HM
La première lettre, le , h laquelle je crois devoir assiper la valeur gutturale de cl} ( fl hébreu) , comme plus précise que le k’h employé par M. Rawlinson pour le persan , la seconde , le |^J-j sch, la troisième, le ya , présentent dans les divers exemples les mômes formes ; et le peu de modifications me paraissent résulter d’inexactitudes dans le dessin, comme chez Le Brun . tab. cxxxi.
Quant à l'avant-dernière lettre , le sch , elle est aussi souvent exque par
primée par que par | ; et la dernière lettre a, qui est le même signe que pour ya |j^j , est omise dans plusieurs exemples. J’ai réservé, pour le citer en dernier lieu, le signe ,
qui , évidemment composé de deux signes distincts , et pjg| , ne forme ici qu’une seule lettre mixte, ce même rsch que j’ai rendu plus haut par la lettre slave f , et qui complète l’identité de l'orthographe du nom de Xebxès dans l’assyrien avec le persan et l’égyptien.
Le nom ACHÉMÉNÈS, en persan
/i a . k'h.a. m. n. i. sch. i. ya.
est, dans la troisième écriture, d’après Westergaard,
h *. cl) a .m.a. n.'sch.ya.
nÏÏMra
imiï3
Je connais treize représentations variées de ce nom . dont je présente cinq :
Westergaard, tab. XVH, 1. 7.
ik
Rich, tab. XV, l. 7
iK
Schuiz, tab. U , n® xi, 1. M.
Schulz, tab. VU, n® m, 1. 20.
rf
Flandin, tab. XXVI bis, 1.20.
Tl
TT
SÎKT’ ‘
SM
La première lettre de ce nom est constamment h. (la variante dans Rich, tab. xv, 1. 7, paraît une erreur dans la
copie , ne se trouvant dans aucun autre des nombreux exemples de ce nom). La seconde lettre est représentée par et
; elle me paraît avoir la valeur du n <^el hébreu . que je
DE PERSEPOUS.
rends par le d) guttural allemand, de môme que le signe
Le troisième signe est ^ m. L’exacte forme de cette lettre demande que la pointe horizontale supérieure soit plus longue que les deux autres. Ce signe est , de môme que dans la seconde écriture, d’une forme identique avec le w, ainsi qu’il est fa-
le nom
<Jt
tïï
Tf
m. te. a. r a . z. m. i. ya.); le w et le m étant dans l’assyrien de môme forme , tandis que le quatrième signe , le z j , montre la ligne horizontale du milieu plus courte que les deux autres. La véritable forme de cette lettre mixte (dsch ou ds = z) , qui se présente tantôt comme ^J, tantôt comme , et enfin comme mest l’une des plus difficiles à déterminer. La quatrième ettre, a- se trouve déjà indiquée par le nom d’Oromasde. Elle est omise dans quelques exemples du nom de Achéménès , de même que dans le persan , où elle est constamment sous-entendue dans le m. La cinquième lettre est <(<(] n. Elle est souvent remplacée
par
de concert avec
TT
; mais se trouve parfois employée ’un ou l’autre de ces signes équivalents, et
J'attribue au
du
de l’assyrien , qui remplacent le persan , une valeur gutturale = n j au m assyriens, en persan
, celle de la palatale forte k => p ; au signe assyrien
en persan
<1 » la valeur dc ,a P alala,c “P** kh = ^ ? enfin au assyrien , que le persan montre comme > une valeur palatale, sans que je puisse préciser si ce signe représente celte môme palatale 5 (khaf), ou la palatale douce A (ghimel).
sch. La dernière et
forme alors un redoublement. La lettre 3Ü * ou ü > n esl ÜX " primée que lorsqu’elle est précédée de l’une de ces quatre dernières formes de l’n; et elle paraît comme sous-entendue dans la première forme de cette nasale , le |^<( |. L’avantrdernière lettre est constamment représentée par le signe lettre , enfin , par les formes déjà expliquées de et encore par jEg , mais que je suppose représenter un s ou sch avec l’a sous-entendu : de sorte que la valeur de l’avant-dernière lettre se trouverait encore une fois reproduite; redoublement qui, dans l’assyrien, se présente aussi fréquemment pour la sifflante et les chuintantes, que pour les liquides.
Quant au nom de CYRUS, je le reproduis, quoiqu’en assyrien il se trouve (du moins sur le monument de Murghab) constamment représenté avec les mêmes signes, et, par conséquent, sans offrir des équivalents. Les nombreuses copies que nous possédons de la courte inscription dans laquelle ce nom se rencontre, le montrent, peu d’insignifiantes modifications de types
exceptées, comme
CO
kh u . r“. sch. Il est important
pour la connaissance c
es lettres kh , r et sch (le D, 1 et V de
l’hébreu), dont la première est d’un emploi si fréquent dans l’assyrien. Quant à la seconde et à la troisième lettre, la signification que ce nom leur donne nous montre des valeurs qui nous sont déjà connues pour d’autres signes de l’assyrien. Je dois faire remarquer un cas particulier qui se rattache à la lecture de ce nom en persan , où nous voyons khurusch écrit de deux manières différentes, comme
<ÏÏ
ET
( Rawlinsons detachcd persian inscriptions , fi), l’emploi inc rent des deux signes |n((j
et
iffé-
pour IV dans un même nom
DE PERSKPOLIS.
devant, à mou avis, jeter quelque lumière sur la méthode adoptée actuellement dans la première écriture , relativement à l’emploi de valeurs génériques différentes pour une môme liquide.
Alin de ne point limiter mes recherches concernant une matière aussi importante que la permutation des lettres, uniquement à des noms propres, je vais examiner à leur tour les autres parties du texte; et je choisis à cet effet des exemples tirés de l’invocation à Oromasde , comme elle se trouve reproduite le plus fréquemment.
11 faut remarquer (pie le texte, dans la troisième écriture, ne se présente point constamment pour toutes les inscriptions d’un sens égal , comme une traduction verbale du persan ; et que les mots ne s’y montrent point dans un même ordre ; ils se trouvent, de plus , souvent remplacés par des synonymes. Certaines paroles se reproduisent cependant , malgré ces obstacles, d’une manière identique et dans un nombre assez fréquent, en môme temps que sous des formes grammaticales analogues , de sorte «pie les lettres d’un type différent, mais d’une même valeur, qui s’y rencontrent , peuvent être déterminées sans aucune difficulté.
Je cite parmi les substantifs le mot «terre» fcïj
boumim (accusatif) en persan, qui, dans l’une des inscriptions rapportées par M. Lottin de Laval, est rendu en assyrien par 2E1 «“AV; comparez le chaldéen et W? >
fundus, solum ; puis l’arabe : i i, profundus fuit ; cette signification dans l’arabe montrant la terre comme opposée aux régions élevées, désignées par ou «r, ciel *.
ES
j pour
aiMlrll
“mit*.
Contrairement au persan , où le mot pour terre précède dans l’invocation constamment celui pour ciel, ce premier se trouve dans l’assyrien placé tantôt avant, tantôt après l’autre. Nous trouvons, de plus, le nom nakar pour terre, remplacé dans l’inscription C de Westerg aard, pi, xvt(a), et dans celle identique de Rich , pl. xv, par
, kh*s*t a nü (comparez le mot arabe analogue ; une autre forme de ce mot se trouve dans
Schulz, pl. h, n* xi, 1. 3 : ||| >■£<, que je ne considère néan-
et
donne
moins que comme une abréviation du précédent (les signes
étant identiques), et je le lis alors kh a — nu; ce qui nous a racine copte k ( kah ) , terre.
Nous trouvons le mot nakar écrit de cinq manières différentes :
Schulz, tab. VII, 1.3
Westergaard, lab. XIV a , I. i Flandin, lab. XXVI , 1. 17. . .
Westergaard , lab. XIV a, I. 7 Rich, lab. XV, 1.6
ITT
su.
Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes (Paris, 1836, p. 60), s'exprime sur ce mot : « Quant au sens, dcmdnm désigne ici , comme en zend , le ciel visible ou la voûte qui est supposée recouvrir la terre, et non le ciel considéré comme le séjour des bienheureux , qui sc nomme spécialement Béhescht. »
Effectivement, le mot assyrien que je lis dr, correspond le mieux avec le chaldéen!fc{ aër (voir Castelli Lex. hept., I , p.215), qui parait, vu le changement si fréquent de") avec % conforme à excelsus , élévation, asetndere.
Une forme plus rapprochée du chaldécn sc trouve encore dans le mot "VI mons , employé par métaphore pour cœli, comme dans le psaume xvm, j 18, Fundamenta montium (DH!!) eommovebantur , ce que l’on trouve reproduit dans Samuel, 11,22, 8, par Fundamenta aelorum (D*Otë^) eommovebantur. le remarque encore que dans l'ancien égyptien ar, signifiait s'élever. Voyez Burskn , Æfryptem S tel le in >ter Wellynchichle. vol. I, p. .H62.
DE PERSEP0L1S.
Les |^> n sont de forme égale ; mais laseconde lettre, le k J^jj ,
montre un équivalent dans | J (ne confondez pas avec 1 J/i). Les autres distinctions que l’on remarque dans cette lettre , vu la position inégale des deux pointes horizontales , ne sont point essentielles. Je remarque néanmoins que la diversité dans la disposition de ces pointes demande une attention particulière, quand il s’agit de distinguer la lettre (£), de ËJ: (/?) et de *Ë^(f), signes dont la valeur n’est pas toujours indiquée par la différente longueur des pointes horizontales, mais souvent parleur direelion variée. Quant h la troisième lettre, le r, celui dans la pre-
mière ligne , est le même que dans khurusch ( p. 34) p^J =iïet on peut se convaincre par ce substantif que les trois signes fl- 123 et fefl sont équivalents.
11 suffit de cet exemple pour démontrer l’emploi indifférent de ces lettres dans un substantif qui reparaît fréquemment , et dans le môme cas de déclinaison. Je ne multiplierai donc point les preuves que d’autres substantifs de l’invocation fourniraient encore, tels que
BuISl
haisch ,
isch.
isch , homme (comparez la racine isch, en hebreu), qui correspond avec le persan |<£- m*rtiy».
Je dois néanmoins citer encore un substantif qui n’appartient pas à l’invocation, mais qu’il est nécessaire de suivre dans les changements de ses signes, puisque la dernière lettre présente trois formes différentes : variation qui paraît la conséquence de désinences grammaticales , et aucunement le résultat de ces permutations qui nous occupent.
C’est le nom père , en persan
te
ffl.
f pila, et dans
l’inscription assyrienne de M. Lottin de Lava
If
louât , mot des plus remarquables par les conséquences philologiques qui s’y rattachent , comme il présente une analogie frappante avec le copte saidique Gs^jt' ( thiôt) 7 analogie que l’on chercherait en vain dans les dialectes sémitiques propres.
Nous trouvons ce mot écrit des trois manières suivantes :
Rich, tab. XV, 1.12
Westergaard, tab. XIV b, 1. 19 Westergaard, tab. XIV b, 1. 14.
Tnt
TT
.11 ri
ntîT
Tnt
Tl
.nu
JT
Tnt
Tl
Les deux signes m et |^ 4 <| ont la valeur de t et s, comme le prouvent des noms propres, et celui de la troisième ligne
parait être i ou y. Il y a donc ici évidemment des formes grammaticales , qui nous indiquent la circonspection qu’il faut apporter dans l’étude des équivalents, et qui surtout nous démontrent lit difficulté d’établir un système philologique circonstancié pour une langue dont on ne connaît pas les lois grammaticales.
Je n’examinerai point les adjectifs sous le rapport des transmutations des lettres. Le nombre de ceux qui paraissent dans l’invocation et dans la plupart des inscriptions qui nous sont accessibles, est peu considérable. Un adjectif qui se présente souvent est grand ou le plus grand, en persan ►flE W S J El w ■*. s a . rk' ,
et m 8 . s. i. sch. t a . Ces deux mots sont gé-
néralement rendus en assyrien par
21 grand, de môme en chaldéen chef; puis par
r '.wu, en hébreu
Je
considère ce dernier mot. vu la première lettre (dont la valeur
1 Voir Tnttam Lex., p. 1 18 ( Gtorgii frag . , p. 358 .
DE PERSEP0L1S.
est rsch) comme identique avec le précédent, mais dans une orthographe différente ; en supposant qu’il exprime le positif, et l’autre (r&.mi) le superlatif; je le lis rsch e .wu; le premier signe
remplacerait le ^T[ ; et le second, , les deux lettres ^
Les pronoms sont plus fréquents. Le pronom personnel moi
est généralement exprimé par IMS j han ou kh (comparez l’hébreu OJK; le copte memphitique *»kok , et surtout le saïdique &hk). Dans l’épitaphe de Darius, à Pïahhi-Roustam , ce pronom se trouve seulement écrit im le signe déterminatif des
noms royaux, précédant le kh. Quant au pronom relatif qui, lequel, il est représenté par deux équivalents distincts,
et
scheh (comparez HT en hébreu ). Le pronom démonstratif
celui-ci, ce » ^ ata 011 ^ iasa (P our lequel comparez
l’hébreu HTH et l’arabe Ijj,, qui, en assyrien, contrairement au persan , suit le substantif, présente les variations suivantes : lorsque le substantif nakar (terre) le précède, il est écrit
tantôt [JJ
et tantôt
Jÿ ; mais quand il suit
le mot khasatanü, synonyme de nakar, il se présente comme
par conséquent augmenté d’une lettre qui a la
valeur de t. Cette lettre (0 me paraît indiquer dans cette circonstance, aussi bien qu’en hébreu, le genre féminin du substantif, et cetto désinence ne saurait avoir aucun rapport avec les permutations des lettres. Quant à la circonstance que des deux noms synonymes pour terre, celui de khasatanü seul serait du genre féminin, ce cas ne saurait surprendre, puisqu’il se présente dans toutes les langues (comme la terre, le sol, etc.).
Je ne trouve qu’un seul nom de nombre ^ ouka (comparez le saïdique plutôt que l’hébreu iriK, puisque le 1 est
radical dans ce dernier mot), l’un, le premier. Ce mot s’échange souvent, dans les différentes inscriptions de l’invocation, contre l’initiale pour roi , ou contre les signes suivants IhRR - Des deux verbes de l’invocation , l’un j J»TT ; : :3| tenou (com-
verbe persan
’ïïT
(ada) y fecit. Je regrette de ne posséder
aucun contrô
e pour
a première lettre , que je n’ai adoptée que
zontales, signe avec lequel je n’ai jamais trouvé le JJ} échangé. Ce mot ne présente, du reste, aucune variation , excepté dans l’inscription de Nakski-Roustam , pour le n. Mais l’autre verbe synonyme (Ischokh’Hi ou d$okkh*n (comparez la
racine copte -xok perficere , finirc) se montre écrit de cinq manières différentes :
Schulz, tab. VH, l. 5
Westergaard, tab. XIV a, l. 2
GroUifcnd , tab. I, !. 5
Schulz , tab. Il , n° xi , 1. 4. . .
Taxier, tab. LXI 6,1.3......
La première lettre ne varie que sous le rapport du type , par la longueur différente des pointes horizontales , dontla disposition la distingue néanmoins suffisamment du signe pour uoum; elle me paraît donc la môme que le dsch ou ds — z dans ahourmazda de l’inscription de Flandin, tab. lxxxvi, 1 . 10 '. La seconde est constamment de môme forme ; sa valeur exacte ne m’est point con-
1 Voir pape 28.
nue ; mais , vu l'analogie de sa forme avec l'un des signes pour a , je crois pouvoir lui donner la valeur d’un o , c'est-à-dire d’un signe voyelle de l’hébreu avec Kholem . La troisième lettre du quatrième exemple se présente dans l’inscription de M. Texier, pl. lxi b, 1. 3, comme un cas isolé de redoublement avec la palatale suivante ; sa | J j . Les deux dernières lettres sont des plus inté-
valeur est k
ressantes; non-seulement elles écartent le doute sur le penché qui se montre équivalent avec kh, tandis que le précédent signe qui est droit, s’échange contre jjèfj k; mais elles indiquent encore la valeur d’un signe important, le C’est ce signe qui me met sur la voie exacte pour e déchiffrement du nom MJEBO , que, dans mon
Essai, j’avais lu Asdod, puisqu’il se montre dans le mot dscho khan comme équivalent au signe , que le nom propre
assyrien mmK ! 1 JauPn (la Grèce) , QflMgffil
Juna ,
Yuna, en persan, indique comme n. Ce signe est le premier du nom de la forteresse , et il reparaît encore comme initiale dans le nom d’une autre forteresse ( voir le monument de Ninive , pl. lv ). Je le lis donc comme no ou nou , mot qui se rencontre dans le nom de No- Anton (Thèbes) , qui paraît d’origine araméenne 1 ; et il doit signifier possessio, civitas. Si le dernier signe du nom était distinct, il serait alors facile de lire le nom, comme No-€tyaschzar . Voir, pour cl), le nom tyschyarscha, p. 31 ; pour sch.
' Voir l’inscription de Nakshi Roustam dans Westergaard ( Mém. des Antiquaires du Nord).
1 In die ilia erant quinque civitates in terra Ægypti loquentes lingua Chananitide.... civitas solis vocabitur una. Cf. S. Hibrontju Opéra, ed. Vallarsi. t. IV, p. 207, 295.
celui de Khurusch , p. 34; pour z, le nom iïïhh z a r®(A) T
de l’inscription de Nakshi-Roustam, en persan Le dernier signe indistinct enfin, a le plus d’analogie avec le
signe ((HS
de (fyshyarscha , comme nous trouvons le sch dans
Hac\)amanischya, p. 32, de la forme de En adoptant la lecture de No-€i)aschzaf , plusieurs villes d’un nom analogue se rencontrent parmi celles conquises parles rois assyriens, comme dans Nahum, iii, 8. L’analogie la plus prononcée est cependant celle avec Tlïn {Reyes, II, xv, 29), l’une des villes conquises par Tiglat Philesar. Il résulterait donc de cette lecture, non-seulement un nom différent pour la ville , mais encore pour le souverain , de ceux énoncés dans mon Essai.
Le lecteur bienveillant voudra pardonner cette petite digression sur No-tyaschzar à un auteur qui préfère être son propre Aristarque, que de laisser ce soin à des âmes charitables, qui pourraient se servir à cet effet des armes qu’il leur livre dans le
présent ouvrage , et que jusqu’à présent elles n’ont su trouver. Je reviens à ma matière sur les permutations des lettres, ou plutôt je la conclus.
Il serait inutile de pousser plus loin ces recherches : comme les changements que l’on observe dans les verbes, et surtout dans leurs préfixes, doivent être plutôt attribués à des formes grammaticales qu’à des permutations entre les lettres, et qu’ils promettent ainsi des résultats plus importants pour la grammaire que pour les recherches alphabétiques. J’appelle sous ce rapport
l’attention des philologues, particulièrement sur le verbe
vet ; facere, œdificarc (comparez l’hébreu HO œdificium, substantif du verbe HJ3 {voir page 40), comme il reparaît, dans les inscriptions de Persépolis, sous les formes grammaticales les
plus variées, ainsi que l’indiquent les préfixes et suffixes qui l’accompagnent.
Les exemples que je viens d’énoncer pour la permutation des lettres , et qu’il me serait facile d’augmenter d’un nombre bien plus considérable, doivent nous suffire pour examiner cette matière, relativement aux causes que lui assigne le major Rawlinson , et pour établir les principes du système que je présente à mon tour.
Nous avons vu que le major Rawlinson attribue l’existence des équivalents à quatre causes principales , dont la dernière nous fait connaître l’opinion de ce savant philologue quant à l’organisation phonétique des langues babylonienne et assyrienne, qu’il considère comme tellement minutieuse et travaillée que chaque forme aurait été désignée comme ne devant représenter qu’un son distinct et particulier, en même temps que l’artiste aurait été constamment exposé à confondre les caractères dans l’orthographe des noms (particulièrement des noms étrangers)'.
Je ne m’arrêterai point à la réfutation de cette assertion; comme il suffit des exemples de permutation tirés des différentes parties du texte, en dehors des noms propres, pour démontrer qu’il n’y avait point confusion de la part de l’artiste dans le choix des signes que M. Rawlinson croit d’une organisation phonétique minutieuse et travaillée ; il faudrait donc admettre de la part du sculpteur une singulière ignorance de la valeur de ces signes , supposition que l’habile interprète de la première écriture de Persépolis sera aussi peu disposé à admettre pour les sculp-
' Page 23.
tures persanes que moi. II reste donc k savoir si, en effet, le changement entre les lettres était conforme k des lois immuables , conséquence de la précision phonétique de la langue, ou, s’il y a lieu d’adopter exactement le cas contraire , celui d’une indifférence complète dans le choix des équivalents.
C’est ce dernier principe que j’adopte. Je ne suis aucunement convaincu d’une organisation phonétique précise de ces laugues, ou du moins je crois que , si jamais elle a existé dans le principe, tout effort pour la retrouver sera inutile, du moment que l’on voudra appliquer, ainsi que le propose M. Rawlinson, des lois tirées d’une langue japhétique k une écriture et une langue sémitiques.
Nous avons vu ce savant dans sa première proposition , où il s’occupe des causes des équivalents pour les consonnes , énoncer pour chacune d’elles deux formes, dont l’une aurait représenté la consonne comme sourde (mute ) , et l’autre comme sonnante , de sorte qu’en exprimant une dissyllabe , où la consonne aurait ôté médiale, il était permis d’employer l’une ou l’autre, ou les deux formes indifféremment.
Il est donc ici évidemment question d’un procédé grammatical uniquement applicable au sanscrit: car, dans les. langues classiques de la même famille, le terme de muette s’entend uniquement comme opposé k celui de liquide , et ce n’est que dans le sanscrit que la désignation de sonnante se rencontre en opposition de celle «le muette, ou plutôt de sourde.
Je conviens que l’idée est ingénieuse de se servir des divisions si multipliées de l’alphabet indien pour les appliquer k des langues dont le nombre de signes équivalents ne saurait être expliqué par les procédés alphabétiques ordinaires.
Ainsi, au lieu de se voir limité aux trois organes des grammai-
DE PERSÉP0L1S.
riens grecs , ceux des Indiens en présentent cinq , et , grâce à la division de chacun des organes adoptés par ces derniers, en deux variations génériques , les sourdes et sonnantes , dont chacune est soumise à l’aspiration (contrairement aux langues classiques, où les fortes seulement peuvent être aspirées), il résulte que les neuf formes différentes qui suffisent dans le grec pour exprimer les muettes se trouvent augmentées, à l’aide du système indien, jusqu’au nombre de vingt-cinq, y compris cinq nasales, quatre n . et un m, parmi les sonnantes.
Ce système pourrait paraître plausible , s’il était praticable , dans l’état actuel des recherches (vu la difficulté d’établir les valeurs variées de formes analogues), de fixer le nombre des équivalents pour chaque muette. Je doute que M. Rawlinsou, malgré les inscriptions plus nombreuses qu’il fut à môme de consulter sur les lieux mômes, ait pu déterminer la valeur des muettes dans une proportion analogue au système qu’il énonce.
Quant à moi, qui ai pris pour base les alphabets hébreu et copte, je trouve tantôt, pour une muette, une seule forme principale (indépendante des modifications. moins essentielles de type), tantôt deux et trois. Les résultats que j’ai obtenus sur la valeur exacte des différents signes, sont encore incomplets; mais les recherches auxquelles je me suis livré sur cette matière ont suffi pour me convaincre de l’improbabilité que le major Rawlinson, malgré les matériaux inaccessibles aux autres dont il dispose , aurait pu réussir à ranger les équivalents des consonnes de pair pour sa division en sourdes et sonnantes. Il est évident que, pour obtenir un pareil résultat, il faudrait supposer au major Rawlinson une connaissance exacte de ces mômes lettres , pour lesquelles nous lui voyons adopter une classification si précise.
Je ne saurais douter, vu le succès éclatant que ce savant a obtenu dans sa lecture de la première écriture de Persépolis, qu'il n’atteigne une célébrité tout aussi méritée dans les travaux qui se rattachent aux écritures babylonienne et assyrienne. D’autre part, il est naturel de supposer que les incomparables recherches de cet infatigable savant sur le persan, ont dû tellement absorber ses loisirs, que l’étude de la troisième écriture ( babylonienneachéménéenne) n’ait pu faire que de faibles progrès jusqu’au moment de la publication de la première partie de son mémoire.
J’en trouve la preuve dans la circonstance suivante : Le major Rawlinson, à l’aide des trésors inépuisables de Behistun, propose la rectification des valeurs de quelques lettres de l’alphabet persan , reconnues par ses devanciers , dont il adopte , à quelques modifications près, toutes les autres valeurs'. Je remarque parai i les caractères qu’il corrige les signes suivants : le , lu comme
î par M. Lassen , et que M. Rawlinson rend par jh: puis
rp
d’après le premier, et q d’après son successeur; enfin le auquel M. Lassen donne la valeur du 0, et que M. Rawlinson exprime par th,. ce qui, du reste, revient au même.
Or, ces caractères ont aussi peu la valeur que leur assigne M. Lassen, qui pour ses recherches était limité au persan, que celle que propose M. Rawlinson, malgré qu’il aurait été dans le cas de consulter la troisième écriture, qui nous fait connaître la valeur du premier et du troisième signe d’une manière incontestable, et qui offre pour celle du second signe une analogie des plus prononcées.
Nous avons vu que le major Rawlinson énonce 1 les noms de
1 Rawlinson' n Memoir, p. 17 et W.
1 L. rit., p. 29.
Pénis et de Susiana comme lui étant connus, et comme appartenant au nombre de ceux qui lui auraient fourni un alphabet assez étendu (a tolerably extensive alphabet) pour l’écriture babylonien ne-achéménéenne .
Mais comment concilier cette connaissance avec les faits suivants! Le nom persan (Susiane d’après M. Rawlin-
son), est rendu dans la troisième écriture par u.w*.kh a , et ce dernier signe, quoiqu’il paraisse avoir souffert des injures du temps sur la table de Nakshi-Roustam , présente néanmoins de la manière la plus distincte ce même signe |^j| > dont le nom de Cyrus , p. 34, nous a donné la valeur précise comme kh. La valeur du comme kh, ressort donc positivement de la comparaison avec la troisième écriture.
Mais c'est cette écriture qui nous fournitencore un autre fait non
persan, qui
moins intéressant : celui de la signification du ^
paraît dans un des titres pour le souverain , dans le mot ^ V
que M. Lassen avait lu comme narpa, et que M. Rawlinson suppose naqa, p. 49. M. Rawlinson cite, à l’occasion de ce titre , le cylindre du musée de Londres 1 , sur lequel ce nom se trouve dans une inscription trilingue qui , pour la troisième écriture , présente comme nom correspondant SI. Et pourtant le savant paléographe remplace le rp de Lassen par un q, malgré que le signe se présente sous les formes analogues de ^
de
ou
, dans le nom de Parsa , la Perse, comme rs, en même
temps que le de Westergaard, tab. xm G, 1. 1 , est rendu dans Rich, tab. xvin, n° 3 c, 1. 2, par [3. J’observe, que si la
1 Voir Grotbfend, Neue Beytrœge. 1840, p. 5.
valeur pour ce caractère ne se présente point avec la même certitude que pour le signe précédent, puisque l’on pourrait attribuer l’absence de la dernière pointe horizontale à une omission de la part de Rich ; l’analogie de la forme de ce signe avec ceux dont la valeur de rs est positive, suffit néanmoins pour la lecture que j’adopte , et qui me fournit une signification plus appropriée pour le titre, que Naiya ou Naqa.
C’est celle de narsa ( nasr ) ; et je trouve en hébreu "1?J ( nésér ), le diadème, le consacré; puis "VU (nasir), prince, comme consacré k Dieu. ( Voir Gesbmus, Handworterbuch, etc., t. h, p. 43.)
Je dois citer encore la troisième lettre, le ]<(J , mais je conviens que le major Rawlinson n’énonce point la connaissance des noms qui auraient pu lui montrer la valeur de cette lettre, et qu’il aurait fallu la tirer du néant , comme le fit Grotefend avec les premières valeurs des alphabets cunéiformes. Or,
, que M. Lassen lit en grec 9, et M. Rawlinson en latin th,
le
cette lettre si fréquente n’est autre qu’un s : = Jjn =
si vous comparez Sparda de la première écriture avec le JE 5 ' Spa(r)da de la troisième écriture, et
si vous remarquez que Sataghursch de cette
même écriture se trouve exprimé dans la première écriture KMKEKfrrei Salaghusch.
par
J’ai cru devoir suivre M. Rawlinson dans les corrections qu’il propose; mais je m’éloignerais de ma matière si je voulais encore examiner à l’aide de la troisième écriture cunéiforme plusieurs
* Le mot Spada , dans la troisième écriture , présente un des exemples de l’élision de IV, remarqués de même par Wcstergaard, pour la deuxième écriture.
DE PERSEPOLIS.
autres valeurs que ce savant adopte d’après ses devanciers. Je ne puis cependant passer sous silence la valeur de v, que M. Rawlinson continue d’appliquer au signe persan , et que M. I^issen avait adoptée' en faveur d’une de ces étymologies si incertaines quand il s’agit de noms propres, auxquels il me paraît étrange de vouloir constamment attribuer une signification quelconque.
Je suppose que si M. Rawlinson avait jeté seulement un coup d’œil sur les noms propres de la troisième écriture, il aurait dû reconnaître que le nom d 'Hystaspe ( voir p. 28), qu’il lit tantôt Vàshtâspa (p. i) et tantôt Vishtàspa (p. xxiii), ne présente dans cette écriture , avant la ligature pour az (que le nom Oromasde confirme), que deux signes, dont l’un est nécessairement t, et le premier sch. Il est donc évident que yfyj yY
du nom persan doivent être sous-entendus dans l’assyrien , ce qui peut avoir lieu pour une simple voyelle ou voyelle aspirée , mais ce qu’il est impossible d’admettre pour une liquide. J’adopte donc pour ce signe tout uniment la valeur d’un h ou d’un esprit rude , ce qui se montre en parfaite harmonie avec l’orthographe de ce nom en grec, 'Tarecairv/ç.
J’arrive donc tout naturellement à la conclusion que si M. Rawlinson avait appliqué à ce qu’il nomme babylonien -achém énéen l’étude nécessaire pour connaître les formes des consonnes qu’il veut diviser en sourdes et sonnantes , il aurait en môme temps rectifié les lettres du premier alphabet , ou plutôt aurait énoncé des corrections différentes de celles qui pourraient peutrètre à leur tour en amener de plus considérables dans sa traduction du persan. Je doute donc que le savant philologue soit parvenu à baser
' Die ail. Persitchen Keilinschriftrn. 1836, p. 42.
la belle hypothèse que nous lui avons vu énoncer, sur un principe aussi simple , mais aussi indispensable , quand il s’agit de la classification des lettres, que celui de les connaître.
Une autre objection au système qui résulte de cette première proposition du major Rawlinson, et qui suffit pour démontrer son système comme inapplicable , se trouve dans la difficulté de soumettre à des lois semblables , les sifflantes et semi- voyelles qui existent en très-grand nombre dans la troisième écriture de Persépolis. Ce sont ces catégories de lettres que les grammairiens indiens, malgré leur esprit méthodique, n’ont pu ranger dans des classes différentes; or, les sifflantes appartiennent exclusivement aux sourdes, ainsi que les semi- voyelles et les aspirées aux sonnantes.
Il est donc impossible que le major Rawlinson puisse classer les liquides ou semi-voyelles, tel que l’r, aussi peu que les sifflantes, à l’aide d’une méthode pareille à celle qu’il a énoncée pour les consonnes. Nous avons vu pour le seul mot nakar 1 (terre) trois formes de l’r des plus distinctes l’une de l’autre, et, quoique M. Rawlinson paraisse peu confiant dans l’orthographe de noms propres étrangers, les noms d’Oromasde, de Darius et de Cyrus peuvent au moins servir de contrôle au substantif que je viens de citer. Or, je n’ai point compté ici toutes les différentes formes de l’r que les inscriptions nous fournissent, comme il serait pour le moment trop hasardé de décider s’ils sont de types différents ou des modifications d’un même type. Je ne cite, non plus, comme preuve de la fréquence des formes variées pour cette
1 Page 30.
lettre, le M r dans ar ^ciel), comme il pourrait signifier I , et qu’il ne se rencontre pas comme équivalent des autres; aussi peu que le r dans Parsa, Parsatua, comme je dois lui assigner une valeur mixte, celle de rsch, telle que le r slave. Nous avons cependant vu ce signe comme équivalent dans Darius (Inscr. de Schulz, pi. viii, suite, lig. 22), avec les autres r de ce nom, dont Le Brun, tab. cxxxi, lig. 9, présente deux à la fois et ÜPH comme les équivalents d’un seul.
Quant à la sifflante , et aux chuintantes qui paraissent d’un usage plus fréquent que la sifflante (en admettant comme base pour le de la première écriture la valeur de sh (sch) que lui accorde le major Rawlinson , et sans y classer la lettre composée qui exprime r(rsch), aussi peu que celle que j’ai adoptée pour le (</wn{/m) copte), je crois qu’il suffit des équivalents qui se constatent autant par les noms propres Oromasde , Darius , Xerxôs , Cyrus , Hystaspe , que par les pronoms relatifs et démonstratifs que j’ai cités 1 (sans compter les équivalents dans les nombreuses combinaisons syllabiques formées particulièrement par des voyelles et des sifflantes) ; pour défier l’indo-germaniste le plus exercé dans la division générique de l’alphabet indien , de les caser au moyen du sanscrit.
Mais c’est encore en partie à l’aide de principes tirés de cette langue célèbre que nous voyons le major Rawlinson expliquer un autre fait distinctif de l’écriture assyrienne , celui de l’omission des signes considérés voyelles , pour lesquelles il admet en même temps la liberté d’être exprimées distinctement à volonté, selon le choix de l’écrivain.
' Page 39.
Il considère dans sa seconde proposition les sons des voyelles comme inhérentes dans les consonnes sonnantes, et peut-être aussi au commencement des sourdes; mais il admet qu’on avait l’option, pour plus grande intelligibilité, de représenter les voyelles à volonté par des signes distincts
M. Rawlinson émet donc pour les voyelles de la troisième écriture une théorie qui , relativement aux écritures cunéiformes , n’a, à mon avis, ni l’avantage de la nouveauté, ni celui d’être applicable.
Dans son ouvrage publié en 1836 sur la première des écritures cunéiformes trilingues, M. Lassen s’exprime ainsi’ :
« Car je crois avoir démontré que la voyelle a n’est écrite distinctement par un caractère que comme initiale , puis comme médiale avant Y h et d’autres voyelles; mais qu’elle est inhérente à toutes les consonnes quand elle n’est pas exclue par une autre voyelle. »
Cette opinion, comme elle est émise en allemand, langue que M. Rawlinson dit ne point comprendre, sera sans doute restée inconnue à ce célèbre philologue, quoiqu’il en ait adopté le principe pour son déchiffrement de la première écriture ; mais je m’étonne que, possédant le français, le major Rawlinson n’ait point pris connaissance des vues d’un juge aussi compétent que le savant commentateur du Yaçna, relativement à l’ancien persan , langue japhétique , qui se trouvent consignées dans le passage suivant du mémoire publié également en 1836 1 * 3 :
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* Oie ait Pertischcn Keilinschrifie.n , p. 16. Bonn, 1836.
* E. Boeîcoup , Mémoire sur deuar inscriptions cunéiformes , page 1<>0. Paris, 1836.
DE PERSEPOLIS.
« Nous avons montré, en ce qui concerne le Système de l’écriture persépolitaine considérée dans son rapport avec la langue de nos inscriptions , que cette écriture ne représente pas toutes les lettres qui sont étymologiquement nécessaires dans chacun des mots que nous trouvons sur nos monuments.... Ce désaccord (entre l’écriture cunéiforme et la langue de ces inscriptions) a été démontré à nos yeux quand nous avons eu constaté que le dialecte des inscriptions persépolitaines appartient à la famille des idiomes indo-persans, dans lesquels l’indication complète et régulière des voyelles est un des besoins de la langue et un des produits de l’écriture. Nous n’avons pas hésité à regarder ce désaccord comme résultat de la lutte de deux systèmes différents ; et, comme ces deux systèmes existent en Asie sous les noms plus ou moins exacts de sémitique et de japhétique, c’est à leur rencontre que nous avons attribué le peu d’harmonie qui se remarque entre l’écriture et le dialecte de nos inscriptions.
« Nous pouvons donc admettre comme établi le fait que le système d’écriture, qui occupe le premier rang sur les monuments de Persépolis , est d’origine sémitique , et qu’il a été emprunté à un peuple qui en possédait l’usage, par les Perses, qui ne le connaissaient pas auparavant. »
Quelque judicieuses que paraissent ces vues, M. Rawlinson n’a point cru devoir les adopter pour la première écriture cunéiforme; préférant suivre une voie semblable à celle indiquée par M. Lassen, et pour laquelle le désaccord entre la langue et l’écriture, qui pourrait paraître incommode pour le philologue, n’existe point. Si c’est, en effet, le prestige de l’harmonie entre la langue et l’écriture qui a porté le savant traducteur des tables de Behistun ii se prononcer en faveur du système indien pour la
première écriture, il est alors étonnant de ne point lui voir conserver ce môme principe relativement à la troisième écriture cunéiforme , qui , de l’aveu môme du major Rawlinson , doit ôtre supposée d’origine sémitique', aussi bien que la langue qu’elle représente’.
Je laisse alors à juger s’il est de la moindre probabilité que, dans une écriture sémitique, qui se distingue par la nature inconstante de ses voyelles , dont la présence paraît aussi peu de rigueur que l’omission constante , on puisse supposer la voyelle a inhérente aux consonnes; et cela d’après des principes distincts, tels que de limiter le cas aux sonnantes et au commencement des sourdes.
J’observe, du reste, que M. Rawlinson, aussitôt qu’il admet l’option d’exprimer (pour le plus d’intelligibilité) les voyelles à volonté, renverse lui-môme le système qu’il avait posé. Du moment qu’il y a des exceptions , et cela . dans une application aussi illimitée que celle qui résulterait de la faculté de pouvoir employer ou omettre indifféremment des signes pour les voyelles , aucune règle ne saurait être posée , et le principe de la nature inconstante de la voyelle se trouve de fait reconnu.
' Rawlinson’s Memoir, p. 40. As the éléments also of which ttae letters ( the Persian) are composed are identical with the elemental signs of the Babylonian and Assyrian alphabets, there is every reason to believc that the type of character was adopted in reference to those pre-existing Systems of writing, Systems with which his semitic conquesls must hâve rcndered the Persian monarch familiar.
* Rawlinson s Memoir, p. 21 Premising, at the same time, that I
see no sufficient grounds at présent to prevent us from attaching ail the languages which the various alphabets {of the complicated Cuneiform writing) are employed to rcpresent, to that one great family which it is the custom ( improperly enough) to designate as the scmitic.
L’objection la plus grave que j’adresse néanmoins au système de M. Rawlinson, relativement à cette matière, naît de la circonstance que ce n’est point uniquement la présence ou l’omission des voyelles qui frappe dans ce qu’il nomme les écritures cunéiformes compliquées, mais surtout ce fait si important de la permutation des lettres , comme il s’applique aussi bien aux voyelles qu’aux consonnes, pour lesquelles nous lui avons vu adopter la distinction entre sourdes et sonnantes.
Je prie le lecteur d’examiner les noms assyriens reproduits page26etsuiv.,et il se convaincra facilement que les changements entre les voyelles s’exercent sur une échelle bien plus grande que celle pour les consonnes. Il trouvera l’a , le ya, le ou, représentés indifféremment par l’un ou l’autre des signes pour les voyelles; il remarquera que l’écriture assyrienne , tout en affectionnant telle forme pour une voix plutôt qu’une autre, emploie néanmoins toutes ces formes non-seulement comme équivalentes les unes des autres, mais de plus les fait servir, comme dans l’hébreu, à l’échange entre les voyelles et les liquides , et particulièrement avec les aspirations et même les palatales.
Tel dans \e nom Daryavousch', le signe m , que le nom ahourmazda * nous montre hou , se trouve employé pour ya, ainsi qu’à la fin de ahourmazda, où il remplace le (Flandin, pl. lxxxvi, 1. 10) qui, dans ce nom, comme dans Ufyschyarscha, est souvent
dans
omis. Le signe 5^
qui.
Parsawa, si- Parsa), remplace dans Daryavousch le ha ou a , mais se montre dans
gnifie a (cette voyelle étant omise dans
1 Page 29.
* Pages 27 et 31.
(raxcu) grand, comme liquide. Le signe Rf| ou
, employé dans Hactyamanischya pour i ou ü, possède dans
Uwakha , en persan
de om, et, dans laiSEEiik M Katpathuka, en persan
Tc=«W[Wft!H<WÏ Katpathuka, celle de k, p.
Je dois donc adopter pour ces voyelles le principe, inconnu dans les langues indo-germaniques, que les mômes sons étaient, dans 1a troisième écriture cunéiforme de Persépolis , non-seulement représentés par différents signes équivalents, mais que plusieurs de ces équivalents servaient encore à exprimer différents sons.
Arrivant enfin à la quatrième question du major Rawlinson , où il traite des consonnes superflues qui n’étaient fréquemment introduites, ainsi qu’il le suppose, qu’à cause de l’euphonie, il faudrait à cet effet une définition plus précise , puisqu’à ma connaissance (peu d’exemples excepté)' la présence de lettres en apparence inutiles dans la troisième écriture cunéiforme, aussi bien que le cas plus fréquent du manque de lettres exprimées distinctement dans le persan , n’a lieu que pour les liquides telles que lesn, comme dans l’inscription de Schulz, IL xi. 14, et VII, ni. 20, où nous voyons deux n, et , exprimés en môme temps; et particulièrement dans la présence simultanée de deux r, ou de cette liquide et d’une sifflante; tandis que l’absence de cette lettre ou celui de l’s se remarque dans le contact de cette liquide dentale avec la sifflante et les chuintantes , ainsi que dans ses rapports avec les muettes dentales.
1 Voir le mol dtokkhan , p. 40.
1>E PERSEP0L1S.
Nous remarquons donc deux r, et dans Daryawusch ,
setr
<HKH , dans tyschyarscha, où l’a paraîtrait inutile, si cette
lettre ne se montrait point dans Parta et Parsawa , fondue en un seul son comme m '.D’autre part, M. Rawlinson a passé sous
silence, pour cette classe d’écritures, le fait (qu’il reconnaît néanmoins, ainsi que M. Westergaard, pour la seconde écriture cunéiforme’) de l’absence de la liquide dans certains cas. L’r disparaît donc dans Sparda, que nous voyons écrit Spada (p. 48).
Je considère, du reste, ces particularités comme basées sur des lois euphoniques exactes , et je crois pouvoir les comparer à celles qui, relativement à la disparition et à la transposition des lettres, se présentent comme analogues dans l’hébreu. Je ne cite, relativement k la transposition du sch avant l’r, contrairement au son qui, par la lecture des signes, résulterait pour la combinaison , que le cas analogue de la dentale t devant
la sifflante, que nous trouvons énoncé dans Ewald 3 ; mais je remarque que de semblables procédés s’appliquent dans une grande étendue k ces mêmes classes de lettres dans l’hébreu.
Je crois avoir démontré par l’examen des causes assignées par M. Rawlinson k la grande diversité que l’on observe dans l’orthographe des noms et paroles des écritures babyloniennes et assyriennes , que , du moins dans la troisième écriture cunéiforme de Persépolis, il n’en résulte nullement la conséquence
' Page 30.
* Voir N. L. Westergaard, dans Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes, vol. VI , § 12, Bonn , 1845; et Raiclinson’s Memoir, p. 34, London ,
* Ewald Kritische Grammatik der Hebraeichcn Sprachr, p. 125, §87, Leipzig, 1827.
58 TROISIÈME ÉCRITURE CUNEIFORME
qu’il énonce, celle « de ne point considérer ces variantes comme pouvant s’échanger d'une manière légitime, puisqu’il croit que leur emploi varié naît de la difficulté de distinguer les modifications relatives au pouvoir phonétique qu’elles étaient destinées à représenter’. »
J’ai, au contraire, acquis la conviction que ces variantes, ou du moins une partie d’entre elles, se suppléaient indifféremment, sans violer pour cela les lois phonétiques de la langue. Je suis de plus convaincu que la recherche des principes précis qui s’appliquaient à ces transmutations, ne saurait mener actuellement îi aucun résultat, et que l’investigation de leur cause doit être réservée à un état plus parfait de déchiffrement.
Je ne saurais donc espérer pour le moment d’autres éclaircissements sur cette matière , que ceux qui pourraient résulter de la comparaison avec d’autres langues ; méthode qui , si elle nous fournit des analogies avec les faits particuliers qui nous frappent dans l’assyrien (quelque imparfaite que soit encore la connaissance de son écriture), doit nous conduire nécessairement , à l’aide de ces rapports, à l’appréciation exacte des principes, et aux notions sur leurs causes.
Je vais le tenter, quelque faibles que soient mes moyens.
Il y a peu d’années encore que la science aurait cherché en vain la solution de ce problème. Aucune langue connue alors ne présentait des formes analogues à celles qui frappent l’investigateur dans les écritures babyloniennes et assyriennes.
Mais il fut donné aux temps modernes de reconquérir de l’oubli des siècles le vestige le plus précieux de l’antiquité : de retrouver
Page 24.
DE PERSKP0L1S.
cette preuve inappréciable de l’intelligeuce de l’homme, qui le porta dans l’enfance de la société humaine à reproduire les objets par des signes figuratifs, puis, lors du développement d’idées abstraites, lui suggéra l’emploi des symboles, et le conduisit enfin à l’expression illimitée des faits et des pensées, au moyen de caractères graphiques représentant les sons de la voix.
La contrée la plus reculée dans les annales de l’histoire est néanmoins celle qui seule nous a conservé les annales des temps primitifs; c’est celle dont sortit le législateur des Juifs, qui y puisa ces traditions précieuses pour l’histoire de l’homme, objet du culte des uns et de l’admiration de tous. C’est cette contrée encore à laquelle se lie , par des records conservés chez les principaux peuples de l’antiquité, la marche générale de la civilisation qui, même dans son apogée chez les Grecs, conserva les traces de l’origine chez le peuple où Pythagore avait puisé les éléments de sa doctrine, qui renferme les idées les plus sublimes en même temps que les notions les plus incompréhensibles.
Cette contrée glorieuse, c’est I’Égypte, avec ses monuments impérissables , recouverts des trésors de l’art graphique, mais d’un sens impénétrable jusqu’à nos jours. C’est en vain que l’homme exerça les efforts de son intelligence pour pénétrer les secrets qu’ils renferment; ce résultat inappréciable fut réservé à notre époque.
Un vaste génie , Cuampollion lejeune, jette enfin un jour éclatant sur ces ténèbres. Il découvre la clef de ces tableaux aux signes si variés , mais si obscurs ; il lit les hiéroglyphes ; il retrouve des sons là où la sagacité des érudits de tant de siècles n’avait reconnu que des faits figuratifs, ou des symboles renfermant un sens mystique.
Une faible étincelle , le déchiffrement incomplet de deux noms lui suffit pour reconstruire le système de l’art graphique des Égyptiens. Saisissant avec énergie le fil rompu au moment même que touché par Young', Champollion le renoue et le déroule pour la gloire de son nom , de sa nation et celle de son siècle.
Il repousse de suite toute combinaison syllabique; il étend au langage en général le principe que son prédécesseur avait osé à peine appliquer à des noms propres étrangers. Seul il énonce le sens que renferme le passage , devenu depuis si célèbre , de Clément d’Alexandrie; solution dans laquelle le confirme le profond savoir d’un illustre helléniste’.
Mais cette précieuse découverte, ce système unique en philologie, restait isolée, malgré la faveur avec laquelle les esprits les plus élevés l’avaient accueillie et suivie.
On reconnaissait la force du génie qui avait créé ce système , on l’admirait; mais le scepticisme osait encore refuser une évidence frappante, parce qu’elle était unique dans les fastes de l’art graphique.
L’illustre fondateur de la science hiéroglyphique appréciait suffisamment la différence qui existait entre la langue et les écritures de l’Égypte avec nos langues et tous les systèmes d’écritures connus; et cette conviction, que les systèmes paléographiques connus de son temps n’auraient pu modifier, se trouve exprimée dans le passage suivant de son célèbre ouvrage 1 * 3 . « La
1 Young, dans Y Encyclopédie britannique. Edinburgh. Suppl., vol. IV, part. i.
* Lettre de M. Lctronne, dans le Précis de Champollion , p. 401.
* Précis du Système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, p. 390. Paris, 1824.
DE PERSÉP0L1S.
langue égyptienne enfin n’avait i-ien de commun dans sa marche constitutive avec les langues asiatiques; elle en diffère tout aussi essentiellement que les écritures de l’Égypte diffèrent des anciennes écritures des Phéniciens , des Babyloniens et des Perses. »
Limité , lors de son insigne découverte , à chercher pour l’écriture d’un peuple chamite, qu’il venait de déchiffrer, des analogies dans les écritures sémitiques, elles ne pouvaient lui paraître qu’incomplètes.
Et cependant, ce sont ces dernières écritures qui, seules, se prêtaient à des rapprochements; et, tout en déclarant leur insuffisance, nous les lui voyons adopter.
Champollion le jeune avait donc reconnu pour analogies principales entre l’écriture des Égyptiens et celles des peuples sémitiques le système véritablement alphabétique des caractères phonétiques des anciens Égyptiens , et il se prononçait contre la nature syllabique de cet alphabet*. 11 adoptait, par conséquent, cette écriture comme consistant en un simple alphabet semblable à celui des Hébreux, des Syriens, des Phéniciens et des Arabes, abstraction faite du nombre de signes .
Les faits que nous lui voyons énoncer à l’appui de la thèse contre une union syllabique consistent , premièrement’, dans les preuves qu’un seul des caractères égyptiens phonétiques répondrait, alors, dans les noms propres grecs et romains, à plusieurs syllabes différentes, et que le signe hiéroglyphique, la inain, serait en même temps To, Ti, Tw, et un simple T, selon les différents noms où il se trouve représenté.
' L. rit., p. 57 et 316.
* L. rit., p. 57.
« Puisque (en suivant Champollion lui-même dans ses considérations sur cette matière, mes propres arguments ne pouvant posséder de force que par la reproduction textuelle des paroles de l’illustre écrivain) tous les caractères phonétiques seraient soumis à d’aussi fortes variations si l’on persistait à les considérer comme syllabiques , et puisque encore ils n’expriment évidemment, dans une foule de noms propres, qu’une simple consonne ou une simple voyelle , j’ai dû en conclure que les Égyptiens écrivaient à la manière des Arabes, c’est-à-dire que leur alphabet était formé de signes qui représentaient réellement des consonnes, et de quelques caractères voyelles qui, comme Yélif î , le xoaw j et le ya (jdes Arabes, n’avaient pas un son invariable, et se permutaient dans certains cas.
« Un second fait démontre mieux encore , que l’alpbabet égyptien n’était point syllabique : j’ai observé que les noms propres étrangers sont écrits tantôt seulement avec des signes qui ne répondent jamais qu’à des consonnes, et tantôt, toujours sur les mêmes monuments , avec une addition de plusieurs signes , qui répondent invariablement à des voyelles.
« A Philæ , par exemple , le nom de Tibère est écrit tantôt
TBPZ, tantôt TBPPZ, et enfin TIBPIZ
« Cette extrême variation dans l’orthographe des noms propres étrangers prouve que les Égyptiens n’avaient point l’usage de représenter toutes les voyelles en écrivant les mots de leur langue nationale, et que leur alphabet ne fut jamais syllabique, à moins qu’on ne veuille considérer comme tel celui des Hébreux, des Phéniciens, des Syriens, en un mot celui de la plupart des peuples anciens et modernes de l’Asie occidentale.
« Il faut le dire . et c’est ici le lieu de faire ce rapprochement
utile à la suite de cette discussion, l’alphabet hiéroglyphique égyptien avait, dans sa constitution même, abstraction faite de l’absence de quelques sons, du nombre et de la forme matérielle des signes, une ressemblance très-marquée avec l’alphabet hébreu.
« Nous voyons, en effet, la feuille ou plume (ainsi que d’autres signes équivalents) être, suivant l’occasion, un A, un /, un E, et même un O, comme le K ( aleph des Hébreux). »
I^es limites de mon ouvrage ne me permettent point de reproduire tous les développements que Champollion voue à la preuve de cette ressemblance ; mais ils se trouvent résumés dans les principes suivants de sa conclusion (p. 381 et 382) :
« A. 6. Les voyelles médiales des mots écrits en hiéroglyphes phonétiques sont très-souvent supprimées, comme dans les écritures hébraïque, phénicienne et arabe moderne. » Puis :
« A. 9. Les divers hiéroglyphes phonétiques destinés à représenter les voix, c’estrà-dire les signes voyelles, n’ont point un son plus fixe que YalejihR, le waiv 1 et \cjad> des Hébreux; Yélif | , le toatc j et Yya (S des Arabes. »
C’est donc uniquement sous le rapport de la présence ou de l’omission , comme sous celui de la variété des sons de la voix pour l’un ou l’autre de ces signes, que dans les langues sémitiques, l’on nomme communément voyelles, tels que le K, le 1, et le >,
auxquels j’ajoute le y et l’aspirée n , que l’analogie de l’écriture phonétique des anciens Égyptiens avec celles des peuples sémitiques se trouve basée.
Mais c’est évidemment la nature des consonnes chez les peuples sémitiques qu’il faut prendre en considération comme elle se montre distinctement séparée de celle chez les Égyptiens.
Les eonsounes des écritures sémitiques, quoique dans un nombre moins limité que celui dans la principale des langues japhétiques, le sanscrit, ne sauraient se remplacer réciproquement que par le manque d’une connaissance exacte de la valeur de l’une ou de l’autre d’entre elles, appartenant au même organe.
Nous ne pouvons donc pas comparer avec Champollion l’analogie entre la liquide Itoatcet la muette 3 beth (3); avec les échanges perpétuelles entre' le B hiéroglyphique , qui est la cassolette , avec le F ou W, qui est le céraste, avec la caille , qui est la voyelle ou, et avec le lituus, qui est aussi un ou et un F; aussi peu que mettre en parallèle le J ( ghimel ) , 3 ( caph ), p ( koph ), et le n (khct) y avec les nombreux signes hiéroglyphiques qui correspondent au £>, et surtout au k coptes. La quantité limitée de ces signes d’un même organe , ou plutôt de deux organes à portée l’un de l’autre, telles que les gutturales et les palatales, indique suffisamment que le nombre de ces signes ne dépassait point celui des modifications auxquelles les articulations sont accessibles par la douceur, la force et l’aspiration.
Il est, du reste, évident que Champollion n’attachait point à la ressemblance qui se montre entre l’égyptien et l’hébreu % à l’aide de la comparaison du son de quelques consonnes, les mêmes conséquences qui résultent de la nature des voyelles; comme l’on chercherait en vain dans son résumé général 1 * 3 d’autres preuves positives pour l’analogie entre les écritures égyptiennes et sémitiques , que celles que les voyelles lui avaient fournies.
Les rapports entre ces deux classes d’écritures ne sont donc
1 Précis, page 60.
* I. cit. . p. 60 et suivantes.
» L. cil., p. 380 à 386.
DK PERSKPOLÏS.
ÜÔ
que partiels, et je ne saurais les attribuer qu'à une filiation dont le contact ne saurait plus être tracé.
Ce n’est donc que pour des faits particuliers relatifs aux voyelles, ou plutôt pour ce que l’on a l’usage de nommer ainsi, que le système égyptien se retrouve reproduit dans le sémitique, et, môme en partie seulement ; comme je dois remarquer que , dans l’écriture hiéroglyphique , les changements de voix ne se limitent pas uniquement à quelques signes pour les voyelles , mais à un nombre considérable de caractères. Or, et c’est ici que la partie du passage de Champollion’, que j’ai indiquée en caractères italiques , est décisive dans ses conséquences :
« L’écriture phonétique égyptienne consistait en un simple alphabet, semblable à celui des Hébreux.... abstraction faite du nombre de signes. »
Ce nombre considérable de caractères, leur facilité à se prêter, malgré leur forme différente, à la désignation d’un même son, ne se retrouvent que d’une manière bien limitée dans les écritures sémitiques.
Je ne puis donc considérer que comme indirects les rapports de ces écritures avec celle des Égyptiens; tout en y reconnaissant les preuves d’un système identique dans l’origine , dont néanmoins la cohérence aurait disparu. Je retrouve dans l’hébreu et ses sœurs des vestiges de ce système né dans l’enfance de l’écriture , dont l’imperfection aurait admis une liberté illimitée pour l’expression graphique des sons ; mais je ne saurais adopter l’emploi si limité de signes variés pour un même son , tel que reparaissant dans les langues sémitiques, comme né directe-
1 Pricit , p. 57.
ment des principes phonétiques qui se rattachent aux hiéroglyphes.
Il reste donc une lacune immense entre le système merveilleux de l’Égypte , retrouvé par Champollion. le jeune , et les systèmes mêmes qui lui paraissaient offrir encore le plus d’analogie. Cette lacune résulte d’un principe, celui de l’existence d’un nombre de signes variés pour la forme, mais équivalents pour le son.
J’ai nommé les homophones.
Le système de Champollion se résume dans ce seul mot, qu’il a rendu si célèbre. 11 l’explique : « Chaque voix et chaque articulation pouvait être représentée par plusieurs signes phonétiques différents, mais étant de signes homophones '. »
Le principe que ce mot renferme, appliqué seulement au système phonétique de l’Égypte (et qui séparait ce système de ceux de toutes les écritures connues), avait, jusqu’à ce jour, dû être considéré comme unique.
Il ne l’est plus , si la solution que j’énonce pour les faits analogues qui se présentent dans les écritures cunéiformes araméennes , est adoptée.
C’est de savants , que leur nom éminent élève au-dessus de ces considérations mesquines, qui portent la médiocrité à passer ou légèrement sur des vues nouvelles, ou à les accueillir avec envie; c’est de savants tels que les Quatremère, Letronnb, Bcrnouf, que j’attends l’appréciation du système que je propose.
C’est sous les auspices de ces hommes compétents, que je
1 Précis, p. 381.
DE PERSEPOLIS.
place des faits que je crois dignes d’un examen approfondi et impartial.
Les résultats que le premier et seul j’ai obtenus dans l’interprétation de celle des écritures cunéiformes qui , par sa présence simultanée avec l’écriture cunéiforme des anciens Persans, se prête exclusivement parmi les écritures babyloniennes et assyriennes au déchiffrement, peuvent être considérés comme incomplets, en partie même comme erronés; mais il est certain qu’ils suffisent pour l’évidence des faits qu’il était important d’approfondir.
Je vais tenter de préciser ces faits , et de démontrer leur analogie avec ceux mêmes que Champolliou nous fait connaître pour l’écriture phonétique de l’Égypte dans le passage suivant 1 :
« En étudiant les noms propres hiéroglyphiques de souverains grecs et romains, j’observai que, pour l’ordinaire, le môme nom était écrit avec plusieurs signes différents, soit sur un même édifice ou sur un même obélisque , soit sur des édifices ou des obélisques divers. Je recueillis ces signes, et j’eus bientôt la satisfaction de retrouver la valeur de tous ces nouveaux caractères , confirmée par d’autres uoms propres hiéroglyphiques , dans lesquels ils exprimaient la même voyelle ou la même consonne que dans les premiers : il fallut donc reconnaître que les Égy ptiens employaient à leur choix un certain nombre de caractères différents , pour rendre la même voyelle ou la même consonne , et j'ai appelé homophones les signes destinés à exprimer un seul et même son. »
1 Prcci* , p. 50.
J’applique ce passage à l’écriture assyrienne; et je retrouve sur une même inscription les mêmes noms propres écrits avec plusieurs signes différents : tels que le nom de Daryawusch dans l’inscription de Schulz (tab. vin, suite), où il se montre écrit avec les types les plus variés; puis celui de ahourmazda, qui offre cette même particularité dans l’inscription de Flandin, tab. lxxxvi ; et en même temps je puis me convaincre que la valeur de ces différents caractères se trouve confirmée par d’autres noms propres , où ces signes variés expriment la même voyelle ou la même consonne. Je cite à cet effet le nom de (Hi) schtazp (p. 28), où nous retrouvons l’union syllabique pour jï>^| az, que nous avions remarquée dans ahouramazda (p. 26) ; puis celuijle Hacfyamanischya (p. 32), qui reproduit ces signes pour ya
et pour sch, que le nom de tyschyarscha (p. 31), nous avait montrés, mais relativement à cette dernière lettre sous deux formes différentes et ^ ; homophones qui se trouvent dans le nom de tyschyarscha , aussi bien dans les inscriptions de Persépolis que dans celles de Hamadan. Je me borne à ces exemples, comme le lecteur est à même d’en trouver facilement de plus nombreux à l’aide des noms propres que j’ai cités plus haut.
Nous devons donc reconnaître le fait, que les peuples araméens employaient de la même manière que les Égyptiens un certain nombre de caractères différents à leur choix, pour rendre la même voyelle ou la même consonne . or des homophones destinés à exprimer un seul et même son.
Champollion le jeune était arrivé' parla collation de plusieurs textes hiéroglyphiques à la conclusion : « Que les signes qui ,
1 Précis , p. 52.
DE PERSÉP0L1S. 69
dans les textes hiéroglyphiques se permutent sans cesse et indifféremment, sont ceux mômes que la lecture des noms propres grecs et romains nous a déjà fait connaître comme homophone s , et se permutant aussi dans ces noms, parce qu’ils expriment une môme consonne ou une voyelle semblable. »
Les mômes conséquences se présentent pour la troisième écriture cunéiforme. J’ai cité en leur lieu plusieurs mots du texte des inscriptions cunéiformes , et il serait inutile de revenir sur les faits qui résultent des mots variés dans leurs signes , tels que tulkar > P- 35; isch, p. 37 ;
dschokhan, p. 40, et d’autres.
L’illustre auteur du Précis, en appliquant les preuves des permutations des lettres particuliérement aux voyelles, cite celles que lui a fournies la comparaison de manuscrits funéraires hiératiques', telles que de trouver au lieu du signe hiératique’ des deux feuilles que présente le premier texte, un autre signe, celui des deux lignes inclinées, comme employées dans le second : ces deux signes exprimant également la voyelle i dans les noms propres phonétiques; puis de reconnaître dans le premier texte le signe hiératique des deux sceptres affrontés , là où le second offrira le signe hiératique d’un hiéroglyphe de forme recourbée, ou bien homophone ordinaire dans les noms propres phonétiques , où ils représentent également la consonne Z.
' Précis, p. 33.
* Champolüon le jeune définit l écriturc hiératique ou sacerdotale ( Précis , p. 384) comme une simple tachygraphie de récriture sacrée (hiéroglyphique), dont elle dérive immédiatement (la forme des signes étant considérablement abrégée dans ce second système;.
Les faits qui, pour la permutation des lettres, se rattachent A récriture hiéroglyphique, s appliquent donc également à l'écriture hiératique.
C’est ici qu’il faut remarquer que quelque nombreux que soient les changements que l’on remarque en assyrien pour les consonnes, ceux qu’une connaissance quoique encore incomplète de la valeur des lettres nous montre pour les voyelles , la sifflante et les chuintantes, ne sont pas moins fréquents. Je ne fatiguerai point le lecteur par la reproduction d’exemples , qui ont dû suffire pour le convaincre que la permutation des signes s’étend dans l’assyrien à toutes les classes de lettres dans un degré pareil à celui que Champollion nous fait connaître pour l'égyptien ; et que ce sont particulièrement les voyelles, les sifflantes et les liquides (classes auxquelles certaines divisions génériques du sanscrit ne sauraient être appliquées), où le changement de lettres est le plus évident. Nous avons vu dans ces exemples' les signes
et
employés indifféremment pour a, les signes Jÿ et ^ pour a ou ha; nous retrouvons encore ce dernier signe comme
remplaçant le ngjp quant aux liquides, il est tout aussi inutile de revenir sur les nombreuses formes de l’r (p. 35), sur celles du to, que sur les permutations pour la sifflante et les chuintantes.
Or, quelles que soient les modifications qu’une connaissance plus approfondie de l’alphabet assyrien pourrait apporter dans mes conclusions, le fait de l’existence des homophones se trouve établi pour l’écriture assyrienne avec la môme certitude que pour l’écriture égyptienne, et, de plus, il se présente pour toutes les deux dans un état analogue , vu l’application des homophones dans un
' Pages 26 et suiv.
Dans le nom
Hatyamanuschya de
l’inscription des Monument s de la Perse, pl. LXXXIV, I. 9, que j’ai omis dans la table comparative dccc nom, p. 32, puisqu'il est en partie incomplet, el que la plupart de ses lettres ne paraissent point exactement représentées.
emploi indifférent , sur lequel des modifications quelconques dans la valeur phonétique, si toutefois elles existent exceptionnellement, n’exercent aucune influence.
Le principe qu’il était pour nous le plus important de voir établi sur une base certaine, est donc celui de l’indifférence dans le choix des homophones, tel que nous le montre l’état actuel des recherches , qui ne fournit aucun indice qui nous puisse autoriser à admettre des valeurs modifiées pour les équivalents ; en môme temps que leur emploi qui s’étend encore à des classes de lettres , pour lesquelles des divisions individuelles ne sauraient être admises, exclut dans mon opinion, môme pour l’avenir, tout principe qui ne saurait être appliqué avec autant de droit h l’écriture phonétique de l’ancienne Égypte.
J’adopte donc le fait de l’indifférence et, par conséquent, de la liberté dans le choix des différents homophones pour une môme lettre , comme étant immuable ; et je le considère tel , malgré les modifications que des recherches suivies doivent apporter dans l’exacte appréciation du système identique qui comprend aussi bien l’écriture des peuples araméens que celle de l’Égypte,
abstraction faite des conséquences résultant de l’élément idéo-
graphique, que la nature composite des hiéroglyphes montre simultanément avec leur élément phonétique.
Je crois, en effet, entrevoir pour l’assyrien cette môme modification que M. Lepsius a reconnue pour les homophones hiéroglyphiques : celle de l’existence d’un nombre bien moins considérable d’équivalents que ceux qui y paraissent au premier abord; quantité qu’il faut attribuer dans l’assyrien, vu la nature simple de ses lettres , uniquement h l’imperfection des dessins qui nous sont parvenus jusqu’il présent, autant qu’il l’incertitude
qui règne sur -le type précis des caractères d’une forme analogue. Mais il serait présomptueux de vouloir décider, dans l’état actuel de nos connaissances dans les écritures araméennes, sur des questions dont la solution se rattache aux progrès éminents que l’étude des hiéroglyphes a faits de nos jours, surtout par les admirables travaux de M. Lepsius.
Quels que soient néanmoins les changements que l’avenir peut apporter dans ces connaissances , ils ne sauraient affecter l’identité que j’ai reconnue entre le système de l’écriture phonétique de l’Égypte et celui de la troisième écriture cunéiforme dans le principe des homophones, dont je crois avoir démontré l’existence et l’emploi indifférent dans cette écriture avec assez de certitude pour pouvoir quitter ce sujet, et examiner à leur tour les autres preuves do l’analogie entre les écritures araméenne et égy ptienne.
J’arrive donc k un autre fait remarquable, celui que j’ai déjà mentionné lors de la comparaison entre l’écriture hiéroglyphique et celle des Hébreux , et qui fournit une des preuves les plus frappantes des rapports du système de récriture phonétique de l’Égypte, avec celui de la troisième écriture cunéiforme; mais sans être exclusif k ces deux écritures comme le fait précédent , relatif aux homophones.
J’ai reproduit en leur lieu' les vues de Champollion sur les signes voyelles des Égyptiens, qu’il considère comme ne possédant point un son plus fixe que celles des Hébreux , des Arabes et des Syriens , de sorte qu’un signe hiéroglyphique et ses homophones représentaient suivant l’occasion des voix différentes; en môme
' Page 63.
DF PERSÉP0L1S. 73
temps que, comme chez les peuples sémitiques, les voyelles médiales des mots écrits en hiéroglyphes phonétiques étaient très-souvent supprimées.
C’est ce principe , d’une si haute importance et particulier aux langues sémitiques, que Champollion avait retrouvé dans le système des hiéroglyphes phonétiques ; c’est ce même principe qui reparaît encore sous les formes les plus distinctes dans le système de l’écriture cunéiforme des peuples araméens.
Nous avons vu le même signe ainsi que ses homophones employés successivement pour des voix différentes. Un môme signe le
, s’est présenté' tour à tour comme hou et comme a dans Ahourmazda, et comme ya dans Ikiryaumck ; un autre, le | ^ | remplace dans ce même nom les valeurs a ou ha, en même temps qu’il y représente la liquide te, valeur qui paraît la plus générale pour ce signe ; il se montre encore comme a dans Parsawa' et comme ü dans Hactyamanüschiya 1 * 3 .
Ce fait intéressant n’est donc point douteux pour l’assyrien. 11 y est évident pour les voyelles, et s’y présente en outre appliqué aux liquides et aux aspirations ; de sorte que je crois devoir le désigner à l’avenir par une appellation appropriée.
De même donc que l’on est convenu de comprendre sous le nom à' homophones tous les signes de forme variée qui s’appliquent à une même voix ou à une même articulation , de même je crois pouvoir comprendre sous une désignation générale , celle d'homotypes, toutes les lettres de la troisième écriture cunéiforme qui , pour une seule forme , admettent plusieurs sons.
1 Page 27 et suiv.
* Page 30.
* Voir page 70, la note 2.
lo
Ce n’est nullement par la vanité déplacée de copier un grand homme dans des détails, que j’énonce cette dénomination nouvelle , et cela pour un fait déjà connu dans les langues sémitiques ; mais par la persuasion que les progrès dans une science, dépendent en grande partie de l’emploi de termes précis et distinctifs pour les différents éléments qui la composent.
Le nom d 'homotype employé pour ces signes d’une valeur indéterminée , telles que Yalef, le to aw, le jad, le heh et le aïn en hébreu, que plusieurs philologues modernes nomment à tort voyelles ', mais que l’on saurait aussi peu désigner, quel qu’ait été leur état primitif, comme aspirations ou liquides, lève toutes les difficultés qui se rattachaient à la qualification du principe que ces signes représentent, et cela aussi bien pour les écritures sémitiques propres, que pour celles de l’Égypte et les écritures cunéiformes.
C’est ici qu’il faut revenir sur cette particularité remarquable , qu’une même forme pour plusieurs sons ne s’étend pas uniquement en assyrien aux voyelles dans leurs rapports réciproques , mais encore dans ceux avec les aspirations et les liquides ; comme
employés comme voyelles, comme liquides et comme aspirations; mais nous retrouvons encore dans des cas analogues qui parait avoir servi aussi bien pour exprimer y, que j 1 ;
le
de ces dernières entre elles. Nous avons vu les signes et ^
1 Le nom de titterœ quittcibiUs, employé en hébreu par les anciens grammairiens , est mieux approprié à la nature passive de ces signes j mais il n'indique pas en même temps leur aptitude à se prêter à des sons différents.
Le signe
, qui représente en persan le
m assyrien, est lu par le
major Rawlinson comme y, et par M. Lassen comme j.
DE PEBSEPOLIS.
*>“1 qui en assyrien remplace en môme temps le m et
puis le to persans'.
Je crois devoir citer à ce propos l’opinion de M. Lepsius, sans néanmoins me prononcer définitivement sur les vues , du reste si judicieuses, de ce savant, relativement à la nature des caractères (dans l’écriture égyptienne) dont l’élément essentiel aurait été dans l’origine l’aspiration et non la voyelle inhérente ; de sorte que ces caractères auraient pu changer aussi bien de prononciation , que les lettres analogues des alphabets sémitiques.
M. Lepsius (dans sa Lettre à Rosellini, p. 42) reconnaît que la plupart des caractères voyelles de Champollion se trouvent parfois remplacés dans les variantes par des aspirations.
Ce fait vient donc à l’appui des exemples que j’ai cités dans l’assyrien ; quelles que soient les causes que ce savant lui assigne , et <pie , tout en convenant de leur vraisemblance , je ne pourrais actuellement approfondir, je suis convaincu de l’exactitude de l’application du fait môme, relativement à l’écriture que je traite ; puisqu’il suffit, à cet effet, de voir dans l’assyrien, aussi bien que dans l’égyptien , des caractères identiques changer de prononciation non-seulement pour les voix , mais encore pour l’aspiration , jusqu’à se trouver modifiées par l’action organique, dans l’influence partielle qui constitue la semi-voyelle ou liquide, et dans celle, plus complète, qui forme la muette : ainsi que nous en avons
Le cas qui se montre en assyrien d’une seule forme
qui exprime
en môme temps m et w, se présente dans l'égyptien d’une manière analogue. Le passage suivant de M. Bunsen, 1. cit., vol. i, p. 326, qui énonce « que le'6 égyptien était tellement aspiré, qu’il change souvent avec u ( ou }, et que les Grecs le rendent par m , » explique ce fait avec vraisemblance.
TROISIEME ECRITURE CUNEIFORME
l’exemple pour le signe
, qui se montre (p. 47 ) eomme u dans utcakha , et comme k dans katpathuka (p. 56).
Mais en même temps que je reconnais dans la troisième écriture les homo types (ce même principe qui, affecté aux langues sémitiques, se retrouve dans l’égyptien, et cela dans des circonstances parfaitement analogues) , j’y remarque encore une autre propriété tout aussi distinctive des voyelles dans les langues sémitiques, et que Champollion le jeune établit pour les hiéroglyphes phonétiques'. C’est celle de la suppression partielle des voyelles médiales. Nous avons vu l’illustre savant énoncer le nom de Tibère’ comme étant écrit tantôt TBPZ, tantôt TBPI'L, et enfin TIBPIÏ.
Nous retrouvons des formes analogues dans l’assyrien. Tel le nom de Darius est écrit tantôt DARYAWUSCH, tantôt DRYAWUSCII, et encore comme DARYWUSCII; le nom d’Achéménès , tantôt UA^MANUSCHYA , tantôt HAt^MNU- SCHYA, et enfin HAGL^MANSCIIYA . Nous remarquons ce fait encore pour les voyelles finales comme dans AHURMAZD et AHURMAZDA ; puis dans (&$SCH Y A RSCH et ClqSCII YARSCHA , où l’a , dans la dernière syllabe , se trouve aussi souvent exprimé qu’omis; il se montre enfin jusque dans les voyelles initiales, qui disparaissent comme le i ou plutôt le hi dans le nom de Hystaspe qui se présente SCHTAZP; et l’a dans un nom incomplet que je lis RTA, ( A)RTA ) , qui se trouve sur le fragment d’une inscription dans la troisième écriture de Persépolis 1 * 3 .
1 Page 381.
* Page 62.
1 Dans le fragment d’une inscription que M. Lottin de Laval a rapporté de Persépolis, et que le célèbre voyageur a reproduit sur l'un des deux dessins
DE PERSEPOLIS.
La suppression partielle des voyelles est donc un fait aussi constant dans l’assyrien que dans les langues des Égyptiens et des Hébreux . et se présente d’une manière aussi distincte que celui d’une môme forme pour exprimer différents sons.
J’ai traité ce dernier fait , celui de l’existence des homotypes dans l’assyrien , uniquement sous le rapport de la concordance évidente qui en résulte avec le système des écritures sémitiques et égyptienne.
Avant de quitter ce sujet, je dois cependant énoncer encore d’autres conséquences moins directes, mais tout aussi importantes, qui se rattachent à la nature indéterminée de ces signes; conséquences qui, de plus, s’appliquent également à des classes de l’écriture cunéiforme , qui se trouvent séparées entre elles , sous le rapport graphique et philologique, d’une manière aussi distincte que l’assyrien et le persan ; de sorte que les observations qui se présentent, s’appliquent également à ces écritures si différentes :
que je dois à sa bienveillance , on rencontre un nom propre ( vu la présence de la pointe isolée qui les distingue) dont il n’existe que trois signes
, que je lis a. rta, et que je suppose appartenir
au nom d’Artaxerxe, qui doit présenter en assyrien une forme analogue.
Les autres noms du fragment , qui se trouve à droite de la figure du garde persan , sont reproduits dans le cours de l’ouvrage , ainsi que plusieurs autres mots du texte , qui tous s’accordent (quoique présentant en partie des signes équivalents) avec l'inscription de la table xviii de Rich.
Je remarque que l’écriture cunéiforme , sur la pierre placée au-dessous de la tête casquée du guerrier assyrien , est celle de Khorsabad , et que les lettres de la brique qui se trouve au-dessous de la figure babylonienne (exécutée, ainsi que les signes qui l’accompagnent, d’après un cylindre), sont dans le babylonien primitif. Toutes ces figures et inscriptions proviennent de la collection de M. Lottin de Laval, excepté les signes qu’on remarque sur la dernière pierre à gauche, qui sont tirés de l’une des inscriptions trouvées par Rich à Babylone (représentée table vni de son ouvrage).
preuve de leur origine commune , et d’un système primitif identique.
Je veux parler de cette absence inexplicable de certaines voyelles ou diphthongues, que l’hébreu et le grec nous ont conservées pour les noms propres persans et assyriens, et que la lecture de la première écriture telle qu’elle est adoptée actuellement, ne saurait reproduire.
M. Lassen, qui énonce l’absence de ces voix pour le persan', émet l’opinion que l’a de l’ancien persan se serait conservé intact, sans se diviser comme dans le grec en ë ou ô, vu qu’il n’existe point de signe pour représenter ces sons dans la première écriture. « On pourrait objecter, » continue M. Lassen, « que l’a du zcnd se change en ë dans certains cas; mais comme le système euphonique du zend a subi des changements importants de son état primitif, on ne peut juger de l’ancien persan d’après cette langue. Je crois qu’il ne serait point applicable de former notre jugement sur les voyelles des anciens persans , d’après la manière qu’Hérodote , contemporain de ces inscriptions et de l’existence de l’ancienne langue de la Perse, emploie pour rendre les noms persans, puisqu’il est facile de remarquer que cette tendance pour le changement dans la manière de rendre les noms persans et d’autres noms étrangers en grec , agissait aussi bien sur Hérodote que sur les autres Grecs. »
Je ne puis partager ces vues relativement au persan ; et quant h l’assyrien , je suis convaincu de l’existence d’un nombre bien plus considérable de voix que celles qui résulteraient de la lecture de la première écriture d’après le système de M. Lassen.
Ueber der Keilinsrhriften t8i6, p.2i2.
DE PER8ÉP0LIS
l^a Bible nous a conservé des noms propres babyloniens et assyriens, tels que liclschazar, Nebucadnezar, Tujlat Philesar, et tant d’autres ou Yé domine aussi bien que les voyelles dites primitives.
J’ai dit, dans mon Essai', combien le rétablissement à priori de la valeur des voyelles dans des langues dont il ne reste que des vestiges graphiques , présente de doute ; de sorte que je ne saurais admettre pour la valeur des voyelles d’autre système que celui résultant de l’usage.
Je puis appliquer cette maxime aux voyelles des Assyriens; du moment que (éloignant la théorie née du sanscrit sur l’existence primitive de seulement trois voyelles, tandis que les autres seraient nées de la fraction , du redoublement et de la jonction , et par conséquent du changement de ces trois voyelles primitives) j’adopte avec Volney pour voyelles tous les sons simples , indivisibles , que le gosier peut émettre, et que le caractère sémitique de l’écriture assyrienne nous permet de considérer comme sous-entendues ou dans ces signes d’une valeur vague et indéterminée , nommées en hébreu erronément voyelles, ou indifféremment dans les consonnes. Je me trouve alors à même d’adopter telles analogies que d’autres langues nous font connaître , au lieu de me trouver arrêté par un système euphonique qui , résultant seulement d’une théorie , se montre en désaccord avec les rapports précis que l’usage dans d’autres langues nous avait conservé.
J’adopte donc le principe que certains signes assyriens, tels
q« e a a ei bi - ufl , se prêtent, avec la même facilité que le K, 1, *, H et y dans l’hébreu , au son des voyelles é ou o, ou de la diphthongue ao; et qu’ainsi il serait
' E*$ai , p. 34.
plus juste de lire <&t). sch. é. r. sch . é, que Cl), sch. ya. r. scha ; Ha. clje. m. é. n. u. schya, que Ha. d). a. m. a. n. ü. schya, attribuant k
et
, dans les deux noms, la valeur (massorétique) de ségol ; puis sous-entendant dans le (cl>) et (m) du second nom, é au lieu de a. Je considère la lecture que je propose comme la plus vraisemblable, et je regrette de n’avoir pu la mettre en usage dans le présent ouvrage d’une manière plus développée, particulièrement pour les noms propres , vu que ces mêmes lois sont encore ignorées dans le persan , en conséquence du système indo-germanique que M. Lassen a introduit dans la lecture de cette première écriture ; de sorte que , pour ne point compliquer un premier déchiffrement par une lecture différente de la langue qui lui sert de base, j’ai dû renoncer k l’application immédiate des principes euphoniques que je viens de discuter.
Je crois néanmoins devoir appeler l’attention des savants qui s’occupent exclusivement de la première écriture cunéiforme, sur l’inopportunité du système adopté actuellement dans cette écriture ; mais j’ajoute que je n’aurais point abordé cette matière si je ne croyais point que mes vues s’accordassent avec les résultats obtenus par un savant dont la haute autorité est reconnue.
Je parle du caractère sémitique, que nous avons vu que M. Burnouf (page 53) a constaté pour la première écriture cunéiforme qui, sous ce rapport, se trouve en désaccord avec la langue qu’elle représente. J’adopte donc comme une des conséquences de la nature sémitique de l’alphabet persan , de pouvoir applic tels que le
uer k ceux de ses signes considérés comme voyelles, yÿÿ , le y y , le j^jy] et peut-être le <£-
, cette même
faculté que je viens de reconnaître pour les signes analogues
dans l’assyrien : celle d’appliquer des voix variées à chacun de ces signes.
Du moment que l’on veut reconnaître , pour les caractères dits voyelles du persan , cette môme nature indéterminée des signes voyelles dans les langues sémitiques , la contradiction qui résulte de l’absence de certaines voix, disparaît; puisqu’il est dans ce cas aussi naturel de considérer le le
lîl
comme e que comme a ,
comme o ou ou , aussi bien qu’en hébreu le K et le 1 ; en
même temps que les différentes voix sans se limiter uniquement aux voyelles dites primitives, peuvent être sous-entendues dans les consonnes en général , d’après la méthode que les analogies dans les langues étrangères dont la prononciation nous est connue, indiquent à cet effet.
Je me suis limité pour la méthode que je propose aux analogies que présentent l’hébreu et le grec , langues dans lesquelles, malgré les changements euphoniques que le temps y a introduits , l’existence des voix é et o ne saurait être douteuse. Je dois surtout faire observer que des considérations semblables ont dû se présenter à Champollion pour le Système phonétique qu’il a appliqué aux hiéroglyphes, où le é et le o se trouvent adoptés, quoique ces voyelles n’y présentent point, à ma connaissance , des signes distincts. Nous voyons, en effet, des signes hiéroglyphiques, tels que la plume et ses homophones, employés pour a, en même temps que pour é et o; de sorte que la présence de ces deux voyelles, qui, dans l’égyptien, seraient aussi bien sousentendues ou représentées par des signes vagues que les voix dites primitives, ne formerait point une des preuves les moins importantes pour les analogies que j’ai reconnues entre l’écriture de
l’Égypte , celle des peuples sémitiques et les écritures cunéifor-
mes : et jusqu’à se reproduire dans un système graphique qui représente une langue dont l’analogie avec le sanscrit est certaine , mais qui dans sa prononciation paraît s’en être éloignée aussi bien que le zend, avec lequel le persan offre une similitude non moins frappante.
Je conviens de la satisfaction que j’éprouve de trouver dans ce fait la confirmation des vues que j’ai adoptées dans mon Essai pour l’écriture assyrienne.
J’écrivais en 1845' : « Si le système graphique de la première écriture cunéiforme, où domine un idiome japhétique, montre ce mode varié dans la représentation des voyelles, qui tantôt se trouvent exprimées distinctement , et tantôt sont sous-entendues , ce qui rend les recherches douteuses; à plus forte raison ce même caractère de l’hébreu , qui dans l’origine , ne paraît point avoir possédé des signes distincts pour les voyelles , et ne mettait en évidence que ces signes au son indécis, tels que K Yalcf, Ile waw et » le jad, doit être supposé pour toute langue appartenant à la même famille. »
Ce qui alors pouvait ne paraître qu’une hypothèse hardie, je suis heureux de pouvoir le reproduire aujourd’hui comme un fait constaté.
Une investigation consciencieuse nous a fait retrouver ce même caractère des signes dits voyelles de l’hébreu , dans l’assyrien; elle confirme, de plus, la nature sémitique de l’écriture persane; elle nous mène enfin sur la trace de l’origine de son système dans l'égyptien.
Tels sont les traits les plus marquants , qui rattachent les écri-
1 Essai, p. 13.
turcs sémitiques, non-seulement aux hiéroglyphes phonétiques, mais, d’une manière aussi certaine, aux écritures cunéiformes.
Convaincu de la réalité des résultats que j’ai obtenus , je m’arrête aux conséquences qui résultent de leur application analogue dans ces différentes écritures , sans m’aventurer dans la recherche de leurs causes. Il suffit de la conformité évidente de ces faits dans ces divers systèmes, pour nous dispenser d’en examiner les motifs, dont nous n’avons pas toutefois à redouter la connaissance.
Je me contente donc d’avoir reconnu ces faits analogues dans les écritures araméennes, et d’avoir réussi dans leur application.
Le moment n’est pas encore arrivé de soumettre l’assyrien à ces discussions approfondies que nous voyons appliquées de nos jours à l’étude de l’égyptien. Jusqu’à l’époque où les progrès dans le déchiffrement de l’écriture assyrienne se prêteraient à de pareilles recherches , nous devons nous contenter d’étendre le principe si simple énoncé par Champollion le jeune , pour l’écriture sémitique aux écritures cunéiformes araméennes : savoir, que le motif déterminant des peuples sémitiques, pour n’écrire habituellement que les consonnes et les principales voyelles des mots, aura été sans doute le même qui guidait les Égyptiens dans une semblable pratique '.
L’analogie dans cette pratique une fois reconnue dans l’écriture cunéiforme araméenne , la sagacité et la persévérance employées de nos jours dans les recherches philologiques sauront approfondir à leur tour les causes des faits dont je me borne à prouver l’existence. Je suis convaincu que des suites d’une portée qu’actuello-
1 Précis , p. 317.
ment on ne saurait même conjecturer, se rattacheront un jour k la découverte de l’identité que j’énonce entre les systèmes des écritures égyptienne et araméenne ; en même temps que les progrès obtenus individuellement dans la connaissance de ces deux écritures, serviront k leur développement réciproque.
Les questions les plus importantes en philologie , comme celle
que M. Lepsius soulève ' relativement k un état syllabique primitif, représenté au moyen de signes simples, état par lequel toutes les écritures plus développées que nous connaissons auraient passé pour arriver k l’état de la simple consonne qui ne donne plus d’indication de la voyelle inconstante, pourraient être résolues k l’aide des éléments moins mêlés des écritures cunéiformes, où le principe phonétique ne se trouve point confondu comme dans l’égyptien avec le principe que l’on nomme idéographique.
Je ne poursuivrai pas plus loin les conséquences qui se rattachent k l’œuvre immortelle de l’homme incomparable , dont le génie reconnut un système jusqu’alors unique, que celui énoncé dans le présent ouvrage, vient confirmer ; systèmes qui, réunis, semblent destinés, dans un avenir plus ou moins prochain, k donner les résultats les plus éclatants.
Je viens de résumer les traits généraux dans lesquels la troisième écriture cunéiforme de Persépolis se rencontre avec l’écriture phonétique de l’Égypte; j’ajoute k ces analogies principales quelques cas isolés de concordance entre ces deux écritures, sans néanmoins vouloir attacher, pour le moment, k ces rapports, quelque frappants qu’ils paraissent, d’autre valeur que celle de
' Lettre à M. Ro*ellini , p. 36.
DE PERSÉP0L1S.
similitudes fortuites qui pourraient aussi bien se présenter dans des écritures appartenant aux systèmes les plus contraires.
Je dois donc faire remarquer, qu’en môme temps que dans toutes les écritures connues de l’antiquité , les noms propres des personnes ne se trouvent jamais désignés par une marque particulière , ceux de l'Égypte sont indiqués par le cartouche, et ceux de l’assyrien par une pointe verticale isolée ' ; mais que , également dans ces deux écritures , aucun signe particulier n’accompagne les noms des divinités, puisque la formule initiale qui, dans l’égyptien , précède les noms divins tracés en ligne courante, et le signe d’espèce, dieu ou déesse, qui les terminent, ne sauraient être considérés comme des marques plus distinctives que le caractère figuratif, homme , terminant les noms de simples particuliers*.
L’autre fait que je vais énoncer concerne le pluriel , qui , dans les textes hiéroglyphiques , est exprimé par le lituus , suivi de trois petites lignes perpendiculaires 3 13^), ou bien par la caille,
suivie de ces trois mômes lignes 3 Dans l’assyrien, le
pluriel se présente dans un signe formé par une pointe perpendiculaire que traverse une ligne horizontale, suivie de trois triangles , forme dont la disposition montre de la ressem-
blance avec celles des deux hiéroglyphes.
Je dirai encore que l’on ne se contentait point 4 , pour les hiéroglyphes égyptiens , de tracer, soit le premier, soit les deux premiers signes , ou môme le premier et le dernier signe phonétique
' Voir page 28.
’ Précis , p. 8'*.
* Précis, p. 75; Table générale , n° 23 et 2». ‘ Page 324.
d’un certain nombre de mots, et surtout de ceux qui revenaient le plus fréquemment dans un texte. Ces mêmes observations s’appliquent à la troisième écriture cunéiforme : n ous y voyons le titre pour roi constamment exprimé par l’initiale que je crois identique avec celui de fils par j|^| h Le nom Dieu est simplement exprimé par le signe * ; celui de province par S’ , ou, au pluriel, par ce signe deux fois répété avec le signe m , qui, quand il s’agit d’exprimer les dieux, se trouve également ajouté à l’initiale De plus, le mot khasatanii (terre) se retrouve dans une autre inscription, abrégé en kha-nü ( voyez page 36), en ne présentant que le premier et le dernier signe de ce mot.
Enfin il arrive * que les textes hiéroglyphiques présentent, quoique assez rarement, certains caractères liés entre eux de manière à former un tout qu’on pourrait prendre pour un seul signe, casque Champollion n’attribue qu’au caprice de l’écrivain,
* Aucune racine des langues sémitiques ne présente , à ma connaissance , le H (A) comme initiale pour fil*; mais on trouve dans le copte memphitique filii ( Peyron Lex, p. 330), et dans l’ancien égyptien, Hun, jeune personne , adolescent (Bunsbn, l. cit., t. I , p. 594).
1 Le signe | a, comme initiale pour Dieu , serait applicable au nom
chaldécn (arabe Si, *Vj), comme cette dénomination s’applique,
pour le pluriel, aux dieux, DVTfrK» tandis que (H1ÎT) u ’ est employé
par les Hébreux que pour le Dieu uniqu e.
* La valeur de ce signe penché m est inconnue ; mais, vu d autres
cas analogues, je suppose qu’elle représente une modification dans la valeur
du même signe droit * Page 3V7.
puisqu’il fut a môme de s’assurer que deux caractères liés dans un texte , étaient tracés isolément dans l’autre : il appelle donc ces groupes des ligatures. Nous remarquons dans la troisième écriture cunéiforme des unions d'après ce môme principe, puisque certains signes, qui paraissent au premier abord des monogrammes, montrent dans d’autres inscriptions la forme distincte des lettres que l’on croyait unies dans des signes particuliers et inconnus, comme dans fils (comparez la racine saïdiqueojE)', que l’on reconnaît dans le dessin de M. Texier (tab. lxi, b, 1. 19), composé Y yT , placé horizontalement, et de tandis que dans
de
d’autres inscriptions cette combinaison paraît une nouvelle lettre ; puis dans le signe
, du nom Achéménès de l’inscription de M. Texier, tab. xxxix, 1. 19, qui , dans d’autres exemples de ce nom, est remplacé par les lettres MM
nu.
Je ne poursuivrai pas plus loin ces rapports partiels ; quelque intéressant qu’il soit de les remarquer, ils ne sauraient consolider ce que je crois avoir établi sur des bases plus certaines , et notamment sur ce fait unique en philologie, les homophones , principe qui, reconnu pour les hiéroglyphes phonétiques, trouve dans l’assyrien une application non moins complète.
Que le système que j’ai établi soit sujet à controverse, qu’il soit accueilli avec plus ou moins de faveur, toujours estril constant qu’il exclut, dans l’état actuel des connaissances philologiques, toute autre explication du phénomène qui nous occupe ; et, assu-
1 Peyron /.ex, p. 282.
rément celle, que le savant auteur' du Mémoire sur Behisttin a tiré du sanscrit avec une sagacité que j’admire; mais qui ne saurait convenir pour une époque qui a vu éclore le système de
* Au moment môme où j’achève l’impression de cet ouvrage, le troisième chapitre du Mémoire de M. Rawlinson vient de paraître : il traite de l’alphabet de la première écriture cunéiforme , et le système indo-germanique y est maintenu, mêlé à des principes qui , comme ceux de M. Westergaard pour la seconde écriture, se rattachent à un état syllabique des lettres, en adoptant la disposition de certaines consonnes pour l’une ou l’autre voyelle exclusivement.
Dans une Note annexée à cette seconde partie de son Mémoire, on trouve l’alphabet persan appliqué systématiquement (l’aspiration des sonnantes exceptée) aux lois étymologiques du sanscrit , et cela dans toute leur étendue, ou plutôt au delà des limites que les grammairiens indiens avaient ou auraient pu imaginer, jusqu’à diviser les semi-voyelles et les sifflantes en sourdes, aspirées et sonnantes j mais, en même temps, le système euphonique employé dans les précédents chapitres est renversé complètement dans cette note.
M. Rawlinson (contrairement au principe émis page 53 de ce môme Mémoire, que l’alphabet persan n’admet point les développements artificiels de guna ou de vriddhi ) , énonce donc spontanément dans cette note page 177, que la voyelle primitive est susceptible d’ôtre affectée par le guna ou vriddhi; et il applique, par conséquent, au persan, de la môme manière que dans le sanscrit, les diphthongues aiet au; il reste à savoir si l’anomalieque M. Lassen a signalée entre la prononciation des noms propres du persan avec celle que nous ont conservée la Bible et les Grecs, pourra être vaincue aussi facilement à l’aide du système que M. Rawlinson développe, que par la méthode que j’ai adoptée. — Je dois remarquer, comme conséquence du nouveau classement systématique du savant philologue, que je n’ai pu examiner qu’à la hôte , qu'il
affecte les résultats obtenus précédemment: ainsi la lettre , pour laquelle
M. Rawlinson avait reconnu la valeur de kh dans les précédentes parties du
Mémoire, se trouve, dans cette note, assimilée au
m (■ k sourd), malgré
(representee en assynen par
que le nom Cyrus montre la lettre persane ^
|T^| ) comme identique avec le 3 de EHD* Le nouveau système que
M. Rawlinson adopte pour le persan dans cette singulière note est, du reste, identique avec celui pour l’assyrien , dont je crois avoir suffisamment démontré le peu de chance. Je remarque seulement que si le babylonien achémé-
DE PERSEl’OLlS.
Champollion le jeune pour les hiéroglyphes phonétiques, auquel je suis heureux de pouvoir rattacher, à l’aide d’une analogie distincte qui rend toute hypothèse superflue, celui que j’ai reconnu.
Je termine cette discussion ; elle doit suffire pour le but que je me suis proposé , et ne saurait embrasser toutes les conséquences qui se rattachent à l’union que j’ai retrouvée entre le peuple dont Thèbes nous a conservé la gloire , et les nations puissantes dont les derniers vestiges jonchent le sol de Persépolis.
C’est à cette union que s’appliquent les considérations les plus élevées pour la connaissance de la marche de la civilisation , des langues et de l’origine des peuples les plus célèbres de l’antiquité.
Quelque limité que puisse paraître le fait de la concordance entre le système graphique de l’Égypte et celui des contrées limitrophes , seul il jette un jour éclatant sur la filiation dans les connaissances de leurs habitants primitifs. Je considère la question si longtemps agitée sur l’origine de toute civilisation , des idées religieuses et morales, des sciences et des arts, comme se ratta-
néen lui fournit trop de lettres pour les caser, le persan , au contraire , lui fait défaut de la moitié des signes nécessaires; de sorte que les lacunes dans soixante-six divisions du savant voyageur «relativement au persan) pour autant de lettres sourdes , aspirées et sonnantes dans leur union syllabique avec les trois voyelles , sont comblées à l’aide de douze traits (-) , pour indiquer autant de lettres qui manquent ; quant à quatorze des valeurs pour les lettres qui lui restent, elles sont distinguées par autant de signes d’exclamation ( ! ) et d’interrogation (? ) , pour marquer les irrégularités et les points douteux ; en même temps que pour compléter le cadre , trente-sept valeurs se trouvent exprimées par quinze caractères seulement , dont chacun est deux ou trois fois reproduit dans sa forme identique.
chant h celle de l’origine de la science la plus indispensable pour les progrès de la civilisation, l’écriture.
J’ai donné la preuve de l’union qui existe entre les systèmes graphiques des Araméens, des nations sémitiques et celui de l’Égypte; cette nation « que son génie, » ainsi que s’exprime l'illustre savant qui dirigea l’ouvrage mémorable , base des notions actuelles sur l’Égypte « isole tout à fait des autres; » et pour laquelle on ne saurait oublier « que sa religion, ses arts, ses connaissances, dont elle a mis l’empreinte sur ses ouvrages, ne sont absolument qu’à elle »
La supposition si naturelle d’attribuer la découverte de l’écriture à cette nation chez laquelle, seule, se rencontre la méthode primitive de la reproduction d’objets visibles, que la nécessité rendit par la suite phonétique en appliquant, d’après un procédé aussi simple qu’ingénieux, au signe figuratif l’initiale du nom de l’objet que ce môme signe représentait; cette supposition se trouve confirmée par l’existence , chez les peuples voisins , d’un nombre de caractères dépassant les besoins pour l’expression des sons , système qui ne saurait être expliqué que par l’adoption d’un modèle étranger, et, nécessairement, de celui qui, chez les Égyptiens , était résulté de l’application phonétique de leurs nombreux hiéroglyphes. Si nous avons réussi à établir la transition du système , malgré la différence paléographique de la forme de l’hiéroglyphe et de la lettre cunéiforme (différence qui ne saurait être considérée comme un obstacle , vu qu’une abréviation ou un changement de la forme se rencontre chez les Égyp-
' Jonari) , Detcription de l’Egypte. Paris, mdcccxviii (Antiquités, Mémoire», t. Il , p. 11 et pasxim.
DE PERSÉl’OLlS.
tiens mêmes, dans les écritures hiératique et démotique), il sera tout aussi facile de retracer au moyen des écritures cunéiformes araméennes jusqu’à leur origine commune dans l’Égypte , les différents systèmes que l’apparence plus précise de leur alphabet en séparait; depuis le persan cunéiforme, que je suppose renfermer ces mêmes principes phonétiques que les écritures sémitiques possèdent en commun avec les écritures de l’Égypte et de l’Assyrie, jusqu’à celles des Grecs et des Romains adaptées au génie des langues qu’elles représentent, mais dont la tradition attribue l’origine à un peuple araméen, les Phéniciens.
C’est encore à l’identité des systèmes d’écriture entre les Égyptiens et les Araméens que se rattache ce fait remarquable des rapports entre les langues de ces peuples, analogie dont le déchiffrement de la troisième écriture cunéiforme nous a démontré la réalité.
C’est ce fait important que , le premier, j’ai fait connaître dans son application; mais dont le principe se trouve énoncé par un des plus doctes écrivains , qui vivait à une époque assez rapprochée de l’existence de ces langues.
Nous lisons dans le Commentaire sur Êsaïe , de saint Jérôme : « Donc, quoique nous soyons établis depuis fort longtemps en Égypte, et que nous vivions au milieu des ténèbres de ce monde, nous ne pouvons parler la langue hébraïque , mais la langue chananéenne, qui est intermédiaire entre l’égyptien et l’hébreu.... et qui a le plus de rapports avec l’hébreu '. »
1 « Ergo et nos, licet sancli qaamdiu in Ægypto su mus, et in istius mundi versamur tenebris, non possumus loqui Iingua Hebræa, sed lingua Chananilide quæ inter Ægyptiam et Hebræam media est.... et Hebrææ magna
Une allusion à ce fait parait se rencontrer dans un passage reproduit par le grand orientaliste auquel, ainsi que s’exprime Champollion le jeune', on doit l’importante démonstration , « que la langue copte était la langue égyptienne elle-même, » et dont l’érudition inépuisable nous fournit encore des indices pour les rapports de cette langue avec celle de Chanaan.
J’explique donc, par l’existence de ces rapports, le passage suivant de M. Quatremère* : « L’auteur syriaque de la vie de saint Ephrem, publiée par J. -S. Àssemanni ( Iiibl . or., Cl. Vat., t. 1 , p. 41), rapporte que ce saint, dans un voyage qu’il fit en Égypte, alla voir l’abbé Bischoi; mais, comme tous deux ne savaient que leur langue maternelle , il leur eût été impossible de s’entretenir ensemble si Dieu n’avait accordé à saint Bischoi le don de parler facilement la langue syriaque, et à saint Ephrem celui de s’exprimer également en égyptien. »
Cette citation me paraît aussi significative que la précédente de saint Jérôme; et le doute qui pourrait s’élever, en raison des désignations différentes qui se trouvent employées pour la langue araméenne, disparaît par les passages suivants du plus
ex parle confiais. » (8. Hjkronïhi Opéra, ed. Vallarsi, l. IV, p. 296. Veronæ , 1735.)
Ce passage précieux est cité par Adelung (Vater) dans le Miihridate, t. III, i" part., p. 76, mais sans que l’auteur veuille admettre les conséquences qui en résultent pour la parenté entre les langues de l’Égj pte avec celles des Hébreux et de Chanaan.
Je dois remarquer, mais seulement comme une supposition relative au principe ( la matière même m’étant étrangère) , que l’application du copte au phénicien me parait essentielle pour lever, dans cette langue araméenne, les obstacles qui jusqu’ici résultaient de l’insuffisance des langues sémitiques ; propres) pour l’explication des langues de Chanaan.
’ Précis, p. 375.
* Recherches sur la langue et la littérature de l'Egypte, p. 13. Paris, 1808.
DE PERSEP0L1S.
érudit des Pères de l’Église, qui ne nous montrent sous ces noms variés que les idiomes d’une môme langue :
« Il est incontestable que les villes d’Égypte qui ont subsisté jusqu’aujourd’hui . parlent la langue chananéenne , c’estrà-dire le syrien'. »
« .... Ce qui est prouvé autant par la langue des Syriens que par celle des Chaldéens, qui a le plus de rapports avec celle des Hébreux * »
« .... Sont écrits dans la langue chaldéenne que celui-ci ( Daniel) appelle syrienne 1 * 3 . >»
« LaChaldée, terre de Chanaan 4 . »
« Nous appelons maintenant Syriens le peuple qui . anciennement, portait le nom d’Àssyriens 5 . »
Tout commentaire de ma part serait superflu, puisque l’harmonie entre les langues assyrienne, syriaque , chananéenne , chaldéenne et celle des Hébreux , est énoncée par l’auteur môme qui nom» conserva l’indice précieux sur l’analogie entre les langues égyptienne et araméenne, dont l’identité avec le syriaque est reconnue. Je n’ajouterai point d’autres preuves que fourniraient encore les opinions de tant d’écrivains, me bornant à reproduire celles que le savant orientaliste . que j’ai déjà cité au sujet de
1 « Civilates , quas usque hodie in Ægypto, lingua Chananitide , hoc est Syra, loqui manifestum est. » (S. Hib»., I. IV, p. 207.)
* « .... Syrorum quoque et Chaldæorum lingua testatur , quæ Hebrææ magna ex parte confinis est.» (L. cit., t. IX, p. 453. Præf. in libr. Sam. et Malachim ( Regum).
1 « .... Lingua scribuntur Chaldaica quam vocat hic ( Daniel ) Syriacam. » (L. cit., t. V, p. 628.)
k « Chaldæam , quæ est terra Chanaan. » ( L. cit., t. IV , p. 170.)
' « Ergo quos veteres Assyrios nunc nos vocamus Syros. » (/„. cit., t. IV, p. 209.)
l’analogie entre l’égyptien et l’araméen, nous donne encore sur celle entre l’araméen et les langues babylonienne et assyrienne : « La langue araméenne fut plus tard en usage chez les Assyriens. Cette langue se retrouve également chez les Chaldéens de Babylone au temps de Daniel »
Nous voyons donc , dans un accord constant , les différentes langues que j’ai employées dans mon travail pour les analogies avec l’assyrien; mais je ne marque ici que la concordance que j’ai reconnue entre cette dernière langue avec celle du peuple qui, seul, peut avoir fourni aux nations araméennes les éléments de leurs connaissances.
Une question des plus graves pour l’ethnographie se présente comme conséquence de cet accord : c’est celle sur son origine.
Faut-il le considérer comme la suite de rapports limitrophes, de migrations, de conquêtes, comme le ferait présumer le passage de saint Jérôme déjà cité, page 41 : « A cette époque, il y avait en Égypte cinq villes qui parlaient la langue chananéenne.... une d’elles sera appelée la ville du Soleil (Héliopolis)* ; » et du Deutéronome, ch. h, i 23 : « Les Havuim, de même, qui habitaient à Chaserim jusqu’à Hazzah , en furent chassés par les Caphtorim qui, étant sortis de Caphtor, les exterminèrent et s’établirent à leur place 3 , » passage dans lequel le docte évêque Cumberland trouve la conviction que ces Caphtorim et Philistim sortirent de l’Égypte ou devons-nous l’attribuer uniquement à l’origine com-
' Quatiibvèrb, Mémoire sur les Nabatéens. (Nouveau journal asiatique, 1835, p. 212.)
* S. Hibr. , t. IV, p. 295.
’ « Et Havuim habitantes in Chaserim usque Hazzah , Caphtorim egredienles de Caphtor perdiderunt eos et habitaverunt pro eis. » k Cf. Origines genlitnn antiquissimæ , p. 24. London, 1724.
DE PERSEPOLIS.
mune dont los traces se seraient conservées plus iutactes entre les descendants de Sem et de Cham , que parmi ceux de Japhet?
Je ne saurais décider ces questions; mais j’ai la conviction qu’elles doivent conduire à l’exacte appréciation des passages suivants de l’Écriture sainte' :
J’avais cité dans mon Essai le passage : « Ët les fils de Sem furent Hclam et Assur 1 . » J’y ajoute:
« Et les fils de Cham furent Chus, Mizraim, Phuth et Chanaan 3 . » »
« Et Chus engendra Nimrod*. »
« Babel fut la capitale de son royaume, et Erech.... dans la terre de Sinear\ »
« Et de cette terre même sortit Assur, qui bâtit Ninive 6 . »
Le commentaire en est simple : Chus, les Éthiopiens, Mizraim, l’Égypte, Chanaan, les Phéniciens sont d’une même branche. Une des tiges de la branche chamite est Nimrod, Babylone, qu’occupait avant lui le Sémite Assur, que nous retrouvons en Assyrie. De là la fusion des deux races chamite et sémitique , qu’indiquent leurs langues et leurs connaissances analogues, mais dont l’origine se rattache à Cham.
Je m’arrête ici.
Je livre ces pages au public savant avec la profonde conviction de la réalité du système que j’ai établi , mais en même temps
* Genèse, ch. x, passim.
1 « Et filii Sem , Helam et Assur. »
* « Et filii Cham , Chus , et Mizraim , et Phuth , et Chanaan. »
4 r Et Chus genuit Nimrod. »
* r Et fuit principium regni ejus Babel et Erech.... in terra Sinear. »
* r Et terra ipsa exiit Assur, et ædificavit Niniveh. »
sans me dissimuler l’insuffisance de mes moyens pour son parfait développement.
Je forme des vœux ardents pour que ces matériaux deviennent, dans des mains plus habiles que les miennes , dignes de se rattacher k la gloire scientifique de notre siècle , la découverte des hiéroglyphes phonétiques.
Mais, du moins, que quiconque me suivra dans ce travail y apporte l’amour pour la science , plutôt que des passions égoïstes qui entravent le progrès 1 que* cette étude des inscriptions cunéiformes, k laquelle je me suis voué avec passion, ne tombe que dans les mains de savants véritablement dignes de ce nom !
On passera alors sur les erreurs que j’ai pu commettre , et l’on gardera la mémoire de ce que j’ai su accomplir.