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CHAPITRE IV

Fonriérisme

Notice. — Charles Fourier, né à Besançon le 7 avril 1772, occupait à Lyon, dans sa jeunesse, une place de garçon de magasin. Le futur philosophe s'indigna des fraudes com-

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^merciales qui se passaient sous ses yeux. Envoyé par son maître à Marseille, il vit jeter nuitamment à la mer une quantité considérable de riz qu'on avait refusé de vendre dans un temps de disette à des prix Irès-élevés. Il conçut,

' dès lors, pour le commerce mensonger , anarchique , fraudur leuxj une haine qui le conduisit à rechercher si la société ne pourrait pas être établie sur des bases plus justes et sur-

' tout plus humaines : son esprit critique, analytique et synthétique en même temps, l'amena à une refonte totale et & des idées entièrement nouvelles.

Il formula alors un système aussi éloigné du gouvemementaUsme égalitaire des communistes et de la théocratie sociale de Saint-Simon, que de l'égoîsme organisé de la société actuelle.

Néanmoins sa conception est toute subjective ; il n'avait

, pis les éléments nécessaires pour élaborer une philosophie sociale durable, et, chose plus grave, le xviiio siècle avait glissé sur lui sans le toucher; la révolution le trouvait rebelle]: il ne cessait d'injurier cette grande vaincue, et, par haine pour elle, il proscrivit l'égalité de son système. Cela le conduisit à bien des erreurs.

A régahté, il substitua la répartition proportionnelle au capital, au travail, au talent, le groupement par séries attractives à l'essor intégral des forces naturelles qu'il nomme passions, lesquelles, selon lui, peuvent toujours être employées dans l'intérêt commun. Mais le penseur fit surtout ressortir les incalculables avantages que produirait la pratique de la solidarité humaine, se manifestant par le concours de tous, et ayant pour but V exploitation rationnelle et l'embellissement du globe, A la théorie passionnelle une grande objection peut être faite, la base en est contestable, car, s'il est vrai que l'être moral est celui qui est en harmonie avec lui-même, c'est-à-dire en épanouissement complot, il est également vrai que l'homme est essentiellement progressif, que, de génération en génération, il développe des qualités

latentes, et modifie ses instincts inférieurs. Le fondateur de l'école Phalanstérienne ne fut nullement égalitaire. Il donnait pour raison que l'égalité étoufferait l'essor passiormel, et, dans la plupart de ses importants ouvrages, de nombreuses pages sont consacrées à déconsidérer la tentative communiste d'Owen qu'il qualifie très-injustement de duperie.

Cependant, bien que partisan de la proportionnalité, il laisse la part large aux faibles en faisant d'un minimum satis- * faisant, (c'est-à-dire visant en même temps que les besoins physiques, les besoins du cœur et ceux de l'intelligence), le droit de tous , et en accordant l'égalité du point de départ.

On a dit que la supériorité est une souffrance, elle est aussi une cause d'isolement : comme Saint-Simon, Fourier devait, après avoir vu échouer un commencement de Phalanstère à Condé-sur-Vesgres, après avoir vainement attendu, pendant vingt ans, le million du riche intelligent qui devait lui permettre l'essai de son système, mourir en 1838 pauvre et méconnu. Mais non plus qu'à Saint-Simon ne lui manquèrent des disciples ardents, enthousiastes, intelligents. Le premier en date est Just Muiron , après lui viennent : Victor Considérant, Harrel , Tamisier , Victor Hennequin, Hippolyte Renaud, Toussenel, Krantz , madame Cla- , risse Vigoureux, Pellarin, Bonnard, Thoré, Célestin Nanteuil, François, E. Farochon, Godin-Lemaire , Jules Duval, depuis économiste, A. Transon, ancien saint-simonien, depuis catholique, Jean Journet, Baudet-Dulary, Elysée Lefebvre, AUyre Bureau, Cantagrel, Mathieu Briancourt, D. Papety, Victor Meunier, Franchot , madame Mignerot, Barrai, A. Ottin, F. Coignet, Bergeron, Ferdinand Guillon, etc. Ces dis- j ciples s'emparèrent dignement de la doctrine du maitre, la vulgarisèrent par la parole , par le journal, par le livre et par l'art avec un talent incontesté , et lui donnèrent ses jom^s d'éclat de 1842 jusqu'à la fin de la Répubhque.

Victor Considérant fut l'un des rares hommes qui virent

- dans rinsurrection de juin autre chose qu'une tentative cri-

;. ' mineiie, et à ce sujet il s'écria : « Prenez garde, conserva-

s « teurs, si vous ne savez pas donner satisfaction au légitime

f - « désir d'affranchissement qui dévore la classe ouvrière ,

[ «juin n'aura été que l'escarmouche d'avant- garde des

'., « guerres sociales qui rempliront le xix* siècle » (1).

-^ La Commune vient de marquer, avec une gradation terri-

^ ble, la deuxième étape sanglante du prolétariat français,

la troisième, si l'on part du soulèvement de la Croix-Rousse

(novembre 1831).

En ce moment, l'école fouriériste est dispersée, non sans avoir, il y a quelques années, donné une grande impulsion au mouvement associationiste. Et les idées du grand penseur sur le groupement sériaire, sur le développement intégral, sont entrées, à titre de contingent, dans le socialisme international connu sous le nom de collectivisme qu'élaborent, en ce moment, dans leurs congrès publics, les membres de l'Association internationale des Travailleurs.

Comme réalisation pratique, elle laisse le familistère de Guise (sur lequel je reviendrai), dirigé et fondé par un disciple, Godin-Lemaire. Si cette colonie industrielle, très- , prospère au point de vue financier, ne prouve pas que le système de Fourier est applicable à l'humanité, ce qu'elle ne peut du reste démontrer, elle démontre au moins l'efficacité de l'association pour augmenter la richesse collective, la somme de bien-être des associés et pour élever le niveau moral et intellectuel de tous.

Deux autres essais, l'un à Citeaux et l'autre en Algérie, ont été infructueusement tentés.

« Aucun socialiste, dit A. Ottin, l'un des disciples de l'école phalanstérienne, n'a autant que Fourier respecté la liberté non-seulement humaine , mais universelle. Selon lui, tout

(1) V. Considérant, le Socialisme devant le vieux monde, ou le vivant devant les morts. — Introduction.

être vivant a, par le seul fait de son existence, un imprescriptible droit à un minimum, non pas suffisant, mais satis^^^'^ faisant, a L'homme ne vit pas seulement de pain », dif '^ Christ, et il aurait dû continuer : mais encore par l'intelli-p ^ gence et le sentiment. J^

u La culture fait produire à la terre plus et mieux qu'eilcl^'^ ne produirait livrée à elle-même ; il doit en être de mêmerp^ pour la société, il doit en être de même pour Tindividul^^ Mais, qu'on y prenne garde, la culture forcée produit lesp^ monstres. »-^

(( L'éducation, voilà la culture de l'homme ; aussi tout re- . pose-t-il sur elle dans le système de Fourier. Dès l'enfance, '^^ rien d'imposé, mais la recherche constante et le respect per- ^*^ pétuel de la loi imique iVattraction. Chaque enfant est adors ^^ une étude constante pour ceux qui l'entourent ,• chaque dé- ' ^ couverte est ime conquête, car tout besoin, toute faculté, p^ toute passion étouffée, est un danger manifeste pour l'in- ^^' dividu et par conséquent un motif de trouble pour la so- ' ciété. (^

« De là, nécessité de ï éducation intégrale de l'individu, et de V association intégrale pour la société, l'ime et l'autre convergeant également au bien universel; mais cette condition d'intégralité est absolue.

« Cette éducation, ne faisant aucune différence entre les sexes, est la sauvegarde de la distribution réellement hiérarchique de chaque individuahté dans les séries; l'équilibre s'établit donc ainsi de lui-môme et non pas par une réglementation forcée, qui, telle bonne qu'elle soit pour le moment, devient tyrannique lorsque les besoins viennent à changer par l'éducabilité même de la société et des individus.

« Les seules choses immuables sont: 1° le respect constant de I'attraction ; 2<» les combinaisons toujours modiliables de la série selon les degrés d'éducabilité sociale.

« De là, l'échelle sériaire constituant la phalange.

ig

« De là, le groupement général entraînant la construction u bâtiment unitaire, le Phalanstère où tous seront libres zrce qu'ils auront toutes les satisfactions à leur libre disposition,

<( A quoi bon disserter sur les morales réglementées, et sur- )ut réglementées par un petit nombre se réservant le droit y déroger, a La religion est nécessaire, quand ça ne serait ue pour retenir le peuple. » Voilà une phrase qui se dit, 5 colporte, s'imprime partout, sans qu'on s'aperçoive seu- ^ment qu'elle est absurde et hypocrite : hypocrite, parce u'elle est restrictive au profit de ceux qui la propagent 3mme infaillible ; absurde, parce que le peuple est plutôt ibelle que sympathique à l'idée de religion, et que le peu u'il en a vient seulement des préjugés, mais non de la foi. lors, qu'est-ce qu'une religion sans la foi ?

ce Chez Fourier, pas de morale préétablie, mais bien ime lorale dérivant forcément de la loi infailUble de Vattractùm, t de la loi relative de la série.

a Le minimum satisfaisant, c'est-à-dire ne contentant pas mlement le corps, mais aussi l'intelligence et le sentiment, st la plus grande preuve du respect absolu de la liberté et L garantie de la solidarité universelle.

« LiBiproportionalité, conséquence naturelle de la loi sériaire, 3t la garantie et la sauvegarde de tout et de tous; et, comme Lie ne peut pas être imposée mais consentie, elle sera tou- )urs relative au degré de perfection individuelle et sociale.

a Établir des lois ne reposant pas sur la justice, droit abdIu, c'est établir ime tyrannie quelconque. Fourier a tenté e se garer de cet écueil en recherchant le principe imiverel, il a trouvé : dans la natiure Y attraction, et dans l'homme 3 clavier passionnel. Tout son système est basé sur ces déouvertes, et il est alors logique de tout point Qu'appelle-t-on ttraction moléculaire dans la matière, instinct dans l'aniaalité, sentiment dans l'homme, gravitation dans l'astre, si e n'est Vattraction,

« Pour le clavier passionnel, c'est la même chose. Les fa-

cultes innées (1), que Fourier nomme passion, sont toutes, à doses différentes, dans chaque individu. De là, la proportionalité qu'on doit respecter dans chaque individualité, puisqu'elle aussi repose sur une des conséquences du principe universel : la multiplicité des objets entraînant la multiplicité des fonctions, et chaque individu ne pouvant les remplir toutes, c'est donc à la loi sériaire à les hiérarchiser, , c'est-à-dire à les appliquer et les distribuer aux individua- ^ lités respectives.

« Qu'est-ce donc que le capital ?

« Le système phalanstérien peut se résumer ainsi : 3^^

1® Respect absolu de la Liberté ;

2» Droit absolu au minimum satisfaisant ;

3° Recherche et éducation intégrale de toutes les facultés, conduisant par les séries à l'attraction passionnée et à Tattraction industrielle ;

4» L'intérêt de chacun convergeant à l'intérêt de tous ;

5® Relations universelles en industrie, sciences et arts ;

6» Accord universel par les satisfactions matérielles ;

7® Solidarité universelle et passionnée, (le grand mot de Tavenir).

« La notable différence qui existe entre tous les systèmes socialistes et le système phalanstérien, c'est que Fourier ne

le présente pas comme le fruit de son invention, mais comme I

le résultat de sa perpétuelle recherche. t.

« Il interroge la nature et trouve l'attraction comme moteur ^

universel, l'intelligence comme metteur en œuvra et l'ordre i

comme régulateur. Mais cet ordre est la résultante de Tat- L

traction et de l'intelligence et non pas leur entrave. 1

« Il interroge les passions humaines et il trouve la soli- daritô.

(1) Ne pas confondre les passions fouriéristes avec les idées (Â.O.

FOURIERISME t) 1

a Aussi l'organisation du travail phalanstérien n'est-elle pas une réglementation, ni une consigne, ni une discipline, mais un appel constant aux aptitudes. Le travail forcé c'est l'esclavage, le travail organisé c'est le bonheur. Et encore une fois, ne prenons pas la réglementation et la contrainte pour l'ordre ; cet ordre civilisé, c'est l'aiguillon, contre lequel le bœuf regimbe malgré sa patience. N'appelons pas non plus ordre le silence du couvent, de la prison ou de la mortl.. L'ordre, c'est le mécanisme utile, fonctionnant bien dans toutes ses parties et dont toutes les parties sont proportionnelles et nécessaires.

« La loi sériaire, appliquée à tout, — la grande découverte de Fourier, — tenant compte de toutes les parcelles du travail humain, tenant compte également de toutes les aptitudes humaines, adapte ces aptitudes aux fonctions multiples dont se compose l'organisation du travail, et satisfait du même coup à tous les besoins humains.

« Là, certainement, il n'y a aucune imagination du réformateur mais une interrogation continuelle, une obéissance constante à la nature elle-même, et un respect absolu de la Liberté. »

(A. Ottin, statuaire).

Ce passage, analyse fidèle , mais enthousiaste du système de Fourier, aidera à faire comprendre l'exposition de sa doctrine.

Il est évident que sur la morale, par exemple, les idées de Fourier, quoi qu'en dise A. Ottin, sont très-discutables.

Prendre pour base l'homme tel qu'il est, ce n'est pas bâtir sur l'humanité. L'homme est perfectible, il se modifie sans cesse, celui de demain sera meilleur que celui d'aujourd'hui ; et, si le premier droit est ce développementHntégral que réclame si justement le grand socialiste, le premier devoir, pour celui qui en est l'objet, est d'employer toutes ses facultés au service de l'humanité et de s'améliorer et de

grandir sans cesse. La morale divine morte, il faut une morale humaine qui la remplace. Le bien-être matériel, l'observance scrupuleuse des attractions ne sont pas tout, il faut aussi à l'homme le bien-être moral, l'harmonie de l'être avec lui-même, qu'il trouvera dans la pratique de la justice et de la solidarité ; de cette soUdarité dont Fourier fait, à juste titre, une nécessité sociale, mais qui est aussi un devoir.

EXPOSITION

Association da capital, du travail et du talent.

3 1/2 au capital, 4 1/2 au talent* 5 1/2 au travail.

Attraction industrieUe, répartition proportionnelle, équilibre de population, économie de ressorts.

Critique de l'ordre civilisé. — Cette concurrence (aifarchiquej tant chantée par les économistes, n'est qu'une guerre qui se fait avec fureur. . .

Laissez faire, laissez passer, (comme ils disent). Laissez faire le vol, l'agiotage, la banqueroute ; laissez piller, laissez détruire, laissez ruiner, laissez spoUer le corps social tout entier. Laissez falsifier les produits, laissez le désordre et la guerre dans toutes nos relations industrielles et commerciales ; laissez faire, laissez passer ! Eh I si le monopole est odieux, votre concurrence est-elle moins odieuse, elle ! vous ne savez combattre le mal que par un autre mal....

L'esprit mercantile souffle dans toutes les veines du corps social la corruption et l'égoîsme ; il ronge, corrode et

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détruit l'esprit national , il fermente tous les sentiments égoïstes, bas et pervers, il détrône tout ce qui est noble et grand ; il mesure à l'aune et pèse à la balance de son comptoir, l'art et la poésie ; il ne comprend que les livres en partie double^ il ne comprend l'homme que comme une machine qui compte, suppute, additionne et retranche. Sa littérature, c'est la lettre de change et le billet à ordre; sa stratégie, c'est la hausse et la baisse;., sa victoire, c'est l'absorption de la fortune des peuples ; sa déroute, c'est la banqueroute ; son honneur, c'est l'argent; sa gloire, c'est l'argent I

Oui, humanité, patrie, esprit social, sentiment de justice... l'esprit du commerce bannit tout du cœur de l'homme, tout jusqu'aux affections de famille qui semblent la seule jouissance de la mercantile bourgeoisie et qui ne tiennent pourtant pas pied devant les affaires d'intérêt...

Grandisse encore le mercantilisme, l'on vendra père et mère, et il est certain de grandir vraiment, car il marche à grands pas et chaque jour envahit; il est dans la littérature, dans l'art, dans la politique (1), dans le journalisme : il est partout....

Le commerce, c'est le voleur volant, le pirate piratant, l'araignée suceuse, le cancer dévorant et le commerce (et ceci est plus vrai qu'une comparaison) c'est le chancre qui couronne et ronge l'organe de la production et distille, dans les veines et dans les artères du corps social, un virus syphilitique (2).

Nous vivons dans un monde où les hommes se spolient à peu près par tous les points où ils se touchent; le salarié spolie le maître en faisant mal le travail convenu, le maître

(1) Quoi d'étonnant? Louis-Philippe régnait et préparait pour Bonaparte une France suffisamment corrompue.

(2) Dans la société individualiste tout se touche, le commerce n'est pas le seul coupable ; l'exploitation de l'homme par l'homme, l'égoïsme de classe, ont bien leur part comme cause agissante de dissolution sociale.

spolie le salarié en lui payant un prix qui ne vaut pas sa peine et ses sueurs... Les propriétaires voisins se spolient par de fausses délimitations de propriété, les fabricants se spolient par des menées de concurrence et des écrasements; les plaideurs se spolient entre eux et la justice les spolie en masse; le père spolie le fils, le fils spolie le père, le frère et la sœur se spolient en se disputant des lambeaux d'héritage quand le corps paternel est encore chaud; les nations se spolient par la guerre et la diplomatie. Oui, nous vivons dans un. monde où lès hommes se spolient par tous les points où ils se touchent : Spoliation I Spoliation !

Le travail n'a pour mobile pivotai que la peur de mourir de faim. Le travailleur civilisé est un véritable forçat.

(V. Considérant, Destinée sociale^ t. I, p. 68, 89, 93, 96, 100.)

Le mouvement social actuel tend à dépouiller de plus en plus les classes inférieures et pauvres au profit des classes supérieures et riches; l'industrie et le commerce opèrent de nos jours, en continuant leur développement, l'accroissement des servitudes collectives et indirectes (1) et organisent rapidement la féodalité indiistrielley mercantile et financière.

(Ch. Fourier, 1808.)

Préliminaires. — La théorie de Fourier comprend deux aspects principaux.

L'un embrasse les questions d'économie sociale, par conséquent tout ce qui se rattache à la production, à la répartition et à la consommation de la richesse. C'est celui qui fera surtout l'objet de notre attention.

L'autre embrasse l'étude de l'homme, ou la recherche de

(1) Bien autrement oppressives, bien autrement haïssables que es servitudes directes et individuelles.

l'accord entre ses passions, ses facultés et le but social de sa destinée : c'est là le c6té psychologique, psychique ou moral de sa théorie, que nous ne ferons qu'effleurer.

Au nom de ces perpétuelles aspirations de l'homme, Fourier fait la théorie du bonheur de tous. 11 établit que le bonheur est le but social de l'espèce et il expose l'organisation d'un ordre nouveau, donnant satisfaction à toutes les tendanc. i individuelles, sans privilège d'âges, de sexes, de castes et de classes natives.

Persuadé qu'il n'y a pas de bonheur pour l'être humain en dehors des satisfactions et du juste emploi de ses facultés physiques, intellectuelles et morales, il s'attache à chercher l'ordre social qu'il juge le plus conforme aux besoins de la nature humaine.

La solution de ce problème ne peut surgir, suivant luii de conceptions arbitraires, mais de lois naturelles que nous devons découvrir, étudier et appliquer.

Abandonnant les vagues régions où se maintiennent les économistes politiques, il n'a pas craint d'aborder les questions plus utiles du travail et de la vie domestique, et de chercher, dans les besoins naturels de l'homme, les lois de justice et de liberté dont il a voulu faire la base de sa théorie.

La consommation, la production et la répartition sont les faits nécessaires de l'existence de l'homme et de la société.

Travailler, recueillir les fruits du travail, en faire usage : telles sont, en effet, les principedes fonctions de la vie humaine et de la vie sociale.

En conséquence, Fourier recherche quels sont les moyens par lesquels l'individu et la société peuvent arriver à organiser le travail et la production, à satisfaire aux besoins de la consommation et à introduire la justice dans la répartition du travail et de ses produits parmi les hommes.

L'association du Travail^ du Capital et du Talent est le moyen et le principe social qu'il propose, c'est la base des

principes économiques qu'il met en lumière; et, sur ce point, on peut affirmer que nul n'a vu aussi profondément que lui dans ce monde d'organisation sociale.

En unissant les facultés humaines en un seul faisceau, sous le régime de l'association, il en fait surgir le plan d'un nouvel état social reposant sur l'ordre, la justice et la liberté.

L'homme ne peut plus exploiter l'homme. L«s forces et les facultés de tous concourent à un but commun : le bien-être général ; lès eflorts de chacun reçoivent leur récompense individuelle, et l'antagonisme disparaît pour faire place à l'émulation productive

(Godin-Lemaire. — Solutions sociales 1871).

A im autre point de vue, le fait élémentaire de la solution du problème social pris dans sa plus grande généralité n'est autre chose que la détermination des additions de l'association des individus, des familles et des classes dans la commune — élément alvéolaire. (Manifeste de l'école soaétaire,)

Nous posons ainsi ce problème :

Etant donné l'homme, avec ses besoins, ses goûts, ses penchants, déterminer les conditions du système social le mieux approprié à sa nature.

(Considérant, Destinée sociale T, l®'. p. 501).

Pour arriver à la solution demandée, nous ne voulons agir que par la propagande ; convaincus que nous soromes de l'excellence de notre doctrine et de la puissance d'attraction de l'exemple, nous n'hésitons pas à nous porter :

1° Sur le terrain pacifique de la réforme sociale de la commune;

20 A reconnaître la vérification expérimentale et l'initiative libre et spontanée, comme le critérium du progrès en fait de constitution de la société.

S^ A réclamer simplement des gouvernements la création d'mi ministère chargé d'exciter, de conduire^ de discutei" et de vérifier par Texpérience, les inventions et les propositions relatives aux améliorations sociales et aux progrès industriels.

(Manifeste de V école sociétaire, 1843.)

Nous demandons surtout d'être mis à môme de créer une commune modèle, un phalanstère, pour que l'on puisse juger de notre doctrine après expérimentation.

Attraction passionnelle (1). — Un préjugé a, de tout temps, empêché les recherches sur l'association; on a dit: il est impossible de réunir en gestion domestique trois ou quatre ménages, sans que la discorde s'y manifeste, surtout parmi les femmes : il est d'autant plus impossible d'associer trente à quarante familles, et à plus forte raison trois ou quatre cents.

C'est très-faussement raisonné ; car si Dieu veut l'économie et la mécanique, il n'a pu spéculer que sur l'association du plus grand nombre possible

Il dirige l'univers matériel par attraction; s'il employait un autre ressort pour la direction du monde social, il n'y aurait pas unité mais duplicité d'action dans son système.

L'étude de l'attraction passionnée conduit directement au mécanisme sociétaire

Ceux qui ont écrit vaguement sur l'association, s'ils eussent étudié l'attraction, auraient découvert la théorie des séries passionnées, sans laquelle il est impossible de fonder le mécanisme sociétaire, car on ne peut, sansles séries passionnées, remplir les conditions primordiales telles que :

(1) Pourbien juger Fourièr,if*îaut toujours distinguer sa donnée générale, ordinairement juste et incontestable, des détails, des classifications fantaisistes dont il surcharge chacune de ses découvertes. Je dis ceci pour son attraction personnelle, son phalanstère , son Éducation harmonienne et seâ analogies.

Attraction industrielle ;

Répartition proportionnelle ;

Équilibre de population ;

Économie de ressorts.

.... Les économistes ont été arrêtés par un préjugé qui persuade que le morcellement ou culture subdivisée par famille (et l'isolation en l'industrie) est nature de l'bomme, destinée inmiuable. Toutes leurs théories reposent sur cette erreur primordiale.... et fait que nos plébéiens, nos ouvriers, sont bien plus malheureux que le sauvage qui vit dans l'insouciance, la liberté, et parfois dans l'abondance, quand la chasse ou la pêche a réussi.

L'attraction passionnée est l'impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion, et persistante malgré l'opposition de la raison, du devoir, du préjugé, etc. (1)

En tout temps et en tout lieu , l'attraction passionnée à tendu et tendra à trois buts ;

1° Au luxe ou plaisir des cinq sens;

2® Aux groupes et séries de groupes , liens affectueux ;

3® Au mécanisme des passions, caractères, instincts, et par suite, à l'unité universelle. (2)

1®' But. — Le luxe est : interne, ou vigueur corporelle ; externe, ou fortune pécuniaire.

C'est donc la satisfaction des cinq ressorts sensuels, goût, tact, vue, ouïe et odorat.

2e But. — Groupes et séries, — L'attraction tend à former quatre espèces de groupes.

MAJBURS I ^^^P® liercorporatir.

MINEURS { ^^?VPe d'amour

Id. de paternité oa de feunille.

(1) Ce serait vrai si l'être humain n'était perfectible.

(2) Mais l'idéal change selon le degré d'élévation morale et ceci mplique que cette donnée, vraij en ce moment, pourra ne plus

l'être entièrement dans l'avenir. La science classera dm sens nouvellement manifestés qui, eux aussi, voudront être satisfaits.

FOURIERISME 69

r s* But. — La mécanique des passions. Tendant à faire concorder les cinq ressorts sensuels , & ses quatre ressorts < affectueux.

A Ce mécanisme doit être dirigé par trois passions qu'on f peut nommer distributives ou mécanisantes. Je leur donne à

chacun trois noms spéciaux :

1 1® La cabaliste, intrigante, dissidente ; I 2<» La papillonne, alternante, contrastante ; ; 3® La composite, exaltante, engrenante. — (Voir pour la dêônition des passions mécanisantes, page 66, Nouveau monde ^ industriel^ édition 1845.)

Au résumé , l'attraction tend à trois buts ou foyers. Elle nous y pousse par douze aiguillons ou passions radicales, cinq sensuelles, quatre affectueuses, trois mécanisantes. Apprenons à distinguer l'attraction du devoir. ^ N'admettons pour attraction que le naturel invariable comme le penchant à prendre ses repas en dépit des dogmes ' et devoirs qui le défendent.

4^ Les propriétés des séries passionnées en harmonie sociale

sont :

, Émulation, — Éleveint tout produit au plus haut degré en qualité et quantité.

Justice, — Moyen de satisfaire chacun en prétentions d'avancement, d'éloges, d'appuis.

Vérité, —Passionnément exercée, et de plus obligée par t^ impraticabilité du mensonge.

Accord direct, — Par ligue des identités et des contrastes, k Accord indirect, — Par absorption des antipathies indivi- ^ duelles dans les affinités collectives.

^ Unité d'action, - Concours de toutes les séries aux dispositions qui conduisent à l'unité.

(Ch. Fourier, Nouveau Monde industriel,)

Première condition générale d*attrait : Le Luxe, corres-

pondant plus particulièrement aux exigences de la vie sert- .

sitive; ^

La seconde condition : Groupe, aux exigences de la vie r

affective; X.

La troisième condition : Série, aux exigences des mouve- I

ments sociaux de la vie sociale.

(Ch. Fourier.)

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