INTRODUCTION
La nature de lidiome était donc déjà fixée lorsque nous voyons apparaître les premiers travaux de sir Henry Rawlinson, aussi c'est à ramener à des formes sémitiques tous les mots, toutes les phrases, dont le texte perse lui donnait la traduction, qu'il consacra ses efforts les plus persévérants .
Cependant, si ces observations devaient servir un jour à reconstituer la grammaire assyrienne, elles ne se présentaient alors que comme des faits épars, le moment n'était pas venu de les généraliser; et, d’un autre côté, le déchiffrement n'était pas assez avancé pour servir de base à une généralisation; aussi nous ne voyons apparaître de traité spécial qu'après les découvertes du docteur Hincks. Le savant irlandais formula une théorie du pronom et une théorie du verbe dont on ne saurait méconnaître l'importance? : on sait que ses travaux confirmèrent de plus en plus les idées qu'on se faisait sur la nature de lidiome qui empruntait, pour se produire, des formes si bizarres.
Quoi qu'il en soit, pour bien déterminer la place qu'il convenait d'attribuer à cette langue dans le groupe des langues sémitiques, il fallait déterminer les caractères qui l'identifiaient avec l’une ou l’autre des branches de cette famille et ceux qui la distinguaient et qui l'individualisaient. Cette étude ne pouvait être complète qu'à la condition de comparer les différentes formes de ces langues à celles qui nous sont révélées par l’assyrien, en les ramenant à une transcription commune. Le docteur Hincks essaya, dans ses recherches sur le verbe assyrien, de mettre en présence, autant qu'il était possible, les flexions de l’assyrien de celles de l'hébreu, du chaldéen, du syriaque, de l'arabe et même de léthiopien.
Quand on considère aujourd'hui le point où en étaient arrivées les recherches en 1857, au moment de cette sorte de concours qui a été provoqué par M. Fox Talbot devant la Société asiatique de Londres,
! Memoër on the babylonian and assyrian the Transactions of the royal Irish Academy , inscriptions, dans le Journal of the royal asia- - vol. XXIIT. Polite hiterature, Dublin, 1854. tic Society, vol. XIV, part. [. London, 1851. — On assyrian verbs, dans le Journal of sa-
? On the personal pronouns of the assyrian cred literature and bibhcal record. London,
and other languages , especially hebrew. From 1855-1856.
il est peut-être assez facile de comprendre que le résultat des épreuves ne pouvait surprendre que ceux qui étaient restés étrangers aux proorès des lectures!. I ne saurait y avoir, en effet, deux manières de lire et d'interpréter les textes; ce qu'il y a de or désormais, c'est que la méthode que lon doit suivre pour arriver à ce résultat est la même pour tous, parce qu'il ne peut y en avoir qu'une; les procédés sont les mêmes, parce qu'il ne peut y en avoir que d’une espèce; enfin les interprétations sont les mêmes, parce que le texte ne peut fournir qu'un sens auquel on doit inévitablement aboutir, et une seule interprétation à laquelle on doit arriver, quels que soient le point de départ et Pindépendance a investigations.
Tel était l'état des découvertes au moment où M. Oppert a publié le travail d'ensemble le plus récent sur les éléments de la grammaire assyrienne ?, Je ne veux pas dire cependant que chacun des savants que j'ai cités avant lui en soit resté à l’état indiqué par ses publications. Les progrès de la science, qui ne sont, après tout, que le résultat des progrès individuels, démontrent le contraire; mais, en l'absence de publications spécialement philologiques, je n’ai plus d'éléments pour apprécier dans quelles limites ils se sont associés aux découvertes postérieures à leurs écrits. En fait, M. Oppert est le premier des assyriologues qui ait donné la traduction d’un texte assyrien, avec un commentaire à l'appui. C'est lui qui, depuis, a fourni les plus nombreuses traductions, les plus nombreuses analyses; il a dù profiter, sans doute, des recherches de ses devanciers, comme l'avenir saura profiter des siennes, mais, d'après l'ordre chronologique des faits, c’est encore lui qui, le premier, a formulé les principes généraux de la langue et qui en a systématisé la grammaire. Toutes les parties du discours ont été, de sa part, l'objet d'observations importantes et de remarques qui paraissent lui appartenir en propre. La théorie de la mimmaton et, par suite, de l'état emphatque, les flexions pronominales, la formation des voix dé-
! Comparative translations, by W. H. Fox Pilesar. Dans le Journal of the royal asiatie Talbot, esq. the reverend E. Hincks D. D. Society, vol. XVIIT, part. [. London, 1860. docteur Oppert, and lieut. col. sir Henry * Éléments de la grammaire assyrienne. Rawlinson K. C. B. of the inscription of Tiglat Extrait du Journal asiatique. Paris, 1860.
INTRODUCTION. 5 rivées, la reconnaissance des formes féminines dans la conjugaison, les données générales de la syntaxe et de la formation des mots, sont des faits, des théories, des découvertes, qu'il a le premier présentés dans un ensemble systématique. Aussi, appuyé sur les découvertes antérieures, sur ses nombreuses traductions consignées dans le Journal de la Société asiatique ou dans le deuxième volume de la relation de son Expédition en Mésopotamie, il a pu se dégager des préoccupations du déchiffrement, s'affranchir des difficultés que l'écriture anarienne présente à l'interprétation, et formuler, dans une transcription hébraïque
“qui ne laisse plus saisir les formes de l’idiome assyrien que d’une mamère abstraite et indépendante de l'écriture, les éléments de la grammaire assyrienne. Ge travail de synthèse jette un jour considérable sur le caractère de l’idiome, et ne saurait laisser de doute sur la place qu'il doit occuper désormais dans le groupe des langues sémitiques; aussi les travaux d'analyse que lon pourra maintenant entreprendre sauront largement profiter du cadre dans lequel la grammaire assyrienne est ainsi fixée.
Il ne suffit pas maintenant que les rapports généraux de l’assyrien avec les idiomes sémitiques soient désormais évidents, il faut descendre des généralités et pénétrer dans les détails, étudier l’assyrien non pas dans une transcription qui le dépouille de sa forme originelle, mais dans l'écriture même qui nous l'a fait connaître.
Cette étude nous révèle, au premier abord, un problème qu'il serait peut-être intéressant d'examiner.
En effet on est tenté de se demander comment un système graphique si différent du système des Sémites a pu répondre aux exigences d’une langue qui semblait ne pouvoir être exprimée par l'écriture qu'à l’aide d'un alphabet dont les Phéniciens paraissent avoir donné le type, et que tous les peuples devaient accepter un jour? Mais la question, pour n'être pas résolue dans la science, n'en est pas moins tranchée par la brutale évidence des faits, et il doit demeurer acquis dès maintenant que l'alphabet phénicien n’est pas le moule nécessaire d’une langue sémitique.
Ce problème, d’ailleurs, appartient à un ordre d'idées tout diffé-
rent de celui dont nous nous préoccupons ici. S'il peut être utile, à un certain point de vue, de rechercher la loi du développement des moyens dont l'intelligence se sert pour exprimer la pensée par des signes écrits, la question se pose dans des conditions étrangères à létude de la grammaire, car l'écriture anarienne ne pourra entrer dans une synthèse de cette nature que quand l'analyse dont nous poursui= vons les premiers essais sera définitivement achevée.
Quoi qu'il en soit, si un examen synthétique des textes assyriens ne peut répondre dès à présent à la double exigence qui résulte de la nécessité de démontrer d'abord le caractère général de lidiome, et, ce caractère étant déterminé, son rapport avec l'écriture, l'analyse mimutieuse des diflérentes modifications que les flexions grammaticales font éprouver aux groupes qui représentent les idées amène un phénonomène qui n'est pas sans importance; car c'est en mettant les mots que l’on soumet à cette analyse sous leur forme originelle en présence des flexions que la grammaire impose, que lon peut achever de se rendre compte du mécanisme de l'écriture. I résulte, en eflet, de cette étude une influence réciproque qui agit et réagit sur la lecture des textes : la connaissance de la valeur des signes permet d’abord d'articuler des mots et des flexions qui caractérisent la langue, puis, ce caractère étant connu, il pèse à son tour sur la lecture, et le gémie de la langue devient alors le guide le plus sûr pour indiquer la valeur que les signes doivent prendre et pour donner aux groupes leur véritable articulation.