‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 40 sur 43 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Aperçu sur le collectivisme International

Notice. — Personne ne contestera que la révolution de 1848 n'ait été essentiellement européenne.

En réponse aux déclarations embarrassées du gouvernement provisoire sur le rayonnement de la France républicaine et le regard des peuples, les prolétaires, formulant en cela la véritable donnée de la révolution, criaient : Vivent les peuples I vive le travail! vive la république universelle! Et,lorsqu'enjuin ils prirent les armes, sans chefs, sans drapeau, (le prolétariat n'avait pas encore adopté le drapeau rouge conmie étendard fédéral du genre humain), sans autre mot d'ordre que ce cri de détresse : « du pain ou du plomb ! » ce qui lesîconsolait de l'extrémité où les avait réduits Tégoïsme bourgeois, ce qui idéalisait leur héroïsme résigné, c'était ce vague sentiment : qu'ils étaient l'avant-garde de tous les souiïrants, et que le sacrifice de leur vie compterait comme Tune des étapes sanglantes de l'humanité vers la justice. Les nations occidentales se soulevaient autour d'eux et les monarques fuyaient; ces prolétaires socialistes avaient bien quelque raison de se croire les représentants intellectuels des opprimés et des exploités ; ils pouvaient, en se pressant sur cette place de la Bastille où reposent les vainqueurs de la monarchie, dire dans une invocation pieuse : Que votre souvenir nous anime, ô martyrs de la cause populaire I nous allons combattre et mourir pour le salut de l'humanité !

Hélas I la défaite, ime horrible défaite, ruina ces espérances. Le désastre des ouvriers de Paris eut pour consé-

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quences la reprise de possession de la France par la réac- | tion, l'élévation de Louis Bonaparte, la campagne de Rome, I la répression monarchique en Europe, et finalement la mort f de la république française, étranglée par le bandit de dé- \ cembre. J

Est-ce à dire que la génération de 48 était impuissante? Non, certes. L'élite révolutionnaire et prolétarienne avait compris l'œuvre sociale du 19°^® siècle. Le tout était noyé il est vrai dans un funeste mysticisme; la France était envisagée comme la nation'Christy Jésus lui-même conune le premier représentant du peuple (1); on voyait le progrès dans l'unité religieus», l'association devait être à la foi communiste et communioniste ; fraternelle et eucharistique ; mB.is avec ce néo-christianisme, quelle ardeur, quelle puissance d'aspiration I

« Dans cette grande hécatombe, s'écrie Pauline Roland, où coule à flots, depuis plus d'un demi-siècle, le sang des na- I tions, la France est la Nation-Christy dont le crucifiement est ^ le prix et le signe de l'universelle rédemption.

« Le monde de l'avenir est conquis par cette divine passion, par ce mystère de la mort et du renouvellement, dont nous accomplissons avec tant dô douleurs et tant de foi, les péripéties diverses. Sortie du tombeau où elle n*est restée que le temps nécessaire à la cicatrisation des plaies de son Calvaire, la France marche, et sa course difficile, mais triomphale, nous la montre, encore couronnée d'épines, ceinte déjà de l'auréole, et portant en main, non le roseau, sceptre dérisoire qu^elle a dès longtemps brisé, mais les palmes de la victoire. Cette victoire qui a nom République, il s'agit au]oiu*d-hui de Torganiser...

(1) Ali «ôge de presqi^e touteei leq associations ouvrières et che? ui^ très-gr^nç} noipbre 4^ socialistes, on yoyait une gravure représentant Jésus en charpentier et portant pour exergue : Jésus de Nazareth, premier représentant du peuple.

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[^ « Parmi les faits qui, s'acoomplissant simultanément, ou

^*une façon successive sous nos yeux, doivent nous mener

^ l'établissement de ce monde encore Idéal que le peupla

-acclame ; République démocratique et sociale^ le fait le plus en

évidence aujourd'hui, c'est l'association ouvi'ière. Ce mou<«

*vement tel qu'il se manifeste, n'a pas une importance

moindre que n'en eut du xii« au xiv« siècle, le mouvement

communal. Celui-ci détruisit la féodalité de l'épée, la prô-^

pondérance de la propriété terrienne; il fonda la bourgeoi-»

sie ; l'association ouvrière ne prétend à rien moins qu'à

abolir la féodalité industrielle, les droits seigneuriaux de

Toisiveté capitaliste, à affranchir le prolétariat..,

« Après bien des douleurs, et deux mois après la funeste journée du 13 juin 1849, dans cette salle Saint-Spire qui commence à avoir un nom dans les annales du socialisme, cent quatre associations ouvrières, représentées par leura délégués, nommèrent une commission de quinze mendbrea,

• qui reçut mandat impératif:

«1» De constituer une Union des associations fraternelles^ ayant pour objet : de centraliser les opérations d'intérêt gfr» néral, d'établir le crédit gratuit, la neutralité du travail, la solidarité entre les associations ouvrières j

« 2« De fonder une Chambre de travail formée de trois délégués par corporation, choisis dans les associations adhâ^

* rentes à l'Union;

a 3° D'établir une caisse de solidarité et d'organiser Yen change entre les associations. (1)

« Les sommes versées dans ces caisses et provenant de cotisations ou de prélèvements devaientêtre, tous frais d'administration prélevés d'abord, divisés en deux parts égales? l'une destinée à assurer le crédit gratuit, l'autre à donner l'éducation aux enfants, les soins aux infirmes et la retraite aux vieillards.

(1) N'est-ce pas là la première tentative de réalisation de l'idéq qui a présidé depuis à la fondation de l'Internationale? Pauline

a La première commission centrale, ainsi nommée, devait jouer au sein des associations le rôle de la Constituante dans

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