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et d’écarter toutes les objections que Pon pouvait avoir à négocier avec moi, en montrant clairement que, si, comme il paraissait, le Secrétaire des Colonies considérait la question de la pairie comme un obstacle, il Ctait prêt à éclairer préalablement tous les doutes à ce sujet. Il avança même en effet quelques argumens sommaires pour prouver à Lord Goderich qu’il pouvait le satisfaire sur ce point. Il regrettait que quelque méprise sur le titre de son client, eût servi à faire rejeter ses prétentions à la propriété, déplorait la nécessité d’avoir recours à d’autres moyens pour obtenir justice, si lon persistait dans cette objection contre lui; mais il donnait à entendre très-pertinemment, que, si l’on me réduisait à cette extrémité, ce pouvoir si vaste dont ma partie adverse était revêtue, devait être un motif de plus pou: agir selon les plus stricts principes de justice et d'équité. Mr Burn observait aussi que, * sans le moindre “ doute, la théorie de la législation et du gouvernement britanniques repose sur le ** principe assuré d’une parfaite et impartiale rétribution de la justice à tous les indi- “ vidus.” Hélas! Combien l'application de ce principe est rare dans la pratique ! I ajoutait que, s’il y avait quelque moyen d'entrer en négocïction, il était prêt, conformément à mes instructions, @ faire les plus amples concessions, Ke.
Le 4 de Février, avec une diligence singulière, Lord Howick écrivit derechef ; mais C’était simplement pour déclarer à Mr Burn, d’après les instructions de Lord Goderich, que son intention n'avait jamais été et n’était non plus alors, d'exprimer aucune opinion touchant la validité de mes droits au titre de Comte de Stirling ; qu'il croyait que, jusqu’à ce que mon droit à ce titre fût établi à la satisfaction de sa Majesté et de la Chambre des Pairs, il ne pouvait convenablement être reconnu dans aucune communication officielle écrite par le Secrétaire d'Etat du Roi, où par ses ordres. Sa lettre finissait par un nouveau refus d’entrer dans aucune discussion sur les autres sujets contenus dans la lettre de Mr Burn.
Mes conseils pensant encore qu'il existait quelques méprises sur ce sujet important, au bureau des Colonies, écrivirent, le 6 de Février, déclarant, que, quoiqu'iis n'eussent aucune intention de continuer une correspondance qui ne promettait aucun résultat favorable, cependant ils croyaient devoir relever l'erreur évidente qui régnait sur le véritable état des circonstances, au bureau des Colonies. Ils expliquèrent donc très-distinctement, que mon titre de Pair, et mon titre comme héritier du premier Comte de Stirling pour les territoires réclamés, étaient des droits totalement et entièrement distincts, tandis qu’ils paraissaient être considérés par Lord Goderich comme étant identiques ; qu'ils se garderaient de faire aucun commentaire, ou de présenter aucune réplique sur la distinction établie pour ne point reconnaitre mon titre à la pairie ;* point pouvait done, pour le moment, rester en dehors de la question ; l'intérêt le plus important, c’est à dire, celui de la propriété territoriale, était le seul sur lequel ils prendraient la liberté d'appeler l’attention de sa Seigneurie; ce qu'ils faisaient respec-
* On a pleinement démontré, dans une autre partie de cette narration, sur quel prétexte frivole Lord Goderich appuyait son refus de reconnaitre mon titre à la pairie.
tueusement, à cette période de la correspondance, dans la crainte que la décision prononcée contre ma réclamation, venant à être confondue avec la décision portée contre mon titre, n’eût provoqué le refus d’entrer en négociation. Quelques autres remarques propres à faire sentir au Ministre des Colonies l'injustice qu'il me faisait, terminaient cette dernière tentative ; je dis dernière, car n’y ayant point recu de réponse, la correspondance en demeura là.
Maintenant, demanderai-je, les sujets de cet empire sont-ils libres ou esclaves ? Avons-nous une constitution pour nous protéger contre la verge de fer des tyrans, contre les outrages et la violence de l'oppression ; ou bien, faut-il croire que toutes ces belles théories ne sont que pure dérision? Que mes compatriotes vantent tant qu'ils voudront, leur amour pour la liberté, leur esprit d'indépendance, leur extrême libéralité, et toutes les vertus civiques; si cependant une portion considérable de ces mêmes hommes, n'étaient pas, malgré cette fastueuse parade de nobles sentimens, les cœurs les plus durs et les plus intéressés, les plus dévoués adorateurs de Mammon, et plus serviles esclaves du pouvoir que les Persans ou les Chinois eur mêmes, certes, quand le traitement que j’essuyai de la part du Gouvernement, non seulement dans la première occasion que je viens de décrire, mais dans d’autres cas que j’aurai à mentionner, était un sujet général de conversation, j'aurais entendu quelqu’expression d'indignation de la part de ceux qui, jouissant d’un crédit aussi bien que d’une fortune considérable, auraient pu faire beaucoup en ma faveur. Il est de ces hommes qui clabaudent avec intrépidité, et font un fracas épouvantable dans les assemblées publiques, qui, pour servir leurs desseins, leurs vues politiques, ou leur vanité, peuvent faire de beaux discours dans le Parlement, et par là se parer des plus nobles sentimens de générosité, de bienveillance et d’humanité ; mais qui, n’ayant plus de tels objets en vue, ferment volontairement les yeux sur un abus d’autorité, comme dans le cas présent, et cachent leur indifférence, en affectant de ne pas savoir qui je suis, ou se contentent de laisser tomber quelques phrases banales, telles que : “Je suis fâché qu’il ‘“ ne soit pas en mon pouvoir d'intervenir; mais, vous le savez, j'ai tant à faire!” &c. Par ce sarcasme que je n’hésite point à faire tomber sur l'espèce de gens dont je viens de parler, Je ne prétends point nier qu’il n’y ait aussi un grand nombre de mes compatriotes pleins de mérite, et d'humanité, et jouissant d’un haut crédit, qui sont toujours prêts à faire le bien, autant qu’il est en leur pouvoir; seulement il est étrange que jusqu'ici ma bonne fortune ne m’ait encore fait rencontrer aucun de ces derniers. J’ai trouvé beaucoup de personnes, de peu de fortune ou de crédit, dont le cœur généreux et l’esprit juste étaient portés à faire pour moi tout ce que j'aurais pu désirer; mais, hélas! que pouvaient-ils contre l’iniluence et la puissance accablantes de mes oppresseurs ? En Angleterre (on ne peut le nier), rien ne saurait s'effectuer en pareil cas, que par ceux à qui leurs richesses, leurs liaisons de famille et leur influence politique fournissent des armes auxquelles le ministère lui-même ne peut long-temps résister. Assuré maintenant de la généreuse coopération de quelques uns de ces
individus, et de quelques autres, qui, sans être sujets de ce pays, ont le pouvoir de me servir, je continue ma narration.
Après avoir fait mes ouvertures à Lord Goderich, de la manière que j'ai mentionnée, et m'être vu si grossièrement et si impérieusement repoussé, une question s'élève maintenant sur la légalité du refus, de la part d’un ministre de la couronne, de permettre à un sujet anglais d’exposer sa plainte devant lui. Un ministère n’est-il pas établi pour l'administration des affaires de la nation ? L’exposé des droits les plus étendus et les plus importans établis par chartes, (droits non éteints et mprescriptibles, ainsi qu’il est clairement démontré dans le cours de cet ouvrage, tant qu’il existera un héritier légitime de Sir William Alexander,) l'exposé de ces droits n’est-il pas une affaire vraiment nationale, et n’offre-t-il pas un sujet de mûre considération, au lieu d’être péremptoirement rejeté avec pétulance et précipitation, par le sic volo, sie jubeo d'un ministre, comme il l’a été par Lord Goderich? était-il excusable d'essayer de fouler ainsi aux pieds des droits établis par la loi, suivant toutes les formes voulues, après tant d'années de persévérance de ma part, avec des dépenses immenses, sans daigner faire la moindre recherche, et lorsqu'il n’était guidé que par ses préventions ou son caprice? Il me semble qu'une telle conduite devrait donner lieu à un acte d'accusation. En tous cas, si de nos jours il reste encore une étincelle de cet honneur, de cette générosité et de ces nobles sentimens, qui autrefois caractérisaient mes compatriotes, je ne dois pas craindre que mes oppresseurs, dans la plénitude de leur pouvoir, puissent se soustraire à l’animadversion qu’attirera sur eux l’exposé fidèle de leur tyrannie, et des moyens méprisables employés par eux et par leurs agens, pour compléter la ruine d’une famille respectable, Ceux même de leur parti, ceux qui soutiennent leurs mesures générales, et qui les assiégent de leurs adulations, s’ils sont honnêtes et sincères dans leur désir de réformer les abus, ne peuvent approuver la manière dont j'ai été traite.
Le premier acte à remarquer, d’une méchanceté basse et déshonorante, est un acte officiel d'hostilité, dirigé contre moi par un agent subalterne du ministère. Cet acte porte un tel caractère, qu'il paraitrait Imcroyable à mes lecteurs, si je n'avais, pour soutenir ce que je vais avancer, d'amples moyens de preuve, sans lesquels je ne m’exposerais pas à y faire la moindre allusion. Ce ne fut rien moins qu’une tentative faite par le secrétaire particulier du Comte de Ripon, (alors Vicomte de Goderich, et Secrétaire d'Etat, au département des Colonies,) pour me faire tomber au moyen d'une lettre fausse, entre les mains d'un ennemt ünpitoyable qui par sa haine mortelle, sans provocation de ma part, et en épousant la querelle d’un autre, avait pendant les douze mois précédens, causé à ma famille et à moi des embarras et des calamités sans nombre. Le Secrétaire particulier doit avoir eu pour objet réel, non pas seulement d'aider cette personne, mais aussi de se rendre agréable à son chef, en employant un moyen qu’il regardait pour moi et pour mes réclamations, comme un véritable coup-de-grace,
On verra dans l'exposé lumineux de cette affaire obscure, rédigé ensuite par mon avoué, et que je suis heureux de pouvoir republier dans l’appendice de cet ouvrage, comment cette basse tentative fut déjouée, et combien peu s’en est fallu que je ne tombasse dans le piége. En comparant ensemble la copie lithographiée de la lettre fausse, datée du 22 Août 1832, ct celle de la lettre du Secrétaire à Mr Burn, du 24 du même mois, toute personne accoutumée à une vérification d'écriture, se convaincra, comme ont été convaincues plus de douze personnes employées dans des bureaux d'administration à Londres, que les deux lettres ont été écrites par le même individu. Sur observation qui m'a été faite plus d’une fois, que le rapport de Mr Burn ne suffisait pas à un lecteur impartial, pour se former une opinion exacte de la part que le Secrétaire de Lord Ripon est accusé d’y avoir prise, j'ai cédé au conseil de mes amis, en publiant toute la correspondance qui y a rapport. Le Comte de Ripon lui-même est, sans aucun doute, étranger à l'acte fait en son nom, et c’est probablement parce qu’il n’a pu se résoudre à croire son protégé capable, pour ruiner une autre personne, d’un trait si criminel et si déshonorant, qu’il est devenu inconsidérément le champion et le défenseur de l'accusé. Mais le public ne croira-t-il pas, qu’au lieu d’entrer en lice avec moi, il aurait été plus noble et plus digne de son caractère, comme autorité supérieure dans l'espèce, d'exprimer tout son regret de l’usage qu’on avait fait de son nom pour une action si basse, et de permettre sur-le- champ les recherches les plus rigoureuses ? N'est-ce pas là ce qu’aurait du faire le Secrétaire d'Etat, en voyant la lettre fausse, datée de ses bureaux.
Bien que Lord Ripon soit fort peu disposé à me croire capable de générosité et d’indulgence, je déclare sur l'honneur, qu’à cette époque, beaucoup de personnes m'ont engagé à pousser l'affaire plus loin que je ne l’ai fait; mais je m’y suis refusé, dans l'espoir, hélas! trop vain, que si je me désistais, je pourrais trouver par la suite le gouvernement disposé à écouter les nouvelles ouvertures que je viendrais à faire, Comment mon indulgence a-t-elle récompensée? Par des outrages, par des provocations réitérécs, dont la plus atroce fut une tentative réfléchie de nr'ôter ce qui m'est plus cher que la vie, mon honneur! Et pour se venger de la découverte d’un faux réel commis dans l'administration des Colonies, on enjoignit aux agens de la Couronne, en Ecosse, de m’accuser de faire usage de pièces fausses pour soutenir mes réclamations. Je vais revenir sur cette dernière atrocité; mais auparavant il faut que je finisse ce que j'ai à dire de Lord Ripon et de son Secrétaire particulier.
Comme je vois que les Ministres de sa Majesté ne montrent à mon égard ni pitié, ni modération, et qu’ils ne paraissent pas disposés à adopter une marche plus honnête, je suis forcé d’ajouter les remarques suivantes pour compléter l'exposé de l'affaire de la lettre fausse, qui forme une partie essentielle du présent mémoire.
Le public apprendra avec étonnement que le secrétaire particulier qui a pu se prêter si facilement à devenir le criminel instrument d’une vengeance personnelle,
Blé En
après avoir fait tout ce qui aurait suffi dans un autre individu, moins fortement protégé, pour aller expier son crime à Sydney ou à Van Diemen’s Land, a reçu pour récompense, par le crédit de son protecteur, LE TITRE DE CHEVALIER, et un emploi élevé dans les Iles Zoniennes, retraite fort commode, loin de la scène du danger. Et que peut-on naturellement en inférer? C’est ce que l’on apprendra, en lisant attentivement le mémoire de Mr Burn, et la correspondance. Soutenir la réalité d’un acte si méchant et si honteux, en entassant des honneurs sur la personne du coupable, et en le faisant sortir promptement du pays, n’est pas le meilleur moyen de prouver qu’on n’a pas eu connaissance de la ligue de cet individu avec mon ennemi personnel. Cette ligue n’était qu’une branche du vaste complot tramé pour opérer ma ruine, et dont j'ai déjà prouvé l'existence; de plus, les actes des autres agens du gouvernement, auxquels j'aurai occasion de faire allusion, ne m’autorisent malheureusement que trop à soupçonner qu'il y a eu constamment, jusqu'à un certain point, un accord secret entre le pouvoir et mes ennemis personnels.
Le second acte sortit, comme le premier, de l'administration des Colonies. Ce fut une opposition à une vente de terres dans le Nouveau-Brunswick, que, comme héritier reconnu de Sir William Alexander, et comme ayant la possession légale, J'avais le droit d'effectuer, sur le plan qui m'avait été recommandé. Cette vente devait avoir lieu le 7 Novembre 1832, mais elle fut arrêtée par un avertissement semi-officiel inséré dans le Times de la même date, et par la défense d'insérer un autre avertissement que j'avais envoyé pour cette même vente. Or, sans entrer ici dans les argumens aussi convaincans que pressans dont mon avoué se servit dans une lettre à ce sujet, qui parut alors dans tous les journaux, j'observerai simplement que des Ministres n'avaient pas plus le droit d’arrêter cette vente, qu’ils ne l’auraient à présent de venir empêcher la vente d’une des terres du Due de Sutherland, du Marquis de Westmi ster, ou de tout autre Pair ou sujet ordinaire du royaume. Je soutiens que cette intervention ne saurait être justifiée, non plus que les ordres adressés aux autorités locales des provinces d'Amérique, pour s'opposer à toute prise de possession des terres non-occupées, par les concessionnaires de mon chef. Je maintiens que ce dernier abus de pouvoir était une violation directe des clauses spéciales contenues dans les chartes royales octroyées à mes ancêtres.
Mais ces actes se trouvent isolés, au milieu des exemples nombreux de l'abus que l’on a fait de l'influence du gouvernement, pour fausser, à la même époque, l'opinion publique, dans l’intention évidente de me renverser, et de me faire assez de mal pour m’anéantir moi et mes réclamations. Ce serait perdre un temps précieux, que de signaler en détails tous ces petits actes d'oppression. Je me contenterai de dire que le gouvernement, et un grand nombre de personnes qui, par des motifs d'intérêt, ont secondé ses vues autant que possible, semblent avoir toujours senti que, si J’arrivais à me procurer de grandes ressources pécuniares, je serais bientôt assez fort pour résister avec succès à leurs mesures tyranniques. Aussi, une de leurs principales
manœuvres a toujours été de m'empêcher de trouver de l'argent; et le tort fait à mon crédit, par les opérations frauduleuses d’agens que j'employai en 1829-30-31, faillit faire réussir l'exécution de leurs plans. Obligé alors d’avoir recours à des négociations d'emprunts, j'eus soin constamment de faire prévenir les personnes à qui on s’adressait, de la conséquence inévitable de toute démarche faite auprès des bureaux du Ministère, dans le but d'obtenir des renscignemens; mais on ne m'écouta pas, et par là on procura à mes ennemis une occasion qu'ils attendaient, et dont ils se saisirent pour exprimer sur mon compte des opinions qui, quand elles me furent rapportées, auraient soulevé toute mon indignation, si je n’avais senti qu’on ne pouvait répondre à un tel procédé que par le silence du mépris.
Après avoir passé d’allusions à de petits actes de malveillance, je reviens enfin à cette mesure si pleine de malice et de vengeance, mise à exécution en Ecosse, comme je l’ai déja signalé, laquelle prouve, d’après les instructions adressées aux agens de la Couronne, que la publicité très limitée que mes amis donnèrent à l'affaire de la lettre fausse, avait suggéré l'idée de s’en venger, en cherchant à saper les fondemens de mes droits héréditaires, que l’on m’accusa alors de soutenir au moyen de pièces fausses. Là, mes lecteurs trouveront la preuve évidente du désir des amis du Gouvernement, non seulement de me dépouiller de mon héritage, mais encore de ruiner ma réputation. Comment, an dix-neuvième siècle, dans ce siècle de réforme, peut-on permettre que, sans l'ombre d’un prétexte, un sujet britannique, qui a prouvé s: descendance, et établi légalement sa qualité d’héritier devant quatre jurys désinteressés de ses compatriotes, soit attaqué, tout d’un coup, de cette manière, par les misérables satellites d’un ministère arbitraire? Que, devant la Cour Suprême d’Ecosse, où en toutes occasions il les avait défaits, il ait vu tomber l'espoir d’une décision prochaine et favorable, et paralyser tant d'efforts qui lui promettaient enfin l'exercice de ses pouvoirs, par une accusation de faux, portée contre lui, accusation mal-fondée, infâme etexécrable. Les hommes qui savent ce que c’est que la vertu et l'honneur, répondront avec indignation: “ Certainement non.”
Les conséquences les plus sérieuses de cette accusation furent d’abord, la prolongation du litige, en m’exposant à des frais que, dans les circonstances où je me trouvai alors, il me fut presque impossible de couvrir. Pour augmenter ces frais, et pour attaquer à la fois toutes mes ressources, comme on n’a pas eu honte de l’avouer, dans l'espoir de triompher par ce moyen déshonorant, en un mot, tous les retours que leur adresse et l’expérience de la chicane pouvaient offrir, furent mis en jeu, afin de gagner du temps. De délai en délai, les plaidoiries finales furent remises, pendant trois ans et demi, et conséquemment nul arrêt n’a été prononcé. J’ai encouru un surcroit énorme de dépenses, par la nécessité où je me suis trouvé, de réunir un corps complet de nouvelles preuves à l’appui de ma généalogie, dont les points étaient devenus douteux par suite de l’attaque faite sur les pièces dont je fis originairement usage pour les prouver. Cependant j'ai fini par réussir, quoique l’entreprise ait paru
d'abord d'une difficulté insurmontable. La seconde conséquence sérieuse fut le tort fait à ma réputation, par les diffamations de mes ennemis personnels, qui, épiant toujours quelques nouvelles occasions de me faire du mal, saisirent avec joie celle qui leur fut offerte par cette accusation atroce, pour dénaturer tout ce qui se passait devant la cour, augmenter le mal, et accroitre par là mes souffrances. Ces démons qui, pour le plaisir de satisfaire une animosité personnelle produite par la rage de se voir déjoués dans l’exécution de leurs affreux projets contre moi, ont secondé le parti de la Couronne de tous leurs eflorts, se sont trouvés en Ctat, à la faveur de cette circonstance, de faire courir leurs colomnies en Ecosse, avec plus de succès qu’auparavant. Leurs sinistres intentions furent encore favorisées par l'usage où l’on est en Ecosse, d'imprimer pour la cour les actes de la procédure, au moyen de quoi les charges présentées contre le défendeur, et dont la connaissance, en Angleterre, n’est communiquée, avant le jugement, qu'aux parties intéressées, peuvent, à l’aide de l'imprimeur, être connues de tout le royaume, en multipliant les copies de ces actes. Mes adversaires ont eu recours à cet expédient ; et en envoyant grand nombre de ces papiers à leurs misérables complices, à Londres, ils ont fait colporter leurs calomnies, dans l’intention de détruire ma réputation.
D'après ce que je viens de dire des actes de l’administration du Comte de Grey, le lecteur verra évidemment qu’un système d’injustice et de persécution sans exemple, fut organisé dans la vue tyrannique de m’accabler. Les membres de ce gouvernement ont été peu scrupuleux sur les moyens d’arriver à leur but. Moi qui n’ai jamais rien fait pour ternir ma réputation, ni pour salir mon nom, qui n’ai à rougir d'aucune de mes actions, ils n’ont par craint de m’accuser, de me persécuter, de m’opprimer, et de chercher à m'avilir. L'esprit le plus débonnaire se serait révolté à un pareil traitement; mais comme Je ne puis me vanter d'aucun degré de supériorité en fait de patience débonnaire, il n’est pas étonnant que l’indignation et le sentiment profond de tant d’injustices, aient enfin éclaté. Il ne serait plus possible de leur opposer ces motifs de convenance, que pendant trop long-temps des personnes timides mais bien intentionnées ont employés pour me retenir, et qui m'ont fait souffrir en silence, jusqu'au point de me voir chasser de ma maison et du pays de mes pères.
Telle a été la violence du déluge de persécutions qui m’a assailli depuis l’année 1831, époque à laquelle je réunis toutes les pièces légales de mes titres, qu’il n’a fallu rien moins que l'intervention miraculeuse de la Providence, qui envoya de temps à autre quelques bons amis à mon secours, pour me donner la force de résister au courant qui menaçait d’entrainer toutes les digues et toutes les barrières que je croyais assez solides pour me protéger. Une fois, je me trouvai pressé dans un passage étroit et dangereux, sachant que mes formidables ennemis mettaient tout en œuvre, comme ils le font encore à présent, pour m'y enfermer de tous côtés. Mais tout-àcoup je m’élevai à la hauteur de ma situation, et quoique ia lutte ne fût pas égale, je ne craignis pas de m’y engager. Et pourquoi? Parceque je trouvai un nouvel élan
dans le sentiment de la dignité de mon droit, sentiment qui ne m'abandonnera jamais. Ce n’est pas en vain que j'ai toujours espéré qu’une juste Providence viendrait m'aider à déjouer mes ennemis, et à défendre une si noble cause avec une perséverance inébranlable. Après avoir vu mes ouvertures et mes remontrances, que je renouvelai à chaque changement partiel ou total du ministère, rejetées avec mépris par toutes les branches de l'administration, il est évident que je ne gagnerais rien à persister dans l’ancien système d’indulgence et de patience que j'ai trop long-temps suivi. Il faut que je prenne une position plus élevée, et que j'épuise tous les moyens que m'’offre la loi, pour résister avec énergie aux persécutions ministérielles et particulières.
Si les ministres avaient simplement écouté avec politesse, avec une bonne foi et une impartialité purement ordinaires, mes premières propositions d’arrangement, qui toutes s’accordaient avec les principes d’une saine justice et d’une bonne politique, et qui offraient des concessions libérales et respectaient les droits d'autrui, les maux qui ont été la conséquence de leur injustice, ne seraient jamais arrivés. Même l'agitation actuelle du Canada n’existerait pas, parce qu'aucun événement n'aurait pu servir de prétexte à cette agitation. Il n’y aurait point eu de mécontentement dans cette précieuse colonie, et par conséquent point d'esprit de révolte. Mais les mêmes hommes d'Etat qui se disent partisans de mesures libérales, qui veulent par de saines réformes, fortifier le grand palladium de la liberté Anglaise, et qui reconnaissent à tous les sujets britanniques un droit égal à la dispensation de la justice, ne se sont pas fait scrupule de refuser de m’entendre, quand je m’approchai d'eux avec confiance, prêt à faire toutes les concessions qui seraient jugées nécessaires, eu égard aux circonstances, pourvu que les droits de mes enfans et les miens fussent dûment considérés et respectés. Je fus repoussé rudement, comme si les portes de leurs résidences ministérielles, en s’ouvrant devant moi, eussent dû admettre un véritable pestiféré.
Mais pourquoi tant de diffamation, de bassasse et d’oppression ? Je n’en appelai à eux que quand, après avoir sacrifié la plus belle partie de mon existence et une fortune considérable, je me vis en possession de toutes les conditions essentielles à la qualité d’héritier légitime. Æ/ors, certainement j'allai, et cela avec juste raison, appeler attention du Gouvernement sur mes réclamations. La honteuse tentative de me dépouiller de tous les avantages de ma situation comme héritier de Sir William Alexander, en réduisant mes preuves d’hérédité, et d’obtenir ce résultat inique en ruinant ma réputation, retombera sur ses auteurs ; car elle dévoile les bas motifs de corruption qui les ont poussés. La ligue formée avec un de mes ennemis personnels, ligue déja prouvée par la correspondance mentionnée ci-dessus, est peut-être l’acte le plus choquant et le plus scandaleux dont ait jamais été accusée une administration publique. Est-ce là une conduite digne des membres d’un ministère Anglais ? Quelle noblesse, quelle élévation de sentimens y a-t-il à employer un tel moyen pour écraser un fidèle, un paisible sujet du Roi, dont tout le crime est de se trouver descendant direct, et héritier de cet homme noble et entreprenant, qui dépensa toute sa for-
tune dans sa persévérance infatigable à coloniser des territoires que son Souverain lui concéda comme la récompense méritée de ses services? Les ministres n’ignoraient pas ce fait; et ils ne pouvaient pas l’ignorer. Quand j'en appelai à eux, je m'’attendais que, comme chefs d’un grand empire, ils auraient la magnanimité et le courage de me rendre une justice impartiale. D’aveugles préjugés, avancés et nourris par la malignité, de méprisables Jalousies, digne fruit d’un entendement étroit, et l'esprit de parti, fomentés par quelques personnes riches et puissantes, avaient été d’avance armés contre moi; mais devais-je supposer que le Gouvernement Britannique aurait fait cause commune avec de tels adversaires, et se serait aussi servi de leur influence pour me perdre ?
Je désire que mes lecteurs soient bien pénétrés que dans mes plaintes, dans les graves accusations qui précèdent, je ne suis mu ni par zèle politique ni par esprit de parti. Loin d'avoir d’autres motifs pour agir, que ma propre conservation et la défense de mes droits, je n'hésite pas un moment à déclarer qu'avant d'entrer en correspondance avec le Gouvernement du Comte de Grey, au sujet de mes réclamations, j'étais du nombre de ceux qui applaudirent avec joie à son élévation au pouvoir, ainsi qu’au choix de quelques uns de ses collègues; parceque je les avais toujours entendu citer, non seulement comme des hommes distingués par leurs talens, mais comme des hommes d'état humains, généreux et honnêtes; en un mot, j'imaginai que des personnes que l’on disait si estimables dans toutes les relations de la vie privée, ne manqueraient pas de me recevoir avec politesse, et d'écouter avec patience mes conseils et mes agens.
Après cette déclaration, personne ne doutera que, sans les provocations les plus grossières, et sans le mépris avec lequel on m'a traité, et qui, selon moi, fut accompagné de démonstrations non équivoques d’hostilité violente, j'aurais reculé devant la tâche que j’entreprends aujourd'hui. Je suis indépendant; je n’appartiens à aucun parti, et n’ai de penchant pour aucun, si ce n’est peut-être, pour celui qui est à présent le moins nombreux du royaume, pour ce parti qu'à proprement parler, je ne puis appeler ni Tory ni Whig, quoiqu'il partage les meilleurs principes de chacun d'eux; qui préfère des mesures prudentes, libérales et justes, à celles qui ne sont que des expédiens du moment; qui voudrait, sans détours et sans préjugés, faire le bien général, sans déranger ce qu’il y a encore de pur et de sain dans nos institutions; et dont les partisans sont fidèles au Roi, et voient avec horreur ce système anti-anglais d’oppression, et la jonglerie ministérielle.
Mes plus anciens amis connaissent la modération de mes vues, et savent que je suis prêt à abandonner tous les points qui pourraient faire obstacle à l’arrangement de mes réclamations, en tant que la raison et le bon sens reconnaitraient cet abandon comme convenable et nécessaire. Aussi, quand la nomination de Mr Stanley, aujourd’hui Lord Stanley, au département des colonies, m’offrit l’occasion de demander justice
à cet homme d'état dont les sentimens sont si élevés, un de mes amis’ lui écrivit en ma faveur ; et comme le passage le plus important du contenu de cette lettre, lequel me fut communiqué, ne peut manquer de m'être utile aujourd’hui, comme il me le fut alors, Je crois pouvoir dire qu’il ne trouvers pas mauvais que je le reproduise ici, en prenant toutes les précautions convenables, Quand je le priai d'écrire à Mr le Secrétaire d'Etat Stanley, je lui fis part des noires tentatives qu'on avait faites pour ruiner ma réputation, et lui dis que j'étais convaineu que si Mr Stanley avait reçu de moi des impressions défavorables, elles seraient effacées sur-le-champ par les observations qu'il aurait la bonté de lui adresser à cet égard, comme mon ami d'enfance. Les expressions de bonté touchante qu'il employa pour exprimer son opinion, seront lues, dans ce moment critique, avec un vif sentiment d’intérêt par ceux qui pourront deviner le nom de l’auteur distingué de cette lettre ; et les personnes qui n’ont pas le bonheur de connaître mon ami, en verront assez dans le noble language de cet oflicier si distingué par ses talents, pour s’écrier hautement : Lonte aux calomniateurs du Comte de Stirling 1 Voici ses propres paroles :
‘ Lord Stirling, mon ami et mon camarade de coilège, me prie de déclarer ce que “ je pense de lui et de sa famille. Je n'hésite pas an moment à répondre à sa de- “ mande. Mon seul regret, c’est que la position d’un homme dont je fais tant de “ cas, rende nécessaire, un seul instant, une telle déclaration de ma part. Je ne pré- “tends pas entrer dans la question des droits de Lord Sürling. Ces droits ont été, ou seront jugés par une autorité plus élevée ; mais quant à la question d’intégrité
“et de droiture personnelle, je trahirais tous les sentimens les plus chers de mon “ cœur, si je ne disais que, selon moi, il n'existe pas au monde d'homme plus con- «6
sciencieux, plus moderé dans ses principes, et plus respectable que le Comte de “ Stirling. Je le connais depuis sa plus tendre enfance, et j'ai eu le bonheur de passer ‘ quelques uns des plus heureux jours de ma jeunesse dans la société de sa famille, “ qui jouissait du plus haut respect, et d’un respect bien mérité. Je crois le Comte de Stirling incapable de porter ses vues au delà de la plus stricte Justice ; je me sens “ moi-même incapable de demander plus que la justice, et je crois assez connaître Mr Stanley, pour pouvoir dire que lui aussi est incapable de la refuser au plus élevé “ comme au plus humble individu, qui vient en appeler à son impartialité et à son “ pouvoir,” &c.
Mon excellent ami, en s'adressant à Mr le Secrétaire d'Etat Stanley, exprima de lui même l’idée qu'ilse faisait de mes vues ; car je ne lui en avais jamais parlé qu’en
* Je ne puis pas publier le nom de cet ami, sans sa permission ; mais je puis avancer, qu'il est aussi respecté de tous ceux qui ont l'honneur de le connaître, qu'aimé des personnes assez heureuses pour se compter au nombre de ses amis. Il est Colonel, et il remplit avec distinction les devoirs de ses hautes fonctions militaires.
CONTRE LE COMTE DE Sr LING. 25
termes très-généraux ; il jugea qu'elles était modére, -gar la comgassance qu'il avait de moi, et il jugea très-sainement.
Muni d'une telle recommandation, je m'adressai directement à Mr Stanley, qui, au mois de Septembre 1833, m'accorda la permission d'établir ma demande. Je dirai seulement que sa manière offre un contraste bien frappant, quand on la compare au refus brusque et offensant que je reçus du Vicomte de Goderich, au mois de Janvier 1832. Si la disposition manifesteé par Mr le Secrétaire d'Etat Stanley, de m'écouter avec patience et impartialité, finit par ne me servir de rien, je suis convaincu que sa décision ultérieure ne peut être attribuée qu’à ses collègues, et plus particulièrement au Vicomte de Melbourne et à Lord Brougham. Le premier, j'ai quelques motifs pour le croire, cédant aux suggestions de Mr $S. March Phillips, sous-Secrétaire d'Etat, m'avait traité avec toute sorte de hauteur et de mépris, quand il était à la tête du Ministère de l'Intérieur ; le second avait constamment manifesté une vive opposition à ma demande, toutes les fois qu'elle avait passé sous ses yeux, ce qui est un de ces mystères que je désespère de pouvoir jamais expliquer d'une manière satisfaisante. Quand Lord Brougham n'était que le fameux avocat Henry Brougham, je le consultai, et l'opinion qu'il me donna fut favorable à ma cause ; mais quand il devint Lord Grand-Chancelier d’ Angleterre, ce fut tout différent. Trois lettres que je lui adressai successivement, n’obtinrent pas l'honneur de la plus légère attention ; et c’est à la conduite inexplicable de ce Lord que j'attribue deux des actes de pouvoir les plus exorbitans, dont j'aie eu à me plaindre. L'un fut le refus de m'accorder des lettres-missives de Pair, ce qui m’abandonna à la merci d'une personne qui n'attendait que l'occasion de me faire du mal, et qui, en conséquence de cet acte du Chancelier, trouva le moyen de me faire payer, dans l’espace de quelques heures, L.500, au lieu d'environ L.80, somme à laquelle aurait pu monter au plus sa véritable créance. Le second acte d’autorité fut le conseil qu'il donna au Roi, de ne pas me recevoir à la cour, comme Comte de Stirling. Par là, il me fit le plus grand tort, ct j'ai droit d’ajouter que telle était son intention. Je laisse à mes lecteurs à juger, d’après les explications que je leur aï soumises concernant ma pairie, dans une section précédente de cet exposé, si j'ai raison de me plaindre de la conduite de Lord Brougham. Maintenant, Je me contenterai d'ajouter que quelques personnes m'ont positivement assuré que tant d’âpreté n’était rien moins que le résultat d’un examen particulier de ma cause, suivi de la conviction légale que ma demande ne méritait pas d'autre traitement ; et si ceux de qui je tiens ces détails, ne se trompent pas, le mystère est certainement étrangement révélé, et ne fait pas grand honneur au noble Lord. Je quitte la digression dans laquelle m'ont entrainé les remarques précédentes, pour reprendre l'exposé de la marche qu'a fini par suivre Mr le Secrétaire Stanley.
Le lecteur doit se rappeler que, dans cette occasion, aussi bien que la première fois D
que je m'adressai au Gouvernement, un des principaux objets que j'avais en vue, c'était déviter, autant que possible, de nouvelles dépenses judiciaires encore plus ruineuses, el de ne pas rester plus long-temps, par la prolongation du litige, dans une incertitude accablante. Cependant, on conseilla à Mr le Secrétaire Stanley de n'avoir pas égard à ma requête, dans laquelle je demandais une suspension de procédure en Ecosse, Le 11 Novembre 1833, je reçus la réponse suivante à une de mes lettres, par laquelle je le suppliais d'intervenir, afin de mettre un terme aux embarras que me causait une nouvelle demande d'argent pour ce procès :
“ My Lonn, Downing Street, le XX Novembre, 1833,
“ J'ai l'honneur d'accuser réception à votre Ncigneurie, de sa lettre du 8 du cou- “ rant, et de lui exprimer tout mon regret de ne pouvoir imtervenir en aucune manière ‘ dans la cause actuellement pendante, relative à ses réclamations. J'ai l'honneur “ d'être de votre Seigneurie le très-obéissant serviteur,
& Au Comte de Stirling. (Sagné) E. G. STANLEY."
Je ne prétends pas adresser le moindre reproche à Mr le Secrétaire Stanley, beaucoup mieux connu aujourd'hui comme Lord Stanley, à l'occasion de cette décision si contraire à mes vœux, C’est sous l'influence du premier magistrat de la Couronne, qu'il a refusé d'intervenir ; mais si cet exposé vient à passer sous ses yeux, je désire qu'il sache qu’en demandant une suspension de procédure, j'avais en vue un autre objet encore plus important ; c'était, qu'em sa qualité de Ministre des Co- Jonies, il entendit l'examen approfondi du point en question, et de la validité de ma
cause, en géneral, afin de s'assurer S'il y avait eu motif suflisant, où méme motif
Juste et légal, pour entamer une action en Ecosse. Je maintiens qu'il n'y avait aucun motif soit juste, soit purement légal. Ce procès, qui, depuis son origine, a été inique, ruineux et harassant, m'a tenu enchaîné pendant bien des années, et m'a empêché d'exercer des droits que j'avais antérieurement établis de la manière la plus formelle et la plus légale. Cette réponse, je ne crains pas de l’adresser à celui ou à ceux qui ont conseillé au Secrétaire d'Etat, Ministre des Colonies, de rejeter ma requête; et de plus, j'a lrme que j'ai été privé de la jouissance de mes propriétés, par des mesures illégales et arbitraires.
Je sens parfaitement que de simples assertions ne suffiront pas ; aussi ne prétends-je pas m'y borner. Et d’abord, il est nécessaire que l’on connaisse bien la valeur du titre légal que j'avais acquis, avant que l'on pensät à former une action au nom de la Couronne.
Or, on ne peut arriver à cette connaissance que par la lecture attentive des clauses de garantie instrées aux chartes souveraines octroyées à mon ancêtre, et en soumet-
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tant aussi à un examen rigoureux tous mes actes, et toutes mes démarches, pour parfaire mon titre, et le rendre inattaquable.*
Supposons, un moment, qu'un des mes lecteurs soit arrivé à ce point de l'examen ; je le prierai alors de peser la valeur du principal argument légal employé, comme moyen, dans l'action suivie contre moi par les ofliciers de la Couronne en Ecosse. Je dis le principal argument, parce qu'il ÿ en a d'autres, mais qui sont tout aussi vides que le prétexte dont on se sert pour me tourmenter, et pour arriver à me dépouiller de mon héritage, Le seul argument plausible, lequel est double, est celui-ci: 19, Que sa Majesté a un droit et un titre incontestables à la suprématie “ou souveraineté des terres, et par conséquent pouvait s'assurer si le titre de son ‘6 vassal était valide ; 2°, Que la Couronne avait intérêt à mettre de côté mes services, “en tant qu'ils pouvaient servir à établir un titre de vassal dans les sus-dites terres.”
Mes lecteurs trouveront annexée une discussion des actes judiciaires de l'action de la Couronne contre moi, à laquelle je prends la Tiberté de les renvoyer, aussi bien qu'à un examen raisonné de l'argument présenté ci-dessus ; et qu'on veuille bien m'excuser, si j'ajoute que l'argument lui-même, sous ses deux chefs, n'est rien dans son entier qu'une supposition fausse et banale, En eflet je n'hésite pas un moment à admettre comme vrai, que l'enquête faite pour savoir qui est # proprement le vassal” dans les terres, n'a été regardée tout le temps par la couronne comme si importante, que parce qu'en la faisant, on avait en vue un objet bien différent de l'objet avoué ; c’est que la Couronne avait résolu de ne reconnaître personne qu'elle-:même comme vassal ou propriétaire, et que ses officiers, dans ce dessein, insistent pour qu'on écarte mes servives de la cause; ce qui revient tout simplement à dire, que /« Couronne ayant de quelque manière, et SANS TITRE, saisi la propriété, emploiera l'arbitraire dans toute son étendue, pour la garder, aussi bien que lx souveraineté, et rejettera le droit qui réside en ma personne, comme sujet et vassal, Tel est l'objet réel qui perce à travers l’inimitié amère et l'infatigable hostilité de mes puissans adversaires. Ils se sont proposé de le faire réussir en paralysant tous les efforts que j'ai faits pour recouvrer l’usage et la jouissance des droits légitimes de ma famille, et pour cela ils ont mis en réquisition toute l’addresse de leur ofliciers de judicature et de leurs autres partisans, La justice, cependant, ne peut se laisser tourner ainsi en ridicule. Je nie de la manière la plus péremptoire, que la Couronne ait aucun titre qui l'autorise à intervenir dans mes rapports avec les terres en question, et qu’il lui reste aucun droit de propriété sur les mêmes terres, soit comme supérieur, soit comme souverain, ou autrement,
* Ceux de mes lecteurs qui voudraient se satisfaire, peuvent consulter, 1°, Les Chartes Royales, et les traductions qui s'en trouvent dans l’appendice ; 2°, Les différens services d'hérédité ; 3”, Et sur-tout, comme complément de mon titre légal, le dernier de ces actes, le service spécial, suivi de l'ordonnance royale, ct des instrumens de saisine des territoires qui m’app.rtennent, comme héritier reconnu par le service.
Maintenant je pourrais demander avec confiance à tout lecteur impartial, s'il croit que la Couronne ou ses officiers aient eu le droit d'attaquer un titre comme celui que je complétai le 2 et le 8 Juillet 18312 Il peut y avoir d'autres cas où l'intervention de la Couronne soit parfaitement régulière et légale. Il ne m’appartient pas de présenter une opinion sur des questions Ctrangères; mais J'ai la conviction la plus intime qu'il n'existe pas au monde wx seul cas semblable au mien. Tout lecteur indépendant, sans préjugés, qui aura étudié la question sous toutes ses faces, avouera qu'il nv a de ma part ni présomption ni exagération à soutenir que ma qualité d’héritier a été attaquée sans aucun motif juste ou légal.
Mais je vais montrer de plus, en quoi l'attaque était inexcusable, et pour cela il faut faire une attention particulière à la clause suivante et aux promesses du Roi, telles qu'elles sont exprimées dans la charte royale du 12 Juillet 1625.
‘“ Lesquelles terres et priviléges, &c. spécialement et généralement mentionnés “ ci-dessus, ensemble avec tout droit, titre, &e. que Nous, où nos prédécesseurs, ‘où successeurs, avons, avions, où pourrons de quelque manière que ce soit, “ avoir, réclamer ou prétendre, &c. ou les redevances, fermages, profits et charges “ pour les mêmes, quelque soit le nombre d'années et de termes échus, pour quelque “ cause où motif que ce soit, Nous, d’après le sus-dit avis, &c. donnons de nouveau, “ accordons et concédons au sus-dit Sir William Alexander, ses héritiers et ayans- “ cause, comme héritage perpétuel; abandonnant et décharzgeant les mêmes, simplise citer, avec toute action et instance s'y rapportant, en faveur du dit Sir William « Alexander, et ses héritiers et ayans-cause, aussi bien que pour non-patment des + droits contenus dans l'original des investitures, où pour n'avoir pas payé du “ hommage, conformément au même acte, où avoir manqué à quelque point du dit s original d'investiture, où avoir commis quelque faute par omission où par action, « contrairement au dit acte ; et en conséquence, le dit original d'investiture pourru. « de toutes manières, être attaqué en justice et mis en question, pour obtenir l'acquit «et la remise des mêmes, simpliciter, avec tout titre, action, instance et intérét qui s'y rapportent, où qui peuvent nous intéresser, Nous, nos héritiers et successeurs, “ renonçant, simpliciter, jure lite et causa cum pacto de non petendo, et en suppléant « a tous défauts, mentionnés ou non mentionnés, ce que nous voulons que l'on regarde “ comme erprümé dans notre présente charte. A tenir comme forme libre et blanche, « ainsi qu'il est dit, et avec dispense de faire acte de prise de possession, toutes les “ fois que cela arrivera, en la manière ci-dessus mentionnée.”
Qui peut dire, après avoir lu cette clause, que la Couronne ait conservé un droit sur les terres concédées à ma famille, autre que le droit de souveraineté ? Et s’il ne peut y avoir aucun autre droit ou intérêt, tant qu'il existe un héritier du concessionnaire originaire, quel droit pouvait avoir la Couronne d'intervenir dans mes affaires, à quelque époque que ce füt, avant ou après l'entière réunion de tous mes titres
d’héritier légal? Elle n’a certainement pas de titre suffisant; ses officiers l’admet-
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tent. Mais on prétend que /e Roi, comme seigneur suzerain, à droit de S'assurer si moi, son vassal, j'ai un titre valide. Je le répète, ceci est le seul argument plausible qu'oppose la Couronne; et s'il existait un droit quelconque qui autorisät une intervention, l'argument serait admissible jusqu’à un certain point. Mais si sa Majesté avait quelque motif pour douter de ma qualité d'héritier de mon ancître, il v avait, pour lever ce doute, mes services dans lesquels on me donne cette qualité; ou bien, je le demande, pourquoi n’ai-je pas rencontré d'opposition de la part des officiers de la Couronne, dés le premier moment que je me présentai pour prouver mon hérédité, au service du 7 Février 1826 ; ou bien encore, aux SERVICES plus importans du 11 Octobre 1830 et du 30 Mai 1831, et finalement, au service spécial du 2 Juillet \831? Pourquoi m'a-t-on laissé contisuer de la manière la plus publique, tous ces actes judiciaires, sans manifester la moindre opposition ? Pourquoi le Souverain, en la personne du Shérif d'Edimbourg, m'a-t-il donné la saisine et la possession civile de mes biens ? Et pourquoi m'a-t-on laissé continuer tranquillement pendant six ou huit mois, après la régularisation légale de mes titres? Supposant un moment à la Couronne le droit d'intervenir, était-il raisonnable, était-il juste ou humain de me laisser consumer tant d'années, dépenser des sommes d'argent si considérables, sans me donner le moindre avis, sans me faire pressentir que les ministres et les agens du Souverain avaient quelque prétention à faire valoir? Qui sait A je ne me serais pas arrêté, à l’idée du danger et des dépenses auxquels j'allais n’expoxer, en poursuivant un objet dont l'issue m'aurait paru incertaine, en face d'un conteste inévitable en justice avec le pouvoir suprême? Les défenseurs du droit de la Couronne qui m'ont attaqué, comment justificront-1ls l'équité d'un tel procéde, après tant de fatigues et de dépenses de ma part ?
Mais encore une fois, je nie qu'il ait pu exister un droit de la nature de celui auquel on prétend. J'étais complètement protégé par les clauses des chartes royales. J'étais encore à couvert, en prenant la saisine, et en recevant l'investiture de ma propriété, du représentant légal du Roi; autrement, que pourrait signilier la clause suivante de la charte du Canada? Après avoir statué pour la prise de la saisine, ‘ sur une ‘ partie quelconque du sol des dites terres, ou en notre Château d'Edimbourg, ou de “ l’une et l’autre manière, selon que lui ou ses sus-dits ayans-cause le préféreront,” &c. elle conclut en ces termes: ‘“ Laquelle saisine sera délivrée par nos baillis dans “ les dits lieux, au sus-dit Sir William, et à ses dits ayans-cause, où à leurs aroués ‘ou procureurs, maintenant et émettant cette présente charte, que Nous, pour Nous “ et nos successeurs reconnaissons et décrétons bonne, légale, valide et suflisante, à tout jamais ; dispensant, comme par notre présente charte nous dispensons, quant a tout ce qui peut être reproché aux mêmes, à l'égard de la forme ou du fond,” àc.
Après avoir lu cette clause, qu’on ait la bonté de passer à l’Appendice, et d'examiner le contenu des pièces suivantes :—1°, Service en ma faveur, comme le plus proche
héritier légal (ix special) de William, premier Comte de Stirling, avec la déclaration du jury, du 2 Juillet 1831; et, 2°, L’ordonnance royale, pour me donner la saisine, et les instrumens de saisine de la Seigneurie et Baronie de Nouvelle-Ecosse, et de la Seigneurie du Canada, le huitième jour du même mois de Juillet 1831. Après cela, Je suis persuadé qu’un instant de réflexion conduira le lecteur à cette conclusion, que J'ai été troublé, persécuté, privé de ma propriété d’une manière illégale que rien ne peut justifier.
Bien que j'aie eu beaucoup à me plaindre du Comte de Ripon, comme homme public, en sa qualité de Secrétaire d'Etat des Colonies, je suis convaincu, d’après tout ce que j'ai entendu dire, qu'il est rare de trouver un homme plus estimable dans la vie privée, et j'ai pee à croire que sa Seigneurie, ou ses collègues au ministère, S'ils veulent se donner la peine d'examiner quelle était ma véritable situation, veuillent persister à croire que les motifs pour lesquels ils m'ont repoussé et ensuite persécuté, puissent être approuvés ou justifiés le moins du monde,
Je sais malheureusement par expérience, que, dès le principe, les ministres du Roï et une nombreuse portion de la noblesse et gentry d'Angleterre et d’Ecosse, ont conçu sur ma cause le préjugé le plus extraordinaire. Selon le cours ordinaire des choses, il devrait paraître presque inconcevable que les efforts bien naturels d’un père affectionné, dans le but de recouvrer pour ses enfans et pour lui-même, un héritage qui leur appartient légitimement, n'aient inspiré à tant d'individus que des préjugés et de violens sentimens d’hostilité, sans exciter dans l'esprit d’un nombre au moins égal de personnes généreuses et indépendantes, l'intérêt et la sympathie la plus vive. Mais cette étrange anomalie s'explique peut-être par la démarche que je fis en 1825 ; cette mesure, la seule convenable à prendre finalement, J'aurais dû, dans l’opinion de mes meilleurs amis, la différer jusqu’à la régularisation complète de mes titres légaux, qu'il fallait obtenir vvant et non pas après ma reprise publique de la pairie.
De cette première fausse démarche résulta un mal incaleulable, qui fut encore aggravé par ceux qui se mirent en opposition contre moi, par l’imprudence des personnes que j'employai, par les insertions les plus injuricuses dans diverses brochures publiées dans la suite, par des attaques inconsidérées contre des familles nobles et des individus dont les affaires n'avaient rien de commun avec les miennes, par de nombreux refus dans des négociations d'emprunt, et par les attaques combinées d'escrocs, d’escompteurs, d'hommes de loi sans cliens, et d’autres individus sans principes. De là cette apathie qui, autrement serait explicable ; de là ces préjugés qui, je crois, ont empêché bien des personnes généreuses, libérales et indépendantes de offrir leur assistance. J'espère, néanmoins, que quand on connaîtra et que l’on comprendra la véritable nature de ma cause, que lorsque je me serai rétabli dans l’opinion de ceux des mes concitoyens qui composent les classes respectables et éclairées de la société, des préjugés de tous genres injustes et sans motif cesseront de les influencer ; et quand ils verront quel est mon véritable but, quels sont mes vœux et mes