SYNTAXE
Les règles de la syntaxe sont, en assyrien , généralement assez simples. Elles subissent, sans doute , les principes communs à toutes les langues, et qui ne sont que l'expression même des lois de l’esprit humain; toutefois nous retrouvons de plus, dans la construction de la phrase assyrienne, la plupart des phénomènes particuliers qui caractérisent les langues sémitiques
Il est permis de croire que les Assyriens ne se sont pas bornés à écrire sur le marbre et la brique; aussi, si les grands textes Die riques que nous connaissons déjà né nous suflisent pas pour apprécier, dès aujourd’hui, ce que je n'hésite pas à appeler le mouvement littéraire qui s’est accompli jadis sur les bords de l'Euphrate, on peut déjà en soupçonner l'existence.
Les procédés graphiques que les Assyriens nous ont transmis restent peut-être encore pour nous, il est vrai, comme un des instruments les plus étranges que nous trouvions aux mains des Sémites pour propager leur histoire. Quoi qu'il en soit, ces procédés, quelque insolites qu'ils nous paraissent pour l'expression des mots, n'apportent sur l’ensemble de la phrase aucun phénomène nouyeau , aucune complication nouvelle ; aussi l'expression de la pensée nous apparaît déjà avec les formes inhérentes à tous les idiomes de ces contrées et de cet âge, bien qu'elle se manifeste pour la première fois devant nous avec la bizarre écriture que nous connaissons.
Les Assyriens n'ont pas de signes de ponctuation; les phrases et les différents membres de phrase se succèdent, sans repos apparent, dans
l'écriture. Les mots eux-mêmes ne sont pas séparés les uns des autres ; mais, en général, ils finissent avec les lignes, et ces dernières finissent souvent les phrases. Je dis en général, car, si la ligne n’était pas assez longue pour contenir le mot tout entier, il s'allongerait au delà de l'espace ordinaire, sur les marges, si je peux m'exprimer ainsi, plutôt que de former une coupure qui en reporterait la fin à la ligne suivante. Cependant 11 arrive quelquefois que la fin d’un mot ou d'une phrase soit reportée au-dessous de la ligne, mais alors, si les lignes sont séparées par des traits, le trait séparatif les embrasse toutes deux. Ges traits servent également à indiquer des paragraphes, par exemple, sur les Prismes historiques, où lon s'aperçoit aisément que les différents sujets dont il est question dans le texte sont séparés par un trait plus fort.
Ces signes extérieurs, que la plupart des inscriptions antiques ne nous offrent pas toujours, servent néanmoins de premier guide pour indiquer l'aspect général de la phrase, qu'il s’agit maintenant de décomposer.
La pensée, pour être complète, comporte, dans toutes les langues, un sujet, un verbe, et un attribut.
L'assyrien n’exprime pas le verbe ‘substantif, 11 est toujours sousentendu. Si les inscriptions assyriennes des Achéménides renferment quelques exemples qui peuvent faire croire à l'existence d’un verbe de cette nature, 11 faut tenir compte de l'influence que la conquête arienne avait exercée sur les rédacteurs de ces textes; car le verbe substantif ne paraît pas avoir été en usage dans les inscriptions de Babylone et de Ninive.
Les qualificatifs et, en général, toutes les expressions qui modifient le sujet ou l'attribut, suivent les règles que nous avons posées en traitant séparément chacune des parties du discours; 1l nous suflit done de résumer sommairement les résultats principaux de notre analyse:
Cette analyse nous a complétement démontré le caractère sémitique de la langue assyrienne, aussi nous n'insisterons pas sur l'identité des racines assyriennes et des racines des autres langues sémitiques. Cependant l'assyrien pourrait présenter, comme d’autres idiomes, quelques
S'YNTAXE. 291 racines qu'il serait facile de rattacher plus ou moins directement à la famille des langues indo-européennes ou à tout autre idiome, sans qu'on puisse en conclure une assimilation quelconque; ici, comme partout, la comparaison des éléments lexicographiques seuls ne suffit pas pour établir les rapports qui unissent les diverses langues, même dans une même famille. fl est constant en effet, aujourd'hui, que le caractère qui rapproche ou sépare les idiomes se trouve dans la possibilité où dans l'impossibilité de faire dériver Fune de l’autre leurs formes grammaticales. Aussi, dès qu'on veut établir un rapport entre les procédés grammaticaux des langues indo-germaniques et de lassyrien, on voit que les ressemblances s’eflacent; si, au contraire, on les compare à ceux des autres langues sémitiques, l’analogie devient de plus en plus frappante.
Non-seulement les flexions grammaticales semblent avoir obét à la même loi, mais encore l’arrangement de la phrase : on voit que l’harmonie qui préside à la distribution des différentes parties du discours ne s'est pas éloignée du type suivant lequel se sont développés les différents dialectes de cette mème famille.
Le substantf régissant un génitif se met à l'état simple; le régime qui en dépend prend Ja forme emphatique, à moins qu'il ne soit Juimême le complément d'un autre génitif.
L'arhcle n'existe pas; mais nous retrouvons, en assyrien comme en chaldéen et en syriaque, l'emploi de l'état emphatique pour remplacer l’aîticle, avec toutes les nuances que cette expression comporte.
L'adjecuf, soit épithète, soit attribut, se met ordinairement après le -substantif, avec lequel 1 s'accorde en genre et en nombre.
Les pronoms personnels sont employés, comme en arabe et en hébreu, pour se substituer au verbe substantif; ils sont entiers, ou aflixes; les pronoms entiers sont toujours sujets de la phrase, les pronoms aflixes sont toujours régimes, les cas obliques s'ajoutent aux noms, aux verbes, aux particules, comme dans toutes les langues sémitiques. Le pronom démonstratif se place constamment après le nom qu'il accompagne.
Le verbe nous a présenté, dans son ensemble, une conjugaison sémilique bien caractérisée; nous n'avons pas à revenir sur les différentes
nuances qui résultent de la formation des temps, des modes et des voix. Leur emploi n'offre aucune difliculté.
Le verbe s'accorde, en général, en personne et en nombre, avec son sujet. Gependant les Assyriens passaient, avec une grande facilité, de la première à la troisième personne. L'accord des genres n’est pas ioujours rigoureusement observé, mais il n'est pas encore possible de déduire de ces exceptions une signification p'iHonliers, comme on la fait dans les autres langues sémitiques.
Le seul temps conjugué que la lecture des textes ait permis de conslater, en assyrien, est l'aoriste ; il a la signification du passé avec tous les degrés d’antériorité absolue ou relative. Le présent s'exprime, en vénéral, par le participe; j'inclmerais à donner à l'impératif et au pré= catif la signification du futur, bien que l'idée qui correspond à ce iemps soit-presque toujours exprimée par des particules qui essayent le préciser ce qu'il y a d'indéfini dans la forme fléchie.
Les modes ne paraissent pas avoir plus d'importance en assyrien que dans les,autres langues sémitiques. L'impératif exprime lordre, le désir, Ta prière, suivant les nuances qui résultent de l’ensemble de la phrase. Le précatif, lorsqu'on ne peut y rattacher la signification du futur, exprime particulièrement la prière.
Les voix ont une signification qui varie nécessairement suivant l'ac= ception de la racine. Les voix dérivées formées par l'insertion d'un n semblent avoir, en général, une signification passive; mais souvent ces formes se substituent Funé à Fautre et alors la voix dérivée a le même sens que la voix principale. Enfin, en assyrien comme dans toutes les langues sémitiques, les voix dérivées ajoutent souvent des nuances à la. signification primitive de la racine, et ils en modifient même profondéwent lacception.
Quant à la place que le verbe peut occuper dans la phrase, elle est assez Indécise; cependant, ordinairement, son expression, aux modes personnels, est rejetée à la fin, à moins que le verbe ne régisse un mot muni d'un suffixe, car alors il se met de préférence devant ce dernier, qui, dans ce cas, finit la phrase, Le participe, au contraire, est tou-
jours placé au commencement.