XVIII. Colonisation de la vallée du Gnayini
la ville d'Artieda.
101. Arlieda déploya beaucoup d'activité dans l'exécution de son contrat. Le 17 mars 1574 il fournit la caution prescrite par l'article 10, et se trouvant déjà prêt à partir, il fut autorisé par une cédula datée du 21 février 1575 à s'embarquer à San-Lucar-de-Barrameda, d'où il appareilla pour Ticrra Firme sous la protection de la flotte du roi, le 15 avril 1575 *.
Il arriva à Nicaragua au commencement de 1576, après être resté quatre mois à Saint-Domingue. Ayant perdu tout ce qu'il avait emporté, même les lettres royales, il eut recours à l'audience de Guatemala afin d'obtenir que ce tribunal l'investît provisoirement de son commandement. Une fois que sa qualité de gouverneur de Nicaragua lui fut reconnue, il se dirigea à Costa-Rica ou il fit rendre compte de sa gestion à son prédécesseur et prit les mesures nécessaires pour réorganiser le pays ainsi que pour fonder et maintenir les villes qu'il devait coloniser selon son contrat.
i. ToRRES DE Mendoza, Colecciôïi de documentas ine'ditos de IndiaSy XV, p. 261 ; Archives des Indes, Patronalo, estante I, cajon I.
102. Ses premiers efforts tendirent à la fondation d'une colonie sur la baie de T/Vlmiranle, et c'est ainsi qu'il écrit au roi, de Granada, en date du mois de juillet i576 : « Je laisse sur le chantier trois navires pour retourner aux Bocas-^el-DragOy dans la contrée du Rio-Guaymi*, où j'espère en Notre-Seigneur pouvoir servir Votre Majesté comme je l'ai toujours désiré, et cela au cours du mois d'octobre prochain' ».
Le gouverneur Artieda avait informé le roi préalablement qu'il avait l'intention d'explorer le Guaymi et les BocaS'del'DragOy et cela par une lettre qui a été perdue, mais à laquelle Artieda lui-même fait allusion dans celle que nous venons de citer et dont la real cédula du 30 août 1576 reproduit le texte exact*
103. Les gouverneurs de Veragua prétendaient que le Rio-Guaymi (Gricamola ou San-Diego) appartenait au gouvernement de la province de Veragua; de son côté Diego de Artieda, en vertu de sa capitulation, soutenait que le Rio-del-Guaymi, les Bocas-del-Drago et la bme de rAlmirante étaient une seule et même chose appartenant au gouvernement de Costa-Rica et que la juridiction de Veragua ne dépassait pas le territoire colonisé par les Espagnols vers le couchant, comme il apparais-
1. Ques en el rio que dizen del Gvaymif dit le texte espagnol.
2. Peralta, Costa Rica, Nicaragua y Panama^ 1, p. 543. — Fern^ndez, Colecciôn, V, p. 82.
VALLÉE DU GUAYMf, 1576. 107
sait (le certaines informations présentées au conseil des Indes et au roi; il sollicitait parlant qu'il tût déclaré à laquelle des deux juridictions correspondait le territoire en dispute. Le conseil des Indes accorda que Taudience de Guatemala fît comparaître les gouverneurs de Costa-Rica et de Veragua et qu'en vertu des capitulations, des conventions et des titres que chacun ferait valoir, ainsi que des informations de personnes qui auraient la connaissance personnelle des districts et démarcations des deux gouvernements et de leurs limites, elle tranchât la question : « Et ce fait et vu (dit textuellement la real céduta) cherchiez et avériez dans quels district et démarcation se trouvent Rio-de- Guaymi, Bahia-del-Almirante et Bocas-del-Drago, et l'adjugiez et donniez en propriété au gouvernement que vous auriez trouvé lui échoir, afin que le gouverneur de la province à laquelle il appartient et échoit, le colonise et l'ait pour frontière de son gouvernement et ainsi l'administre et gouverne en vertu de Tordre par nous donné; et de ce que vous auriez fait vous nous enverrez de suite un rapport adressé à notre dit conseil *. »
La correspondance de l'audience de Guatemala avec le roi Philippe U démontre qu'elle reconnaissait les
i. Peralta, Costa Rica, Nicaragua y Panama, I, p. 545. — Idem, Costa Rica y Colombia, II, p. 1 ou 17. — FernAndez, Coleccién, V, p. 84.
Bocas-dei-Drago el le Guaymi comme lombanl sous sa juridiction et comme partie intégrante de la province de Costa-Rica.
Le procureur de l'audience dit par lettre du 15 mars 1578 : a Votre Majesté conféra l'emploi de gouverneur des provinces de Nicaragua, Nicoya et Costa-Rica, à Diego de Artieda Chirinos, lequel convint de coloniser les Bocas-del-Drago et de conquérir le Guaymi et ce qui reste encore à conquérir dans la province de Costa-Rica, selon la convention qu'il fit avec Votre Majesté*. »
Par lettre adressée au roi en date du 18 mars de la même année et signée par le président Villalobos et les auditeurs Ascoeta et Palacio, l'audience informe le roi de ce que diverses plaintes avaient été présentées contre Diego de Artieda, « lequel était parti pour continuer certaine colonisation au Guaymi; quand il sera de refour justice sera faite*. »
Le même président par leltre du 17 mare 1578 s'exprime ainsi : « Le capitaine Diego de Artieda est allé coloniser les Bocas-del-Drago avec 50 ou 60 soldais. Lorsqu'il partit en date du 15 octobre de Tan 1577 dernier, il m'écrivit qu'il y allait coloniser {poblùr) comme cela était convenu avec Votre Majesté et
i. Perai.ta, Costa Rica y Cofta de MofquUoSy Paris, 1898, p. 25.
2. Archives des IndeSy estante 63, c^ijon 6, legajo iO.Une copie légalisée existe aux archives de la Légation de Costa-Rica, à Paris.
VALLÉE DU GUAYMI, 1577. 109
qu'il me ferait savoir le résultat de Texpédilion*. » L'audience de Panama, de laquelle dépendait le gouverneur de Veragua, adhéra à la justification d'Artieda (§ 120). Le fait est que celui-ci dut se sentir suffisamment protégé par l'autorité de sa capitulation et de ses titres, sinon par la décision expresse de l'audience en sa faveur, pour s'engager dans la conquête du Guaymi en dépit des gouverneurs de Veragua.
104. Artieda le dit ainsi par lettre datée de Granada, le 50 juin 1577, et adressée à son lieutenant-alcade de Nicoya, don Francisco de Céspedes : « Je suis en train de me préparer activement pour entreprendre mon expédition, car j'ai appris que le gouverneui* qui vient d'arriver à Veragua veut aller au Guaymi et je crains qu'il ne me vole. Je pense qu'avec l'aide de Dieu je serai au Rio-del-Guaymi au mois d'août, et c'est pourquoi je m'en vais demain à Léon pour toucher mon salaire. Je laisse en pjéparation une frégate et une chaloupe pour m'embarquer ensuite*. »
Le procureur de l'audience de Panama, qui avait plutôt intérêt à favoriser le gouverneur de Veragua, parce que cette province était comprise dans le district de son audience, écrit au roi en date de Panama, le
i. Peralta, Costa Rica y Cosla de Mosquilos, p. 29. 2. Leô.n Fernài^dez, Colecciôriy V, p. 88.
UO EXPOSÉ DE COSTA-RfCA.
26 octobre 1577, au sujet de la prise de deux frégates réalisée par des corsaires anglais sur les côtes du Desaguadero, ce qu'on va lire :
ce Des deux frégates qu'il prit (le corsaire anglais) l'une d'elles appartenait à votre gouverneur de Nicaragua, lequel s'est préparé pour venir à la découverte et colonisation du Guaymi; et d'après ce qu'il m'a écrit il partira dans le cours de ce mois d'octobre avec deux frégates, deux chaloupes, un brigantin et quatrevingt-dix hommes bien armés. Il a l'intention premièrement de donner la chasse à cet anglais, ayant appris par les gens qu'il a volés qu'il est établi aux Bocasdel'Drago^ qu'il y a construit des cabanes et possède beaucoup de vin et d'effets volés. Dieu fasse qu'il le trouve, qu'il le punisse et l'empêche de faire encore du mal. S'il arrivait ainsi, je le ferais savoir à Votre Majesté ^ »
105. La lettre précédente, adressée au roi par un magistrat qui avait la mission spéciale de veiller à l'observance des lois, prouve bien clairement qu'Artieda ne faisait autre chose que remplir les devoirs de son poste et les obligations contractées en vertu de sa capitulation. Ce n'était pas par simple rodomontade qu'il se lançait à la recherche des corsaires et qu'il se