INTRODUCTION
L'étude de la grammaire assyrienne suppose une connaissance préalable des difficultés que la lecture et l'interprétation des textes peut offrir. Je crois avoir déjà suffisamment fait connaître ces difficultés, je n'ai donc pas besoin d'y revenir ici !, D'un autre côté, dans un travail que l’Académie des inscriptions et belles-lettres a bien voulu admettre dans la partie de ses Mémoires consacrée aux travaux des savants étrangers ?, j'a1 constaté les résultats du déchiffrement de l'écriture dans laquelle sont conçus ces textes; il est donc désormais facile de s'assurer que la valeur de chacun des signes qui la composent a été l’objet des plus minutieuses études, et qu'il est permis d’avoir confiance dans les lectures. Je vais, aujourd'hui, essayer de formuler les principes généraux de la grammaire assyrienne. Je crois connaître les difficultés de l’entreprise, mais il y aurait de la présomption à s’excuser de son insuffisance pour la mener à bonne fin : dans l’état actuel de la science, si avancée quelle soit, on ne peut encore aspirer qu'à des essais plus ou moins heureux.
L'examen des formes grammaticales a toujours été inséparable de l'interprétation : ce n’est pas le résultat d’une curiosité spontanée qui se
* Les écritures cunéiformes. Exposé des cipes du système phonétique de l'écriture as-
travaux qui ont préparé la lecture et l’inter- syrienne. — Voyez dans les Mémoires préprélation des inscriptions de la Perse et de sentés par divers savants à l’Académie des PAssyrie. 9° édit. Paris, 1864. inscriptions et belles-lettres, 1% série. &. VIT,
? Le syllabaire assyrien. Expose des prin- V° partie.
produit à un moment donné dans l'étude d’une langue dont on veut ressusciter les formes. Aussi ceux qui se sont le plus sûrement avancés dans ces recherches n'ont pu faire un pas qu'à la condition d'appuyer leurs interprétations sur les principes de la grammaire. Qu'ils aient ou non initié le public à leurs recherches, qu'ils aient accepté, avec plus ou moins d'examen, les traductions ariennes qui devaient les guider d'abord, il a toujours fallu appeler, à l'appui de leurs découvertes, la consécration des formes essentielles de l’idiome.
En effet, dès les premières recherches, nous voyons pondre, à côté des travaux de déchiffrement, l'analyse des flexions grammaticales. Lôwenstern signala, le premier, la présence et la nature du pronom personnel”. Les observations de M. Botta suflirent pour indiquer la présence des signes qui devaient caractériser le pronom possessif?. M. de Sauley parvint le premier à les articuler, il constata la forme du pronom relatif, quelques formes verbales, le caractère de quelques voix et linfluence des personnes et des nombres. Dès cette époque, la nature de l'idiome assyrien n'était donc plus indécise. Toutelois ce ne fut pas un médiocre sujet d'étonnement pour ces premiers explorateurs, de rencontrer une langue sémitique représentée par une écriture qui se lisait de gauche à droite, comme celle des langues indo-permaniques ; et, cependant, l’étonnement n’a fait qu'augmenter encore quand on découvrit, par la suite, la nature véritable des signes auxquels on ne s'attendait pas à trouver des valeurs idéographiques, syllabiques et polyphones.
Quoi qu'il ensoit, on a tenté d’autres moyens d'interprétation, mais aucun résultat sérieux n'a été obtenu en s’écartant des traditions acquises. M. Luzzatto, en essayant de traduire l’assyrien à l'aide du sanscrit*, en a suffisamment démontré l'impossibilité, et l'expérience n’a
jamais été recommencée depuis.
! Exposé des éléments constitutifs du sys- * Recherches sur l'écriture cuneiforme du ième de la troisième écriture cunéforme de systèmeassyrien. Mémoires autogr. du 1 4 sep- Persepolis. Paris, 1847, p. 39. tembre et du 27 novembre 1849.
* Mémoire sur l'écriture cunéiforme assy- “ Études sur les inscriptions assyriennes
rienne, p. 5. Extrait du Journal asiatique de de Persépolis, Hamadan, Van et Khorsabad, 18h47 et 1848, par Philoxène Luzzatto. Padoue, 1850.