‹ Exposé des écoles socialistes françaisesChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Balnt-Blmonlsme

Notice. — Le fondateur de l'école Saint-Simonienne, dit Louis Blanc (1), était mort depuis cinq ans lorsque la Révolution de juillet éclata. Il appartenait à une des plus nobles maisons de France, il était Théritier du nom et des armes de ce fameux duc de Saint-Simon, l'historien du règne de Louis XIV, le dernier des véritables grands seigneurs. Et pourtant il venait attaquer tous les privilèges de naissance et afi&rmer que la guerre est impie. Car c'était f im homme puissant par l'indépendance de l'esprit et Tau- \ dace du cœur. Convaincu du reste, qu'avant de composer un code pour l'humanité, il faut avoir attentivement analysé les hommes et les choses, il passa la première moitié de sa vie à étudier la société sous tous ses aspects, n'hésitant devant aucune expérience, pratiquant en observateur le vice aussi bien que la vertu, tirant une leçon de chacune de ses chutes, faisant de ses folies la matière de ses études, prompt à dissiper en prodigalités calculées une fortune acquise par des spéculations, pauvre à l'excès, au sortir d'une studieuse opulence, vivant d'une misérable place de copiste, dans le temps même où il gouvernait le monde en pensée, sage pour quelques-uns, pour la plupart insensé, ardent jusqu'à ^ l'exaltation, puis manquant de courage jusqu'à l'essai du suicide, réduit enfin à mendier, lui qui avait si souvent réuni à sa table, pour les juger, les artistes les plus brillants

(1) Histoire de Dix an$j 1" vol., p. 388.

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et les savants les plus distingués : telle fut la vie de Saint- ^ Simon.

Ce grand homme est le premier des socialistes en date et en importance. Sa profonde étude de Thistoire lui permit d'indiquer la loi du développement progressif entrevue par Vico et Condorcet, et dans laquelle deux de ses disciples, Auguste Comteet Pierre Leroux, devaient, le premier surtout, faire d'immortelles découvertes.

Il épouvanta un jour la société officielle de son temps en publiant cette fameuse Parabole qui reste acquise à l'histoire. On sait en quoi elle consiste.

Saint-Simon se demande ce qui serait le plus nuisible à l'humanité, ou de la mort instantanée de la caste gouvernementale d'alors, depuis le roi jusqu'au dernier petit noble ou officier et jusqu'au dernier député censitaire ; ou de la ^ort instantanée des notabilités scientifiques, artistiques et industrielles; il prouva que l'humanité ressentirait peu la perte des premiers et ne pourrait jamais se relever de la perte des seconds. C'était résumer toute sa doctrine dans une comparaison, et c'était frapper d'im coup mortel la vieille société.

La vie de Saint-Simon se divise en trois phases : dans la première, il expérimenta la vie ; dans la seconde, il publia ses admirables travaux philosophiques entre autres : Vintroduction aux travatix sdentifiqiLes du xix* siècle^ et les Lettres d^un habitant de Genève à ses contemporains ;

Dans la troisième, qui conunence inmiédiatement après

son essai de suicide, il devient plus essentiellement religieux

,et, modifiant en ce sens sa doctrine, il publie son Nouveau

christianisme ou formulaire d'une nouvelle religion, que Dieu

seul, dit-il, a pu lui révéler.

Les disciples, outrant conmie font tous les disciples l'idée du maître, méconnurent vite cette vérité : que tout est relatif dans cette humanité composée d'éléments variables et perfectibles ; que l'absolutisme, en philosophie conune en toutes

choses, restera la grande erreur du passé ; vérité que littré en 1850, quand il était encore le disciple de Comte, a défini j ainsi : I

« L'absolu est inaccessible à l'homme. Chaque fois que | l'homme a résolu un problème qui se dresse devant lui, un ' autre problème se dresse devant lui, et celui-ci fût-il dere-i chef résolu, ne disparaîtrait que pour faire place à de nou^ veaux mystères, sans que l'esprit humain puisse concevoir une limite à cette série de questions enchaînées les imes aux autres (1). »

Ils la méconnurent, et de ^ théorie du 'progrès continu et de la classification en époques critiques et en époques organiqueSj ils arrivèrent bientôt à ime sorte de fatalisme historique ^ légitimant, ni plus ni moins que la philosophie éclectique, chère à Tégoisme bourgeois, tous les faits accomplis^ comme nécessaires au développement de l'humanité. Cela devait aboutir à la plus insolente déification de la force et du succès que la métaphysique ait jamais inventée.

Elle donnait par exemple, comme un grand progrès, l'avénement du christianisme.

A ce sujet, une digression ne sera pas inutile. Tout le monde sait qu'il est dans la nature de l'être hu-\' main en général et en particulier, de tirer le meilleur parti 1 possible du milieu dans lequel il est jeté, d'y vivre en un mot autant que possible et le mieux possible. 11 ressort de I là que, si ce milieu avait été différent, des manifestations i différentes se seraient produites. 11 y a 2,000 ans, le vieux monde païen rongé par la plaie de l'esclavage s'écroulait' sous le poids de ses iniquités. Des protestations se faisaient ^our de toutes parts ; la philosophie platonicienne proclamait que l'humanité allait se diriger vers des horizons plus lumineux ; les esclaves et les plébéiens, en Grèce, en Itahe et en Gaule, se levaient terribles au nom de l'égalité

(1) Littré, Conservation^ Révolution et Positivisme^ 1850.

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^^méconnue ; les Esséniens de Galilée pratiquaient la commu-

. muté; enûn, toutes les aspirations des souffrants et des justes appelaient un redressement. C'est alors qu'apparaît l'idée

» chrétienne, promettant à cevuc qui souffrent pour la justice la possession future d'un royaume qui n'est pas de ce monde, et

^ prêchant en même temps le respect des puissances,

^ Les désespérés se jetèrent avec enthousiasme dans cette religion d'espérance qui annonçait une justice céleste, et de leur côté les privilégiés, après avoir aussi cruellement qu'impolitiquement persécuté la secte des pauvres, y adhérèrent solennellement et en firent un nouvel-instrument d'oppression. Dès lors, étaient vaincues d'avance toutes les revendications égalitaires, et le sentiment de justice qui germait dans les hommes, dirigé vers un monde imaginaire, livra, pour dix-huit siècles , l'humanité aux oppresseurs , aux ex-

3»^ploiteurs dépeuples. Ceci infirme un peu le progrès chrétien. Nous voilà loin de Saint-Simon. Si ce grand homme existait encore, il modifierait peut-être ses idées sur la nécessité des faits de l'histoire.

S'il mourut presque isolé, s'il ne put jamais réaliser son rêve d*un congrès de savants sur la tombe de Newton, pour chercher les bases fondamentales de la régénération sociale,

^il put, répondant aux paroles qu'il s'adressait chaque matin : a Petit-fils de Saint-Simon, souviens- toi que tu as de grandes choses à faire »>, se dire : <t tu as fait de grandes choses. )> Il put se rendre le témoignage que sa doctrine ne mourrait pas avec lui; les ardents disciples qui entouraien": son lit de mort lui en étaient un sûr garant.

En effet, ses disciples furent d'abord dignes de lui. Avec quel talent ils propagèrent la doctrine du maître, avec quel dévouement pour l'humanité ils travaillèrent à la constitution d'un ordre social nouveau, avec quel enthousiasme ils aimonçaient l'avènement de jours plus heureux !

Le socialisme n'enfanta jamais de plus vives croyances et une plus brillante efflorescence de dévouement.

En tête de ce groupe de novateurs convaincus, mar-T chaient :

Olindes Rodrigues, le premier disciple du maître, le théoricien par excellence ; Enfantin, le futur Père suprême de la famille de Ménilmontant, homme qui joignait à une grande intelligence, la beauté remarquable qui fit de lui la personnification de cette réhabilitation de la chair, qu'il prèchai(|J avec tant d'ardeur ; Bazard, ancien conspirateur, personna- 1 lité puissante, homme à la volonté forte et au tempérament de fer.

Après ceux-là venaient : Auguste Comte, le futur créateur de la philosophie positive, disciple aussi grand que le maître, qui venait, du reste, de quitter l'école Saint- Simonienne pour se donner tout entier à ses études ; Pierre Leroux, futur chef d'école, lui aussi ; Michel Chevalier, futur économiste, futur sénateur ; Félicien David , futur auteur du Désert , d'FercM-t lanum et autres chefs-d'œuvres, qui en font l'un des plus grands compositeurs de notre siècle ; Perdonwef, le futur fondateur des cours polytechniques du soir, qui ont tant contribué à l'instruction des ouvriers de Paris ; Augustin Thierry, le futur historien ; Péreire, le futur financier ; F. de Lesseps ; Jean Reynaud, Camot, Arles Dufour, Bûchez, Alisse, Rouland, \ Dubochet, l'Herminier, Urbain, Toché, P. Justus, Toumeux, /a'J Meillanderie, Louis Jourdan, A. Guéroult, Massol, Banal, M^^ Agla&Saint-Hillaire, Ch. Lemonnier, Haard, Bmneau, Baud, Dujarrier, Emile Barrault, Bac, Terson, Charton, H. Fmmel, Cécile Fournel, M™« Bazard, Suzanne Velguin, Abel Transon, Banet-Bivet, d'Eichtal, Duveyrier, Cazeaux, Flachat MargmHn, Lambert, etc., etc. a

Une première scission eut lieu en 1829, entre ceux qui voulaient qu'on s'en tint à la propagande, et ceux qui, outrant l'idée du maître, se considéraient déjà comme les représentants delà société future. L'opinion publique n'y prit pas garde, mais les déchirements ne s'arrêtèrent pas là.

Deux hommes avaient reçu Vinvestiture sacerdotale, Bazard

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et Enfantin, Fim et l'autre d'un caractère très-différent.

La question des femmes fut le motif de leur séparation.

A ce sujet Bazard déclarait que, dans la société actuelle, on devait s'en tenir au mariage et à la fidélité réciproque. Enfantin voulait, dès ce moment, la réhabilitation effective de la cfiair, V émancipation immédiate et complète de la femme, et sa participation au pouvoir suprême ; en un mot, la constitution de ce qu'il appelait « le couple-prêtre », qui aurait pour mission, selon lui, d'imposer la puissance de leur amour aux êtres qu'un esprit aventureux ou que des sens brûlants iga* rent, en recevant d'eux V hommage dune mystérieuse et pudique tendresse, ou le culte d!un ardent amour.

Vers la fin de 1831, dans le cénacle de la rue Monsigny où plusieurs disciples, Rodrigues et Cazeaux, entre autres, saisis d'extases subites, avaient prophétisé, eut lieu Ventre^ tien suprême. Enfantin y fit usage de tout son ascendant, et la discussion devint une sorte de confession générale.

Pendant cette scène étrange, Bazard, écrasé par le caractère de certaines révélations, qui laissaient pourtant intacte sa haute moralité, tomba conmie un honmie mortellement blessé.

Saisi alors d'une compassion subite. Enfantin s'écrie vainement : « Non, il ne faut pas que cet honune meure, il a encore de grandes choses à faire », la crise cérébrale fut si forte, que Bazard mourut peu de temps après.

Dans sa retraite soudaine, l'avaient suivi les meilleurs éléments du Saint-Simonisme qui, après cette scission, resta livré aux folies religieuses des Enfantiniens, Enfantin seul père suprême désormais, réunit alors (avril 1832) en communauté religieuse à Ménilmontant, la famille Saint-Simonienne qui, à la suite de poursuites judiciaires, dut se dissoudre.

A la suite de cette dissolution, quelques-uns des ardents, partisans de cette idée que, de même que dans l'antiquité, la terre privilégiée d'Egypte devait être le berceau d'une

civilisation nouvelle, et convaincus d'ailleurs que, dans ce pays, ils trouveraient les femmes d'Orient dignes de s'associer au pouvoir suprême à côté des novateurs, partirent pour l'Orient, afin d'y prêcher la bonne nouvelle de Saint-Simon; comme autrefois des Orientaux étaient venus en Occident prêcher la bonne nouvelle du Christ.

L'apostolat ne fut pas fructueux, mais les apôtres conçurent de vastes projets sur le commerce de l'Europe, entre autres le percement de cet isthme de Suez, devant réumr la Méditerranée et la mer Rouge, œuvre colossale que l'un des leurs, de Lesseps, devait, trente ans plus tard, mener abonne fin.

Depuis lors, ces premiers apôtres d'une transformation sociale, ceux surtout qui avaient suivi Enfantin, sont devenus, pour la plupart, des personnages marquants et privilégiés de cette société, qu'ils avaient si éloquemment condamnée.

EXPOSITION

A ch&cun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres,

La société doit être organisée pour Tavantage du plus grand nombre.

RÉPONSE A LA VIEILLE SOCIÉTÉ. — Si VOUS voulcz Vraiment nous juger, il faut que vous présentiez un remède meilleur que le nôtre. Or, je ne vois d'une part, que les Madelonnettes, les Filles repentantes, la Salpétrière; de l'autre, que la Force, ou Sainte-Pélagie.

Quant à nous, voici nos remèdes : Sanctification de la beauté et réhabilitation de la chair ; direction et règle des appétits physiques ; réorganisation de la propriété ; car la misère des travailleurs et la richesse de loisif sont les causes matérielles de

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Faduitère et de la prostitution. Mais voyez, lorsque nous venons dire que la misère héréditaire et roij.ivelô héréditaire, résultats de la constitution actuelle de la propriété qui est fondée sur le droit de naissance, doivent crsser, on nous accuse de vouloir bouleverser l'Klat. Nous avons beau dire que cette transformation de la propriété ne peut se faire que progressivement et pacifiquement, volontairement; qu'elle peut se faire beaucoup mieux que ne s'est opérée la destruction des droits féodaux, avec tous les systèmes d'indemnité imaginables, et avec plus de lenteur môme que vous n'en mettez dans les expropriations pour cause d'utilité publique, on n'écoute pas, on condamne, nous sommes des perturbateurs ! Sans nous lasser, nous montrons que cette transformation est appelée par tous les besoins actuels et futurs de la société ; qu'elle est signalée d'une manière palpable par la création du code de conmierce, et par toutes les habitudes industrielles qui favorisent la mobilisation de la propriété, sa transmission de la main oisive ou peu capable à la main laborieuse et capable; nous montrons cela, et vous vous écriez que notre association est dangereuse !

Il faut bien cependant à im ordre mauvais, substituer im ordre bon ; car le but de la société n'est pas seulement de maintenir, elle veut s'améliorer, progresser. C'est ce que nous voulons faire également en morale... Il est vraiment remarquable que ce soient précisément les honunes qui exercent le plus absolu despotisme à l'égard de la beauté et de la femnie, qui nous accusent, avec le plus de violence, de vouloir rétablir dans le monde un despotisme abrutissant.

Us disent que notre sacerdoce abtisera de sa puissance. Mais cette objection peut être élevée contre toute autorité.

Le chef d'une société, par cela même qu'il est chef, a du pouvoir, c'est une vérité de définition. Or, quelle est la garantie contre, l'abus du pouvoir? Nous n'en connaissons

qu'une, savoir : que la puissance soit acquise à la capacité et non à )a naissance. Tant que le principe de la transmission des honneurs politiques et de la ricliesse sera celui de la naissance ^ nous aurons droit de dire que tous vos systèmes de garantie, engendrent ou maintiennent le plus abrutissant despotisme, puisqu'il confère fortuitement la puissance. (1)

Critique. — La société européenne est dans la position la plus douloureuse, plus d'affection nulle part entre les gouvernants et les gouvernés, partout des regrets, des défiances, des craintes. En politique, il y a lutte entre l'autorité et la liberté; le même désordre, sous le nom de concurrence, produit une meurtrière anarchie pour bon nombre de producteurs; le vol et la fraude sont les sources de la fortune. L'art, impuissant à créer, s'occupe presque exclusivement de critique, et cependant il est un grand nombre d'hommes qui sentent le besoin d'un lien qui les conduise avec ordre, avec amour, vers une commune destinée, de manière à compléter l'harmonie universelle des mondes, par l'ordre, la sagesse et la beauté de notre globe embelli par le génie de l'association humaine.

(Carnot.)

Position de la question. — Il viendra sans doute un temps où tous les peuples de l'Europe sentiront qu'il faut régler les points d'intérêt général avant de descendre aux intérêts nationaux. Alors les maux commenceront à devenir moindres, les troubles à s'apaiser, les guerres à s'éteindre ; c'e^t là que nous tendons sans cesse; c'est là que le cours de l'esprit humain nous emporte! Mais, lequel est le plus digne de la prudence de l'homme, ou de s'y traîner ou d'y courir !

L'imagination des poètes a placé l'âge d'or au berceau ^e l'espèce humaine, parmi l'ignorance et la grossièreté des

(1) Enfantin devant la police correctionnelle, 27 août 1832.

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premiers temps. C'était bien plulôt l'âge de fes* qu'il fallait y reléguer. L'âge d'or du genre humain n'est point derrière nous; il est au devant , il est dans la perfection de l'ordre social; nos pères ne l'ont point vu, nos enfants y arriveront un jour ; c'est à nous de leur en tracer la route.

(Saint-Simon.)

L'espèce humaine a élé appelée d'abord à vivre sous le régime féodal et gouvememmtaL

Elle a été destinée à passer du régime gouvernemental et militaire sous .le régime administratif ou industriel^ après avoir fait suffisamment de progrès dans les sciences positives et dans l'industrie. Enfin elle a été soumise, par son organisation, à essuyer une crise longue et violente, lors de son passage du système militaire au système pacifique.

L'époque actuelle est une époque de transition : la crise de transition a été commencée par la prédication de Luther; depuis cette époque, la direction des esprits a été nécessairement critique et révolutionnaire. (Saint-Simon, année 1818.)

Il est temps de donner aux esprits une direction contraire, qui ne peut s'obtenir qu'à l'aide d'une doctrine commune; il est temps d'organiser l'industrie sur les bases d'un principe de justice que nous formulons ainsi : A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres.

(Voir la doctrine Saint-Simonienne.)

Organisation unitaire. — Les ravages de l'anarchie actuelle sont là qui attestent qu'il est temps de fortement réagir. Nous proclamons d'abord la réhabilitation de la chair, l'émancipation de la femme, et l'avènement du Nouveau Christianisme, religion de l'avenir Révélée à Saint-Simon.

(Voir la doctrine Saint-Simonienne,)

Nous n'hésifons point à le dire, c'est vers une Théocratie nouvelle querhumanité s'achemine ; ce n'est ni la Théocratie de rinde ou de l'Egypte, ni celle de Moïse ou de Mahomet que nous annonçons, que nous appelons de tous nos vœux, mais bien celle que Saint-Simon a faite, désirée, conçue, celle qui doit réaliser et maintenir l'association universelle de tous les hommes sur la surface du globe, et dans laquelle chacun sera placé selon la capacité qu'il aura reçue de Dieu, et récompensé selon ses œuvres.

Au sommet de l'échelle, le prêtre de l'unité, le prêtre social, dispensateur suprême (1), révèle à l'humanité sa destination générale, lui rappelle sans cesse qu'elle ne peut l'accomplir que par les travaux unis de la science et de l'industrie. Après avoir fait choix des hommes qui peuvent l'aider dans ces deux ordres de travaux, il nomme et dirige le prêtre de la science et le prêtre de l'industrie.

Par ce dernier, les industriels seront liés, associés, gouvernés ; le travail de l'industrie, avec la dotation sociale qui y sera affectée, sera distribué entre les branches diverses dans lesquelles il se subdivise, entre les différentes localités où 11 devra s'effectuer, enfia entre tous les membres de l'atelier industriel qu'il classera selon leur capacité et rétribuera selon leurs œuvres. C'est par lui que l'industrie qui n'est sortie de l'esclavage que pour retomber dans l'anarchie, entrera pour la première fois dans^ la carrière de la liberté et de l'ordre.

Parmi nous, plus de privilèges, plus de sexe et de naissance, l'inférieur n'est plus l'esclave d'un supérieur, ils sont associés, l'homme n'(îst plus le maître de la femme, ils sont mariés. (Doctrine Saint-Simonienne,)

(1) Il faut se rappelcT que le saint-simonisme s'est développé en pleine effervescence d'autoritarisme. Alors le desideratum révolutionnaire ne mettait rien au-dessus de la conception de l'État- Providence. Le saint simonisme était plus systématique, voilà tout.

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Organisation du Crédit, Banques. — La eentralisation des banques les plus générales, des banquiers les plus habiles en une banque unitairey directric€y qui les dominât toutes et pût balancer avec justesse les divers besoins de crédit que l'industrie éprouve dans toutes les directions; d'une autre part spécialisation de plus en plus grande de banques particulières de manière que chacune d'elles fût affectée à la surveillance, à la protection, à la direction d'un seul genre d'industrie : voilà, suivant nous, des faits politiques de la plus haute importance (l).«Tout acte qui devra avoir pour résultat de centraliser les banques générales et de les lier hiérarchiquement les unes aux autres aura nécessairement pour résultat une meilleure entente des moyens de produc' Uon et des besoins de consommation ; ce qui suppose à la fois ime plus exacte classification des travailleurs et une plus exacte distribution des instruments de travail, une plus juste appréciation des œuvres et une récompense plus équitable du travail (2).

Ce système comprendrait d'abord ime banque centrale représentant le gouvernement dans l'ordre matériel : cette banque serait dépositaire de toutes les richesses, du fonds entier de production, de tous les instruments de travail, en im mot de ce qui compose aujourd'hui la masse entière des propriétés individuelles.

De cette banque centrale dépendraient des banques de second ordre qui n'en seraient que le prolongement et au moyen desquelles elle se tiendrait en communication avec toutes les localités pour en connaître les besoins et la puissance productrice ; celles-ci commanderaient encore,

(1) C'est au moins la plus audacieuse conception qu'ait pu produire le génie de l'autorité appliqué à l'industrie. En 1825 cela paraissait moins absurde.

(2) Qui sera chargé de classer, de distribuer, d'apprécier et de récompenser f Les agents du chef suprême de l'humanité, du pape industriel? — Grand merci.

dans la circonscription territoriale qu'elles embrasseraient, à des banques de plus en plus spéciales, embrassant un champ moins étendu, les rameaux les plus faibles de Tarbre de rindustrie.

Aux banques supérieures convergeraient tous les hesoim ; d'elles divergeraient tous les efforts. La banque générale n'accorderait aux localités des crédits, c'èst-à-dire ne leur livrerait les instruments de travail qu'après avoir balancé et combiné les opérations diverses ; et ces crédits seraient ensuite reportés entre les travailleurs par les banques spéciales, représentant les^différentes branches de l'industrie (1). Doctrine saint-simonienne).

Sur la propriété. — Lorsque nous combattons la propriété par droit de ccmquète et par droit de naissance, nous luttons contre l'antiquité (2) et contre le moyen-âge (3) ; avec la propriété de Vavenir, c'est-à-dire avec celle qui sera légitimée par la capacité seule, avec celle qui sera acquise par le travail pacifique et non par la guerre et par la fraude, avec le mérite personnel et non par la naissance; alors ce nouveau droit de propriété transmissible, mais seulement comme se transmet le savoir, sera respectable et respecté; car, avec lui, les habitudes, les passions anti-sociales connaîtront seules la honte et la misère, tandis que V opulence et la gloire formeront le noble apanage du travail, du dévouement et du génie (4). [Ibidem,)

(1) La banque sera le pivot autour duquel tournera l'axe social, les financiers juifs ou non seront les rois du inonde ; mais, si ces nouveaux maîtres s'avisent de vouloir mettre la société en coupe réglée, ils le pourront étant les possesseurs et les dispensateurs de la richesse. Quel recours la société aura-t-elle contre eux?

(2) Basée sur l'esclavage ou propriété de l'homme sur l'homme.

(3) Basé sur le servage ou propriété de l'oisif sur le travail d'aurui, que sous un autre nom nous subissons encore.

(4) La meilleure manière pour le travail, le dévouement et le génie, d'acquérir de la gloire, serait d'extirper du monde la honte et la

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