, qui est la plus simple, et à la méthode dite par opposition qui parait être la plus rigoureuse.
Méthode d'Ohm. — Pour que les valeurs des constantes voltafques E et R puissent entrer dans les formules que nous avons discutées précédemment, il faut nécessairement qu'elles dérivent l'une de l'autre et soient estimées en fonction de la même unité ; jusqu'à présent, on n'est pas d'accord sur cette unité, et chaque physicien a la sienne. Nous discuterons plus tard cette grave question ; mais pour obtenir les valeurs relatives de R, de E et de I, peu importe l'unité, puisque, d'après la théorie d'Ohm, leurs rapports devraient être constants. Voyons donc comment les formules d'Ohm peuvent donner le moyen de déterminer directement ces valeurs en fonction les unes des autres.
Supposons que l'on introduise dans le circuit d'un élément de pile un instrument susceptible de mesurer des intensités de courants, et que, dans deux expériences successives, on ajoute à la résistance de ce circuit deux résistances connues r, W, l'intensité I, exprimée par l'instrument mesureur, sera forcément différente dans les deux cas, et on aura, d'après les formules :
or, en cherchant la valeur de R au moyen de ces deux équations, on arrive à l'expression :
p W If
qui représente la résistance de la pile et dans laquelle tontes les quantités sont connues.
En déterminant de la même manière la valeur de E, on arrive à la formnle :
Il>(r'-r)
^ — nrii-'
qui fournit également la valeur de la force électro-motrice au moyen des quantités données par Texpérience.
On pourrait, en faisant intervenir dans les calculs Tune ou Tautre des quantités E ou R, arriver à une détermination plus simple, car les formules précédentes se réduisent, dans ce cas, à:
Si une détermination est exacte, on doit retrouver les mêmes nombres par ces différentes méthodes.
Pour fixer les idées, nous allons prendre un exemple.
Soit P (fig. 31) une pile de DanieU ordinaire de moyen modèle dont le
Fig. 81.
vase poreux a 12 centimètres sur 5^^ i de dimensions, et dont le zinc a 9 centimètres sur 7.
Soit B une boussole des sinus très-sensible et R un rhéostat.
Après avoir bien orienté la boussole des sinus et avoir placé son cercle multiplicateur dans le plan du méridien magnétique, le zéro du cercle indicateur correspondant au zéro du vernier, on développe sur le rhéostat une certaine résistance que Ton estime par le nombre de tours accomplis par les cylindres de l'instrument, puis on ferme le circuit. La boussole des sinus dévie, et on estime l'intensité du courant par l'arc qu'on fait décrire au cercle multiplicateur de cette boussole pour ramener.
dans le plan de celui-ci, Tuguille déviée par le courant. On note exactement cet arc, non-seulement en degrés, mais encore en minutes, puis on procède à une nouvelle expérience dans laquelle on fait varier la résistance du rhéostat. On obtient alors une autre intensité, que Ton note comme nous venons de l'indiquer. Ces deux résistances différentes, développées par le rhéostat, donneront les valeurs r, r', et les sinus des deux arcs fournis par la boussole donneront les valeurs 1,1.
Soit r = ^00 tours de rhéostat,
Soitr'mSôO »
Soit I = 28» 18' »
Soit r = 220 42' ,
On convertira d'abord les résistances r, t^, estimées en tours de rhéostat, en fonction de Tunité de résistance adoptée, soit en fil télégraphique de 4 millimètres de diamètre. Cela sera facile quand on aura déterminé une fois pour toutes la valeur d'un tour de rhéostat. Supposons que cette valeur soit 58"',4 : on aura :
on ajoutera alors à ces résistances celles du fil de la boussole et des conducteurs que nous supposerons être de 149 mètres ; de sorte que les valeurs définitives de r et r' seront :
11829 et 14749.
Cela fait, on cherchera dans la table des sinus naturels les valeurs, en sinus, des arcs 28*» 18' et 22« 42' queVon trouvera être0,47409, 0,38591, et en substituant ces divers nombres aux quantités I, I', r, r' dans les formules précédentes, on aura :
1® Pour la formule R =
2» Ponr la formule E = } ., ,
S* Pour la formule E = I (R + r),
4« Pour la formule E = T (R' + r%
E 5* Pour la formule R = — — r*.
On voit que les quantités représentant les valeurs de E et de R obtenaes par ces différentes formules sont à peu près identiques, et les petites différences qu'on remarque tiennent aux variations de résistance des circuits qui, ainsi qu'on le verra bientôt, altèrent un peu la valeur des constantes.
Si Ton considère que les deux formules (26) et (27) qui expriment les valeurs de la force électro-motrice et de la résistance d'une pile ne dififerent Tune de l'autre qu'en ce que les valeurs r et W, sont multipliées dans un cas par II' et dans l'autre par ces mêmes quantités isolées, on arrive à conclure que les plus petites erreurs dans les valeurs de I et I' pourront affecter la valeur de R, alors qu'elles seront à peu près sans effet sur la valeur de £. Or, comme avec les résistances considérables r et r', qu'on est obligé d'employer pour placer l'expérience dans les conditions ordinaires de Tapplication et pour éviter en même temps les effets de la polarisation, la valeur réelle de R se trouve quelque peu effacée, \e^ erreurs d'observation dans l'appréciation des quantités I et V peuvent être assez appréciables pour faire varier cette valeur R dans des proportions relativement considérables. 11 nous suffira, pour donner une idée de la délicatesse de ce genre d'expériences, de dire qu'une différence d'observation de deux ou trois minutes avec une boussole des sinus galvanométrique de 50 tours et des résistances r et r' de 12 et 15 kilomètres de fil télégraphique de 4 millimètres, peut donner lieu à une erreur en plus ou en moins de près d'une centaiDe de mètres. J'ai cherché à faire disparaître cet inconvénient en prenant une méthode telle que, tout en conservant les résistances considérables dont j'ai parlé, je pusse amplifier suffisamment les effets dus à l'intervention de la résistance du couple pour que celle-ci pût en être déduite facilement. J'ai eu pour cela recours aux dérivations dont l'effet, comme on l'a vu, est de frapper principalement la résistance des couples.
i€3 TECHNOLOGIE ÉLECTRIQUE.
Ea
En effet, dans la formule des courants dérivés - — ,—,^r-: »la
R (a -(- 6) -f oé'
somme des résistances des dérivations a et i figure comme multiplicateur de la résistance R du couple, et, en amplifiant considérablement Teffet produit par l'intervention de cette quantité; elle en rend la détermination beaucoup plus facile et plus exacte. En un mot, avec la méthode dont je parle, on remonte à la cause en partant d'un grand effet, tandis qu'avec la méthode ordinaire, cette cause ne se révèle que par des différences de résistance, lesquelles se trouvent entachées de toutes les erreurs d'observation et de tous les caprices des instruments mesureurs. Voici maintenant comment j'opère :
Je commence à déterminer, au moyen d'une boussole des sinus^ l'intensité I de la source électrique dont je veux mesurer la résistance, en introduisant dans le circuit une résistance r de 12 ou 15 kilomètres de fil télégraphique de 4 millimètres. Je dérive ensuite le courant en réunissant les deux pôles de la pile par un fil de résistance connue b que je garde comme résistance type, et qui doit être d'autant plus long que la pile est plus résistante (2 ou 3 kilomètres environ). Enfin^ je déroule de dessus le rhéostat une quantité de fil suffisante pour que l'intensité du courant à travers cet instrument reste la même, ou en d'autres termes pour que la boussole des sinus donne la même indication' que quand, le circuit étant simple, la résistance du rhéost-at était r. Calculant alors la résistance a du rhéostat après cette opération, je me trouve en possession de tous les éléments nécessaires à la détermination de la résistance R du couple.
En effet, d'après les lois d'Ohm, l'intensité du courant dans le circuit simple de résistance R est représentée par :
et dans le même circuit, de résistance a après la dérivation^ par
Comme les deux intensités sont égales, on peut poser :
R-f-r~R(a + 6) + oA'
d'Où: R=.*î('"--1^). (30)
On va voir, par l'exemple suivant, les avantages de cette méthode.
En expérimentant diaprés la méthode ordinaire une pile de Daniell à vase poreux très-perméable, j'ai trouvé, pour des circuits r et r' ayant une résistance de 11829 et 14759 mètres de fil télégraphique de 4 millimètres, des intensités représentées h ma boussole des sinus par 29®50' et 23**45'. Avec ces données, la valeur de R était 586 mètres, la force électro-motrice 6175, et la valeur <le V en sinus, 0,40275. En établissant une dérivation entre les deux pôles de la pile par un fil de 417 mètres de résistance, il m'a fallu réduire la résistance r' de 14749 mètres à 7505 mètres pour obtenir la même intensité 0^40275. Si les valeurs de E et de R, déterminées précédemment étaient exactes, il faudrait qu'appliquées à la formule :
R(a-fi)-f oô
elles piDissent fournir la valeur 0,40275. Or, on trouve une valeur notablement moindre, c'est-à-dire 0,33865. Partons maintenant de la nouvelle
formule R = — ^ L nous trouvons :
Or, cette valeur, en nous fournissant cette fois (au moyen de la formule des courants dérivés) Tintensité 0,40780, quantité bien voisine de celle reconnue par l'expérience, nous donne, avec la formule du circuit simple 0,40756, pour la même valeur de I'.
On voit donc que les valeurs de R, déterminées par la méthode précédente, sont forcément plus exactes que les autres, puisqu'elles peuvent satisfaire à toutes les expériences, ce qui n'a pas lieu avec les valeurs fournies par la méthode ordinaire.
Méthode par opposition. — Pour éviter les conséquences des petites perturbations qui se produisent dans les piles et qui réagissent, ainsi que nous l'avons déjà dit, dans la détermination des constantes voltaïques, plusieurs physiciens, entr'autres MM. Gaugain et Regnault, ont
cherché à obtenir directement la valeur de la force électro-motrice E, en opposant le courant de la pile dont ils voulaient déterminer les constantes à celui d'une pile thermo-électrique considérée comme pile étalon et dont ils pouvaient faire varier la force jusqu'au complet anéantissement des courants opposés, en lui empruntant tel ou tel nombre d'éléments. Cette pile étalon était composée de 40 couples bismuth et cuivre et se trouvait placée dans des conditions de constance convenables, par le maintien des soudures de ces différents couples aux températures de 0 et 100 degrés. Toutefois, comme les sources électriques à mesurer pouvaient avoir une valeur notablement supérieure à celle de la pile en question, on a dû employer des piles d'appoint disposées de manière à présenter des valeurs fort différentes et surtout le plus de constance possible.
Dans les expériences qu'il a récemment entreprises pour l'administration des lignes télégraphiques, M. Gaugain a adopté pour ces piles d'ap-
Fig. 83.
point, la pile zinc et cadmium, la pile cadmium et fer et la pile de Daniell. Naturellement l'élément bismuth et cuivre a constitué l'unité^ et
cette unité a été représentée par le symbole -jr -— , qui indique la na-
turc de l'élément et sa force aux deux températures 0 et 100 degrés. La pile cadmium et fer {cd — fé) représentait vingt unités. La pile cadmium
et ziQC (zn — crf), soixante-deux unités et la pile de Daniell {zn — cw), cent quatre-vingt-dix-sept unités. Nous donnerons plus tard la description complète de ces piles.
« Pour mesurer par la méthode de l'opposition la force électro-motrice d'un couple polarisé dans des conditions déterminées, dit M. Gaugain, il est nécessaire d'employer quelques dispositions particulières. La polirisation se détruit rapidement dès que le courant polarisateur cesse de passer et, par conséquent, il est indispensable d'opposer le couple polarisé à la pile-échelle au moment précis où le courant polarisateur est interrompu.
c Pour atteindre ce but, on fait usage d'un commutateur à bascule qui se compose d'an levier en bois ab (fig. 32), tournant autour d'un axe horizontal et de deux petits arcs métalliques fixés aux extrémités du levier et dont les branches peuvent être alternativement plongées dans des go* detH remplis de mercure d^ df e, e', suivant la position du levier.
< Tous les éléments dont on veut mesurer la force électro-motrice sont disposés en tension les uns à la suite des autres, de manière qu'un courant de même intensité les traverse et, afin que ce courant soit dans les conditions d'intensité qui conviennent à l'application qu'on veut faire de ces différents éléments, des bobines de résistance sont introduites dans le circuit, afin de le rendre plus ou moins résistant.
< Supposons maintenant qu'on veuille mesurer la force électro-motrice du couple C, qui fait partie de la pile ACB, après qu'il a été pendant un temps donné traversé par un courant d'intensité déterminée : on mettra d'une part les pôles de la pile ACB en communication avec les coupes d^ d! par le moyen de fils qui compléteront, avec les bobines, la résistance déterminée et, d'autre part, on fera communiquer les pôles de rélément C avec les coupes c, e' en interposant dans ce second circuit d'abord la pileéchelle DE, puis un galvanomètre G.
t Les choses ainsi disposées, on tiendra le circuit de la pile ABC fermé pendant le temps voulu, en maintenant plongé dans les coupes d^ d' l'arc fixé à l'extrémité a du levier ; puis, lorsqu'on voudra mesurer la force électro-motrice du couple C, on fera basculer le petit levier ai, de manière à faire plonger dans les coupes e, e' l'arc fixé à l'extrémité 6, et on ramènera immédiatement ensuite le commutateur à sa position première. En opérant ainsi, l'on n'interrompt que pendant un instant l'action du courant polarisateur et l'on obtient à peu près exactement la force électro-motrice
du couple polarisé. Pendant le temps de la manœuvre, la polarisation «prouve bien encore une légère diminution et par conséquent la valeur obtenue pour la force électro-motrice est un peu plus forte qu'elle ne devrait Têtre ; mais lorsqu'on opère rapidement. Terreur que le procédé comporte est sans importance. »
La détermination de la force électro-motrice d'une pile étant Mie par le procédé que nous venons d'indiquer, la valeur de la résistance R pour* rait se déduire naturellement de^ formules d'Ohm par la mesure de l'intensité I du courant, avec une résistance interpolaire connue r. Toutefois, pour éviter les erreurs qui peuvent être la conséquence des effets de la polarisation à un moment donné, M. Gaugain croit que le calcul doit se compliquer de l'intervention d'un élément de comparaison regardé comme sensiblement constant et cet élément de comparaison est la pile de Daniell.
n mesure donc avec la résistance r, non-seulement l'intensité du courant de la pile en expérience, mais celle de la pile de Daniell étalon. H obtient de cette manière deux valeurs I et I', qui entrent de la manière suivante dans les formules d'Ohm :
i* Avec la pile expérimentée, E = « I (R -|- r) ;
S* Avec la pile de Daniell, E' = a I' (R' + r).
(a dans les deux cas, désigne une constante en rapport avec la sensibilité du rhéomètre mesureur de Tintensité). Or, de ces deux équations on tire :
E iW + r)V R= j 1; r. (31)
Comme les quantités E', 1', R' et r peuvent être mesurées une fois pour toutes, il n'y a en définitive à déterminer daus chaque cas particulier que les deux quantités E et I.
Je dois, du reste, faire observer que les considérations qui précèdent, relativement à la détermination des constantes voltaîques, sont plutôt théoriques que réelles, pratiquement parlant, caries chiffres que M. Gaugain a obtenus, sont peu éloignés, dans leurs valeurs relatives, de ceux que j'avais déterminés moi-même au moyen de la méthode d'Ohm, comme on pourra s'en assurer par les chiffres des valeurs numériques que nous donnons plus loin.
Intepprétation des valeurs des constantes voltaîques. -« Que représentent matériellement, dans les déterminations faites avec
TËCttNOLOÔIE ÉLECTRIQUE. 16'^'
la méthode d'Ohm, les yalenrs E et R ? Telle est la question qui nous reste maintenant à éclaircir. Pour peu que l'on considère les formules exprimant ces valeurs, il est facile de voir que la quantité R seule est donnée en unités d'un qrdre déterminé et de même espèce que celles qui ont servi aux évaluations de r et de r\ car c'est la seule qui ne soit pas affectée parles constantes dés appareils rhéométriques. Là valeur de E, au contraire, n'est qu'un nombre abstrait qui n'a de valeur que par son rapport avec la quantité R, lequel rapport exprime la valeur de 1(1).
D'après cela, il est facile de comprendre que si l'unité de mesure des quantités r et r' change, non-seulement la valeur de R devra changer,
ir
mais aussi celle de E ; car le facteur (r' — r), qui multiplie -r p pour
fournir cette dernière valeur, se trouve ainsi augmenter ou diminuer sans que les valeurs 1, 1' changent. *
Quant à la valeur de I, elle n'est, comme on Ta vu, que l'expression d'un rapport entre E et R ; mais cette expression doit correspondre toujours aux chiffres fournis par les instruments mesureurs des intensités, puisque c'est par l'emploi de ces chiffres que les valeurs E et R ont été elles-mêmes déterminées. Toutefois, comme les indications de ces instruments dépendent de leur construction, il est essentiel, pour qu'on puisse comparer entre elles ces valeurs^ que les formules dont nous avons parlé soient affectées par un coefficient de relation qui les dégage des réactions étrangères. Ces réactions étrangères, avec les boussoles rhéométriques, viennent surtout de la manière dont le circuit agit sur l'appareil. Si ce circuit ne fait qu'une seule révolution autour de l'aiguille indicatrice, la
E formule d'Ohm I = çr-i — i^'ci pas besoin de correction ; mais si, aulieu R -f r
d'un tour, il en fait plusieurs, cette formule ne peut subsister telle qu'elle
est, sans quoi l'accroissement d'intensité dû à la multiplicité de ces tours
pourrait se trouver faussement attribuée à la force électro-motrice de la
pile, ce qui conduirait à des déterminations fausses. Or, pour savoir ce
que devient, dans ce dernier cas, la formule d'Ohm, il suffit de consi-
dérer que si la formule I = -=— j — indique Tintensité d'un courant pour
une seule révolution du circuit, cette intensité sera pour un nombre t de (i) Voir mon mémoire sur les constantes des piles voltaSques, p. 7.
révolutions ^—. — , et si, pour pi
aura, avec un circuit extérieur r :
révolutions ^—. — , et si, pour plus de simplicité, on désigne te par p, on
Or, en faisant varier r, on aura deux équations qui donneront:
^-T(i— l'p ^ iTTiF •
qui montrent déjà que la valeur de E est seule dépendante de la quantité I, puisque, dans la formule donnant la valeur de R, cette quantité disparait, et que la valeur de p doit figurer dans Texpression numérique des quan^ tités r et r'.
Comment obtenir la valeur du facteur 1 7 Telle est la question qui nous reste à résoudre. Avec les boussoles à multiplicateur, la valeur de ce coefficient ne dépendant pas seulement du nombre des tours de ce multiplicateur, mais encore de leur distance moyenne à Taiguille et de l'énergie du magnétisme de cette dernière, il devient difficile de la calculer sans expériences préalables, mais celles-ci ne présentent rien de bien difficile, car il suffit d'intercaler dans un même circuit les deux boussoles que Ton doit comparer, de les éloigner assez Tune de l'autre pour qu'elles ne s'influencent pas réciproquement et de noter les intensités qu'elles indiquent quand le courant d'une pile constante traverse le circuit. Comme le moment magnétique d'une aiguille galvanométrique est proportionnel à Tintensité du courant qui agit sur elle, multipliée par le nombre des révolutions du fil autour du multiplicateur, et que l'intensité du courant est alors rigoureusement la même pour les deux appareils, puisqu'il traverse le même circuit, le rapport des intensités constatées sur les deux boussoles représentera celui des coefficients t et r', ou la valeur du coefficient /' si t est pris pour terme de comparaison.
Si une même boussole est recouvert^e de deux multiplicateurs distincts, la détermination de cette valeur de i' pour le second multiplicateur exigera deux opérations distinctes ; on commencera d'abord par examiner l'intensité I produite par le premier multiplicateur. Interposé dans le circuit d'une pile constant-e et ayant une résistance r, et on recherchera ensuite quelle résistance r' pourra ramener Tinlensité fournie par le second multiplicateur à celle constatée en premier lieu ; on expérimentera de nouveau avec le premier multiplicateur, en prenant cette fois r'
pour résistance du circuit , et le rapport des intensités I et V donner; celui des coefficients t et t\ ou la valeur du coefficient/', si le coefficient i est pris pour unité de comparaison.
En effet, Tintensité fournie par le premier multiplicateur étant, dans ces conditions, égale à celle fournie par le second, on se trouve avoir R + p' -|- r' = / (R + p -j- r), ou si pour plus de simplicité on représente p' -|- r* par r\ et p + ♦• par ^«i <>^ 8,ura R -f r', = / (R + r,) ; mais les intensités I et V fournies par la seconde expérience peuvent donner la valeur de R, et celle-ci étant substituée à R dans l'équation précédente, il vient :
IV, - Ir, + /,(! — V) = t [IV, - Ir, + r, (I - V) ]
d'où: / = !.
Naturellement r', dans la dernière expérience doit être égal à (p' — p + r'), puisque la résistance p se trouve forcément maintenue. Nous reviendrons du reste sur cette question, dans le prochain volume, au cba* pitre des appareils d'expérimentation.
T&ri&ttons des constantes voltnlqaes. — D y a déjà longtemps (en 1846), M. Jacobi, à la suite d'expériences, nombreuses, avait démontré que les valeurs delà force électro-motrice et de la résistance d'une pile, calculées d'après les formules d'Ohm, varient suivant la résistance du circuit. Depuis, MM. Despretz, de la Rive, Poggendorff ont reconnu le même effet et ont cherché à l'expliquer par la polarisation électrique. Enfin, dernièrement, MM. Marié-Davy^ Gaugain, Becquerel et Guillemin, ont trouvé que beaucoup d'autres causes sont encore en jeu pour changer la valeur de ces constantes. J'ai entrepris moi-même de nombreuses recherches sur ce sujet (1), et, grâce à ce concours de travaux, bien des points obscurs, bien des résultats contradictoires ont pu se trouver expliqués et même être prévus.
L'une des plus importantes conclusions auxquelles on est arrivé, c'est que, par suite des effets de la polarisation des éléments métalliques des couples dont Ohm n'a pas tenu compte dans sa théorie, la formule
"v Yt e
I = -- — ; — se trouve transformée en I = ^ . , e désignant la force R -f- r R + ♦•
(1) Voir mon Mémoire sur les constantes voltaïques, dans les Mémoiret de la Société dei Sciences naturelles de Cherbourg, t. VIII ; le Mémoire de M. Jacobi dans mon Étude des lois des courants, p. 32, et les Mémoires de M. Marié-Davy . (Comptes rerulus, années iBM et 1869.)
électro-motrice du courant de polarisation, r la résistance du circuit extérieur.
Or, de cette formule on peut déduire déjà, ainsi que je Tai démontré dans mon Mémoire sur les constantes voltaïques, que ces constantes doivent varier : 1^ suivant la résistance du circuit extérieui* ; 2® suivant la durée de la fermeture du courant ; 3^ suivant l'état plus ou moins neuf de la pile ; 4^ suivant qu'elle est agitée ou en repos, faits que Texpérience met en évidence.
Que la force électro-motrice augmente à mesure que la résistance du circuit devient plus grande^ cela s'explique facilement, puisque la force électro-motrice du courant de polarisation devant diminuer à mesure que cette résistance augmente, la quantité (E-- e) devient par cela même plus grande ; mais que la résistance de la pile augmente également dans les mêmes circonstances, cela est plus extraordinaire et, pour s'en rendre compte, il est nécessaire de considérer que, par suite de l'augmentation de la valeur de la force électro-motrice, les lois de proportionnalité entre les intensités du courant et les résistances du circuit sont changées, que ces intensités décroissent da/ns un rapport plus lent que les résistances du circuit^ et que, si Ton déduit ceUes-ci de celles-là, en employant les formules d'Ohm, les circuits entiers se trouvent acquérir un excès de ré* sistance qui ne frappe la ré^stance R que parce que, dans les calculs, on en décharge le circuit métallique. Nous reviendrons plus tard sur cette question (voir p. 207).
Les autres causes des variations des constantes voltaïques seraient, suivant M. Marié-Davy, l'aération de Peau, la plus ou moins grande quantité de zinc dissous dans le liquide excitateur, le degré de concentration de la solution acide servant de liquide excitateur, la nature du xinc et son degré d'amalgamation, la pureté de l'acide, la température des liquides, l'épaisseur des diaphragmes poreux et l'éloignement respectif des éléments polaires.
Taleurs numériqueB des conatantea voltaïques. — La détermination des valeurs numériques des constantes voltdques est telle* ment importante dans l'emploi judicieux que Ton peut faire de l'électricité à l'industrie et aux arts, que sans entrer davantage dans les déductions théoriques que cette question soulève et avant même d'avoir décrit les différents systèmes de piles, nous croyons devoir les donner immédiatement, du moins pour les piles les plus usitées. Nous pourrons, de cette manière, discuter les questions les chiffres en main.