LECTURE DES TEXTES
Après avoir exposé les principes de la grammaire assyrienne, nous avons ‘pensé que notre travail serait incomplet, si nous ne réunissions pas, à l'appui des règles que nous avons formulées, quelques exemples qui en prouveront la rigoureuse application.
Les documents assyriens sont de plusieurs espèces et leur aspect extérieur a sufli, dès l'origine, pour faire distinguer la nature de chacune d'elles.
Les uns sont ces longs récits tracés sur les marbres des palais des rois pour raconter leurs conquêtes ou leurs travaux; les autres sont des légendes d’un aspect plus modeste, gravées sur la brique ou l'argile pour perpétuer le souvenir d'événements qu'il nous sera peut-être aussi intéressant d'apprécier.
Ge sont les grands monuments qui ont attiré naturellement les premiers l'attention des philologues. Presque tous ceux qui ont été découverts jusqu'à ce jour peuvent être traduits et interprétés; cela suflit pour fixer les règles générales de la grammaire que nous. voulons étudier.
La lecture des textes, 1} est vrai, présente encore certaines difii-
eultés; ainsi, la valeur de quelques signes n'est pas déterminée, et toutes
les valeurs syllabiques des signes ne sont pas connues; d’un autre côté, le système idéographique n’est pas compris dans tous ses détails. II suit de là que certains -mots restent encore inarticulés pour nous, et résistent à une analyse que nous tenterions en vain, bien que leur signification et leur rôle grammatical soient quelquefois rigoureusement détes minés dans la phrase.
Enfin un certain nombre de mots, dont la lecture est parBile sien assurée, se rattachent à des racines qui n’ont pas encore pour nous un sens bien précis, et mème les différentes acceptions des racines les mieux connues né sont pas toujours suffisamment justifiées. Malgré ces lacunes, la construction de la phrase, le rôle et les flexions des mots n'en sont pas moins fixés dans leur ensemble. Il est visible que les difficultés qui résultent du système graphique anarien ne portent que sur le dictionnaire; aussi on a la certitude qu'elles s'évanouiront à mesure que. les recherches pourront s'étendre, car les documents que nous connaissons déjà, si nombreux et si intéressants qu'ils soient, ne représentent qu'une faible partie des richesses que les philologues peuvent explorer; et des inscriptions nouvelles, de même que des milliers d'inscriptions d'intérêt privé, viendront, un jour, achever de nous faire connaître les détails de cette langue et de cette civilisation qui s'offre si inopinément à notre investigation.
INSCRIPTIONS TRILINGUES.
On connait la marche des travaux qui se sont accomplis dans la voie des découvertes assyriennes. Il a fallu que les efforts réfléchis ou spontanés de l'esprit humain se soient trouvés en présence des documents les plus simples d’abord, pour s'élever successivement, au milieu des difficultés qui paraissaient toujours renaître, jusqu'à linterprétation des textes les plus difficiles. C'est en reprenant les inscriptions précisément dans l'ordre où elles ont été étudiées avec fruit, que nous nous rendrons compte des transitions qui conduisent d’une difficulté franchie à une difhiculté nouvelle.
Le point de départ des démonstrations, de même que celui des recherches, se trouvera donc dans l'interprétation des inscriptions trilinoues. Or, parmi ces dernières, nous nous adresserons d’abord précisément à celles qui ont si heureusément servi Grotefend pour la lecture du texte arien!. On sait qu'il s’agit de deux inscriptions trilingues qui se trouvent répétées un certain nombre de fois sur les ruines de Persépolis. Depuis Grotefend elles ont été étudiées par tous les savants qui
se sont occupés de la lecture des textes cunéiformes. La première émane de Xerxès, la seconde, de Darius. Nous allons en reprendre successivement la lecture. Nous supposons que le lecteur a les textes sous les yeux, et qu'il est suffisamment au courant des travaux dont ils ont
été l'objet?.
! Conf. Neue Beiträge zur Erläuterung der persepolitanischen Keilinschrift, Hannover,
* Voyez : Niebuhr, Voyage en Arabie, pl. XIV; Rich. Persepolis and Babylon, pl XVIIL, n°3, etc. — Sur le texte perse :
Lassen , Zeitschrifi für die Kunde des Morpent. vol. [V, p. 144; Rawlinson, Journal of the R. A. St. X, part. im, p. 323; Benfey.
Die pers. Keiins. — Sur le texte assyrien :
de Sauley, Mém. autog. du 7 novembre 1849, p. 2.
PERSÉPOLIS, INSCRIPTION (Gr. (Xerxès, ASG-465 av. J. C.) Voici d'abord le texte arien de cette courte inscription. Texte perse.
D Khsayärsé . khsäyathiya .vazar®)ka . khsäyathiya . khsäyathiyaSnam . Darayavahus . Xerxes rex MApDUS , rex regum , Daru khsäyath®iyahya . puthra . Hakhämanisiya .
regis fiius, Achæmenides Traduction.
Xerxès le grand roi, roi des rois, fils du roi Darius, Achéménide.
À ce texte correspond une inscription assyrienne dans laquelle il est assez facile de déterminer les groupes qui répondent au perse pour en donner immédiatement la traduction.
Texte assyrien.
L@ ET sl PS MER ARE ÈS
Hi - si — ar SarTu rabu sar sarri Xerxes rex Magnus , rex regum, NET RRIENITCESINETKE a habal Da — a — ri — ya — vus sarru A=ha-ma-an-nis-si — filius Dar regis Achæmenides.
Transcription en caractères sémitiques.
La transcription en caractères sémitiques des inscriptions que nous allons étudier va rendre plus sensible encore les rapports de l'assyrien avec les langues de la famille à laquelle il appartient; nous aurons done pour cette inscription :°
LSDNN $Ù 2327 027 VI JE 127 NID NU MEN Traduction.
La traduction française nous donne encore :
Xerxès le orand roi, roi des rois, fils du roi Darius, Achéménide.
INSCRIPTIONS TRILINGUES. 299
H nous est facile de voir que le texte assyrien répond exactement au perse en disposant les mots ainsi :
Texte perse. Texte assyrien.
Khsaydrsä l Hisiarsi khsayathiya vazarka . sarru rabü khsäyathiya khsäyathiyanäm sar sarri Därayavahus khsäyathiyahyà puthra . habal Dariyavus sarru Hakhämanisiya Ahamannissi.
Le travail, pour ainsi dire mécanique, auquel nous venons de nous livrer sur les deux textes de cette inscription, nous révèle déjà que les procédés qui ont permis de dégager les noms propres pour servir de base aux travaux de déchiffrement seront insuffisants pour triompher des difficultés mhérentes à l'interprétation. En effet nous voyons, eu dehors des noms propres, que les trois mots qui caractérisent l'idiome iranien, vazarka, khsäyathiya. puthra, sont rendus, en assyrien, par des monogrammes, et ne laissent ainsi rien saisir sur le caractère de la langue dont on comprend cependant déjà l'expression graphique.
Mais, poursuivons : l'inscription de Darius est plus explicite et elle. va nous révéler de nouvelles difficultés.
PERSÉPOLIS, INSCRIPTION B. (Darius, 521 à A8G av. J. CG.) Voici en premier lieu le texte arien avec fa traduction interlinéaire :
Texte perse.
UWDädrayavus . khsdyathiya . Coazarka . khsdyathiya . khsd)yathiyanäm . khsdyathiya
Darius, : rex Magnus , r'ex regum , rex
Wdahyunäm . Vistagpahy®)à . puthra . Hakhämamsiya . hOhya .imam . tacaram . akunaus .
regionum, Hystaspis filius, Achæmenides, (est) quihoc palalium fecit.
Traduction.
Daxius, le grand roi, roi des rois, roi des provinces, fils d'Hystaspes, Achémé-
nide, (est) celui qui à construit ce palais. ÿ
Texte assyrien.
Le texte assyrien est ainsi conçu :
Ed. "IRKLE —" Lee Se Er NT Ce)
ya — vus sarru rabü (2) sar Darius, rex magnus , rex Y 4 ; >—Y4 RS KG EE AC FE OT TION sarri sar matat (3) sa re — ha - nm — sa -nu regum , rex gentium, quæ sunt in complexu linguarum >——44 >< D——y >— >— > a RE TRE TE A 2 gab — bi(h)habal Us — ta — a$ — pa (5) A-ha-ma- an — mn — is — ? (6) omnium, filius Hystaspis Achæmenides , PT RENE.
LÉRRE a D—YY-< D—— 44 >-YY «4 sa bit & — ga — à — du — us.
(est) qui palatium istud fecit.
Transcription en caractères sémiliques.
G)eonn (65) Noonë 237 () 322 D 9n232 (G)NNND 0 VID JD (2) 129 NID WP ; +: Ÿ29 N17 DO Traduction.
Darius, le erand roi, roi des rois, roi des régions qui comprennent toutes les PO WE > 8 1 [ langues, fils d'Hystapes, Achéménide, (est) celui qui a construit ce palais.
Voici maintenant ce qui résulte de la comparaison de ces deux textes :
Perse. ‘ Assyrien, Darayavus . Dariyavus khsäyathiya vazarka . sarru rabu khsäyathiya khsäyathiänäm . sar Sarrt khsäyathiya dakyunam . sar matat Mdr. à BPM È . sa nabhari lisanu gablr Vistäçpahyà puthra habal Ustaspa Hakhämansiya Ahamanniss hya imam tacaram . sa bit aga
akunaus ibus.
INSCRIPTIONS TRILINGUES. 301
Il nous est facile de voir, par cette seconde lecture, que, si la connaissance des textes ariens est d’un grand secours pour déterminer les noms propres et pour assurer les bases du déchiffrement, elle devient insuflisante pour nous guider dans l'interprétation assyrienne. Il y a plus, nous pouvons en effet entrevoir déjà que le texte arien ne saura bientôt plus nous faire comprendre la version assyrienne tout entière, et que les textes ariens eux-mêmes recevront des lectures assyriennes le complément de leur interprétation. = Nous trouvons encore dans cette inscription, après les noms propres que nous connaissons déjà, les trois mots khsdyalhiya, vazarka, puthra, qui sont encore rendus par des idéogrammes.
Le mot dahyundm est également rendu par un monogramme, mais lassyrien y ajoute plusieurs mots qu'il nous faut expliquer sans le secours du perse; le passage sa nabhari lisanu gabbi n'est pas rendu par le texte arien, en voici l'analyse.
sa pronom relatif, correspondant à l’hébreu 1x.
nabhari nom d'agent formé par le 3 préfixé à la racine 9n2 «colligere ,» par conséquent «l'ensemble. »
lisanu substantif féminin singulier, dérivé de la racine ;®?, commune à tous les idiomes sémitiques, et qui signifie «langue. »
gabbi cet adjectif n’est pas explicable par les autres langues sémitiques, mais il traduit mainte fois ailleurs le perse haruva; il signifie done «tout. »
Gette phrase mcidente est donc à traduire par « qui comprend toutes «les langues. »
Nous devons remarquer encore que la dernière ligne du texte perse, hya tacaram vmam alunaus, renferme un mot inintelligible sans la traduction assyrienne sa bit aga ibus, de même que le texte assyrien en renferme un qui serait inintellisible sans le texte arien. En effet, le mot {acaram, qui n'a pas de correspondant dans les langues ariennes, est traduit par l'assyrien bit, n°3, dont la signification est bien connue dans les langues sémitiques, et le verbe us, 3° pers. smg. aoriste kal de la racme w5>, qui n'a pas de correspondant sémitique, est traduit par le perse akunaus, dont la sienification est bien établie dans lidiome des Achéménides.
C'est ainsi que les deux textes, en se complétant mutuellement, sont arrivés à se faire comprendre, non-seulement dans leur ensemble, mais encore dans leurs détails. Enfin le traducteur assyrien n'a pas toujours suivi servilement le thème; aussi les deux textes portent le cachet du génie des deux peuples en rendant les mêmes idées par des tournures qui leur sont propres; mais ceci devient surtout sensible à mesure que l’on s'adresse à-des inscriptions d’une plus grande étendue.
Nous prendrons maintenant pour exemple linscription de Xerxès, écrite sur Îles rochers de l'Elvend; on sait que le texte perse a servi aux premiers travaux de E. Burnouf, et le texte assyrien à ceux de
M. de Sauley !.
ELVEND, INSGRIPTION F. (Xerxès, 186-465 av I. C.)
Texte arien.
(1) Baga vazarka Auramazd& . ®hya . mathista . bagänäm : Vhya .
Deus magnus Aromazes, qui maximus deorum, qui imäm . bumim adUd . hya avam açmänam Sadd . hya hanc terram creavil, qui hoc cœælum creavil, qui martiyamn ad 4. ya siyatim ad& U).. martiyahyä . hya homines creavit, qui potentiam (?) dedit hominibus, qui Khsa®)yârsém … khsäyathiyam . )akunaus . aivam . parun (VO 4m . khsäyathiyam .
Xerxem regem fecit, solum multorum regunr, aïvam 0). parunäm … framätéram Adam . Khsayärs : khsaV3)yathiya . solum multorum imperatorum. Ego (sum) Xerxes, rex
! Voyez, pour le texte de cette inscription, Achéménides, p. 213; Spiegel, Die alipersi-
Schultz, Journal asiatique, IV* série, t. IT, pl. vur. — Consultez, sur le texte perse : Burnouf, Mémorre sur deux inscriptions, p. 20; Lassen , Zeitschrift für die Kunde des Morgenl. vol. IV, p- 112; Rawlinson, Journal of the BR. A. S. p. 185; Benfey, Die persischen Keilinschrifien, p. 62: Oppert. Zascript. des
schen Keilinschrifien, p. kh; — sur le texte assyrien : de Saulcy, Mémoire du 27 nov.
18h49. Les observations de M. Oppert sur l'inscription de Van (cf. £. M.t. IE, p. 194) s'appliquent à cette inscriplion; ainsi que les critiques de M. Renan. (CF. Journal des Savants, mars 1839, p. 165.)
INSCRIPTIONS TRILINGUES. | 303 vazarka . khsäyathi ya. khsdyathiyänäm . khs\5) dyathiya … dahyunäm
Magnus , Tex regum , rex regionum
par VO uvazandnam . khsäyathiya . (ahiydya . bumiyd . val#)zarkäya . duraiy .
multarum genlium, rex hujus terræ magnæ, prope
apiy 09). Dérayavahus . khsayathiya 29 hy@ . puthra . Hakhämanisiya puy y yainuy y P y
longe, Darii reois filius, Achæmenides.
Traduction.
Le Dieu grand, Ormusd, le plus grand des Dieux, a créé cette terre-c1, a créé ce ciel-là, a créé Fhomme, a donné à l’homme sa supériorité, a fait Xerxès roi, seul sur beaucoup de rois, seul sur beaucoup d’empereurs.
Je (suis) Xerxès, le grand roi, roi des rois, roi des pays formés de plusieurs États, roi de cette grande terre, au loin et auprès, fils du roi Darius, Achéménide.
Texte assyrien.
Le texte assyrien de cette inscription va nous confirmer encore dans nos observations précédentes. IT y a plus, nous ne pourrons pas ne pas être frappés de certaines incorrections de rédaction et des tournures embarrassées auxquelles lassyrien est obligé d’avoir recours
pour suivre le texte arien.
et EE RIT MIE EE EI As
(1) Uu rabu ACER Na MAR Fe 20 FAR 2) Deus magnus Oromazes, D—D—Y 44 Ÿ — AT >—«4 y «NE Pa aise Pr >] [« AE Sal RAI : F > TA 1% ra — 7 Zn? sa Lai a sa Rak "ka = ru a = ga = «(h) maximus Deorum, qui terram islam B— = © YY >— Be mi EG 2 ÈT Pon ET NN nt ETAT ne rt.
id — din —- na s« same (5) a - ga = a - ta ul — din — na (6) creavit, qui cœælum istud creavit, LR D— 42 — D— en 1 0R 1e RE > ma M: ETAT » AT sa a ss — (D) & — ga — (5) Le in Era
qui homines isLos creavif,
YY >< B————«4 >< >— ET, RES NAME RRCE A sa dumlu a — na (8) as —, bi — tu id — din — na (9) qui potestatem (?) hominibus dedit, VY CFE YY >—>— Her ÈR a RE Ta ä Es sa a — na Hie- 21. — ar sa (10) sar qui Xerxem regem YP— YY ee 44>— PEER Te SM ET 7 FRA db — nu - u istin ina sarri (11) ma - Fe - tu creavit, unum , inter reges multos , ie >< > >> —Y 44>— de: Faber 4 EE ET NME ina mu — ta - i1-m-e d 19) mah — ru — tu istin inter imperatores anteriores unum, = >—>— > >— FT. 1 4 d— A7 NI Ÿ dE, À = na — ku (13) H- si — ? ar sa — ? (14) sarru Ego (sum) Xerxes Rex — " —— + EE HO . 2 KE.
rabu sar sarri (15) sar matat sar magnus , rex regum ; rex regionum , rex U >—>— eu Êe D— y sa nab — har (16) matat sa sa kak — ka — ru (17) omnium regionum , rex terræ >—— 4 » DE—Y D y >< Ter > TT << er D——4 b— es Re E— Es a — ga — la ra — bi — tu (18) ra - pa — as "—Ù tu istius magnæ , ample , = D— D—D— 4< =:
habal sa (19) Da - 4 — vi — ya — vus sarru (20) filius Darn regis,
TFC
A-ha - ma = an
mi
Achæmenides.
1 tx a
INSCRIPTIONS TRILINGUES. 305
Transcription en caractères sémitiques.
+ RIT DNIN 6) DUU RIT) (4) RUN PP (8) + ADN 129 6) RTDOIN 127 ON (1)
+ 1329 92 (0) NU TUN NU (9) + NI7Y NTIUN (8) JN NPDIL + 379 (7) NIN NNIUNE (6) : JNWY (NDYIND) NNIND (12) MN JN + NNTIND (11) VI JN NUS
IPPÈ 0 + NNND (G6) 1222 TU + NNND D (15) Va JU + 129 JW (4) NUDUN(:3) VIN
$VWIDTNN 70 (20) Wi1978 (19) ban + NN D (418) NN279 NNNAN (17) Traduction.
Le Dieu grand, Ormusd, le plus grand des Dieux, a créé cette terre-c1, a créé ce ciel-là, a créé l'homme, a donné à l'homme la supériorité, a fait Xerxès roi, le premier parmi des rois nombreux, le premier parmi des princes antérieurs. ”
Je (suis) Xerxès, le prand roi, roi des rois, roi des nations, roi de cette grande et vaste terre, fils de Darius roi, Achéménide.
Le texte assyrien ne répond pas mot pour mot au texte arien. Il suffit, pour s'en convaincre, de déterminer d'abord les noms propres, puis, pour arriver à l'mterprétation, de décomposer le texte en petites phrases correspondant, entre des limites certaines, aux divers membres de phrase du texte arien; du reste, c'est le procédé qui a servi pour guider les premiers explorateurs des textes assyriens, et que nous pouvons rendre sensible de la manière suivante :
Perse. Assyrien.
Baga vazarka Auramazdä . Lu rabù Ahurmazda .
hya mathista bagänäm . raba sa lui . hya imäm bumim ada . sa kakkaru aga iddinna . hya avam agmänam ad4 . sa same agäta iddinna . hyja martiyam adä . sa asibitav ag iddinna .
hya siydtim adà martiyahyd . sa dumku ana asibitav iddinna . hya Khsayärsäm khsäyathiyam akunaus. sa ana Hisv'arsa sar ibna . aivam parunäm khsäyathiyam . istin ina sarrimaduütu . aivam parundm framätäram . ina mutaimie mahrutu istin . Adam Khsaydrsa . Anaku Hisi'arsa .
khsäyathiya vazarka . sarru rabu .
Perse. Assyrien.
khsäyathiya khsäyathianam . sar sarri .
khsäyathiya dahyunäm . sar matat .
paruzandndm sar sa nabhar matat .
khsäyathiya ahiyäyà bumaiya . sar sa kakkaru agata . vazarkäya rabitav .
duraiy apiy . rapastad .
Dérayavahus khsäyathiyahyä puthra . habal sa Dariyavus sar . Hakhämansiya . Ahamannisst .
Analyse.
Voici maintenant l'analyse grammaticale du texte assyrien de cette
inscriplion :
1 lu
rabu
Ahurmazda
rabü sa ilui
sa ilui
3 sa kakkaru
« ga
L iddinna
sa
Subst. masc. sing. exprimé idéographiquement. Ce mot, écrit phonétiquement, se rattache à la racine ?N ou non, qui signifie «Dieu» dans toutes les langues sémitiques.
Adjectif, masc. sing. exprimé idéographiquement avec le complément phonétique. L'expression phonétique le rattache à la racine 37 grand. »
Nom propre, masc. sing. (Voy. Syll. p. 82, n° 1.)
Littéralement «le grand des Dieux.» C'est la forme ordinaire propre à l'assyrien, conformément à l'hébreu et au chaldaïque, pour exprimer le superlatif.
Particule indicative du génitif et quelquefois du pronom relatif.
Subst. masc. plur. Nous avons toujours reneontré ce mot écrit idéographiquement au pluriel, et, comme il peut se rattacher à une double racine, nous devons hésiter à le transcrire lui, dluhi, ou simplement ik; à l’état emphatique nous aurions ilami.
Pronom relatif correspondant à l'hébreu 2x.
Substantif, fém. sing. La racine 9pp est indiquée par le babylonien gagar et.la permutation constante du p et du à dans ces deux localités.
Adj. fém. sing. La forme régulière agata , qui détermine le genre de kakkaru, nous est donnée plus bas.
3° pers. masc. sing. aoriste kal irréoulier. R. ;33, «dare, creare.»
Pronom relatif.
RS Sn Se On DS à dé À
same
ot
agala
iddinna
sa asibitav
ag'a 7 iddinna
sa dumku
ana 8 asibitav iddinna 9 sa ana
Hisvarse
10 sar
INSCRIPTIONS TRILINGUES. 307
Subst. masc. plur. (ou duel), exprimé idéographiquement. héb. ‘0%. (Le genre et le nombre des substantifs nous sont confirmés, dans la plupart des cas, par les adjectifs qui les accompagnent, comme nous pouvons le voir ici.)
Plus correctement agannutu, adj. démonst. masc. plur. L'inscription de Darius, dans un passage identique, porte annutu, en faisant ainsi la différence de l’objet proche, kakkaru, et de l’objet éloigné, same.
3° pers. sing. masc. aor. kal. R. ;73.
Pronom relatif. :
Subst. masc. plur. formé du participe kal. R. 3%N, héb. 2%, « habi- «tare.» Au lieu de l'expression phonétique l'inscription de Darius porte un idéogramme, et l'inscription GC, avilutav.
Et plus régulièrement agannutav, adj. démonst. masc. plur.
3° pers. masc. sing. aor. kal. R. 73.
Pronom relatif.
Subst. masc. sing. La forme phonétique de l'idéogramme nous est donnée par l'inscription C de Westergaard. Ce mot se rattacherait, suivant M. Oppert, à la racine PM, qui existe en syriaque et en arabe, mais avec une signification que notre inscription ne comporte pas; en assyrien les dérivés assez nombreux de cette racine emportent toujours l’idée de + force» ou de «volonté.» La traduction perse ne saurait nous renseigner sur la signification de l'expression assyrienne, car le mot siyâtis est lui-même très-obseur dans la langue arienne. Au lieu de l’idéogramme ou de l’expression phonétique, l'inscription de Darius porte, dans le passage parallèle, la périphrase gabbi nuhsu, mais cette expression est aussi difficile à expliquer que celle qui nousoccupe.
Préposition qui gouverne l'accusatif.
Subst. masc. plur. formé du part. kal. R. 38 «habitare. »
3° pers. sing. aor. kal. R. ;3.
Pronom relatif.
Préposition qui régit l’accusatif.
Nom propre, masc. sing. (Voyez Syll. ass. p. 90, n° 12.)
Subst. masc. sing. exprimé idéographiquement. La lecture phonétique nous est donnée par un passage de inscription F de Persépolis ou l’on voit sar-ri, et la décomposition de la syllabe polyphone sar nous est donnée par un fragment d’une inscription de Suse, où nous lisons le mot écrit avec les caractères des svllabes simples sa-ar-ri.
ibnu
istin
ina Sarri
11 maditu
ind mula mac
12 mahrutu
istin
analku
13 Hstarsa 14 sarru rabü
sar
sarri
15 sar
matl
sar
sa
nabhar 16 matäl
sar
sa
kakkaru 17 agala
rabitav 18 rapaslav
3° pers. sing. masc, aor, kal. R. 32 «ædificare. »
Adj. num. masc. sing. exprimé idéographiquement; l'expression phonétique se trouve dans un passage parallèle du fragment de l'inscription d’Artaxerxès à Persépolis.
Préposition.
Subst. masc. plur.
Adj. mase. plur. Les inscriptions assyriennes écrivent plus correctement ma--du-tu, ce qui rattache plus directement ce mot à l’hébreu ND.
Préposition.
Subst. masc. plur. dérivé de la racine NON «imperare. »
Adjectif, masc. plur. dérivé de la racine 5, qui a beaucoup d’acceplions en assyrien. Le passage parallèle des autres inscriplions porle madutu, ce qui traduit plus exactement le perse parunäm.
Adj. num. masc. sing.
Pronom pers. 1" pers. du sing. Ce pronom ne joue pas 1e le rôle important que nous lui trouvons dans les textes assyriens , où il semble que ce soit un privilége royal de le formuler dans le protocole des inscriptions; ici, il traduit simplement le pronom perse adam et commence la phrase.
Nom propre. masc, sing.
Subst. masc. sing.
Adj. masc. sing.
Subst. masc. sing.
Subst. masc. plur. Les inscriptions assyriennes donnent souvent l'état emphatique sarrani écrit avec la forme idéographique en rejetant la terminaison après le signe du pluriel.
Subst. masc. sing.
Subst. fém. plur.
Subst. masc. sing.
Particule indicative du génitif.
Subst. masc. sing. formé par le 3 préfixé à la racine 973 «colligere. »
Subst. fém. plur. L'inscription de Darius porte nabhar lisanu.
Subst. masc. sing.
Particule.
Subst. fém. sing.
Adj. démonst. fém. sing.
Adj. fém. sing.
Adj. fém. sing. dérivé de la racine 259.
INSCRIPTIONS TRILINGUES. 309
habal Subs. mase. sing.
sa Particule ind. du génitif.
19 Dariyavus Nom propre, masce. sing.
sar Subst. masc. sing.
20 Ahamannisi Nom propre, mase. sing.
Le travail auquel nous venons de nous livrer, sur cette inscription, suflit pour indiquer le puissant moyen d'investigation que la comparaison des textes des inseriptions trilingues apporte dans les recherches philologiques. Malheureusement le texte assyrien de la plus longue des inscriptions de cette période, celle de Bisitoun, nous est arrivé dans un état de mutilation des plus regrettables. La moitié des lignes a disparu dans toute l'étendue de l'inscription, de telle sorte que les phrases sont incomplètes. Il n’en reste pas moins de précieux fragments dont l'étude jette une grande lumière sur les questions philologiques qui nous intéressent; mais il serait difficile d'en détacher ici un spéeimen sans dépasser, pour le faire comprendre, les limites dans lesquelles nous voulons nous renfermer.
LE
L'analogie la plus directe nous conduit à aborder immédiatement, - après les inscriptions achéménides dont il nous suflit d’avoir cité un exemple, les inscriptions de Babylone. Ges inscriptions, cependant, renferment de grandes difficultés; elles sont, en général, relatives à la construction des temples, des palais des antiques capitales de la Chaldée, et renferment dès lors une foule d'expressions techniques qu'il est souvent impossible de traduire. Quoi qu'il en soit, nous allons essayer de présenter ici quelques spécimens des inscriptions de cette période.
INSCRIPTIONS DE NABONID.
Nabonid est le dernier roi de l'empire assyro-chaldéen; ses inseriptions sont donc écrites vers l'an 555-538 avant notre ère. Des fragments d'un document assez long nous font connaître les nombreux travaux auxquels il a consacré son règne : Nabonid recherchait avec soin les anciennes traditions de la Chaldée et nous a mème conservé, dans ses inscriptions, des documents qui remontent aux premiers siècles de l'empire assyro-chaldéen. L'inscription que nous traduisons ici est toute spéciale; elle est gravée sur des barils d'argile trouvés par M. Taylor, vice-consul d'Angleterre à Busrah en 1854, aux quatre angles du grand temple dont on voit les ruines à Mugheir. Il en existe quatre exemplaires, et ces quatre monuments sont déposés aujourd'hui au Musée Britannique. Le texte en a été publié par MM. Norris et Rawlinson
INSCRIPTIONS BABYLONIENNES. 11 (W. 4.1. pl. 68). M. F. Talbot en a déjà donné une traduction anglaise dans le Journal asiatique de Londres (vol. XIX, part. 1, p. 193), et M. Oppert une traduction française dans la relation de son expédition scientifique en Mésopotamie (t. 1, p. 262). Cette inscription nous fait connaître les recherches auxquelles Nabonid s'est livré pour restaurer le temple de Sin à Mugheïr (l'antique Ghalanné). Ge temple, fondé par un des plus anciens rois du premier empire chaldéen, était tombé en ruines; Nabonid lui rendit sa splendeur première.