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CHAPITRE VIII

Doctrine de l'humanité. «- Pierre I^eroux

Notice. — Ancien disciple de Saint-Simon, Pierre Leroux n'eut garde d'oublier l'élément religieux dans son système. Comme le saint-simonisme, comme le communisme Icarien, comme le fusionisme, la doctrine de Vhumanité est basée sur le sentiment chrétien agrandi et modernisé par le puissant souffle social et les immortelles aspirations humanitaires de la France du xix™" siècle.

DOCTRINE DE l'hUMANITB. — PIERRE LEROUX 117

« Je suis un croyant, dit Leroux de lui-même (l),vaiDement je suis né dans une époque de scepticisme, j'étais tellement croyant de ma nature que j'ai recueilli (telh* est du moins ma conviction) la croyance de Yhumanitéy alors que cette croyance était à l'état latent, alors que l'humanité semblait incrédule sur toute chose et c'est cette croyance que je prétends lui rendre. Je ne fais donc que rapporter à l'humanité ma mère, ce qu'elle m'a donné. »

Ces lignes où, à une foi, à une conviction ardente, se joint un enthousiasme quelque peu naïf de son œuvre, peignent bien Leroux.

C'était plutôt un penseur humanitaire, un philosophe, un moraliste très-pur qu'im socialiste dans toute l'acception du mot; mais il subit son époque qui voulait des révélateurs à toute force et il devint, lui aussi, chef de système.

Il réunit autoiu^de lui, en outre de ses frères Jules et Charles Lerouxy de son fils, de son neveu, de ses deux gendres, Luc I^esages et Auguste Desmoulin, un groupe d'élite, qui l'aida puissamment à la propagande de la Doctrine par la parole et par la plume. Parmi ces ardents apôtres de la solidarité humaine, on distingue Grégoire Champseix, Louis Nettré, Pauline Roland, Talandier, Paul Rochery, Edmond et Charles Frossard, Adolphe Berteault, Ulysse Charpentier, Emile Aucante, Ad. Paraud, Terson, Raban, Armand, Yvérnaud, Ed. Desjardin, Ficht, Vandamme, Robert (du Var), Ch. Soudan (2) Alfred Frézières.

On pourrait citer G. Sand, qui fut longtemps le disciple autant que l'amie de Fauteur de la Doctrine de VHumanité.

C'était en 1845, on décida la formation d'une colonie agricole dans le double but de faire la propagande en province, et d'expérimenter une organisation communiste. Georges

(1) Revtie sociale 1850. Lettre à Gustave Sandre, le libraire du socialisme en 1848, socialiste convaincu lui-même et de plus intelligence élevée et cœur dévoué.

(2) Ces deux derniers s'imprégnèrent plus tard de fusioniime,

Sand, enthousiaste alors de toutes les idées nouvelles, versa une somme imposante. Pierre Leroux et les siens partirent donc au nombre de 52 pour s'établir à Boussac (Creuse).

Une imprimerie fut immédiatement montée ; mais l'organisation agricole alla moins vite. Il apparut dès lors aux nouveaux colons, qu'il était plus difficile qu'ils n'avaient pensé de créer une cité nouvelle se suffisant à elle-même ; ils y travaillaient pourtant sans trop se décourager.

Leur présence à Boussac eut au moins de bons résultats ; Pierre Leroux, qui avait cessé de collaborer à V Encyclopédie nouvelle avec son ami Jean Reynaud (1) écrivait un grand nombre d'ouvrages de philosophie sociale. Les habitants de ce pauvre pays s'éprenaient de l'idée socialiste, et l'influence de la colonie de Boussac dure encore dans le centre de la France ; ces affamés de justice sociale ne virent pas eux de prétextes à moqueries, dans le mot de Circulus et de Ttiade par lesquels le chef de la Doctrine désignait certains côtés de son socialisme.

Après la Révolution de février, Pierre Leroux fut élu à la constituante. En son absence, la colonie qui d'ailleurs n'était rien moins que florissante dut se dissoudre.

Ce fils de paysans bretons, qui avait été ouvrier compositeur dans sa jeunesse, n'oublia pas son origine prolétarienne au milieu de cette Assemblée de privilégiés de tous les régimes.

Le 15 juin, dans une improvisation remarquable, il flétrit dignement les manœuvres égoïstes et réactionnaires de ses collègues. Il les adjura de ne pas jeter la France dans la voie des guerres sociales, de donner quelques satisfactions aux

(1) Jean Reynaud soutenait dans V Encyclopédie sa théorie des Vies successives se continuant de planète en planète (variante de la vieille cosmogonie druidique ) ; Pierre Leroux, au contraire, prétendait que les Vies succe^ives se manifestaient dans l'humanité proprement dite sans sortir du globe terrestre. Cette divergence motiva leur séparation.

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aspirations légitimes du prolétariat, d'ouvrir aux ardents des communes sociales à fonder en Algérie ; de faire en un mot que la République n'étoufifàtpas dans son sein son fils légitime, le socialisme.

Vaines paroles, on lui répondit par des rires ; c'était le beau temps des Falloux et des Faucher ; aussi huit jours après, heure pour heure, commençaient les massacres de juin.

Après ces jours de désastre, le philosophe socialiste reprocha, avec Lamennais et Proudhon, leur cruauté aux vainqueurs.

Le peuple n'a pas oublié cette bonne action. Au milieu de l'efifrayaiite bataille qu'elle soutenait contre Versailles, la Commune de Paris se fit l'interprète de ce souvenir reconnaissant en envoyant une délégation de deux de ses membres pour accompagner à sa dernière demeure, non pas l'auteur d'une nouvelle cosmogonie religieuse, mais le penseur courageux et généreux qui avait élevé la voix en faveur du pauvre et des vaincus de jfwtn.

En novembre 1848, Pierre Leroux présenta à l'Assemblée son projet de constitution démocratique et sociale, lequel projet, cela va sans dire, fut rejeté à Tunanimité,

Il y avait pourtant des socialistes célèbres à la législative et les membres de la Montagne se disaient tels ; mais de part et d'autre, on ne se faisait pas une concession; avant tout, on s'inféodait dans son propre système qu'on croyait parfait et complet, et des idées générales qui se dégageaient des diverses conceptions théoriques, ou de l'observation des faits, on n'avait souci. Ce particularisme outré ne fut pas le moindre défaut et la moindre cause de la stérilité du socialisme utopiste qu'est venu remplacer heureusement l'étude collective des phénomènes sociaux, et l'élaboration lente et publique d'une transformation sociale, par l'intervention réfléchie du prolétariat autant que par l'intervention des penseurs.

Pierre Leroux se distingue de tous les autres socialistes gé-

néralement un peu barbares de style et diffus dans leurs conceptions, par un langage clair, simple, plein d'élégance, et une dialectique puissante.

Si la Doctrine de l'humanité n'a pas eu un très-grand nombre d'adeptes, elle apporta sa part de matériaux pour l'édifice social qu'il est réservé au xix® siècle de bâtir.

Elle eut son moment d'influence, et, dans les faubourgs de Paris , le chef dé l'école fut longtemps populaire.

EXPOSITION

Solidarité — Driade — Circulus A chacun suivant sa capacité .

A chacun suivant son travail.

A chacun suivant ses besoins .

La terre sera à la justice et à la solidarité.

Critique. — La France peut se définir ainsi :

Moins d'un million d'individus, hommes, femmes, enfants représentés par 196,000 chefs de famille, forment une vaste maison de commerce possédant un capital qu'on ne saurait estimer et qui a pour nom la France. Cette maison met actuellement en activité trentcrquatre millions d^employés et d'ouvriers, hommes, femmes et enfants. Le fi^uit de ces opérations est de rapporter au minimum neuf milliards de revenu brut, déduction faite des semences et autres frais matériels de son outillage général.

Elle paye les salaires, un peu plus de cinq milliards ; il lui reste en bénéfice ou en revenu net, trois milliards huit cent millions.

Mais à leur tour, les travailleurs qui contribuent au moins

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nominalement, pour huit cent quatre-vingt-dix-sept millions aumilliard politique, auraient une réponse catégorique à faire aux hommes du revenu net. Cotte réponse la voici :

Votre loi économique, qui donne tout au revenu net, et rien à l'humanité, est contraire à la volonté divine, au bon sens, à l'équité, nous demandons qu'elle soit changée...

On leur dit qu'ils sont libres.

Ils sont libres en eflfet de disposer de leur travail ; c'est-àdire que, sous le nom de liberté d'industrie, ils sont libres de mourir de faim. Je ne trouve pas d'autres termes pour exprimer l'épouvantable esclavage sous lequel^ gémit, au nom de la liberté, l'immense majorité de la nation ; quand je pense que le salaire n'a pas augmenté monétairement depuis 89, et que les objets de première nécessi'.é ont augmenté du quart et du tiers ; que ce qui croit sans cesse, c'est le revenu net, concentré dans les mains de deux cent mille propriétaires ; que le résultat de cette liberté d'industrie, est que la France, pour n'avoir qu'un paupérisme à peu près égal à celui de l'Angleterre, esjt forcée de ne pas s'accroître plus que le Portugal et la Turquie ; que, depuis un demi siècle l'accroissement de cette France si libre, ne s'est pas élevé à la moitié du terme moyen général de l'Europe ; et que si nous avons aujourd'hui quelques milliers de population de plus qu'en 89, ce sont des milliers de misérables ; quand je pense à cela, dis-je, et que je vois appeler liberté un mécanisme aussi spoliateur, aussi destructif de la nature humaine, et on me permettra de le dire, aussi assassin, un mécanisme qui (et la chose est démontrée) a empêché de naître ou a fait mourir de misère depuis un demi- . siècle plus du double de la population actuelle, je ne puis m'empêcher de penser que cette liberté sans organisation, n'est que la liberté du mal.

(Pierre Leroux.— PZoufocra^ie, p. 239 et suiv.)

SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE DE LA DOCTRINE DE l'hUMANITÉ. —

1® L'homme est dans toutes ses manifestations, sensationsentiment-connaissance indivisiblement unis,simultanément manifesté.

2° La vie humaine est une communion incessante dans laquelle l'homme est uni avec la nature, avec l'humanité avec Ja science et Dieu, mais plus particulièrement et plus directement avec Yhumanité.

3® L'humanité est un être idéal composé d'une multitude d'êtres réels qui sont eux-mêmes l'humanité en germ'^, l'humanité^ à l'état virtuel.

40 La loi morale de l'homme n'est ni le sacrifice ni l'égoïsme, mais la solidarité.

50 La sohdarité des hommes est éternelle ; elle est, elle a été, elle sera toujours d'où il suit que le ciel est sur la terre.

60 L'homme renaît dans l'humanité.

(Grégoire Champseix, d'après Pierre Leroux. — Revue Sociale, 1846.)

Du développement de l'humanité. — De même qu'après Platon et Aristote, l'humanité avait un progrès à faire pour qu'un nouveau progrès philosophique fût possible, et que c'est ce pas fait par l'humanité, sans lumière nouvelle et sans autre idéal, qui constitue l'histoire depuis Platon jusqu'à Jésus-Christ; de même, après Jésus, l'humanité avait un progrès à faire pour qu'un nouveau progrès philosophique fût possible, et c'est ce pas fait par l'humanité, sans lumière nouvelle et sans autre idéal, qui constitue l'histoire depuis Jésus jusqu'à la fin du dix-huitième siècle et à la Révolution Française.

C\ st ainsi que l'égalité humaine est sortie peu après laborieusement et successivement des barrières qui l'obstruaient et qui, comme je le dirai tout-à-l'heure, dans la conclusion générale de cet ouvrage, ne sont autres que les castes. En

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abolissant les castes primitives qui se rapportent à la famille, elle s'est d'abord manifestée sous un aspect individuel et

'^s'est appelée Liberté. En abolissant les castes qui succédaient aux castes primitives et qui se rapportent à la patrie, à la cité, elle s'est manifestée sous un aspect sentimental, et s'est appelée Fraternité. En abolissant ou en tendant à abolir la troisième forme des castes, celle qui se rapporte à la féodalité, à la propriété, elle se manifeste sous un aspect qui,

^comprenant à la fois l'individu et ses semblables, réunit leur

intérêt dans un même droit, et elle s'appelle enfin Égalité.

Nous retrouvons ainsi à la fin de notre étude dv passé, la

synthèse que la psychologie nous avait révélée au début

^ même de ce livre. Ce sont les trois aspects de notre nature, sensation, sentiment, connaissance, qui ont manifesté successivement la Liberté , la Fraternité, l'Égalité.

La nature humaine, en effet, nous donne, trois termes distincts, quoique confondus dans l'unité de la vie, sensa-

^ tion, sentiment, connaissance. Ces trois aspects de l'être, engendrent trois besoins qu'on appellera droits ou devoirs^ comme on voudra ; Liberté répondant à semation, Fraternité répondant à sentiment et Égalité répondant à connaissance. Et ces trois besoins intervenant dans le monde ont créé l'histoire, aussi l'histoire nous donne trois époques. La Liberté répond à l'enfance de notre Occident, la Fra-

* ternité à sa jeimesse, l'Égalité à son âge mûr.

Tout dans le développement de notre occident, s'est donc passé suivant la loi même du développement individuel.

La Liberté correspond à la vie de sensation, sa manifestation répond d'une manière prépondérante à l'enfance. Les enfants aiment la liberté pour eux, mais ils sont volontiers

^ sans pitié pour les autres, comme dit le poète, et surtout la notion du droit des autres leur échappe et leur est inconnue. La Fraternité correspondant à la vie de sentiment, répond d'une manière prépondérante à la jeunesse. La jeunesse est rage de l'amour, de l'amitié, de l'enthousiasme. Enfin l'É-

galité correspondant à la vie de connaissance, répond d'une manière prépondérante à Tâge mûr.

L'Humanité, comme un seul homme, a donc successive--^ ment parcouru ces trois phases, et elle finira par les réunir. \

Voici donc la loi du passé, telle que la métaphysique et l'histoire me l'ont fait connaître .

Le genre humain, suivant l'idée de Lessing, passe par toutes les phases d'une éducation successive: il n'est donc arrivé à la phase de V égalité qu'après avoir passé par les troisj sortes d'inégalités possibles. ^

1® Le régime des castes de famille;

2° Le régime des castes de patrie;

3° Le régime des castes de propriété.

L'esprit humain aspire à sortir de ce triple régime des castes, qui est l'esclavage, pour entrer dans la liberté. Voilà ce qui caractérise le point du temps où nous vivons.

Nous sommes aujourd'hui entre deux mondes, entre un monde d'inégalité et d'esclavage qui finit, et im monde d'égahté qui commence.

Ce dogme fait de l'homme actuel un être à bien des égards différent de l'homme antique, et de l'homme du moyenâge.

La haute antiquité, l'antiquité moyenne et l'époque féodale, dans laquelle, il est vrai, nous sommes encore profondément plongés à bien des égards, ont été la préparation ide Vkomme nouveau, que chacun de nous sent aujourd'hui en lui-même et que tous les faits dont nous sommes témoins révèlent déjà d'une manière si éclatante.

Doctrine. — Sous le nom Doctrine de V humanité , nous pré- y

sentons au monde un ensemble de vérités qui ne sont que le développement approprié à notre temps du christianis et de toutes les grandes religions antérieures.

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La base de la religion, c'est la trinité, la religion telle que nous la concevons comprend indivisément, le dogme, la morale ou l'organisation sociale, et l'économie politique.

(L. Desages et Auguste Desmoulin. — Préambule aux aphorismes, p. 6.)

L'être humain est perfectible, l'humanité est perfectible.

(Aphorisme, p. 20.)

Cieux, terre, animalité, humanité, l'univers entier a une vie incessante qui se développe dans le temps.

(P. Leroux. — Le progrés continu.)

La loi de la vie dans l'individu et dans l'espèce de progrès dont voici la formule, changer en persistant, persister en changeant et aspirer à réaliser de plus en plus le type idéal humanité.

Tout être humain, pour être libre, frère et égal dans la cité, doit être associé avec d^autres êtres humains conformément à ses prédominances et à ses attraits légitimes.

Tout être humain est membre d'une famille, tout être humain a des amis, tout être humain fait partie d'un atelier et rentre dans cet atelier à titre d'associé.

^ (L. D. et A. D. — Aphoi ismes, p. i9.)

La liberté reste le droit de Thomme moderne, la fraternité son devoir, mais TÉgalité est la doctrine sur laquelle s'appuie à la fois son droit et son devoir.

Au terme de l'évolution de l'histoire, l'Égalité est donc ^ toute inorganisée et, si incomprise qu'elle soit, la loi des âmes, la loi des lois, le droit, le seul droit. Et elle a trois termes qui se distinguent, quoiqu'ils s'impliquent, ou bien en effet, il n'y a pas de droit, ni de religion sur la terre^ ou il ne s'agit plus aujourd'hui de Liberté seulement, car ce

serait la liberté de quelques-uns au détriment des autres, (( ni de fraternité seulement, car la fraternité du christianisme >i n'a réalisa que l'inégalité et Faumône, ni d'égalité seule- ^^ ment, car l'égalité qui ne réaliserait pas la liberté et la fraternité, ne serait que l'égalité dans le néant, et ne donnerait pas satisfaction à la nature humaine, telle qu'elle se révèle aujourd'hui.

Aujourd'hui, la formule est complète et appelle une solution, elle est triple et une à la fois : Liberté, Fraternité -^i^ Égalité. Quant à nous, hommes sortis du passé et presque émergés du présent qui fuit et s'écroule, nous voilà devant l'avenir qui doit réaliser ces trois termes.

(P. Leroux. — De r Égalité , p. 256).

La société de Vavenir sera à la fois pape et empereur.

Bans la société de V avenir, chaque homme sera à la fois son pape et son empereur,

La société n'est pas un être dans le même sens que nous sommes des êtres ; la société est un milieu que nous organisons de génération en génération pour y vivre. La société, prenant la place de l'individu pour s'y développer, la société, dis-je, ainsi comprise, est une monstruosité en opposition avec toutes les lois divines.

La vie, c'est une multitude de rapports entre l'homme et les différents êtres qui coexistent avec lui dans le monde.

L'homme naît, et voilà déjà un rapport nécessaire établi entre lui et les parents qui lui ont donné naissance.

L'homme se cherche dans son semblable, la femme, et de là résulte le mariage et l'amour. Puis, de cfette union s'engendrent les enfants, qui participent d'une façon mystérieuse du père et de la mère ; et de là un nouvel amour, une nouvelle union, sui generis, à côté de l'amour et de la famille. Enfin une foule de relations qui dérivent du rapprochement des hommes, des services qu'ils se rendent, du degré de

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connaissance qu'ils ont les uns des autres, relations variées ^àTinfini par les diversités d*àge, de sexe, de conditions, d'aptitudes, complètent la communion des hommes entre eux et développent l'être ou la personnalité de chacun.

^ (P. Leroux. — De t Égalité, p. 106).

Que la famille soit telle, que l'homme puisse se développer .et progresser dans son sein sans être opprimé ;

Que la nation soit telle, que l'homme puisse se développer et progresser dans son sein, sans y être opprimé : Voilà le programme de l'avenir.

(P. Leroux. — De l'Humanitéy p. 174).

Quand je vois un homme, ce n'est pas un homme en particulier que je vois, c'est la substance en particulier (ibid. y p. 247).

L'humanité donc est un être idéal, composé d'ime multitude d'êtres réels, qui sont eux-mêmes l'humanité en genre, l'humanité à l'état virtuel. Et réciproquement l'homme est " un être réel, dans lequel vit à l'état virtuel, l'être idéal appelé l'humanité. L'homme est l'humanité dans une manifestation particulière et actuelle (ibid, p. 256). rî» La société collective sera donc omnipotente dans l'édu- ' cation.

L'individu! devenu homme, sera libre de sa pensée et de ^ l'expression de sa pensée.

(P. Leroux. — De l'Égalité, p. 117).

:> Triade. — La Triade organique, est l'association de trois êtres humains représentant chacun en prédominance, l'une des trois forces de notre nature. L'un, les sensations, l'autre,

^ le sentiment, le troisième, la connaissance dans une fonction sociale quelconque.

Dans la société, les fonctionnaires se distinguent natur Tellement, en trois ordres égaux : les industriels, les artistes, les savants. f

La commune est l'association dé quelques-uns, occupant, jt une position déterminée du territoire et formant un atelier d'industriels, un atelier d'art, un atelier de science, reliés et / administrés par un triple pouvoir émanant de l'élection di- | recte des associés. \

L'État est l'expression et la garantie des droits de tous. Il J^ relie ensemble toutes les communes et manifeste l'unité de " l'industrie, de l'art et de la science.

Le même principe qui organise l'atelier organise la commune et l'État; ce principe c'est la triade ou l'ordre ter- '""• naire.

{Ibid.jp. 22.)

A la tête de l'État, et réalisant V Unité des trois pouvoirs nommés par le peuple, est une gérance composée indivisé- y ment de trois membres nouveaux, l'un par les fonctionnaires de l'ordre judiciaire, éducateur, le troisième par les fonctionnaires de l'ordre législatif. Cette triade a le soin f des rapports extérieurs de l'État.

(Ibid., p. 23.)

cmcuLds

DONNBB

Révéler dans ce qui fait actaellement la misère de Thomme dans sa faculté, dans sa facilité de consommer, dans ses besoins une source ^iS de production et lui ensei- * g^ner les moyens d'en tirer parti

J'ai prouvé contre Maltus et les économistes, que lasubsis-

DOOTRINB DB l'hUMANITB. — PIBRRE LEROUX 129

tance humaine n*est pas particulièrement rare comme ils le disaient, mais qu'elle est potentiellement infinie, en vertu de ' la fécondité infinie de toutes les espèces, et par le don fait à rhomme de pouvoir profiter de toute la nature ;

Que la subsistance humaine, étant par essence infinie, n'est rare que par la faute du genre humain ;

Que si la production connue des économistes est si limitée, c'est parce que la production que connaît la nature, est entravée par suite de l'ignorance humaine et des institutions que cette ignorance a fait établir.

Mais, pour prouver cela, il m'a fallu la loi même d'alimentation des êtres les uns par les autres.

J'ai donc prouvé :

Que la nature a établi un cercle, dont la moitié s'appelle production et l'autre moitié consommatiouy l'une de ces deux moitiés n'existant pas sans l'autre, et l'une étant égale à l'autre ;

Que ce cercle constitue la vie physiologique de chaque être, et même de chaque organe dans chaque être ;

Nutrition bt Sbcretidn. — Que ce cercle constitue égale* ment la vie externe des êtres, les relie et en fait les anneaux d'une même chaîne donnant et recevant à son tour.

Que cette loi est plus générale que celle que tout le monde admet (à savoir que la mort entretient la vie en ce sens, que les êtres se nourrissent les uns des autres) ; plus générale, dis-je, puisque les cadavres et les détritus des êtres, peuvent être assimilés à des produits préparés pour la subsistance d'autres êtres, et que, dans une infinité de cas, la vie entretient la vie par des produits qui, pour être utilisés, n'entraînent pas la cessation d'existence de ceux qui les donnent;

Que l'alimentation des êtres par la mort d'autres êtres, loin d'être toute la loi, n'est ainsi qu'un aspect d'une loi plus générale, à savoir, l'alimentation des êtres par la vie des autres êtres ; et que la nature, qui, sans la connaissance de

cette loi, paxaît un labyrinthe obscur où la vie et la mort [ ^ se combattent, n'est en réalité que le réseau multiple et plein ' ^ d'entrelacements variés à Tinfini de cette loi unique : Nutrition , Sécrétion, pour servir à la nutrition d'autres ètres«

Appliquant donc cette loi du problème de l'homme qui occupe les économistes, j'ai prouvé :

Que, conformément à ce cercle établi par la nature et dont l'homme ne saurait sortir, il s'empare des plantes et des ani- i ^ maux, de tous les produits de la vie que la terre lui donne, ; et que sa vie en est entretenue, mais qu'il ne peut se les assimiler, sans restituer à la terre par des sécrétions, un équivalent capable de rendre cette terre fertile et productive ;

Que ces sécrétions sont réellement, au point de vue de la nature, le prix de sa subsistance étant destiné à d'autres êtres, au même titre que les sécrétions d'autres êtres lui sont destinées ;

Que les physiologistes, en méconnaissant cette loi, ont méconnu une des fonctions organiques qu'ils étudient, ^ quand ils ont distingué formellement les excrétions ou i excréments des sécrétions, comme si ce qu'ils appellent [ excrément, n'était pas, à bien des égard|, sécrétion véri- , table.

Pour conclusions dernières, j'ai prouvé :

Qu'il est souverainement absurde de perdre, relativement à la reproduction de la subsistance humaine, ce dont la nature, comme je viens de le dire, a fait le prix même de cette subsistance ; mais qu'il n'est pas moins absurde de s'ap- [ puyer du fait que présente la société, après la violation d'une loi naturelle de cette importance, pour établir, comme Malthus, une loi absolue de misère et de pauvreté pour le genre humain.

(Pierre Leroux. — Lettres aux États de Jersey), Organisation.— 1« Le citoyen, l'homme, est producteur, dis-

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