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notre jeime République.,. tj*
« Ces efforts ne pouvaient pas réussir d'emblée, et la per- ( sécution a dispersé les uns, emprisonné les autres. N'im- î porte, nous ne devons pas nous lasser ; pour moi, là où se ^*^ tentera dans le sens des principes que j'essaie d'exposer, une association communale, communiste, communùmiste^ religieuse, j'y serai.
« J'ai voulu bien voir ce qu'il y a au fond de l'association 1 °| ouvrière, et de mon examen il est sorti ceci : que j'aime d'im y ^* amour fraternel et profond les hommes qui se sont mêlés à ( ^* ce mouvement, et je peux le dire, la plupart d'entre eux sont de dignes confesseurs de la foi de la révolution. Je me suis mêlée à ce mouvement qui, je l'espère, ne fera que précéder, et amènera l'autre; je fais partie d'une association, fondée à la fois sur les bases que je viens d'indiquer, et sur celles de l'association ouvrière, et la plupart des amis qui l *! ont avec moi contribué à fonder YAssodation des instituteurs 1 pensent comme moi qu'il faut associer les coeurs 'plutôt que les bras ou les activités, et que le problème ne sera résolu que pav YAssodation communale, •
« J'ajouterai qu'à mon sens, Paris n'est pas le lieu où s'éta- » blira d'abord l'organisation nouvelle. L'histoire duchristia- \ nisme me semble une prophétie; ce n'est pas au sein des * capitales que se fondent les religions, d'où sort un ordre l social nouveau, une révolution, et, je le répète, le socialisme [ est ime religion, ou le socialisme n'est rien. Avant de monter
Roland, Jeanne Derouin, Louise Nicaut, Blaison et Delbruck étaient les principaux initiateurs de ce mouvement de fédération ouvrière. On remarquera la part considérable des femmes dans ce i mouvement. C'est ainsi qu'après Perdiguier, c'est une femme, | Flora Tristan, qui a le plus contribué à la transformation du compagnonnage en unUmi de solidarité ouvrière pour le tour de France.
sur le trône avec Constantin, la civilisation chrétienne s'é- , tait élaborée, essayée au désert. Le désert où s'établira d'abord la commune socialiste, ce seront nos campagnes de France, si belles dans l'avenir, si désolées dans le présent ; ce seront nos villes de province où l'association s'établit sur plusieurs points d'une façon plus normale qu'à Paris. L'association ouvrière, telle qu'elle s'est produite, sort de cette fausse économie politique qui a exagéré le développement de l'industrie aux dépens de l'agriculture. En retournant à la terre, la société, comme l'antique Antée, retrouvera sa force épuisée. »
(Pauline Roland. — Lettre à Guépm^ voir Philosophie du socialisme^ page 688.)
Ce religiosisme était largement humain et complètement égalitaire, et, si je puis ainsi dire, c'était chez ces croyants du socialisme l'idéalisation de la solidarité humaine, qu'ils voulaient avec tant d'ardeur. Comme preuve de cette afûrmation, le lecteur me permettra de donner l'exposé de principes de Y association des instituteurs où se trouvent un grand nombre d'initiateurs du mouvement associationiste et où sont bien formulées les aspirations générales du temps.
« Nous croyons de tout notre esprit, de tout notre cœur, de toutes nos forces, en Dieu principe de toute vie.
« Nous croyons à l'Unité du genre humain, à la Solidarité, à la Fraternité de tous les hommes entre eux.
« Nous croyons que l'Humanité contient dans son sein à titre de membres égaux, tous les individus qui composent la famille humaine.
« Nous croyons à l'Égalité parfaite de l'homme et de la fenmie, à l'Égalité parfaite de tous les hommes entre eux.
« Nous croyons à la perfectibilité de Thomme et de l'Humanité, à leur progrès incessant et indéfini.
« Nous croyons qu'il n'y a de salut pour l'Humanité que
^^4 ^^O&é DES ECOLES SOCIALISTES ^
dans vm i^ssQciation Tolontaire religieuse^ parfaitement libre, fraternelle et égalitaire, de tous les hommes entre eux*
« Nous croyons que toutes les nations sont soeurs et doivenl se considérer eonmie les membres divers d'une même famille.
(( Nous croyons & la souveraineté du peuple > la République est à nos yeux la seule forme de gouvernement légitime. Elle doit réaliser pleinement la lihertéy VégaUté et la fraténuité,
« Nou9 croyons au droit, h la sainteté, à rétemité de la 1 ' famille, société particulière qui doit subsister d'une façon 'J harmonique au sein de la grande société humaine à laquelle elle est liée.
« Nous croyons qu'il ne doit y avoir ni riches ni pauvres, ni privilégiés, ni deshérités, ni supérieurs, ni inférieurs, ni enfin d'autre hiérarchie que celle qui est nécessaire pour le jeu des diverses fonctions que nous reconnaissons comme
étant toutes égales entre elles. 1
c Nous croyons que tous les hommes étant égaux et frères, j ont tous un droit égal et imprescriptible au développe* (^ ment de leurs facultés physiques, morales et intellectuelles. L
« Nous croyons que tout homme se doit à, tous et que tout I n se doivent à chacun. Id
a Nous croyons que chacun a droit au travail, que chacun y a le devoir du travail dans la limite de ses forces et de ses h aptitudes. )
« Enfin nous croyons que la formule républicaine : Liberté, ] « ÉoALiTé, FRATERNiTé conticut Ic mot et la règle de la vie. »
(Programme d'éducation, de Vcmociation fraternelle des ir^titute^r$, institutrices et prçf^e^^ ^oc(alist^^ 1849).
Au moment où des soeialistes français publiaient ees UjSf&e; les savants n'avaient pas encore fait pénétrer lidée
APERÇU mm LB COLLECTinSM» mTBllNATIONAL 23»
lois et de relation dans le monde intellectuel ; l'absolutisme et le sentimentalisme religieux n'étaient que timide- Odent combattus (1).
Malgré tous ces éléments d'avenir, le socialisme vaincu, massacre, emprisonné, déporté, exilé, comprimé dans 50,000 de ses représentants erra bientôt en étranger à travers l'Europe et dans les grandes cités américaines, ou s'affaiblit sous le ciel de plomb de Lambessa, de Noukahiva et de Cayenne, où l'influence délétère du climat, les privations de toutes sortes étaient encore aggravées par d'ignobles supplices.
La France, aveuglée et terrifiée, assistait silencieuse à son irrémédiable décadence; la révolution n'avait plus d'assises, le progrès n'avait plus de voix.
Mais de Londres, de Bruxelles, de Genève où s'amassaient les flots de la proscription, des accents indignés se faisaient quelquefois entendre et de nouveau des projets d'avenir se
(1) Lamarck,le grand poêle Oœthe, Oken, Lyell, Forbes, Huxley Hoock et Geoffroy-Saint'Hilaire 4[ui ont apporté l'idée de la tran»^ mutation des espèces étaient encore sous l'anathème de Cuvier qui avait arbitrairement importé l'idée de créations successives pour marier la science et la religion. Depuis, Darwin, le plus puissant des théoriciens du matérialisme et après lui Biichner, Jœyer, Wœckel, Owens ont donné sur la véritable origine des êtres, det aperçus qui détruisent déflnitivepi^nt Vidée de création^ ce dernier dada des religions aux aibois.
La théorie de Darwin. — Développement processif, successif et graduel du monde organisé sous l'influence des causes naturelles, se divise en quatre points principaux : P Le combat pour l'existence ; %* La formation des variétés ou l'altération des individus ; 3* La transmis" sion héréditaire de ces altérations aux descendants ; 4® La sélection par la nature de ceux des individus modifiés qui se trouvent avoir une supériorité, sélection qui s'opère à la faveur du combat pour ^existence. Ces quatre influences étant réunies et agissant en concurrence, leur effet, qui est la transformation continuelle des êtres, se produit comme, spontanément.
Buckner, conférences sur la théorie darwinienne. Traduction française de A. Jacquot.
I les J produisirent : Libre pensée, justice sociale, fraternité des j)eu- 1 pot pies, affranchissement du prolétariat, tels étaient les mots en- 1 me trecoupés que transmettait à la jeune génération les échos fia affaiblis de 1848. Ipé
Pendant ce temps, la science sociale creuse, remue sans ^ { cesse le sol fécond de l'idée. Auguste Comte vient de corn- j ta] pléter sa Politique, Proudhon écrit son fameux livre de la j dî Justice (1) et sa Capacité politique des classes ouvrières. Colins 1 m démontre la nécessité économique qui commande de faire \ oi entrer le sol dans la propriété collective, de Toureil publie la j si dernière des palingénésies religieuses, Vidal cherche les fon- •: s^ déments de la religion naturelle, V. Hugo grave les Chàti- n
ments et écrit les Misérables, voilà pour la France. En Angleterre, ridée chartiste préside à un grand mouvement d'association. L'Espagnol Ramon de la Sagra qui avait écrit en 1848 dans le Peuple de Proudhon et le Belge de Potter formulent la pensée collectiviste. Un proscrit aile- 1 c mand, Karl Marx, substitue dans le socialisme la méthode V i historique et objective aux méthodes purement logiques et I j subjectives qui avaient été en honneur jusque-là; il dé- î j montre Timpossibilité économique de conserver dans Tave- [ ] nir l'appropriation individuelle. De l'observation et du | j classement savant des phénomènes économiques, K. Mars | j arrive à cette déduction que la force collective domine de l j plus en plus les conditions de la production et de la circu- f ^ lation, et, par ce fait même, entraine fatalement la nécessité > i du concours ou de la solidarité, dans le travail. Il restait à ^ déterminer si l'association aura lieu entre égaux par voie d'expropriation sociale, ou si les ouvriers d'un même atelier, de plus en plus asservis, resteront sous la direction d'un maître possesseur de l'instrument de travail, de la machine dont la puissance grandissante lui attribuerait tous
(1) De la Jtistiee dans la Révolution et dans l'Eglise, en trois volumes, Bruxelles.
les bénéfices. Au nom de la Justice, le penseur socialiste ne pouvait hésiter. De cet ordre d'idées, dérive scientifique-
^ ment Favenir communiste, tout au moins collectiviste, de la civilisation moderne, condamnée à se transformer ou à
> périr (1).
) Son compatriote, Lassalle, plein de l'idée gouvernementaliste, si chère à la race germanique, vit Tordre nouveau dans la réalisation de l'état du peuple, (Volksstaat), gouvernement prolétarien, où toutes les forces organisées du vieil
* ordre monarchique seraient mises au service de la justice sociale et effectueraient progressivement ou violemment,
' selon les circonstances, Fégalité de conditions et la communauté des charges et des avantages. A cette école communiste, se rattache plus ou moins directement tout le socialisme allemand.
Le peuple russe avait déjà fourni à la révolution sociale un théoricien célèbre, dont la profondeur attristée et le radicalisme mélancolique que -relève parfois une critique amère rendent bien le caractère général de cette race slave, si constamment opprimée et si malheureuse; je veux parler de A. Herzen (2). On connaissait, en outre, Michel Bakounine, le conspirateur socialiste qui veut que la révolution sociale soit précédée d'une tempête révolutionnaire, d'un déchaînement de haine, pour préparer l'ordre nouveau, en détruisant, dans l'esprit et dans les choses, tout ce qui a été partie constitutive de la vieille civilisation. 11 faut, dit-il, qu'une destruction colossale passe sur le monde pour rompre la cohésion administrative, juridique, politique et religieuse ;
(1) Le livre principal de Marx, Dos Kapital (le Capital), ii*a pas été traduit en français, et nous ne le connaissons que d'après des comptes rendus.
(2) Voir notamment le Kolokol {la Cloche), revue par A. Herzen et N. Ogareff, et encore de l'Autre Rive et Lettres sur l'Italie, ouvrages traduits en français par A. Herzen fils.
è38 EXPOSE r>ÉS ÉCOLES SOCIALISTES
il faut que tous les éléments sociaux soient mêlés, fondus, dispersés, que l'axe de la pensée et de Tactivité Inaine soit déplacé, pour que l'initiative des masses p» laires ne trouve que des matériaux désagrégés quai faudra refaire. C'est ainsi, selon lui, que l'égalité coir nale, Torganisation fédérative, Tharmonie industriel! libre essor de tous les êtres, remplaceront notre civilisî égoïste, autoritaire.
Au premier réveil socialiste un nouveau théoricien î du peuple russe. Dès 1857, le fils d'un prêtre de camps Thernicho^ski, préside à l'éclosion de l'idée révolution dans l'empire des czars.
Après avoir, en compagnie d'ardents amis, formulé le Contemporain de Pétersbom^g, l'idéal des paysans encore, en trois mots, qui seront répétés de villages en lages : Terre et liberté^ après avoir trouvé dans la com slave tous les éléments de la commune sociale de l'aveni écrira un livre où la nécessité pour l'humanité d'aboi un ordre collectiviste sera éloquemment affirmée, et déi trée d'une façon irréfutable (1).
Douze années se sont passées depuis le crime d< ^ cembre.
« Nous voici arrivés à Tun des moments les plus solei \ de l'histoire: à côté de la pensée qui renaît, l'activité s(
liste se réveille.
« Les ouvriers du monde entier, de plus en plus f( par la grande industrie savent enfin à quoi s'en tenir s bon vouloir de la classe possédante et dirigeante.
APERÇU SUR LÉ OÔLlECtlVlSMfi mtÊÈI^ATIONAL S3Ô
« Sauvons-nous nôûs-wiémes, commence-t-on h munnurer dans la fabrique cotnm^ dans l'usine, dans l'atelier comme dans les mines. Coïncidence heureuse I la camisole de force dans laquelle étouffait Thumanitô craque sur beaucoup de points ; un frisson inconnu agite les deux mondes :
« Le peuple indien s'est révolté contre les capitalistes anglais ;
« L'Amérique du Nord combat et triomphe pour l'affranchissement des noirs ;
(( L'Irlande et la Hongrie s'agitent;
« La Pologne est levée...
<( L'opinion déinocratique en Russie impose à l'autocrate un commencement d'affranchissement de paysans slaves ;
« L'Allemagne qu^après Marx et Lassalle agitent le vieux 1^ Becker, Bebel, Liebknecht, Schen, Oberwinder, entre dans ' le mouvement socialiste ;
' « Les ouvriers anglais sont déjà forts et unis contre le capital et fidèles au souvenir d'Ernest Jones, d'Owen et des chartistes ils rentrent dans la politique drapeau rouge au vent.
« En Belgique un millier de révolutionnaires se sont groupés sous la désignation de solidaires au nom de la libre pensée et commencent la propagande socialiste ;
« En Italie, en Suisse, en Espagne, les ouvriers s'aper^ çoivent que lents politiques les trompent et ils cherchent les moyens d'améliorer leur sort ;
« Les ouvriers français reviennent de la torpeur où les avaient plongés les désastres de juin et de décembre et parlent, eux aussi, d'émancipation.
<( De toutes parts, enfin, les prolétairèsveulent s'imir pour réaliser leurs aspirations d'af&anchissement vagues encore mais ardentes.
a Un grand fait est attendu dans le monde.
<c Le 28 septembre 1864, les délégués des ouvriers français^ anglais, allemands, belges et suisses qui avaient déjà, eu des
pourparlers, donnaient un corps aux aspirations ouvrières. Dans le célèbre meeting de Saint-Martin's Hall, à -Londres, convoqué en favers de la Pologne, était fondée V Association internationale des travailleurs,,,
« Après ce vote, si grand par ses conséquences, sorti des nécessités économiques de notre [époque, l'humanité entre dans une phase nouvelle, les plus grands espoirs sont permis ; le peuple, tant de fois trompé et toujours remis à la chaîne, va travailler lui-même et exclusivement à son affranchissement. Il cherchera en lui-même ses aspirations et n'attendra plus de Messies.
« Le socialisme qui, jusque-là, n'a été que sectes et théories divergentes s'incarne dans le prolétariat et devient vé- ( ritablement la moderne bonne nouvelle annoncée à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui travaillent, à l'avènement de la justice. L'agitation ouvrière a trouvé dans l'Internationale la forme d^expansion; elle se généralise dans tous les centres industriels de l'Europe revendiquant le droit à la vie, à la dignité, au développement intellectuel, dans de formidables grèves, créant des milliers de sociétés ouvrières, mettant à nu les iniquités de la vieille société et posant dans ses congrès internationaux les assises du monde nouveau (1). »
En faisant du socialisme la chose commune de l'élite du prolétariat, en supprimant par le fait même, les directeurs | politiques, l'Internationale donnait un nouvel essor à l'es- [ prit de recherché. Les idées ne naissent pas isolées ; avant ^ qu'elles ne soient entrées dans l'âme collective des masses 1 populaires, et qu'elles n'aient atteint ce degré d'évidence \ qui les rend irrésistibles, elles doivent avoir tourmenté bien des cerveaux et heurté bien des pensées obscures, en un mot avoir subi une élaboration préparatoire.
Dans les premiers jours de l'association, aucune doctrine ne dominait exclusivement, chacun voyait dans l'Interna-
(1) LaTtoiiième défaite du Prolétariat français, parle même, 1871.
tionale la réalisation de son idéal social. Le programme pouvait être signé de tout ami de la justice, quelles que fussent ses opinions individuelles :
Affranchissement des travailleurs par les travailleurs euxmêmes.
Vouloir pour tous les êtres humains, quelles que soient leurs croyances, leur couleur, leur nationalité les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Abolition des classes.
Organisation d'une large et effective solidarité entre tous les membres de prolétaiiat universel.
Reconnaissance de la vérité, de la justice et de la morale comme devant être la hase des rapports de tous les hommes entre eux.
Néanmoins, comme il fallait une base un peu moins générale pour discuter Tordre actuel et que Ton manquait encore de théoriciens dans le congrès de Genève, 1866, sous
l'influence des délégués français, on fut à peu près mutuelliste, au congrès de Lasanne, 1867. Cette donnée se modifie dans le sens de ce qui sera plus tard le collectivisme. Nous verrons au congrès de Bruxelles et de Bâle, 1868, 1869, le collectivisme inspirer les résolutions de l'assemblée internationale. Comment s'était faite cette élaboration? Elle était inspirée par une étude opiniâtre dégagée de tout parti pris.
Chaque branche nationale, chaque fédération régionale, chaque section de pays, de rue, ou de métier, chaque adhérent étudiaient ou traitaient les questions qui les touchaient de plus près, ou leur étaient familières.
De la sorte une idée générale devait nécessairement se dégager de cette recherche collective que venaient de -temps à autre éclairer ou rectifier les événements douloureux, grèves et massacres d'ouvriers que l'antagonisme social croissant rendait de plus en plus graves, de plus en plus fréquents.
On aboutit vite à la nécessité démontrée :
10 D'organiser sur d'autres bases la force collective et la division du travail, deux forces économiques fécondes dans une société solidaire, mais désastreuses et conduisant au servage industriel dans une société individualiste ;
2® De réaliser plus ou moins révolutionnairement, selon les circonstances, l'appropriation collective du sol et des instruments de travail ;
3^ De jeter les bases de la Commune sociale, s'administrant elle-même (les intérêts généraux restant sauvegardés) dans sa direction politique, son industrie, son agriculture, | ses finances, sa justice et son organisation sociale ; \
4? D'assurer à l'enfant, aux frais de la commune, l'entretien, l'instruction intégrale, et l'apprentissage ,•
5o D'accorder aux faibles de l'intelligence ou du corps, un minimum satisfaisant et leur permettant au même titre que le nécessaire, les convenables jouissances de l'esprit et du cœur;
5» De proclamer Tégalitô effective des droits pour tous les êtres humains ;
?• D'abolir les armées permanentes et les églises d'État.
8« De remplacer les codes actuels basés sur la vieille idée de châtiment par un formulaire des droits égaux et des devoirs réciproques des citoyens entre eux et les magistrats inamovibles par des jurys électifs ;
9*» De supprimer les prisons et pénitenciers divers et leur remplacement par des colonies agricoles et industrielles ou le coupable sera ramené au bien plutôt que puni;
lO® D'éliminer l'absolu des conceptions philosophiques, et de lui substituer l'observation et le classement des phénomènes;
11» De transformer l'impôt en prime d*assurance sur la société ;
12<> De remettre les services publics généraux entre les mains de l'État etc., etc.
Ces idées n'ont rien de bien nouveau, il faut le reconnaitre
APÊRCr SUR LE COLLECTIVISME INTERNATIONAL 243
ta
on les trouve à Tétat parcellaire dans Saînt-Seîne, Fourîer, Comte, Leroux, Proudhon, les communistes. Colins; il n'en n'est pas moins vrai que leur groupement constitue ime donnée générale nouvelle (1).
Les différents journaux de Tassociation f2) les développèrent et les vulgarisèrent ; quelques-uns tentèrent de les systématiser.
Cependant, en Belgique même, le mutuellisme a gardé de profondes racines. Les rédacteurs de la.Liberté deBruxelles (3) virent d*abord dans le courant collectiviste une déviation de rinternationale et ils contestèrent au moins l'opportunité des résolutions en ce sens des congrès.
Dans une série d'articles très-remarquables sur le droit économique et la propriétéf les mutuellistes de la Liberté^ sans défendre absolument la propinôté individuelle, jetaient dans la discussion des considérations d'un ordre élevé, qui militaient contre l'appropriation collective. Ils voulaient qu'au moins la question restât pendante jusqu'à plus ample informé.
(1) Il est à remarquer tfae les internationaïuc qui comptèrent en France des propagateurs comme Varlin, Bastelica, Aubry, Combault, Pindy, etc., ne fournirent que très-peu de théoriciens. Dans les réunions publiques, on remarque comme vulgarisateurs, Lissagaray, Millière, Lefrançais, Flourens, Briosne et Longuet.
(2) Surtout : Ylnternationalef de Bruxelles, YÉgaliiéj de Genève, la Solidarité, de Neuchâtel, la Federacion, de Barcelonne, Le Tra* vail (1869), la Marseillaise^ le Socialiste, de Paris, la Réforme sociale, de Rouen, dos Demokratishe Woehemblatt (devenu plus tard le Volksstaat), de Leipsig, la Solidaridad, de Madrid, l'Ugallianza, de Napies, le Werkman, d'Amsterdam, le Working-man^a, Advocate^ Chicago, etc., etc.
(s) La Liberté de Bruxelles est encore le plus populaire des journaux socialistes. Après la chute de la Commune, il s'est fait le défenseur éloquent du prolétariat vaincu. Ses rédacteur» Ar» nould, H. Denis, Fontaine et Hins ont introduit dans les di$cu^ sions politiques une hauteur de yues qu'oçi ne, trouva ds^ns^ aucun journal bourgeois.
Nous avons souvent songé, casaient-ils, en forme de conclusion, nous avons souvent songé à Proudhon notre maître, qui y consacra vingt-cinq ans de labeur, présenta successivement deux ou trois hypothèses, et conclut à un système mixte qui justifie la propriété en sacrifiant une portion de la rente. Quelles cruelles préoccupations ont dû bouleverser le génie de ce grand homme, quelle douleur en voyant s'échapper sans cesse cette vérité qu'il crut saisir plusieurs fois, et quel désespoir lorsque l'étude de l'histoire et son irrésistible dialectique l'amenèrent à la réhabilitation complète de cette propriété qu'il n'aimait pas et que son âme profondément humaine eût volontiers anéantie ! L'exemple de cet apôtre de justice qui ne voulut pas laisser entraîner la liberté politique dans le naufrage de la propriété, et qui, les croyant nécessairement unies, comme Harrington son prédécesseur oublié, consacra la forme la plus brutale de notre égoïsme, cet exemple est fait pour nous enseigner la modestie. Quelle science avons-nous, chétifs, et surtout quel héroïsme pour donner une solution définitive du problème ? Les économistes et les philosophes se contredisent, et l'histoire de l'agriculture dans notre pays n'est même pas faite, l'histoire de la propriété et do la rente y i*esteront longtemps encore à faire. »
Depaepe auteur principal des rapports sur la propriété qui venaient d'ôtre adoptés aux congrès de Bruxelles et de Bâle releva le gant jeté au collectivisme et une discussion restée célèbre dans Yassodation s'engagea.
Des deux cotés, on était imprégné de positivisme ; c'est dire que l'invariabilité et la relativité des lois qui régissent les phénomènes économiques n'étaient pas en discussion.
La Liberté avait même formulé cette donnée avec un grand bonheur d'expression. Ce passage importe ti*op à ce qui va suivre pour qu'il ne trouve pas ici sa place :
(( Il est certain que les lois sociologiques n'ont pas le carac*
tère d'îmmuabilité des lois astronomiques, où même physiques, mais cela résulte de la complexité des phénomènes sociaux ; la loi n'est autre chose que la constance du rapport entre im nombre déterminé de circonstances, d'éléments. Les éléments de la société sont en si grand nombre qu'il est impossible d'observer jamais des phénomènes se présentant dans des circonstances absolument identiques ; il n'en est pas moins vrai cependant que certaines de ces circonstances persistent pendant un temps plus ou moins long et qu'elles impriment aux phénomènes observables des tendances constantes ; c'est par là que les lois économiques sont tendancielles, qu'elles sont entourées d'un grand nombre de formes variables et de causes perturbatrices. L'homme se croit libre parce qu'il ne connaît pas, qu'il ne connaîtra jamais tous ses rapports avec son milieu; l'homme se fait illusion, il ne pourra modifier sa manière d'être constante qu'en modifiant ses rapports généraux avec le milieu social; et c'est l'observation seule et l'observation la plus minutieuse qui les lui fera connaître.
« Nous n'insisterons pas sur ces considérations; le caractère spécial des lois sociologiques est acquis depuis les travaux philosophiques d'Auguste Comte, et nous y avons consacré une série d'articles. Nous avons établi contre les économistes du laisser-faire, que l'extrême relativité des lois de la société est le fondement inébranlable du socialisme positif... »
La longue et savante réplique de Depaepe constitue une démonstration convenable de la raison d'être du collectivisme.
Les principaux passages de cette réplique,îmêlés à d'autres extraits du même genre, donneront, non pas un exposé du collectivisme qui en est encore à sa période d'enfantement, mais une idée générale du socialisme expérimental qu'élabore en ce moment la majorité des membres de V Association internationale des travailleurs,
. Mais, demandera-t-on, quelle est la philosophie du colléetivisme? Elle n'est pas encore faite ; postiviste au fond, ma-
têrialîsfe par certains côtés, procédant à la fois de Saint-Simon, d'Auguste Comte, de Littré, de Proudhon, de Stuart Mill, de Darwin, de Bukle, de Spencer, de Buchner, de
Moleschott, d'Emile Accolas, de Naquet, et elle n'a pas trouvé encore sa formule définitive. On peut cependant donner comme une approchante de cette formule la partie philosophique d'un livre qui fit quelque bruit en 1868 : Religion^ Famille et Propriété, par Alfred Naquet.
A ce titre , j'en reproduis quelques extraits saillants au début de ce chapitre.
EXPOSITION
Envers tous les êtres humains, pratiquer la vérité y la justice ^ la morale.
Les trayailleurs de tous pays sont frères.
Pas de droits sans devoîrst pas de devoirs sans droits.
La société a le droit de faire entrer le sol (et les instruments de travail) à la propriété collective. U y a nécessité de le faire*
Recherchks PHILOSOPHIQUES. — Procêdés de raisonnement — Au delà d'une certaine limite, les démonstrations sont impossibles.
Les preuves de certitude appartiennent à trois catégories.
En outre du raisonnement, il est deux procédés logiques, Yanalogie et Vantinomie.
L'analogie est un procédé logique dans lequel, après avoir établi que deux objets possèdent des ressemblances trèsgrandes dans leurs caractères connus, et que l'un d'eux pos-
APERÇU STTR LE COLLECTITISBIE INTERNATIONAL 24T
sède en outre un caractère qui n'a point été observé dans Fautre, on suppose que ce caractère doit aussi exister dans le second objet.
L'antinomie est un mode de recherche découvert par Kant, puis systématisé par Hegel, que Proudhon, qui s'en est servi, déiinit ainsi :
Dès qu'un fait, une idée, présente un caractère contradictoire, il développe ses conséquences en deux séries opposées, il y a dégagement à attendre d'une idée nouvelle ou synthétique.
Dans le raisonnement, il faut distinguer le mode et la forme.
Il n'existe que deux grands modes : Vinduction qui s'élève du particulier au général (de la chute d'un corps pesant, induire que Jes corps pesants qui ne sont pas soutenus tombent à terre), et la déduction qui descend du général au particulier, (du spectacle de la mort qui atteint tous les hommes, déduire qu'il suffit d'établir qu'un individu est homme pour savoir qu'il est mortel).
Les formes sont nombreuses, on peut citer le syllogisme, le dilemme, lesméthodes par V absurde, la classification, les sériations,
Î Majeure, — Je croîs que rnnîyers est régi par de» lois immuables, que dans tous les cas les méme4 causes doivent produire les mêmes effets.
Mineure. — Or j'ai vu vingt-cinq corps plongea dans les liquides perdre de leur poids un poids égal à celui du liquide qui est déplacé.
( Donc J'afârme que tous les corps plongés dans Condosion { les liquides perdent de leur poids, un poids égal
I à celui du liquide qu'ils déplacent.
STLZiOOTSMB DEDUCTIF i Majeure, — Le coton est combustible.
\ Mineure. •— Or le tissu que j'ai sous les yefX Prémisses ( est fabriqué avec du coton.
Conclusion Donc ce tissu est combustible.
DiLBMMB : Je te puis être que mort ou vivant,
Or je ne suis pas mort, Donc je suis vivant.
PRBUYB PAR L^ABSUBDB : D'un point pris hors d*une droite, on ne nent abais*
ser qu'une seule perpendiculaire sur cette droite : il est absurdt do supposer (|u'04 pou^ mk abaisser plusieurs.
Le prototype de la série est une progression arithmétique ou géométrique :
0. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. OU bien 1 ; 2 : 4 : 8 : 16 : 32 : 64 : 128 : 256 : 512 : 1024, c'est-à-dire que toute série se compose d'un nombre de termes groupés de telle façon, que chacun d'eux représente, vis-à-vis de celui qui le précède et vis-à-vis de celui qui le suit, un rapport qui se retrouve entre tous les termes de la même série, et qui, pour ^ cela, s'appelle raisortde la série.
La classification sériaire est possible partout, la nature ne procède jamais par sauts brusques, mais par différences légères; à côté d'un minéral, d'un végétal, d'un animal donné, se placent un autre minéral, mi autre végétal, un autre animal, qui présentent vis-à-vis des premiers des différences très-légères, de même d'autres après les seconds et ainsi de suite.
La série est l'image de la nature, on doit l'appliquer le plus possible dans les méthodes de classification.
De la matière. — La matière est tout ce qui frappe nos sens. Les corps ne seraient qu'une agglomération d'un nombre immense de particules matérielles infiniment petites auxquelles on donnerait le nom de molécules ou d'atomes, ayant des poids divers, selon les substances.
La matière est probablement formée:
1» De petites masses séparées entre elles par des lacunes, s'attirant mutuellement et en mouvement. Ce sont les molécules physiques.
2<* Les molécules physiques sont à leur tour formés de masses plus petites séparées aussi les unes des autres et se mouvant continuellement. Ces masses de second ordre constituent les atomes chimiques.
30 Les atomes chimiques sont probablement constitués eux-mêmes par une grande quantité de masses individuelles et infinitésimales, jouissant de mouvements vibratoires
dont Tamplitude varie d*un corps à Tautre. Ces masses prennent le nom ô!ultmates,
Naquet aurait dû ajouter : Les propriétés et les combinaisons de ces corps agissant sur eux-mêmes servent à leur - tour, sous l'influence des lois naturelles, à la formation lente, processive, successive, graduelle des organismes vivants, qui couvrent la terre et dont les plus élevés ont atteint à la vie intellectuelle, cet épanouissement suprême de la vie organique, comme a si bien dit Bûchner,
Du MOUVEMENT. — Il n'cxistc qu'une seule force se manifestant à nous de diverses manières selon les conditions. Toutes celles que nous connaissons sont le résultat du mouvement de la matière qui peut se définir la substance en mouvement, et qui ne se différencie que par la nature de ce mouvement.
Ainsi donc, petites masses indivisibles ou ultimates groupés en atomes, molécules et corps tangibles, jouissant les uns et les autres du mouvement qui peut se communiquer d'une masse à Fautre, sans que jamais la quantité totale de matière ou de mouvement puisse augmenter ni diminuer, telle est la conception la plus vaste que nous puissions nous faire de l'univers.
NÉGATION DU LIBRE ARBITRE. — Gc scutimeut ayant longtemps échappé à une explication scientifique, a été l'un des plus puissants arguments en faveur de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme : le plus puissant même ; sans lui ces hypothèses trànsceiiidentales auraient certainement disparu. Mais comment se rendre compte du sentiment du juste, de ce sentiment qui nous porte à sacrifier si souvent notre intérêt propre à l'intérêt d'autrui, à moins d'admettre un être ft^véme qui nous l'ait donné, qui nous ait révélé ce qui est /^^bi^n, ce qui est mal î Une fois cette
280 EXPOSi DES ÉCOLES SOCIALISTES «
théorid trotrvée, se conduire confonnément à la justîc obéir à Dieu; violer la justice, c'est lui désobéir. Or, < sein de rhumanîtê, Fobéissance aux lois est récomi la désobéissance à ces mêmes lois est ptinie. Ainsi faire Dieu : il devait récompenser ou punir, selon qi 06t fidèle ou rebelle à ses lois, et d'ailleurs quoi d équitable, pensait-on, que cette rémunération ou ces ] N^est-il pas loisible à l'homme de faire le bien ou ] n*a-t-il pas choisi librement, n*a-t-il pas son libre ai
Eh bien, chose remarquable, ce sentiment instii primordial de l'hiunanité, qui admet cette croyance o arbitre de l'homme, était une croyance erronée. Il 3 bons et des méchants, cela est vrai; il y a des homm qui ce sentiment existe à peine ; mais point de libre en tout cela, affaire d'organisation et d'éducation,, < dire déterminisme.
Ici le swtiment public se révolte^^ Evidemment, c pugne àt notre nature, faut-il en convenir que l'homi libre ? On doit en conclure simplement que, jusqu'e siècle, \e fatalisme a été mal compris. Le fatalismi science n'est point celui des Musulmans, il n'admet ; pmssanc^ capricieuse, aucun fatum qui nous dirige ; admet que : comme tout ce qui existe, notre volonté est so des lois naturelles qu*elle ne saurait enfreindre. C'est ce nomme le déterminisme.
Nous avons en nous des penchants, des înstin(
attractions, des idées qui sont inhérentes à notre or| tion et nous poussent à vouloir, dans un cas donn chose de préférence à telle autre. Ces penchants, ces ces attractions, ces instincts se heiu'tent quelquefoi; nous pousse à vouloir ce que l'autre nous pousse à vouloir. Outre ces penchants naturels, ces idées orga congéniales, il en est d'autres, fruits de l'éducatic nous avons reçue du milieu où nous vivons et q aussi, viennent peser de leur poids dans la balan
APERÇU «UR LE COLIECTIVISME INTERNATIONAL S5l
^lonté est ia résultante de toutes ces forées untagcmstes «te «I0n %iui agissent en nom. Elle est fatale comme totUe rèsuitan^
Nous avons, il est vrai, la raison qui t>ègle nos 4étêf^
minations et nos actes, mais cette raison nous vient de notre organisation : elle fonctionne en obéissant à des lois. Si elle ne relevait d'aucune loi, quel serait son d'itérium^ et ^tMximent fonctionnerait-elle ? On ne peutpas même s'en êsâre idée.
L'idée du libre arbitre renferme donc non-seulement une impossibilité, mais encore un non sens^ une contradiction. Pour être libre, il faut que nous puissions choisir, et nous ne pouvons choisir qu'à la condition d'avoir un critère et d'obéir à des lois. Si nous obéissons à des lois^ nous ne so]n«> mes pas libres, et si nous n'y obéissons pas, nous ne le sommes pas davantage, nous devenons le jouet du hasard.
Et d'ailleurs, est-il possible d'associer l'idée de libre arbitre et l'idée de lois universelles ? Ne sait-on pas que l'harmonie universelle cesse là où une volonté, si petite qu'elle soit, peut être en opposition avec la loi qui régit l'univers..* Pour îtjue le libre arbitre fût une réalité, il faudrait qu'il y eût di» phénomènes contingents^ ce qui ne saurait être et n'est past Nous appelons contingents les phénomènes dont nous ne coa ^ naissons pas les lois et que nous ne pouvons prédire ; malS) nous ne cessons de le répéter, ils ne sont contingents que relativement à notre ignorance. En réalité, ils sont nécessai- ^ res, ils sont soumis à des lois y et rien de ce qui est ne saurait n'être pas...
Mais, dira-t-on, quelle sera la liberté sociale, si l'homme est soumis à des lois immuables ? La liberté sociale doit être pour tout homme la possibilité matérielle et morale de se déterminer d'après des mobiles pris en lui-même, sans subir ^ aucune contrainte du dehors... En résumé, en admettant un domaine où les lois ne soient pas, on ne peut plus comprendre l'harmonie imiverselle. En admettant que la volonté n'obéisse pas à des lois, on admet qu'elle est le jouet du hasard. Pour que nous soyons libres^ il faut gue nous ayons une
fonction qui nous fasse choisir, c'est-à-dire qui obéisse à des lois, i Le libn^e arbitre est une idée erronée, et plus encore, c'est ( une idée contradictoire. t
De l'ame. — Cette résultante de toutes les actions intellec- 1 tuelles que nous appelons conscience de nous-mêmes parait varier avec les aimées. Nous ne nous connaissons pas à dix ans, comme nous nous connaissons à soixante.
Les preuves ne font pas défaut qui viennent grouper les phénomènes intellectuels à côté des phénomènes physiques; | rien ne se perd dans la nature, tout se transforme, im homme / vit sous rinfluence de ses organes ; il se produit une espèce de mouvement que nous appellerons le mouvement vital (1|| et qui renferme le sentiment de l'intelligence.
(A. Naquet. — Religion, Famille, Propi^té,)
CRmquE. — Dans la partie allemande du canton de Berne * qui compte environ 350,000 habitants, et dont la population, J il n*y a que 20 ans, avait une si grande réputation d'aisance et de prospérité, les documents officiels établissent qu'il y a eu en 4 ans 8390 ventes aux enchères :
Savoir en 1864 1230
> 186S 1830, accroissement 600
En 1857, il y avait eu 735 faillites; en 1867, on en a compté 1,341, presque le double î Dans les onze années, de 1857 à 1867, le nombre total des faillites a été de 7789 ; l'année 1868 a ajouté à cette somme un nouveau contingent de 3,991 faillites ; et, pendant l'an de grâce 1869, jusqu'au 13 novem-
(1) Phénomène intellectuel non observé encore, vu l'insuffisance > de nos connaissances, mais nullement irréductible et que ^obse^ \ vation analysera et classera un jour.
bre dernier, les faillites ont déjà atteint le chiffre de 4,935, et ce nombre à la fin de l'année se sera élevé sans doute à 6,000 1 Cela montre que, dans ce petit endroit béni, la classe moyenne se voit chaque année expropriée et dépouillée par le capital, d'après une progression qui croit, non pas en raison arithmétique, mais en raison géométrique. Ainsi ce canton, dernièrement encore réputé si riche et si prospère, comptait, en 1868, le nombre effrayant de 36,000 faillis, de 36, OOQ citoyens appartenant à la classe rurale deshonorés par la loi et frappés de mort civile, pour la plupart pères de familles.— Qui pourrait compter, en outre, le nombre de ceux qui, pendant ce même laps de temps, ayant réussi à éviter le scandale de la faillite et des enchères publiques, ont abandonné sans tîimbour ni trompette l'ancien héritage de la famille pour aller vivre comme mercenaires dans des logements étrangers? — Et tout cela se passait pendant que les gros bonnets du pays créaient banques sur banques, soidisant pour venir en aide aux agriculteurs et aux petits industriels, en réalité pour s'enrichir de leurs dépouilles.
En France, on estime la valeur des terres labourables à 48 milliards (48,000 millions) de francs ; mais ces terres sont grevées de 12 milliards de dettes hypothécaires ; en sorte qu'il y a un quart du sol qui n'appartient que de nom à ceux qui, dans leur orgueil de propriétaire, s'échinent à le cultiver et n'en retirent guère pour eux-mêmes que le 2 0/0, tandis qu'ils payent à leurs créanciers, qpii pendant ce temps reposent sur des coussins leurs membres oisifs, un intérêt d'au moins 5 0/0. Aussi, dans le sénat français, M. Hubert- Delisle a pu s'écrier en 1867 : « Le moment est venu où le capital commence à se fixer sur le sol d'où il est sorti. Ainsi, dans la Gironde, il a été fait dernièrement des acquisitions de terrains pour la somme de 12 millions ; tous les acquéreurs portent des noms connus dans le monde financier, et il y a autant de millions que de propriétaires. » Ces faits démontrent seulement que, même en France où jusqu'à ce
éS4 EXPOSÉ DES ÉCOLES SOCIALIStES
jour la possession ou l'acquisition d'un petit coin de terre était pour le paysan une religion, l'accaparement du sol par le grand capital et l'expropriation des petits agriculteurs va son train, et que, dans un avenir peu éloigné, une partie de la population des campagnes y sera réduite à la condition de simples travailleurs salariés, tandis que le reste ira accroître le prolétariat de l'industrie et la misère des villes.
Il est démontré du reste d'une façon positive qu*en France le prix des subsistances a augmenté de 25 0/0 ou même de 50 0/0 depuis vingt ans sans que le producteur, c'est-à-dire le paysan, retire de ses produits un gain plus considérable qu'autrefois, en sorte que l'énorme différence qui en résulte coule naturellement dans les poches des spéculateurs et des gros propriétaires, qui ne sont aussi que des spéculateurs dans leur genre.
En Angleterre, où le servage avait déjà cessé de fait vers la fin du XIV® siècle, et où dès le xv® siècle la plus grande partie de la population se composait de paysans libres et propriétaires, où, même d'après Macaulay, à la fin du xvn« siècle la population agricole formait les quatre cinquièmes de la population totale, l'œuvre du capital accapareur de la terre accompagné des aliénations arbitraires, a marché de si grand pas que des villages entiers d'agriculteurs ont disparu sans laisser de trace, et que le sol de l'Angleterre appartient aujourd'hui presque tout entier à quelques centaines de familles. En 1770 il y avait en Angleten^e, en Ecosse et en Irlande, 250,000 propriétaires fonciers ; aujourd'hui il yen a à peine 30,000, et, sur ce nombre, il en revient 9,000 à l'Irlande. En Ecosse, le quart du territoire du pays entier est la propriété de cinq particuliers.
A l'époque où l'industrie de la laine se montrait plus productive que la culture du blé, 15,000 paysans du comté de Sutherland, qui cultivaient 794,000 ecres de terre, en furent chassés de la manière la plus barbare pendant les années
APERÇU Stm LB COLLÏSCTIVISMB INTERNATIONAL 255
1814 à 18S0 pour faire place à un troupeau de 130,000 moutons. Ces pauvres gens refoulés au bord de la mer, se livrèrent à la pêche pour gagner leur vie; au bout de quelque temps, la pêche leur ayant donné quelque, profit, les propriétaires vinrent de nouveau les chasser plus loin, leur enlever leur pêcherie et s'installer à leur place.
Les registres d'impôt, présentés à la Chambre des communes, le 20 juillet, établissent que trois mille particuliers se partagent à eux seuls un revenu annuel de 25 millions de livres sterling (625 millions de francs), ce qui fait une somme plus considérable que le revenu agricole de toute r Angle terre et du pays de Galles.
De 1851 à 1861, la concentration de la propriété foncière dans un petit nombre de mains a augmenté en Angleterre âe 11 ®/o. Dans un meeting qui a eu lieu à Londres, le 13 octobre 1869, et où fût fondée une ligue des travailleurs de l'agriculture, un orateur a signalé le fait suivant : l'aristocratie terrienne, en Angleterre, compte cinq mille individus, et ces individus reçoivent chaque année de leurs fermiers une somme de deux milliai^ds et sept cent cinquante millions de francs. Ce qui fait, pour chacun d'eux, un revenu moyen de 550,000 francs. Vous savez donc maintenant où il faut chercher les grands voleurs, et que vous n'en trouverez guère de semblables dansles maisons de correction!
Les mêmes causes qui ont produit, en Grande-Bretagne, des résultats aussi miraculeux commencent, on la vu, à agir sur le continent d'une manière non moins efQcace. Si l'espace nous le permettait, nous pourrions citer encore un grand nombre d'exemples frappants tirés de l'Allemagne. Mais le développement de la situation économique de l'Angleterre, suit une marche si bien tracée, que tous les peuples civilisés peuvent y voir l'image exacte de leur propre avenir.
Becker.— (Jfontfés^ (k$ Sdctvons allememdeh de Genévê 0nx travaUleuups â$$ «ampognes*)
DÉMONSTRATION. — Vous peiisez que la société a le droit de maintenir la propriété foncière individuelle du sol, et de s'opposer à sa propriété collective. Au nom de quelle so- i ciété parlez-vous? Et, si elle en a le droit, en a-t-elle le pou- " voir? Si, à un moment donné, elle peut intervenir révolutionnairement pour régler ses affaires, et faire d'un seul coup un grand pas en avant vers ses destinées naturelles, peutelle pour cela intervertir l'ordre naturel des choses ? La société n'a qu'un droit, c'est de se conformer à ses propres lois, aux lois de son développement historique : hâter ou retarder les tendances naturelles que suivent les faits, en modifiant dans un sens ou dans un autre certaines institutions, tel est le pouvoir de l'ensemhle des hommes qui composent la société à un moment donné, pouvoir auquel chacun participe dans une certaine mesure, suivant son influence plus ou moins grande sur ses contemporains I
Quand les proudhonniens anti-collectivistes nous auront : prouvé que leur propriété individuelle sans la rente soit au | profit d'individus , soit au profit de de la société tout entière, que leur nivellement de la rente foncière est un phénomène observable; quand ils auront étudié et classé les rapports de cette force que nous n'avons pas jusqu'ici rencontrée parmi les phénomènes propriétaires ; quand ils auront classé et généralisé ces rapports pour en tirer des lois, à moins toutefois que nous ne puissions les neutraliser par des lois contraires ; jusque-là nous serons en droit de dire que la rente est un fait naturel résultant de l'inégale fertilité du sol, inégalité que l'on peut, certes , amoindrir au moyen de certains procédés agronomiques : irrigations, assolements, amendements, etc., mais que l'on ne peut jamais niveler, parce qu'elle résulte de forces placées au-dessus du I pouvoir de l'homme, telles que l'exposition de telle terre au i midi ou au nord, le voisinage des montagnes, des eaux, des forêts, etc.; jusque-là nous serons en droit de dire que leur
système n'est qu'une entité, et qu'ils ne sont eux-mêmes que des abstracteurs de (quintessence (1)...
Quoi (^'il soit, un peu plus tôt, un peu plus tard, d'après les pays, les phénomènes de l'industrie agricole et de la propriété foncière se déroulent sous nos yeux suivant la même loi que ceux de l'industrie manufacturière et du capital, et forment avec ces derniers, deux séries de faits analogues, sinon complètement identiques.
Cette analogie est d'une extrême importance, et la Libeiié de Bruxelles ne l'a pas même entrevue ; si elle l'avait fait, peut-être n'eût-elle pas aussi légèrement, d'un trait de plume, aboli un. phénomène économique (2).
Première série de phénomènes, — Les bénéfices prélevés par le capital sous forme de dividendes, intérêts, profits, pots-de-vin etc., croissent de plus en plus ; la part du travail décroît, car, si le salaire nominal s'est accru pour certains ouvriers, le salaire réel a diminué (3). Le capital tend à se centraliser, le travail manufacturier à devenir collectif.
Deuxième série de phénomènes, — Le revenu du propriétaire agricole augmente : le salaire des ouvriers agricoles diminue, bien que leur salaire nominal est généralement augmenté. La propriété agricole tend à se centraliser dans certains pays, tend encore à se morceler dans d'autres; mais, dans ces derniers pays même, une tendance nouvelle commence à se faire jour à côté de la première; la propriété agricole, pour satisfaire aux besoins nouveaux, va se centratraliser, et le travail agricole, par l'emploi des machines, la
(1) A plus forte raison, tout cela peut-il s'appliquer aux individualistes purs, aux simples bourgeois, monarchistes ou républicains-formalistes.
(2) Il doit être entendu que si Depaepe s'attaque surtout à la terre, c'est que la collectivité des instruments de travail est admise par les proudhonniens, que par conséquent il est inutile d'en remettre la possession en discussion.
(3) Par la cherté des denrées.
258 EXPOSÉ BES éCûLBS SOCUUSTSS
division des fonctions, l'application de la tb^rie des auO" lements, etc., tend à devenir collectif dans toutes ses pai" ties : labour, semailles, fauchages, sarclages, dèfri<3bements etc., comme il Ta toujours été dans quelques-unes de se» parties essentielles, moisson, fenaison, etc.
Ainsi, nous nous trouvons en présence de deux ordres de faits qui peuvent sembler contradictoires au premier abord, mais qui, après une analyse approfondie, paraissent suivre la même marche.
Nous n'avons pas la prétention d'avoir résolu ici, en quelques lignes, le problème de la collectivité du sol ; nous avons simplement voulu montrer :
l^ Qae l'observation des faits actuels, des tendances actuelles, ainsi que la constatation des nécessités sociales que ces faits créent, peuvent seules conduire à des solutions;
2° Que la propriété agricole, comme le capital (machines, ateliers, usines, exploitations minières, voiturières etc.), tend à devenir collective ;
30 Qu'une comparaison rationnelle des lois, en apparence contradictoires, mais analogues au fond, telle que les lois de la propriété foncière et du capital, suffit pour oonduire à la solution des problèmes sociaux ;
4* Que non-seulement le système de la propriété individuelle sans la rente, par l'égalisation des terres, est une hypothèse impossible, mais que, fût-elle possible, elle n'est pas la solution probable.
L'inégalité de la rente foncière des individus nivelée par l'attribution de toute la rente à la collectivité sociale, l'application des procédés scientifiques à l'agriculture, la transforhialion du fermier et du propriétaire, employés agricoles, — des salariés, valets de ferme, journaliers agricoles, vachers, — des petits propriétaires parcellaires; — la transformation de tout ce monde en copropriétaires et en cotravailleurs opérée, les mutuellistes peuvent se rassurer; l'homme ne sera plus exploité par l'homme, pas plus par l'individu
qu6 par rhoiiimeKK)llectiYité, attendu que la société ne pré« lèvera rien sur le travail des agriculteurs , mais se contea* tera de 'disposer le sol conformément aux intérêts généraux et de s'attribuer la rente, qui n'est pas le fruit du travail personnel du cultivateur, mais bien le résultat combiné des forces de la nature et de la société.
(Depaepe. — L'Internationale du 10 octobre 1869.)
Exposé. — Dans la première période de l'industrie, le capitaliste, doit le plus souvent ajouter son travail personnel à celui de ses salariés et de ses machines, et fait dès lors lui-même partie de ses instruments de production, il est à la fois employeur et employé ; dans cette période, la partie consommée reproductivement par le travail des salariés et par l'employeur lui-même est la plus forte, la partie consommée improductivement par l'entrepreneur capitaliste est la moins forte, la partie qui se capitalise, oscille entre les deux autres.
Grâce au progrès des sciences et à leurs applications à la production, voici qm des agents mécaniques nouveaux, dont l'entretien est moins coûteux et le pouvoir productif plus grand que ceux des machines vivantes — homme ou cheval — remplacent ces dernières d'une manière avantageuse pour le capitaliste ; la part de ces agents, dès lors, diminue, et cette diminution concourt avec le surcroit de production, que fournissent ces nouvelles mécaniques pour permettre au capitaliste de faire de plus grandes dépenses improductives tout en augmentant son capital qui s'accumule ainsi de plus en plus. C'est la seconde période de l'industrie.
Cette seconde période, en donnant une extension chaque jour plus grande à l'industrie, en agrandissant chaque jour le pouvoir des colossales machines de fer mues par les forces naturelles, en raffinant chaque jour la division du travail, établit un régime de production qui n'a plus pour
borne que le marché universel ; il en résulte le besoin d'une circulation plus rapide de toutes les marchandises, et spécialement de la marchandise qui sert de mesure pour les autres, de la monnaie.
Ce besoin de la production moderne est exploité par la spéculation financière qui attire à elle tous les capitaux disponibles pour les faire fructifier dans les grandes entreprises d'utilité publique. (Entreprise que la société abandonne aujourd'hui à la spéculation de quelques adroits tripoteurs et qu'elle sera forcée de reprendre devers elle pour en faire des services publics et des entreprises sociales). C'est la troisième période de l'industrie, c'est-à-dire le règne de la féodalité financière. Dès lors, la partie que les capitalistes dépensent productivement en salaires et entretiens de machines devient relativement la moindre. Celle qu'ils accumulent ou capitalise devient la plus forte, et celle qu'ils consomment improductivement ne tient que le milieu entre les deux autres, malgré leur faste et leurs folles prodigalités.
Cette théorie historique de la prodSction moderne n'est pas de nous ; nous n'avons fait que résumer, trop brièvement ^et trop imparfaitement sans doute, la doctrine de Karl Marx et de Lassale.
Cette doctrine est basée sur l'analyse des faits d'observation que l'évolution économique, depuis un siècle surtout, nous présente chez les peuples qui sont entrés dans le courant de la civilisation occidentale.
Maintenant, nous croyons devoir ajouter ici ime double remarque : c'est que cette doctrine reconnaît parfaitement que des degrés inférieurs de l'industrie coexistent encore entre le 2® et le 3* degré : c'est, ensuite, que le développement scientifique et industriel lui-môme, et les conséquences de ce développement, obligent les prolétaires à s'entendre, à se grouper, à étudier, et créent ainsi un protestantisme social qui croit toujours, et qui doit finir par devenir une
force positive capable de modifier radicalement les institutions présentes et l'organisation sociale actuelle.
(Depaepe. — V Internationale du 31 octobre 1869)
Forme d'application. — La philosophie de l'histoire (1) nous apprend que, grâce au progrès des connaissances et à l'adoucissement des mœurs, l'activité humaine, autrefois dirigée presque exclusivement vers la guerre et la destruction, se tourne de plus en plus vers l'amélioration des milieux physiques et sociaux dans lesquels nous vivons. Oubliant les rêves théologiques et métaphysiques qui bercèrent son enfance et furent jadis le principal objet de ses préoccupations, l'himianité va donc s'occuper un peu plus du gouvernement de sa planète. Modifier, améliorer, fertiliser, assainir le globe, rendre les conditions géologiques, météréologiques, climatériques, biologiques, agricoles, industrielles, politiques, morales, etc. de plus en plus favorables au développement complet, matériel et mental de tous ses membres, tel est désormais son rôle.
Or, s'il est nécessaire ou même simplement utile à ce développement complet des hommes, à ce bien-être matériel et intellectuel, que la culture et la propriété collectives remplacent la culture et la propriété individuelles, si la culture collective est plus favorable à la production en même temps qu'à l'égalité, si la propriété collective peut seule offrir les garanties nécessaires à la société, la culture et la propriété collectives cesseront tôt ou tard d'être des utopies.
C'est pour cela que quels que puissent être les obstacles actuels qui, dans certains pays surtout, semblent s'opposer momentanément à la socialisation du sol, nous sommes convaincus que l'avenir appartient au collectivisme.
(1) Voir Vico, Condorcet, Saint-Simon et Aug. Comte.
2fS^ EXP089 DIS iOGU» SOOLUU[STM
Ot^ TOiei let quatres foroies d'approj^iâtion du sol dont
nous parlions plus haut :
1° La terre pourrait appartenir à des collectivités restreintes ou associations agricoles, comme certaines usines appartiennent à des associations d'ouvriers industriels , ce serait en un mot, la généralisation des sociétés corporatives de production dans le domaine de l'agriculture dont les associations du Norfolk, en Angleterre, par exemple d'Assington, nous représentent dès aujourd'hui le type. Ces associations se généralisant, devenant la règle au lieu d3 l'exception qu'elles sont actuellement et tendant à se solidariser, pourraient se répartir la rente foncière de façon à niveler pour chacune d'elles les conditions d'exploitation. (Ici, chez ces cultivateiu-s anglais, le travail collectif précède donc la propriété collective.)
2® Comme les conditions d'une bonne culture exigent que l'exploitation ait AU MOINS une étendue d'une lieu carrée (voir Fourier ainsi que Proudhon dans sa nouvelle Théorie de la propriété), on peut prévoir que le système des associations agricoles aboutiraient à la mise en commun -des terres de la commune. Chaque commune rurale pourrait ainsi ne constituer qu'une seule association agricole (sans doute plus ou moins industrielle en même temps,) et le sol se trouver propriété collective de la communale. La commune russe nous offre aujourd'hui un type de cette forme de la propriété collective, bien que souvent la ciilture ne s'y fasse pas par association, mais par famille. (Ici donc, dans la commune slave, la propriété collective précède la culture collective. )
B^ Le sol pourrait être la propriété collective de l'ensemble des groupes agricoles d'une nation ou d'une confédération de nations, et la haute direction de l'exploitation territoriale centralisée entre les mains d'un conseil nommé par les divers groupes de cultivateurs. Cet état de choses offrirait une grande facilité pour l'exécution des grands travaux d^ drai-
APERÇU 8UR LB OOIXSOTIVlSia INTBRNATIONAL M8
nagS) de défriehementS) de rebôiseinents, d'irrigation. O'est vers cet état que tendait évidemment Proudhon en 1858| quand il proposa de décréter^ par une loi : que lorsque, par l'accumulation d'annuités, le propriétaire serait rentré dans la valeur de son inmieublC) augmenté d'une prime de 20 p» c. à titre d'indemnité, la propriété fit retour à la société ceû« traie d'agriculture chargée de centraliser l'exploitation du territoire, et de pourvoir, par la création de compagnies agricoles locales, & l'organisation de l'agriculture^ (Voir les Idées révolutionnaires.)
Sous ce régime, la rente foncière pourrait être renversée au profit des associations agricoles cultivant les terres de très-peu de valeur, ou bien elle pourrait être consacrée & payer les frais de gestion du conseil central de Tagriculture et les grands travaux d'ensemble entrepris paf lui.
4» Enfin la terre arable pourrait être propriété nationale, comme sont aujourd'hui un grand nombre de forêts; mais, ♦ par la fédération des peuples, dont l'association internationale est le prélude et l'embryon, cette nationalisation de la terre, comme disent les Anglais, serait de fait l'appropriation collective du sol par la grande société travailleuse et civi-* lisée (nous entendons ce mot dans sa véritable acception, et non dans la signiâcation que lui ont donnée les phatansténens), serait ce que Robert du Var appelle la socialisation de la propriété terrienne. Certes, à parler rigoureusement, ce ae serait pas encore la propriété collective du sol à l'humanité, puisque tant de peuples encore, surtout en Asie, en Afrique et en Ooéanie, sont en dehors du mouvement civilisateur et rénovateur qui emporte l'Eiu'ope et le Nouveau- Monde; mais il ne faut pas être prophète pour oser affirmer que ces peuples, ou disparaîtront par voie d'extinction devant la concurrence vitale des peuples mieux doués, ou bieû entreront eux-mêmes dans le courant de la civilisation Européo-Amérioaine : dans Tun conmie dans l'autre cas, le sol,
de propriété collective sociale, devient dès lors propriété humanitaire
Disons ensuite que, si nous nous plaçons exclusivement au point de vue d*ime évolution lente et progressive, les trois premières formes d'appropriation collective du sol nous paraissent être une préparation graduelle, un acheminement vers la 4« forme, la plus générale et la dernière ; mais hâtons-nous d'ajouter que nous, qui admettons l'intervention dans les phénomènes sociaux de cet élément que V Égalité de Genève appelle : « La voloné réfléchie des travau.- LEDRS ORGANISÉS , » ct quc uous avous appelé la Révolution sociale, nous sommes plutôt disposés (lorsque nous voyons comment tout nous précipite vers im cataclysme dont la Commune de Paris n'a été que le prélude) à penser qu'on ne passera point par ces diverses phases, mais qu'on établira de plain-pied le système de la propriété collective sociale par une liquidation procédant par voie d'expropriation pour utilité publique, avec indemnité, sans aucun doute, pour les petits propriétaires travailleurs, mais sans indemnité peut-être envers les riches rentiers oisifs et les hauts barons de la moderne féodalité terrienne.
{Libei'té (de Bruxelles) du 21 novembre 1869. — Depaepe.)
Voies et moyens. — Nous arrivons maintenant à un des points les plus délicats, mais dont les circoastances diminueront sans doute singulièrement les difficultés : c'est la question des voies et moyens pour opérer le transfert de la propriété foncière des individus à la société.
Si nous pouvions nous placer au point de vue d'une liquidatiqn sociale faite à l'amiable entre les deux parties en cause, c'est-à-dire entre le prolétariat et la bourgeoisie, nous aurions à examiner la valeur de plusieurs moyens de tran-
[on préconisés par différentes écoles socialistes : rachat r l'Etat, rachat par la transformation du fermage en compte par annuités, impôt de 25 <>/o sur toute succesn te3tamentaire... Mais nous n'avons pas le droit de faire isi abstraction de l'attitude respective qu'ont prise les urgeois et les prolétaires (1). 11 nous suffit de constater e les mesures pacifiques ont été proposées depuis longaps par les socialistes organes de la classe ouvrière, et s la bourgeoisie les a toutes rejetées et les rejette encore îc obstination. Or, puisque la classe capitaliste et proétaire ne veut pas entrer en transaction et que les tralleurs sont résolus, plus que jamais, à maintenir leur »it, il est inévitable que l'on procédera tôt ou tard à une lidation forcée^ oui forcée, car le prolétariat a, de son côté, fx forces auxquelles rien ne peut résister : la force du nbre et la force de l'idée.
/antagonisme des classes, la lutte du travail contre le dtal, a donné naissance aux sociétés (ouvrières) de résisce ; celles-ci, par leur groupement et leur fédération, orlisent le prolétariat et finissent par constituer un Etat Ls rÉtat (2). Un État économique ouvrier au milieu de ;at politique bourgeois. Cet Etat se trouve naturellement résentè par les délégations des corporations ouvrières
.) Ceci était écrit en 1869. Combien les événements ultérieurs LOtamment la chute de la Commune en France sont venus conler les affirmations de Depaepe.
t) Il serait pevit-être plus logique d'admettre comme base de la isformation sociale qui s'approche, l'organisation des communes, t la fédération remplacerait avantageusement l'État, qui, si locratique soit-il, a toujours une origine monarchique. Ne pas lier non plus que l'affranchissement des ouvriers organisés en ps de métier laisserait entier le problème à résoudre. La grande sse laissée en arrière formerait un cinquième État, exception- Lement misérable, et les revendications sociales n'en seraient i plus violentes, parce que leur légitimité serait plus palpable ;ore.
36Ô 8XP0SB DBS ioOLBM 80CUL18TBS
qui, tout en pourvoyant aux néoessités aotuellôs, constit ainsi l'embryon de l'administration de l'avenir; car, à m( que les nouvelles catégories de travailleurs^auj ourd'hui is se formeront en association, cette délégation ouvrière ou ses rangs aux nouveaux venus. Eh bien, étant donnée, situation, il pourrait fort bien se faire qu'un beau jou État nouveau prononçât l'abolition de l'État ancien, e1 vis-à-vis des institutions de la vieille société, vis-à-vis i centralisation politique du système judiciaire, de l'ar des cultes, de l'enseignement public, de la banque, du < merce, de l'organisation industrielle, de la propriété cière, etc., toutes les mesures nécessaires pour assur fin des privilèges et de la misère, le règne de l'égalité < bien-être pour tous. Or, vis-à-vis de la propriété foncière État, chargé par les travailleurs d'opérer la liquidation réorganisation sociales, pourrait bien faire quelquei tites déclarations dans le genre de celle-ci :
1^ La propriété foncière individuelle est abolie; le se partient à la collectivité sociale; il est inaliénable;
2^ Les cultivateurs fermiers payeront dorénavant à ] la rente qu'ils payaient ci^evant au propriétaire; rente tiendra lieu d'impôt et servira au payement des vices publics, tels qu'instruction, assurances, etc.;
30 Comme mesure de transition, il est admis que lei tits propriétaires, qui exploitent leurs terres par. leur tr personnel, pourront rester leur vie durant possesseur cette terre sans payement de fermage; à leur décès, l'ii foncier de leur terre sera majoré jusqu'au prorata é rente des autres terres de même valeur et sera par ce quent transformé en rente foncière ; dès lors l'impôt foi sera aboli pour ces terres comme il l'est dès ce jour celles qui payent la rente;
4« Les baux seront à vie pour les cultivateurs indlvidi ils seront d'un terme de ••> pour les associations agrii (un terme plus élevé que la moyenne de la vie);
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5* 1,68 baux sont néamnoins résiliables par les individus ou par les associations agricoles pour des causes d6temii<« nées d'utilité particulière;
6^ Les baux sont personnels et les sous-locations interdites;
70 Le sol est évalué au conunencement et à la un de cbaque bail. Si, à la un du bail, il y a plus-value, la société paye ; s'il y a moins-value, Théritage paye, et si Théritage n'a rien, la société perd;
8<» Afin de pousser à Tassociation dans Tagriculture, les associations agricoles auront la préférence pour la location de la terre; après les associations, cette préférence existera pour les enfants de l'occupant décédé qui auraient travaillé pour leur père;
Qo Afin de simplifier la gestion du domaine foncier, l'administration en sera confiée dans chaque commune au conseil communal choisi directement par tous les habitants majeurs de la commune; ce conseil pourvoira en particulier à la réunion des parcelles et à la délimitation des possessions, de façon à arrêter le morcellement ;
10<^ L'État, de concert avec les commissions agriooleSi nonmiées par les agriculteurs, s'occupera des grands travaux de défrichements, de reboisements, de dessèchements et d'irrigations. Il s'entendra avec les compagnies de tra-^ vailleurs riu'aux qui pourraient se constituer pour effectuer ces grands travaux d'ensemble.
Que le prolétariat organisé et triomphant prenne ces dispositions ; qu'il y apporte toutes les modifications que les circonstances nécessiteront; qu'il y introduise successive'^ ment toutes les améliorations que la pratique indiquera et la révolution agraire sera opérée, la propriété foncière sera organisée conformément à la justice*
[Congrès de Bâîe, rapport de la section bruxelloise,) (La même procédure avec des modifications d'application
pourrait être employée, et bien plus facilement, pour opérer i»^^* la liquidation sociale des instruments de travail et des ser- U ^^ vices publics monopolisés par les compagnies industrielles jtoffix et financières.) W^
Autre moyen d'application. — !• Les petits propriétaires y^ d'une commune s'unissent pour constituer entre eux, une ^^^ association de production; ils associent, leur terrain, leur pn bétail, leurs immeubles, leur outillage et leur travail, pour | '* produire en commun, avec l'aide de tous les moyens que la 1^ science et les mécaniques fournissent à l'agriculture. pci
20 Tous les ouvriers non propriétaires, qui jusqu'à ce y^ jour ont été réduits à la condition de simple salariés, valets W de ferme ou servantes, font partie de Tassociation, avec les M mêmes droits que les propriétaires, et ils reçoivent, ainsi j^e que tous les membres de l'association, la part du produit ^1 commun qui est nécessaire à leur entretien, part qui sera ^ déterminée par un règlement particulier. ^
3° Les petits propriétaires recevront, jusqu'à ce qu'une organisation plus parfaite ait pu être instituée, une indem- | nité annuelle proportionnelle au capital qu'ils auront ap- | porté à la commimauté, et qui sera réglée par un comité l élu à cet effet par l'association. 1
4* Le bénéfice net qui restera, formera un fonds social Y auquel tous les membres de l'association auront un droit y égal, et dont l'emploi sera déterminé par un règlement.
5» Ces communautés agricoles établiront des relations entre elles et avec les diverses associations de production et de consommation créées par les ouvriers des villes, de même qu'avec toutes les autres associations ouvrières, de manière à organiser une fédération pratiquant les principes de la solidarité morale et matérielle et à pouvoir résister en commun à toute oppression du capital ou du pouvoir politique.
6* Dans les communes où les petits propriétaires ne comprendront pas encore la nécessité de la culture en commun,
APBRÇU SUR LB COLLBCTIVISBiB INTBRNATIONAL 269
X bien se refuseront par inertie et par égolsme à sortir de vieille routine, que les travailleurs non propriétaires ^mmencent par fonder une association entre eux, et qu'enlite, appuyés sur leur droit naturel, ils réclament de toute Tir énergie la concession d'un terrain appartenant à la ^mmune, à l'État, à l'Église, ou d'un portion de sol quel- Dnque, afin de le cultiver eux-mêmes en commun. 70 Les travailleurs non propriétaires, qui sont employés ans de grandes exploitations, doivent réclamer d'un com- Lun accord, en sus de leur salaire, une part dans les béné- 3es, et, au moyen de cette participation, chercher à se indre familiers avec la direction et l'organisation des laires, afin que, lorsque par une transformation générale 3 la société le pouvoir despotique des propriétaires du )1 aura été renversé, ils se trouvent plus capables de réaser l'établissement de la culture du sol par des commusiutés démocratiques.
BscRER. — [Manifeste des sections allemandes de Genève aux travailleurs de canvpagn^s^ 1869.)
De l'enseignement au point de vue oollectivistb. — II 3t de l'intérêt de chacim de posséder Tinstruction la plus tendue possible.
1« Au point de vue matériel :
Pour conserver sa force et sa santé, et jouir du bien-être hysique que procure la science;
2® Au point de vue intellectuel :
Afin de satisfaire la légitime curiosité, commune à tout tre humain, que la misère n'a pas écrasé, de connaître ce ni l'entoure,
La Société a également intérêt à ce que chacun de ses dembres soit instruit.
1® Au point de vue matériel :
Afin que, par la connaissance intime du métier qu'il
U70 SXFOSS DES SCQLES SOCIAUSTJECS
exerce, et par les perfectionnements que sa science lui per- tioi mettra d'y appliquer, U puisse produire le plus possiblal tu dans le temps le plus court et avec le moins de ^tigoe^ ] possible; \k
2« Au point de vue moral : j lii
A^ que les opinions des hommes ayant la science posi*| i tive pour point de départ, soient les moins divergentesjlui possibles, et fassent cesser les luttes de toute nature quil rendent la vie misérable et ensanglantent l'humanité. | <
Dans la société actuelle, le père est le roi de la famille, le^ trs maître presque absolu de ses enfants. Cet état de choses se*l m rait funeste dans tous les cas. 11 l'est bien plus encorejjo quand le père n'a ni les vertus ni les connaissances suffî-[ santés, 1 vi
La collectivité ne peut, ni dans son intérêt propre, si dans celui de l'enfant, abandonner son éducation au hasard des aptitudes du père. Tout en laissant les parents ce qu'ils sont suivant la natiu'e, c'est-à-dire les' premiers amis de l'enfant, elle leur dénie toute autorité sur lui. Devant sur-l tout son appui au faible, elle abolit cette prétendue liberté, jj du père qui n'est autre chose que l'esclavage de l'enfant, [ n
Nous exprimons le droit qu'a tout enfant de recevoir 1 1; rinstructi(m en adoptant cette formule s ( ^
L'instruction sera obligatoire. ^- Ce principe nôcesftitoj [ cependant deux remarques :
Il n'impose aucun devoir nouveau aux parents; il ne les menace d'aucune pénalité; il leur retire un droit, et leur substitue la collectivité pour Vaccomplissement d'une fooction qui leur a été jusqu'à ce jour abandonnée.
Il n'indique aucune coercition à exercer contre l'enfanti qui n'a d'aversion pour la science que par l'incapacité de 1 ceux qui la lui présentent
II. Atix frais de qui sera donnée V instruction?, — Dans la société actuelle, la plupart des travailleurs, loin de gagner assez d'argent pour faire donner à leurs enfants l'instruc-
tion nécessaire, ne peuvent même pas les nourrir, malgré la vaine prescription de la loi.
Ils sont obligés , po ur augmenter les ressources insuffisantes de la famille, de les livrer dès leur bas âge, aux dents de rindustrialisme.
C'est à cause de cela que Ton demande Tinstruction gratuite.
Remarquons que ce n'est qu'un leurre.
Qui paye l'impôt en dernière analyse, si ce n'est pas le travailleur? Est-ce que, quand les exigences du gouvernement s'accroissent, le capitaliste ne se rattrappe pas toujours en élevant le taux des loyers, le prix des denrées?
Demander aux gouvernements actuels de nouveaux services, c'est vouloir les payer deux fois dans l'impôt.
Dans la Société future, il n'en saurait être ainsi. La réorganisation sociale doit, avant tout, assurer au travailleur les conditions normales de la vie, sans qu'il ait besoin d'exploiter le travail de l'enfance.
Alors, comme il n'est pas juste que, pour un service d'utilité publique, le père qui a plus d'enfants paye davantage que celui qui en a moins ou que le célibataire qui n'en a pas, la collectivité fait aux enfants l'avance des frais de leur éducation matérielle et morale ; cette avance lui sera remboursée par leur travail ultérieur.
Ceci posé et pour la Société future seulement, nous réclamons :
L'instruction aux frais de la collectivité
III. Programmes d'études (1). — La Société présente aujourd'hui deux classes d'hommes : les uns dont on n'a exercé plus ou moins habilement que le cerveau, les autres dont le corps seul travaille outre mesure, pendant que leur cerveau reste complètement inactif.
(1) La plus grande partie des deux chapitres suivants est empruntée au rapport présenté au Congrès de 1868 par la section bruxelloise. Ces emprunts sont placés entre [].P. R*
Cette diversité de culture doit-elle être éternelle ou bien y a t-il lieu de considérer les hommes de ces deux castes comme des êtres incomplets, et de chercher un nouveau système d'éducation qui cultive à la fois, dans le même individu, l'esprit qui conçoit, la main qui exécute? ( ^
Pour des socialistes, poser cette question, c'est la résoudre. I f
L'homme est à la fois un être isolé, un tout incomplet, et \ \ un organe de la collectivité. Considéré au premier point de vue, il est consommateur, il a des droits; au second, il est producteur, il a des devoirs.
Au début il est incapable de produire, il consomme uni- | ^ quement ; il n'a encore que des droits, droits au développe- t ment physique et intellectuel. La bonne éducation, l'hygiène | de l'esprit, exige que l'on satisfasse l'appétit moral, la curiosité, qu'on la pique, qu'on l'excite au besoin, et non qu'on bourre à tout hasard, l'enfant de nourritures indigestes. Il y a donc une science de l'éducation individuelle, dont le but est d'arriver à faire acquérir les connaissances utiles, le plus vite et le mieux possible.
Mais un peu plus tard, l'homme commence à avoir des devoirs à remplir ; la possibilité de production apparaît et va sans cesse en augmentant. A ce moment, l'organe de la collectivité doit être exercé, de manière à être, le plus tôt possible, capable de remplir dans le monde une fonction déterminée, ou mieux un certain nombre de fonctions.
L'instruction intégrale a pour but de rapprocher le plus possible l'homme de la perfection à ces deux points de vue.
Connaissance des grandes lois scientifiques, des modes d'investigation qui ont amené leur découverte, idée générale de l'industrie et de ses procédés modernes, étude théorique et pratique des principaux outils, développement du sentiment de l'art, étude pratique de la justice par les relations journalières, tel est, en peu de mots, le plan d'enseigne* ment individuel.
Habituer de bonne heure Thomme à acquérir une grande supériorité dans une ou plusieurs spécialités restreintes, teUe est la deuxième partie du but à atteindre.
IV. — De la méthode d'enseignement. — L'enfant n'arrive pas brusquement, mais graduellement à l'état d'homme. Il importe donc de ne pas appliquer aux diverses époques de sa vie des régimes brusquement difTérenls. La science, la justice, la liberté sont les nouvelles bases des relations entre hommes; elles doivent aussi remplacer le vieux principe d'autorité, en ce qui concerne l'éducation de l'enfant.
Laissons de côté tout préjugé, tout reste de respect suranné pour l'autorité, toute conception métaphysique; rapportonsnous-en à l'expérience seule; nous constatons que, si l'enfant a l'insatiable curiosité qui s'applique à tous les détails, il est tout à fait incapable de s'attacher à une seule question, de l'étudier à fond, de concevoir des vues d'ensemble ; tandis qu'au contraire, quand, plus âgé, il possède un certain nombre de faits isolés, il éprouve le besoin de trouver leur lien synthétique, de rattacher les secondaires aux principaux, et de saisir ainsi l'ensemble des connaissances humaines.
Celle observation nécessite dans l'éducation intégrale une grande division.
Dans la première époque, l'accumulation des connaissances sera toute spontanée ; un certain nombre de faits scientifiques s'accumuleront au hasard dans le cerveau de l'enfant.
L'observation individuelle, l'expérience, les conversations des jeunes élèves entre eux, ou avec les directeurs et les élèves plus âgés, seront en même temps les excitants de la curiosité et les moyens d'enseignement.
Quelques indications seulement des directeurs, et les enfants arriveront sans peine à organiser leurs jeux, leurs conférences ; à établir entre eux des juges pom* leurs différends; des administrateurs pour conserver leur matériel ; des ouvriers pour l'entretenir, le réparer, l'améUorer ; des prési-
274 ÈXt»OSrà DES ÉCOLES SOCIALISTES
dents pour maintenir Tordre de leurs discussions; des guîdeâ pour diriger leurs promenades. Et chacun de ces fonction^ naires aura, dans l'exercice de ces fonctions, toute la liberté et l'autorité désirables, non-seulement parce qu'il s'appuiera sur le suffrage universel sincère, mais encore et surtout parce que sa responsabilité sera entière, qu'aucun obstacle ne pourra entraver l'appel de ses actes au jugement de la collectivité, la mise en accusation, et, selon le cas, la destitution ou la réélection .
Dans cette organisation, il est facile de voir : exercice du corps, force, habileté, prestesse ; exercice de l'intelligence, delà volonté 5 habitude de la pratique de la justice; préparation sérieuse à l'intelligence de la morale positive et à la vie publique.
Rarement et brièvement, au moins au début, et seulement (a sur des sujets choisis, accessibles à l'intelligence des enfants, les directeurs pourront reprendre dans l'ordre rationnel certains faits déjà connus, les compléter, en montrer les rapports et préparer ainsi à l'enseignement de l'époque suivante.
Dans celle-ci se place l'enseignement dogmatique des sciences dont les enfants ont déjà acquis des notions élémentaires, mais justes.
Adoptant l'ordre hiérarchique d'Auguste Comte, la parfaite démonstration qu'il donne de la subordination des phénomènes des sciences plus complexes et plus particulières aux phénomènes des sciences plus simples et plus générales, et, par suite, pénétrés de la nécessité de s'être bien assimilés les lois fondamentales et les procédés d'étude de chacune de ces dernières avant d'en aborder une autre, nous admettons avec lui, contrairement aux usages reçus, que les sciences : mathématique, astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie, doivent être enseignées successivement et non simultanément.
Sans donner des règles absolues, nous indiquons avec 4e
APERÇU SUR LB COLLictiVISMB INTERNATIONAL 2t5
-re de la philosophie positive, Tâge de douze à quatorze ^s comme l'époque à laquelle on peut commencer l'étude ^ la mathématique ; deux ans pour la durée de cette étude,
un an pour chacune des sciences suivantes dans l'ordre idiqué.
Rappelons bien ce fait que l'enseignement dogmatique une science s'adresse non à des intelligences incultes, mais
des esprits possédant im grand nombre de faits, qu'il ne agit plus que de relier et de compléter.
D'ailleurs, tant que l'on ne sera pas arrivé, pour une iience déterminée, à son enseignement dogmatique, son ïquisition spontanée continuera par les moyens ci-dessus idiqués.
Si, aujourd'hui, nous devons considérer comme indispenibles poiu? l'enseignement dogmatique de bons professeiu'S )ècialistes, quoique suffisamment philosophes, tout porte croire que, après un bon développement spontané des en- ,nts et la création de bons ouvrages, la lecture en commim e ces ouvrages, les discussions qui en résulteront dans des jnférences entre les étudiants eux-mêmes, diminueront de eaucoup l'importance du professeur, et le réduiront, dans j plus grand nombre des cas, au simple rôle de conseil.
Il va sans dire que la police des réimions, dans les cas pdinaires, que le professeur soit présent ou non, appartient ux élèves eux mêmes. Comme leshommes, les enfants sont a effet aussi disposés à se soumettre à l'autorité qu'ils ont tablie volontairement dans leur propre intérêt, qu'ils le 3nt à se révolter contre celle qui s'impose à eux arbitrairelent et souvent contre toute justice.
C'est ici le lieu de parler de l'intervention des parents dans éducation.
Les uns veulent, suivant Tusage, que l'autorité du père .6 famille continue à être respectée, et qu'il reste le maître e la direction à donner aux études de ses enfants.
Les autres constatent que l'immense majorité des pères
manquent de principe, de méthode, de connaissance! vertus ; en un mot, des qualités indispensables à de éducateurs ; qu'il en est même beaucoup qui semblei complaire à donner à leurs enfants de mauvaises habi et même des vices. Ils veulent, en conséquence, que faut soit de bonne heure complètement enlevé à li mille.
Il y a excès des deux côtés.
L'important est d'abolir radicalement Tautorité du sa puissance quasi royale dans la famille. Après cel parents resteront, en fait non en droite les premiers an leiu? enfant ; cessant de pouvoir lui donner des ordr s'efforceront de continuer à mériter son affection et sa fiance au profit de l'amélioration de tous.
En attendant qu'une longue pratique de la vie no que nous promet la réforme sociale ait produit la vaste lioration humaine, rêvée par les socialistes, il est impi que les parents, qui sont les éléments de la collée soient au moins en état de comprendre la méthode d gnement rationnel basée sur la liberté de l'enfant, i Coopérer dans la mesiu'e de leur force.
Nous demanderons donc de fréquentes entrevues d rents avec les éducateurs, surtout dans les assemblés raies périodiques, où seront à la fois contrôlés les ac ces derniers, et où sera établie entre les uns et les une entente complète d'où résultera l'unité de méthod la famille et à l'école.
Nous admettrons donc l'externat, la Société consen droit sévère d'interdire les parents vicieux et incapab de leur enlever leurs enfants.
(Parlons maintenant de la seconde partie de notre de l'enseignement des métiers ou de l'apprentissage.)
Pendant l'époque spontanée, le besoin de réparer < méliorer le matériel de ses jeux, l'instinct de la mo tion, qui se traduit ordinairement en. destruction, ma
Texemple des élèves plus âgés et quelques avis dirigeront convenablement, ont initié Tenfant au maniement des principaux outils. L'atelier sera administré comme tout le reste par des fonctionnaires élus par les intéressés, à la fois entretenant le matériel, enseignant à s'en servir, et évitant le double danger que présente le maniement des outils par des mains inexpérimentées.
Déjà, dans cette période, il sera formé des associations temporaires ayant pour but la réalisation de certains projets, et ce sera là un acheminement vers l'organisation de rindustrie moderne et des spécialités.
Pendant la seconde époque, guidé par ses goûts particuliers, par les besoins du groupe où il vit, à l'occasion par quelques sages indications que jamais la force ne devra appuyer, le jeune homme adoptera, en parfaite connaissance de cause, une ou plusieurs spécialités , dans lesquelles il [cherchera à acquérir la plus grande supériorité possible.
Une chose très-propre à l'exciter à ce résultat, c'est l'émulation... mais scientifiquement réorganisée. Qu'est-ce, en effet, que ce levier aujourd'hui dans l'enseignement, une absurde comparaison entre des individus d'âge, de nature, de facultés toutes différentes, très-souvent, même en négligeant ces considérations générales, injuste dans ses détails, et toujours lasom^ce de rivalités, de jalousies, de haines. Il y aurait donc au moins à tenir compte dans les comparaisons entre sujets différents d'une foule de points aujourd'hui négligés.
Mais, si nous n'accordons qu'une valeur secondaire à la comparaison dans ce cas, nous lui en croyons une immense quand il s'agit de mettre un individu en présence de luimême aux diverses époques de sa vie. Il sera donc utile de tenir état des dépenses et des travaux, de la consommation et de la production de chaque élève. Par là il aura continuellement une idée réelle de ses progrès, et pourra à tout
2t8 EXPOSÉ DES ECOLES SOCIALISTE^
moment comialtre jusqu'à quel point il s'est acquitté de ait dette envers l'humanité (1).
Comme pour l'enseignement théorique, renseignement pratique d'abord donné oralement par des spécialistes, hommes, se transmettra de plus en plus des élèves plus âgés aux plus jeunes, et utilisera en ,outre le secours de plus en plus efficace des indications écrites. L'enseignement par les hommes se réduira alors à quelques rares conférences, et à la visite d'ateliers ou d'usines extérieures.
Il est facile de faire rentrer dans le système dont nous venons de donner une idée, l'enseignement des beaux-arts, de la littérature, considérés comme moyen de transmettre les idées ayant pour origine la science et le sentiment. Il est impossible d'insister sur ces détails dans un court rapport.
Nous ne mentionnons que pour l'exclure complètement de l'éducation intégrale de la jeunesse, l'enseignement des langues mortes. Nous considérons leur étude comme une des branches concrètes de la sociologie, se rattachant à l'histoire de chaque peuple, à leiu* milieu physique et moral et à leur époque.
Nous admettrons simplement, suivant les diverses circonstances, l'étude pratique de certaines langues vivantes, en laissant tout côté phil^ogique pendant toute la période d'initiation, et le réservant avec l'élude des langues mères pour ceux qui voudront, après avoir parcouru la série des sciences abstraites, en connaître à fond une des curieuses applications.
Tout ce que nous venons de dire s'applique aux deux sexes.
Les hommes et les femmes étant destinés à vivre ensemble dans la société, doivent s'y habituer par la vie, les étu-
(1) Il serait bien plus socialiste de considérer l'enfant comme n'ayant que des droits. En effet, la société lui doit le déyeloppement et il est important de le familiariser avec les métiers manuels. On ne saurait accepter qu'il dût dès son enfance rembourser la société en travail.
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des et les travaux en commun pendant toute leur jeunesse.
Il est certain que de nombreuses précautions devront être prises au début pour prévenir les effets du pervertissement précoce dû à notre société corrompue; mais la période transitoire terminée, il n'y aura plus lieu de craindre que le mélange des sexes produise de l'immoralité.
Celle-ci provient en e£fet, non de la nature humaine, mais bien de l'éducation énervante donnée aujourdliui dans les casernes-séminaires servant d'écoles publiques ; elle ne trouverait plus d'aliment dans des établissements basés sur la connaissance des aptitudes et des besoins réels de la jeunesse.
Enfin nous pensons que les deux sexes ayant reçu une éducation commune qui ne laisserait plus subsister dans leur état intellectuel ime di£férence que se plaisent à exagérer les amis de l'inégalité, seraient également propres aux fonctions de l'enseignement dans l'établissement mixte.
Nous ne pouvons terminer cette étude sans dire un mot de quelques conséquences probables de la généralisation de l'enseignement intégral.
Toute profession dite libérale a pour origine et pour sanction une profession manuelle. Les conceptions du médecin sont exécutées par l'infirmier, celles de l'ingénieur par l'ouvrier ; l'administrateur a des commis, travailleurs manuels, s'il en fut; l'officier de marine commande à des matelots. Nous laissons de côté une exception, l'avocat dont l'utilité se restreindra de jour en joiu", avec le développement de la morale publique et de l'habileté oratoire de chaque homme et la simplification des lois.
Or, tout médecin commencera par être infirmier, tout ingénieur, ouvrier; les privilèges de naissance et de fortune étant abolis, la facilité d'instruction égale pour tous, rien ne déterminera d'avance si le jeune et savant ouvrier, infirmier, marin, doit exercer toute sa vie son honorable fonction ou arriver au grade plus honoré d'ingénieur^ de méde*
cin, de commandant. Si ces fonctions lui sont mi jour confiées, rien n'oblige d'avance à ce qu'elles soient inamovibles. Les services rendus dans une circonstance par un homme chargé d'une haute mission sont rarement assez grands pour lui valoir un droit viager au repos, ime éternelle autorité sur des collègues qui pourront souvent le dépasser, et pour qu'il puisse devenir un obstacle^ à leur puissance de conception. Que si d'ailleurs les travailleurs manuels jugent exceptionnellement bon de maintenir audessus d'eux un véritable maître, que ce soit im effet de leur volonté constamment discutable et révocable.
Ces idées peuvent paraître terriblement subversives à ceux qui pensent que l'humanité qui a dû jusqu'ici aux grands hommes la plus grande part de son développement, doit éternellement progresser de la même manière.
Nous reconnaissons comme tous cette vérité pour le passé; mais il faut bien reconnaître que la supériorité des grands hommes spécialistes n'était due qu'à l'abaissement des autres hommes, d'une part, et, de l'autre, à Texagération d'une ou de quelques-unes de leurs facultés au détriment de toutes les autres. En avouant que cette disposition des intelligences a pu être très-utile à la découverte des principes et à la constitution positive des connaissances humaines, nous devons bien nous pénétrer que la continuation de l'existence de ces véritables monstruosités morales ne pourrait être que nuisible, aujourd'hui que les grands principes sont établis et que les sciences n'ont, en général, plus à attendre que des développements de détail.
Le travail collectif doit être substitué au travail isolé. Les compagnies savantes libres peuvent seules, en divisant entre leurs membres les divers chapitres d'une science, la développer encore, et surtout la vulgariser. Cette division du travail, pratiquée si avantageusement dans l'industrie matérielle, devient de jour en jour plus indispensable à l'étude des sciences de toute nature. Et remarquons que la crainte
d'être abruti par une spécialité scientifique restreinte ne peut plus exister pour ceux qui ont reçu l'instruction intégrale dont nous avons indiqué les bases.
Les livres eux-mêmes ne seront plus un épouvantable fouillis dans lequel il devient impossible de distinguer la perle du fumier, le plus souvent résultant de la vanité d'un auteur riche, de la réclame des coteries, mais des oeuvres de sociétés savantes qui s'efforceront de ne pas répétée ce qui fut dit cent fois ; et ainsi devenant moins nombreux mais toujours bons, les livres seront assurés d'avoir des lecteurs, et les lecteurs seront assurés de trouver les livres qu'ils désirent.
Nous n'aflGu^mons pas que l'organisation et le développement de l'instruction intégrale doivent avoir poiu* résultat d'amener l'égalité absolue des intelligences, cela n'a, d'ailleurs, point de sens pour nous ; mais nous pensons qu'il doit établir l'harmonie dans le développement des diverses fonctions de chaque individu, et supprimer entre les hommes des effroyables disproportions de tout genre que nous remarquons aujourd'hui.
(Rapport du cercle d'Études sociales de Faris. — P. Robin, rapporteur.
(Ce rapport devait être présenté au congrès de 1870, fixé d'abord à Paris, ensuite à Mayence et qui finalement ne put' avoir lieu à cause des événements dont la France était le théâtre.)
Le côté pratique de l'enseignement n'avait pas encore été abordé, d'une manière systématique dans les sections internationales, les jours de crises et de combats que nouj traversons expliquent cette lacune qui sera comblée. D'ailleurs, il y a même à ce point de vue un grand fait d'acquis, Vlntemationale n'a pas la prétention de tout inventer, elle
prend le bon et le vrai partout où elle le trouve. C'est ainsi qu'après avoir accepté cette donnée que Tenfant doit être développé plutôt que dressé et que, dans l'étude tant intellectuelle qu'industrielle, Vattrait doit remplacer Vautorité, elle a déclaré que la méthode entrevue par Rabelais, indiquée par Rousseau, développée par Fourier, systématisé en tant que classification des sciences par Auguste Comte, essayée une première fois en Suisse par Pestalozzi, expérimentée imparfaitement de nos jours par les disciples de Frœbel devait servir de base première à l'éducation socialiste de l'avenir. Un membre de l'Internationale, Mme André Léo, a dit en très-bons termes dans V Institutrice, « L'instruction socialiste doit être basée sur le droit moderne appliquée l'enfant aussi bien qu'à l'homme sm^ la grande et sainte liberté naturelle dont l'exercice réfléchi est non-seulement la force mais le devoir puisqu'elle nous apprend le droit d'autrui par le nôtre. »
La tentative de Pestallozzi à Yverdon au commencement de ce siècle n'a pas laissé d'imitateurs systématiques, il n'en n'est pas de même des Jardins d'enfants, [KindergartenJ de l'instituteur allemand Frederick Frœbel, ces utiles fondations se comptent en grand nombre dans toutes les parties des deux mondes et notamment en Allemagne, en Belgique et en Suisse (l).
Les sens sont les portes de l'intelligence, dit le réformamateur. Partant de cette donnée il transforme la salle d'écola en un camp de jeux met bous les yeux de l'enfant les matériaux dont il doit conaaitre les propriétés, les quantités, les grandeurs, les lois relatives et c'est en jouant, c'est en
(1) Frœbel fonda son premier kindergarten, en 1837, à Blan* kenbourg (ancienne Turinge), Le second fut fondé à Dresde en 1848. L'inventeur mourut presque inconnu en 1852. L'histoire plus Juste que son époque le placera parmi les bienfaiteurs de l'humanité.
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interrogeant sans cesse, que Tenfant apprend sans se douter qu'il fait autre chose que de jouir desjoieSi des charmes fit des douces influences de la nature.
« On peut résumer la méthode de Frœbel dans la définition suivante : Éducation naturelle attrayante préventive ^ féconde par les sensations y les mouvements, les lois logiques, le sentiment social et le respect des aptitudes «cms la double influence d^ la nature extérieure et de l'activité collective, »
Donc, hâtons-nous de faire disparaître ces sombres et
.û'oides prisons (les salles d'école) où s'étiolent le corps el
l'âme des génération nouvelles et plaçons dans la nature le
berceau, le jeu, le travail physique et l'activité intellectuelle
de l'enfant.
De Tair, du soleil, de la végétation, des êtres vivants, un jardin, une vraie nature, voilà ce que Frœbel vous demanda parents, éducateurs, philanthropes, autorités administratives et scolaires...
Choisissons donc un emplacement favorable.
Eloignons notre jardin des émanations pestilentielles s'é-chappant incessamment des grandes agglomérations d'hom* mes. S'il faut avoir un pied sur le pavé boueux de la rue, de peur des distances, posons du moins l'autre sur l'herbe des champs. Les faubourgs nous donneront une demi-na-* ture, qui mettra nos enfants sur la voie de la grande al vraie nature, où Frœbel les convie et les attend.
Établissons sous les ombrages d'une cour ou d'un jardin nos tables et nos pupitres, et ne nous en laissons chasser que par le mauvais temps. Réfugions^nous alors sous des tentes, des hangars, ou des auvents, et n'acceptons l'em^ prisonnement des salles qu'à la dernière extrémité. Puis, laissons-y pénétrer les vivifiants rayons du soleil par de arges ouvertures au levant et au midi; et quand les rigueurs de la saison nous contraindront de fermer, sur la nature, les portes et les fenêtres de l'école, fedsons-la du moins rentrer par des canaux invisibles qui la conduiront
Jûi
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sous la flamme du foyer ; d'où elle nous renverra im souvenir des tièdes haleines du printemps.
Que chaque enfant possède, sous la protection de la propriété collective, ou du jardin commun, de petits carrés de terrain, où il apprendi^a à connaître, à soigner et à aimer \^ la natm^e, et à remonter peu à peu « du visible à Vinvisihle^ » | comme dit Frœbel, des lois du monde physique aux lois r du monde moral. Qu'il puisse aussi se mettre en rapport (^ avec la nature animée, en visitant les cabanes, où Ton a l . réuni quelques-uns des animaux les plus utiles. Enfin, à • | défaut de ruiture vivante^ oujpour la compléter, que les salles *' soient entourées de vastes armoires vitrées, ou de nombreux échantillons de la nature morte^ permettent de continuer, pendant les mauvais jours, l'application de la méthode nouvelle.
Dans ce fécondant milieu, la réaction ne se fera pas longtemps attendre. Sous l'influence des innombrables sensations qui sont venues du dehors solliciter ses facultés générales et faire éclore ses aptitudes particulières, l'enfant sentira augmenter en lui le besoin d'autonomie et de manifestation extérieure. Mettez alors entre ses mains, les riches . matériaux que Frœbel lui a préparés, et vous le verrez bien- | tôt appliquer le piquage^ le lissage, le dessin dans les carrés^ \ le pliage, le modelage, les cubes, les dominos, les petits bâtons, \ les triangles, etc., à, imiter un insecte, im papillon, un oi- 1 seau; à reproduire les belles formes de la cristallisation; | à retrouyer les gracieux contours et les teffît€s brillantes . des fleurs et des fruits du jardin; à construire des maisons, l des moulins, des meules, des instruments de toute sortes, | et à préluder ainsi en se saturant de santé et de joie, aux | professions industrielles et mécaniques, aux travaux et aux \ études de l'art et de la science.
Car, après les jeux et les exercices que Frœbel a fait exécuter à ses jeunes élèves, un instituteur intelligent n'aura pas grand peine à faire sortir V arpentage et la géométrie des
oites de carrés et de triangles ; Varithmétique^ des petits ^tons et des boites mathématiques; la lecture , V écriture et ^ dessin, des ardoises et des feuilles quadrillées ; la géogrU' ^ie, du piquage et du découpage; la sculpture, du modelage en terre glaise; la minéralogie, la botanique et la zoologie^ es sensations et des perceptions accumulées par des rapports savamment ordonnés avec les trois régnes de la nature.
Telles sont les influences générales de la nature quand lie est comprise et appliquée comme Frœbel veut qu'on la omprenne et qu'on l'applique.
Ed. Raoux. — De la réforme éducative, par Fr. Frœbel.
Voilà certainement la méthode qui dominera renseignement de l'avenir; l'expérience modifiera découvrira de noueau et perfectionnera, mais le germe est trouvé.
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'M Dô* cette diversité de moyens, et môme de buts proposés K^^
par les réformateurs , faut-il conclure à Timpuissance du Ug
socialisme? Non, certainement. Avant de construire, il faut
des matériaux^ avant de constituer, il faut des éléments, et
comme toutes les choses humaines, le socialisme doit avoir
eu sa période de recherche et d'accumulation. Cette œuvre
de préparation est à peu près faite aujourd'hui, et notre j
tâche à nous, consiste à observer, à classer, à expérimenter, \\^
à coordonner. L^-
C'est bien ainsi que Tont compris les fondateurs et les | j adhérents de l'Internationale, cette grande personnification Lç du socialisme, agissant et vivant, en qui se sont absorbées pour y être transformées toutes les manifestations du socialisme théorique.
Us se sont bien gardés de s'inféoder à une secte quelconque. Croyant avec Saint-Simon que l'activité normale de l'humanité, tend de plus en plus à devenir travailleuse et \ pacifique, ils veulent édifier la fraternité des peuples sur la 1^ liberté imiverselle et la justice sociale. /^
Admirant Fourier, lorsqu'il dit que c'est au développement L intégral de l'être humain, à l'harmonisation de son milieu, (i^, ^ la pratique de la solidarité qu'il faut surtout demander k
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CONCLTJSIOÎf S87
'accroissement de ia richesse sociale et du bien-être gênerai, Ls ont porté en tête de leur programme ; Vinstruction inté^ raie et professionnelle et r association des efforts.
Convaincus avec les babouvistes et les communistes do outes nuances que l'être humain naît avec un droit égal & appui, à la protection de la société, ils proclament que 3 travail est un devoir pour tous, et l'instruction, l'appren- Lssage et l'instrument de travail un droit pour chacun, & ondition que chacun pratiquera à son tour la solidarité.
Approuvant Auguste Comte lorsqu'il dit que la dignité .umaine et le bonheiu* social reposent surtout sur le devoir ii)rement accepté et noblement accompli , ils prêchent l'é- •uilibre nécessaire des droits et des devoirs et l'obligation our tous ceux qui rêvent leur l'affranchissement de "s'en endre digne par un grand dévouement à la cause conunune, »ar l'étude et la moralité.
Reconnaissant envers Proudhon d'avoir si éloquemment éfendu contre les monarchistes, contre la bourgeoisie gouernementale, et contre le socialisme autoritaire, les droits nprescriptibles de la personne humaine, ils veulent comme li la fédération libre des communes, qui ne sont elles-mêmes a' une fédérations des groupes travaillem*s organisés.
Avec presque tous les socialistes, ils reconnaissent l'égalité e droit pour la femme, d'abord comme une œuvre de jusice, ensuite comme cause de moralité plus élevée, de dignité ►lus grande et de perfectionnement plus rapide pour la rande famille humaine. *
Grâce à ces larges vues, le sectarisme n*est plus possible t c'est pourquoi le socialisme théorique qui resta longtemps *ançais, est devenu international aujourd'hui, et compte .ans les deux mondes des adeptes qui acceptent les mêmes rincipes et proposent les mêmes idées. Maintenant, le soialisme est descendu dans la rue, dans les réunions, dans 3s ateliers, sous les humbles réduits; comme le christiadsme dans ses beaux joiu's de propagande, il est partout
se trouver, malgré les intrigues diplomaticjues, malg 5 guerres criminelles et les barrières nationales, des mi
I d'ouvriers de toutes nations pour s'aimer, se tendre la
et pour marcher du même pas à l'affranchissement
r mun. •
! Ils se sont unis, non pas seulement pour les revendicî
journalières du travail contre le capital, non pas seule
poiur le maintien ou l'augmentation du salaire, la dii
tion des heures de travail, l'abolition des règlements (
briques et des coutumes humiliantes ou vexatoires J ne
même temps qu'ils se coalisent pour faire respecter le
gnité d'hommes et faire reconnaître leur droit de vivre e
vaillant, les prolétaires élaborent publiquement et en
mun les assises du monde nouveau : ils bâtissent l'a^
Ils sont certes assez sûrs de la grandem* de leur cause
I rendre justice à leurs ennemis ; ils savent par consé<
I que la bourgeoisie française a eu ses jours glorieux :
I brisé le joug clérical et féodal; mais, devenue à son toi
Jfc tentrice de nouveaux . privilèges aussi odieux que
V qu'elle ^vait détruits, elle s'est arrêtée devant le complé
de son œuvre ; et maintenant elle s'oppose de toute
forces, à l'irrésistible courant égalitaire qui entrai]