‹ Exposé des éléments de la grammaire assyrienneChapitre 114 sur 178 · FRAGMENT DES TABLETTES PHILOLOGIQUES DE KOYOUNDJIK · texte numérisé non relu

FRAGMENT DES TABLETTES PHILOLOGIQUES DE KOYOUNDJIK

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Ces tables n'ont pas été rédigées au hasard; mais maintenant comment. expliquons-nous la loi qui préside à l'agencement des signes idéographiques, dont cependant nous comprenons déjà le sens de la manière la plus certaine? Il y a là des obscurités que la science n’a pu encore éclaircir, et qui nous laissent entrevoir, lorsque la langue assyrienne sera pour nous sans mystères, de nouveaux mystères à pénétrer et de nouveaux horizons à parcourir.

Les difficultés les plus sérieuses commencent, en effet, dès qu'on veut se rendre compte de lorigine de ces formes, auxquelles nos systèmes graphiques ne nous ont pas habitués; car, de mème que quelques formes ont sufli pour reconstruire tout Île système de la conjugaison assyrienne et nous permettre de saisir le génie de la langue, on pourrait croire que les formes idéographiques que nous avons observées pourraient suflire pour reconstruire le mécanisme des expressions idéo= oraphiques, et nous rendre compte des nécessités qui l'ont fait adopter des Assyriens ainsi que des conditions avec lesquelles il est passé dans leurs habitudes graphiques. Mais, pour comprendre ces formes, 1l faudrait connaitre la langue primitive pour laquelle le système anarien a été inventé. Or cette langue ne nous est encore connue que par des fragments incompréhensibles eux-mêmes dès que l'assyrien ne vient pas les expliquer. Si cette langue nous était connue, 'on y trouverait peut-être, en suivant le développement de l'idée exprimée par les siones, leur raison d'être dans les nécessités de cet idiome, et le verbe nous apparaïitrait sans doute, comme en égyptien, exprimé par un caractère symbolique modifié par des flexions qui variaient suivant les temps. suivant les voix, suivant les personnes ou les modes. Serait-il

téméraire de supposer que ce phénomène se soit accompli chez un peuple qui parlait une langue analogue à celle dont les mscriptions médoscythiques nous ont conservé les débris? Je ne le pense pas; toutefois, malgré les rapports que l'observation a déjà fait découvrir, je ne me dissimule pas les difficultés que cette opinion fait naître, aussi je me contente de rappeler ces analogies sans chercher à les expliquer. Il reste une chose certaine, cest que nous pouvons, ici plus que dans toute autre analyse, nous convaincre que l'écriture anarienne provient d'une origine étrangère à l’Assyrie.

Chez ce peuple inconnu la conjugaison d’un verbe pouvait sé présenter, pour nous en tenir aux personnes, sous Ja forme d’une expression phonétique ou idéographique fléchie par la juxtaposition des pronoms. L'écriture anarienne, en passant aux mains des Assyriens, y a été reçue avec tous les moyens d'expression qu'elle comportait. Dès lors les signes qui exprimaient, dans la langue primitive ,.des flexions personnelles, en perdant leurs valeurs phonétiques dans les mains des Assyriens, ont acquis une signification nouvelle qui leur était inconnue, car, au lieu d'exprimer la flexion par un son, ils lexprimèrent par un symbole. Il s’est trouvé ainsi, en assyrien, un fait nouveau auquel les écritures figuratives que lon connaissait jusqu'ici ne nous avaient pas préparés, c'est-à-dire existence de signes dont nous ne pouvons plus expliquer l'origine ni la filiation, dont la valeur phonétique n’éveille plus chez nous aucune idée, qui n’ont plus enfin qu'une valeur purement idéographique et qui expriment des flexions, c’est-à-dire ce qu'il y a de plus insaisissable, par une image, quand il semblait que la flexion ne pouvait être exprimée que par la représentation du son.

Je n'ai pu qu'indiquer ici quelques formes bien insuffisantes pour donner une idée de ce que la conjugaison écrite avec des signes idéographiques pouvait être dans son ensemble; le temps n’est pas encore venu de létudier avec détail, Du reste, n'oublions pas que les difhicultés qui nous arrêtent aujourd’hui n’en étaient paspour les Assyriens, car, s'il était dans la destinée des moyens graphiques dont l'humanité dispose, de partir de l'élément purement symbolique pour arriver à l'élémentphonétique ct littéral, on comprend que, dans un système

qui nous présente la transition de ces deux principes, l'élément idéooraphique, calqué, à l’origine, sur les formes les plus primitives du langage, s'est peu à peu effacé, et n'a été conservé dans les inscriptions les plus récentes, à côté des formes phonétiques, qu'à la condition que l'intelligence ou l'habitude suppléerait encore à ce qu'il pouvait y avoir d'incomplet dans l'expression.

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