‹ Exposé des poursuites vexatoires et autres persécutions exercées par le gouvernement britannique et par nombre d'individus dans le but de perdre le comte de Stirling et de le dépouiller de ses droits légitimes [microforme]Chapitre 39 sur 44 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Histoire d'une partie du Maine, en Amérique, située entre les Rivières Sainte-Croix et Kenebeck, et des îles, concédées par la Compagnie de Plymouth, par ordre de Charles I. Roi d'Angleterre et d’'Ecosse, à William, Comte de Stirling, et truns- {érées par Lettres-patentes, dans la onzième année du règne de sa Mujesté.

Le 3 Novembre 1620, des lettres-patentes pour une partie du continent d'Amérique furent accordées par le Roi Jacques à la Compagnie de Plymouth, dont toute la portion située au nord de la rivière Sainte-Croix, comme il a été dit plus haut, fut remise par cette compagnie à la couronne, et de nouveau concédée à Sir William Alexander, en

Une autre partie de la patente de la Compagnie de Plymouth, située au sud de la rivière Sainte-Croix, consistait en une étendue de territoire comprise dans la seigneurie du Canada, qui fut concédée par le Roi Charles à Sir William Alexander, le 2 Février 1628. Mais, comme à l’époque où la couronne lui fit cette concession, le territoire en question était encore la propriété de la Compagnie de Plymouth, sans avoir été remis à la couronne, le Roi Charles, pour remédier à cette irrégularité féodale, ordonna à la compagnie de transférer ce territoire à Sir William Alexander, alors Comte de Stirling, lequel transfert devait accroître à la seigneurie du Canada, et être corroboré par la concession faite antérieurement par sa Majesté. En conséquence, la Compagnie de Plymouth, Corporation ou Conseil de la Nouvelle-Angleterre # d’après les con- ‘ sentement, instructions, ordre et commandement” du Roi Charles, délivra des lettrespatentes à William, Comte de Stirling, ses héritiers et ayans cause, en date du 22 Avril 1635, pour une portion de territoire de la province de Maine dans la Nouvelle-Angleterre, à partir de Sainte-Croix, et de là s’étendant le long du rivage de la mer, jusqu'à Pémaquid et à la rivière de Kenebeck,* à quoi fut ajoutée l’Ile-Longue, avec toutes les îles adjacentes.

Bientôt après, le comte prit possession des terres et îles à lui transférées. Il nomma son délégué à cet effet, le 20 Avril 1636, et lui-même ct ses héritiers firent de grandes dépenses, pour planter et établir des colonies dans ces limites. M. Savage, dans son ouvrage sur la Nouvelle-Angleterre, rapporte ce qui suit: “ Cette année, en 1641 ‘ M. A. diverses familles de Linne et d’Ipswich ayant fait reconnaître l’Ile-Longue, “et trouvant un endroit très commode pour y établir des plantations, voulurent s'y

# « L'espace compris entre Sainte-Croix et Pemaquid était possedé par lui (Sir William Alexander) “ comme membre du Conseil de Plymouth, sous une autre concession, par agrément entre les concession- “ naires”—(Haliburton's History of Nova-Scotia, vol. i. p. 144.)

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“fixer. Mais attaqués par les Hollandais, ils traitèrent avec leur Gouverneur (Kieft) “ pour en obtenir la concession. Celui-ci leur fit de très bonnes conditions; il leur “ offrit la garantie de toutes les libertés civiles et religieuses dont ils jouissaient dans “le Massachusetts, mais sans autres juges d’appel que les Hollandais, et à la charge ‘ de payer, au bout de dix ans, le dixième de leur grain. Cela déplut à la Cour, qui “ chercha à les retenir, non pas parce qu’ils s’éloignaient de nous, mais parce qu'ils “ renforçaient les Hollandais, voisins qui nous étaient suspects, et qu'ils leur enlevaient ‘une propriété que le Roi réclamait et avait accordée par lettres-patentes au Comte “ de Stirling, ensemble avec Martha’s-Vineyard et autres Iles. Ils cédèrent à ces “ représentations et se désistèrent.”"—(Savage’s Winthrop's New England, vol. ii. p. 34.)

Mr Neal rapporte aussi à-peu-près de la même manière, que “les habitans de Lyn “se trouvant trop à l’étroit, passèrent dans l’fle-Longue; qu'après avoir traité avec “ l'agent du Comte de Stirling et les propriétaires Indiens, ils commencèrent un ‘ établissement à l'extrémité occidentale de cette ile; mais que, comme les Hollandais “ ne cessaient de les inquiéter, ils abandonnèrent leurs plantations, et allèrent s'établir, ‘ au nombre de cent familles, à l’extrémité orientale de l'Ile, où ils bâtirent la ville de “ South Hampton; puis, d’après le conseil du Gouvernement de Massachuset-Bay, ils “ se donnèrent un gouvernement civil” —(WNeals New England, p. 189.)

Le 13 Octobre de la même année, le député du Comte fit, en vertu des lettrespatentes ci-dessus, une concession de Pile de Nantucket et de deux petites îles adjacentes, laquelle contient mention spéciale de la commission à lui donnée par le Comte.

Le 12 Mars 1664, le Duc d'York obtint de son frère, le Roi Charles IL, une lettre-patente pour la province de New-York, lui concédant à lui, “ ses héritiers et “ représentans, la partie du territoire du Maine située dans la Nouvelle-Angleterre, « qui commence à un certain endroit connu sous le nom de Sainte-Croix, attenant à “la Nouvelle-Ecosse, en Amérique, et de là s'étendant le long de la côte jusqu’à “un certain endroit appelé Petnaquine où Pémaquid, remontant la rivière dudit “ endroit jusqu'à sa source la plus éloignée dans la direction du nord, et s'étendant “ de là jusqu'à la rivière de Kénebèque, remontant par la ligne la plus courte jusqu'à “ Ja rivière du Canada, au nord; et aussi, toute cette île ou toutes les îles communé- ‘“ ment connues sous les différens noms de Meitowacks où Ile-Longue, situées vers “ l’ouest du Cap Cod et du Narraghgansetts, confinant au territoire du Maine, entre “les deux rivières connues sous les différens noms de Conecticot ou de Rivière “ d'Hudson, ensemble aussi avec ladite Rivière d'Hudson, et tout le territoire depuis “ la rive occidentale du Conecticot jusqu’à la côte orientale de la Baie Delaware; “ et aussi toutes les différentes îles connues sous le nom de Martin’s (Martha’s) “ Vineyards, et Nantukes, autrement Nantuckett.”

La portion de terre située entre Sainte-Croix et la rivière Kenebeck, comme on

l’a vû, fut transférée par la Compagnie de Plymouth à William, Comte de Stirling; et de ce qu’elle se trouve comprise dans la lettre-patente du Roï au Duc d’York, on pourrait en conclure que les héritiers du Comte avaient fait un marché à l’effet de transférer à son Altesse Royale leur droit ou titre. Cependant la vérité est que ni le Comte de Stirling qui vivait à cette époque, ni son père Henrv, troisième Comte, n'ont rien fait à cet égard, et n’ont renoncé à aucun de leurs droits; mais la mention de cette portion de terre dans la patente accordée au Duc d’York, doit s’attribuer entièrement aux circonstances qui suivent.

Le Duc ayant dessein de constituer la province de New-York, qui se nommait auparavant Nova-Belgia, et ayant beaucoup entendu parler de la bonne qualité du sol de l'ile contiguë, l’Ile-Longue, il proposa à Henry, quatrième Comte de Stirling, de lui acheter son droit sur cette île.

Depuis l’époque des guerres civiles d'Angleterre, jusqu’après la mort de Henry, troisième Comte de Stirling, en 1644, les possessions américaines de sa famille furent presque entièrement négligées. Son fils Henry, ci-dessus mentionné, quatrième Comte, retirant alors très-peu de profit de ces possessions, dont la garde entraînait de grandes dépenses, consentit, pour une valeur considérable, à abandonner l’Ile- Longue au Duc d’York, qui était plus en état d'en assurer la prospérité ; tandis que le Comte retirerait, en échange de cet abandon, un revenu plus certain et plus avantageux que celui dont il jouissait alors, en possédant lui-même. La valeur stipulée fut, dit-on, L.300 par an, dont, ajoute-t-on, on n’a jamais rien payé.

Quand les conditions de l'abandon furent arrêtées, le Duc, ou ses agens reçurent les titres du Comte, afin que les limites de lIle-Longue pussent être exactement décrites dans la lettre-patente du Duc; mais, comme dans l’acte par lequel cette ile était cédée par la Compagnie de Plymouth à William, Comte de Stirling, la portion de terre ci-dessus, située entre Sainte-Croix et la rivière de Kenebeck, lui était aussi transférée, non seulement la description des limites de l’Ile-Longue fut insérée dans la lettre-patente accordée au Duc, mais, par erreur, ou autrement, la description de la portion de terre en question, y fut aussi insérée. La lettre-patente accordée à son ÂAltesse Royale, renferme une déclaration dont certainement la teneur est fort étrange, et qui pourrait faire soupçonner qu'on avait quelque dessein frauduleux : “et finalement, nous déclarons par les présentes que notre volonté est que ces lettres- “ patentes de nous émanées, soient bonnes et valables devant la loi, à toutes fins et “ intentions quelconques, nonobstant le défaut de description ou de mention des “ terres ou de portions d’icelles, ou de bornes et limites, ou de toutes lettres-patentes ou “ concessions antérieures ou autres accordées ou faites auparavant, des terres ou d’au- “ cune portion d’icelles, par nous ou par nos ancêtres, à toute autre personne ou per- “ sonnes quelconques, états ou corporations.” Cependant le Duc ne permit jamais à ses députés ou agens d’entrer en possession dudit territoire, lequel, en grande partie, n’a été occupé depuis ni par la Couronne d’Angleterre, ni, dit-on, par les Etats-

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Unis, sous le gouvernement duquel il devait être placé, d’après les articles provisoires qui servirent de base au second Traité de Paris, le 3 Septembre 1783.

Durant la possession de l’Ile- Longue par les Comtes de Stirling, ils continuèrent à faire aux colons des concessions de terres.“ En Juin 1639, Forrest (Farret) agent “ du Comte de Stirling, transféra une portion considérable de l'extrémité orientale “ de l’Ile-Longue à Howel et à ses associés (habitans du Conecticut) avec le pouvoir “ souverain transmis au Comte par la Compagnie de Plymouth. Journaux de New “ York. Bureau des Colonies. Whitehall, vol, ï. p. 1.” (Chalmers’ Political Annals, p. 571.) Gardiner’s Island, au nord de l’Ile-Longue, et les terres qui appartiennent aux habitans de South Hampton, furent achetées des naturels, et l'achat de chaque propriétaire fut confirmé par le député du Comte de Stirling. En 1665, le Colonel Nicolls, sous-gouverneur, au nom du Duc d’York, ordonna aux propriétaires de prendre de nouvelles lettres-patentes, afin qu’ils tinssent leurs terres de son Altesse Royale, et en conséquence le gouverneur délivra une lettre-patente pour Gardiner's Island. Mais les habitants de South Hampton résistèrent à ce qu’on exigeait d’eux, et représentèrent au nouveau gouverneur, Francis Lovelace, qu'ils avaient déja pour leurs terres “un titre valable qui émanait légalement du Comte de Stirling, lequel “titre, selon eux, les dispensait de l'obligation de prendre d’autres lettres-patentes.” Cependant on refusa de faire droit à leurs représentations; et le 8 Octobre 1670, la Cour d’assise, tribunal arbitraire, composée du gouverneur et de son conseil, assistée de plus ou moins de magistrats, déclarèrent non valides les titres de propriété de terres dans cette ville, si la lettre-patente requise n’était obtenue avant l'expiration d’un délai fixé.

Du vivant du sus-dit Henry, quatrième Comte de Stirling, la contrée du Maine fut tellement harassée et ravagée par les Indiens et les Français, que les colons furent obligés de demander du secours au gouvernement de Massachusetts-Bay. Un historien d'Amérique, Mr Sullivan, remarque que “toute la contrée orientale fut aban- “ donnée. Les habitans ne purent obtenir de secours de la colonie de Massachusetts- “ Bay, parceque la juridiction de ce gouvernement à leur égard était contestée par “ ceux qui prétendaient l'exercer au nom du Due d’York, et que la partie du pays qui “ se trouvait à l’est de Penobscot, passait pour être sous la juridiction du Comte de “ Stirling.”” (History of Maine, p. 172.)

Ainsi, faute de protection, le territoire tomba dans les mains des Français, qui, tant qu’ils gardèrent la Nouvelle-Ecosse, le comprirent dans les pouvoirs de leurs gouverneurs.

Le 7 Octobre 1691, le Roi Guillaume et la Reine Marie accordèrent aux habitans de Massachusetts-Bay la charte mentionnée plus haut, par laquelle leurs Majestés donnaient à la législature de cette province la juridiction du pays contenu dans les limites du territoire ci-dessus décrit, mais avec une clause d'exclusion pour toutes les concessions ou transferts antérieurs; et avec la stipulation expresse que nulles concessions

de terres, ni même ‘“ d'aucunes terres qui s'étendent depuis la rivière de Sagadahock “ jusqu'au Golfe de Saint-Laurent, la rivière du Canada, et l'Océan Atlantique, “ au nord et à l’est, ne seraient valides et de quelque effet, qu'autant que l'approbation “ royale desdites concessions aurait été signifiée.”

Ce territoire fut enfin repris sur les Français, en 1710, avec la Nouvelle-Ecosse; et après cette nouvelle conquête, et la cession définitive qui en fut faite à la Grande- Bretagne par le traité d'Utrecht, il resta sous le gouvernement de Massachusetts-Bay ; et la propriété du sol continua à appartenir à l'héritier du concessionaire, laquelle qualité appartient à Alexander, présent Comte de Stirling, comme l’a prouvé une déclaration de jurés ou de témoins, faite à Edimbourg, le 11 Octobre 1830, sur une enquête ouverte à cet eflet.

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