‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 10 sur 43 · SAINT-SIMONISME · texte numérisé non relu

SAINT-SIMONISME

ft Tu aimeras Dieu, dit le poëte Saint-Simonien, et tu aimeras l'humanité et le monde, car l'humanité et le monde sont en Dieu, et alors tu auras la religion et tu sentiras la présence réelle de Dieu.

Et alors l'humanité ne formera plus qu'une famille aux innombrables enfants.

Et alors la vie du monde, harmonisée avec ta vie, servira

• à la développer et à l'embellir.

Tu aimeras à gouverner et à diriger la vie de l'humanité vers son but, et tu seras le pontife-roi, le couple générateur de la famille humaine, Tinspiration d'amour et de paix. Et alors, chaque pas accompli sous l'empire sera un progrès de l'humanité dans l'amour de Dieu, c'est-à-dire dans la religion.

Plus fier et plus ardent que le prêtre du Dieu des armées de Jéhovah, que le ministre du culte sanglant de Mars et de Bellone ; mais aussi plus tendre, plus compatissant qu'un apôtre de la loi sévère du Christ, de cette loi qui a des peines éternelles, et qui menace sans cesse l'homme de lui ôter jusqu'à l'espérance ; embrassant dans son amour, non un seul peuple, une seule race, mais l'humanité entière ; non un seul aspect de l'être, l'esprit, mais aussi la chair,

. sanctifiée par la paix dans le monde , comme l'esprit le fut par la paix dans l'église; plus glorieux que César, plus humble que l'infaillible vicaire du Christ ; plus aimant qu'eux, car il est le père spirituel et temporel de tous les hommes, voilà le pontife-roi de l'avenir, voilà le prêtre : ecce

komo! ,

Le prêtre lie le spirituel et le temporel , l'esprit et la chair, c'est-à-dire qu'il unit la science et l'industrie dans im même désir de progrès pour l'humanité. Il veut que le champ des connaissances humaines s'étende, que l'intelligence de tous soit cultivée, élevée ; et il veut aussi que le globe et l'homme s'enrichissent et s'embellissent. Le clergé a donc pour mission de rappeler aux hommes

de la pensée comme à ceux de l'action, qu'ils sont incomplets l'un sans l'autre ; de faciliter leur union, de les rap- I procher ; d'harmoniser les travaux théoriques et les travaux ^ pratiques. Le prêtre est un enseignement vivant de l'alliance ^ définitive, par laquelle cette éternelle guerre des deux j mondes doit cesser. f

(Enfantin). El

Aux FEMMES. — Et voilà pourquoi, femmes, nous vous disons que vous avez place dans le temple, que l'heure de votre affi*anchissement définitif a sonné, que votre seigneur est devenu votre époux.

Saintes traditions, vous ne serez jamais épuisées ; vous grandissez sans cesse pour le prophète.

Gloire à Saint-Simon I par lui, l'humanité sait ce que Moise ne pouvait dire aux Hébreux, ce que les apôtres du s Christ eux-mêmes ne pouvaient porter. '

Femmes ! votre seigneur, l'homme fort, jaloux et vengeur, | l'homme des armées, vous tenait en servitude. Pour vous i sauver de la brutalité de votre maître, le mystique époux, j l'agneau de Dieu, vous sépara l'un de l'autre. <c Voilà l'os i de mes os, et la chair de ma chair, nous sommes deux dans 1 la même chair » avait dit votre maître, et cependant, à cette dure communion de la force et de la faiblesse, vint succéder l'extatique communion de l'esprit. Je pardonne mais je ne commande pas l'union, dit l'apôtre : je crois môme, à cause i des nécessités de la vie présente, qu'il est avantageux à j l'homme de ne pas se marier. j

Ces nécessités de la vie présente, les voici : j:

Il fallait se séparer d'un monde sanguinaire, livré à la j brutalité, rompre avec ses passions, avec ses usages ; il fal- [ lait que l'éUte de l'humanité donnât l'exemple de cette abstinence, de cette renonciation, et que, par une exagération sublime, elle brûlât ce que tous adoraient; il fallait que la

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^^^ femme ne fût plus Tinspiratrice des combats, le prix de la j victoire, la parm'e du cirque, le jouet du guerrier; il fallait ^ enfui, que le feu purifiant, allumé par Yesta dans Rome, ^ i fût porté par Marie sur tous les points de la terre.

Prêtresse de Dieu vivant , le temps de l'avenir s'ouvre, l'homme n'est plus seul à Tautel ; reine d'amour, un trône

/ nouveau s'élève, assieds-toi à la droite de ton époux et non

J de ton seigneur ; la sainte famille humaine est fondée ; mère, épouse et fille, le lien sacré de l'égalité t'unit au père,

î^ à l'époux et au fils.

Couple saint, divin symbole de l'union de la sagesse et de la beauté, amoureuse Androgyne, tu donneras la vie à l'esprit et à la matière, aux travaux de la science et de l'industrie. Par toi, plus de guerre dans le monde, car tu l'embrasses tout entier dans ton amour; par toi, plus de

' despotes et d'esclaves, car tu ne commandes pas plus que

^ tu n'obéis, tu es aimé et tu aimes ; couple saint, tu as cueilli le fruit de l'arbre de vie; pour toi plus de faute originelle,

f mais aussi pour toi tous les privilèges de naissance sont abolis, car c'est par l'amour seul que tu t'es formé, c'est par lui seul que se sont cherchées et unies les deux moitiés de

> ton être, et partout ce sera selon leur amour, et non plus selon leur naissance que l'homme et la femme seront unis ! Vivante image de tout ce qui est, de Dieu, couple du pro-

» grès, un et multiple à la fois, tu portes dans ton sein et tu répands sur le monde le calme de ton puissant amour ; tu sais modérer l'ardeur et réveiller la patience, joindre l'intelligence à la force et la grâce à la raison ; d'une main tu pèses

-^ sur l'orgueil, d'une autre tu élèves l'humanité ; tu écoutes le bruit des siècles passés, nulle tradition ne frappe en vain ton oreille; et tu proclames les destinées de l'humanité et du monde, tu chantes l'éternelle prophétie.

(Enfantin).

Substance de la. doctrine Saint-Simonienne. — L'humanité, être collectif, qui de même que l'être individuel se développe, marche à son perfectionnement à travers des événements plus ou moins douloureux , et en apparence contradictoires, mais toujours progressifs. Le progrès humain a ses échelons. Une fois que l'échelon est atteint, il arrive une période critiqm, le désordre se met dans les cerveaux comme dans les faits, une idée nouvelle surgit et Thumanité gravit un échelon supérieur.

A un point de vue particulier, l'activité humaine devient pacifique et industrielle de militaire et de destructive qu'elle était ; il faut donc organiser la paix industrielle.

Pour arriver à ce but, il faut substituer le droit de l'intelligence au droit de naissance, afin que les plus dignes et les plus aptes soient à la tête des peuples, et élèvent progressivement à la science et au bonheur la masse plébéienne. Mais le problème est autant reUgieux que social, et il faut absolument que la base de Tordre nouveau soit la religion. L'unité de doctrine peut seule mettre fin à l'anarchie intellectuelle et donner un but commun à l'activité universelle. Les chefs industriels et politiques seront donc investis de la dignité et des attributions sacerdotales.

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