‹ Exposé des poursuites vexatoires et autres persécutions exercées par le gouvernement britannique et par nombre d'individus dans le but de perdre le comte de Stirling et de le dépouiller de ses droits légitimes [microforme]Chapitre 7 sur 44 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Conduite injuste et hostile de certains individus. Trahison d’un agent perfide et mercenaire.

APRES avoir exposé le système honteux d’injustice et d’oppression suivi par les membres du Ministère, j'en viens maintenant à signaler les mauvais traitemens que j'ai constamment essuyés de la part des individus auxquels j’ai fait allusion, et même de personnes des classes les plus relevées de Londres. Les premiers ont eu principalement pour but d’effectuer mon déshonneur et ma ruine, par tous les moyens possibles. Délicatesse de principes, sentimens de respect et d’attachement, scrupules de conscience, rien n’a pu les arrêter dans leurs criminels efforts pour me nuire et me perdre. Ils tramèrent un complot de la plus profonde scélératesse, favorisés en cela par l’état de pénurie dans lequel je me trouvais, et par l’extrême nécessité où j'étais de me procurer d’amples secours d’argent pour soutenir mes importantes réclamations, aussi bien que pour d’autres objets que j'avais en vue; et par là, les agens subalternes de ces conspirateurs, (car je nepuis les nommer autrement,) avaient devant eux un vaste champ où ils ne trouvaient que trop d’occasions d’exercer leur habileté dans l’art de la friponnerie et de la rapine. J’étais sans soupçon, sans défiance; et pour des hommes qui avaient déjà surpris le jugement et trompé la prudence de plusieurs personnes de rang et de distinction, dans des circonstances à-peu-près semblables, j'étais dans l’état d’esprit le plus favorable à leurs sinistres desseins. Le lecteur attentif verra que le moyen le plus atroce adopté par ces artisans du crime, pour me faire tomber dans leurs piéges, était peut-être la trahison à laquelle ils m'exposaient, en employant des intrigans et des intrigantes qui s’introduisaient successivement auprès de moi, et qui par leurs rapports avec de nobles familles et des personnages de distinetion, aussi bien que par leur admission dans la bonne société, pouvaient, pour un temps, cacher leurs desseins, et se donnaient pour des amis dévoués à moi et à ma famille. Mais la perversité de ces gens est signalée par le doigt réprobateur de la Providence qui les force tôt ou tard à trahir leur vrai caractère et leurs honteux desseins ; aussi est-il arrivé que découverts, et évités par nous avec mépris, ces gens sont maintenant dévorés par la rage de voir l’avortement de leur basse scélératesse. Je ne veux point exciter le dégoût de mes lecteurs, en entrant dans de plus amples explications à ce sujet. D'ailleurs il ne convient pas de les exposer ici, puisqu'il y a des tribunaux auxquels je pourrai en appeler par la suite. Ce que j’ai mentionné n’a été que pour mettre au jour la conduite et les motifs des principaux personnages qui se sont toujours tenus, autant que possible, cachés derrière le rideau, tandis que leurs infames suppôts se sont faits les instrumens des maux, du déshonneur, et des souffrances

qu'ils ont cherché à entasser sur moi, après m'avoir choisi pour leur victime. Au moyen des démarches et transactions dans lesquelles ils m’entrainèrent, je me vis exposé à une foule de procès, et à une succession d’attaques continues sur mon crédit, mon honneur et ma tranquillité d'esprit. Ils firent naître une si forte prévention contre moi, qu’ils déjouèrent et anéantirent tous mes cflorts pour la détruire parmi ceux mêmes de qui je désirais le plus que mes droits fussent dûment compris et appréciés. Ces menées infames étaient supportées par les propos et le bavardage des sots, par les insinuations perfides, et par la médisance effrontée de tous ces oisifs, qui dans les cercles de Londres ne se plaisent qu’à faire ou à dire du mal. Enfin, les principaux machinateurs (dont l’alliance avec le Gouvernement et avec les puissantes familles hostiles à mes réclamations, montre suffisamment quel était l’objet de leurs services et de leurs adulations) parvinrent par degrés, mais seulement en partie, au but qu'ils s'étaient proposé; je dis ex partie; car ils se trompent assurément s’ils se flattent de m'avoir anéanti moi ou mes prétentions, par aucune de leurs manœuvres. A la vérité, ils n'ont que trop réussi à me blesser profondément ;—ils ont harassé, tourmenté, aflligé, et quelquefois alarmé ma famille ;—ils ont lâchement attaqué ma réputation dans les ténèbres, et en ont imposé pendant un temps à cette portion du public qui n’a eu aucune occasion de connaître et conséquemment d'apprécier mon caractère réel, ou les justes et honorables motifs de mes actions. Enfin, ils ont pu mettre en œuvre, de leur côté, ces utiles instrumens de la méchanceté, apôtres zélés de la médisance et de la diffamation, qui s'inquiètent peu des blessures qu'ils font, pourvu qu’il leur soit permis de débiter, sans interruption, leurs infames calomnies, et qu’ils puissent attirer l'attention par leurs discours envenimés. Mais que les auteurs d'un complot si habilement tramé et si bien lié, ne se hâtent pas trop de triompher de la victime qu'ils espèrent sacrifier. Selon la fable, l’âne trouva bien en lui assez de courage pour donner son coup de pied au roi des forêts affaibli et rendu aveugle par la maladie; et moi aussi, dans mon malheur, ayant à lutter presque seul contre une multitude d’ennemis, je me suis vu en butte aux traits de la sottise et de l’impertinence. Cet état de choses si peu naturel ne saurait toujours durer. Souvent dans la vie de l’homme, une légère inconstance conduit à de grands événemens, et à des changemens d’autant plus heureux qu’ils étaient moins attendus l'instant d'avant. J’ose me flatter que ce Jour n’est pas loin pour moi; et quand il arrivera, que mes persécuteurs songent à eux-mêmes, en voyant le retour de l'opinion publique en faveur de mes droits; alors, les souffrances non méritées qu’ils m'ont fait endurer, les couvriront de confusion, eux et leurs honteux desseins.

Il me faut maintenant parler des traitemens que j'ai essuyés également à Londres de la part d’une classe de personnes tout à fait différentes, mais qui agissaient à mon égard, sous l'influence des impressions qu’elles recevaient des infames agens et des premiers moteurs du grand complot ourdi contre moi, et auxquels j'ai fait allusion dans le paragraphe précédent ; et non pas, j'imagine, parce qu’elles étaient guidées

par aucune animosité, ou qu'elles eussent des motifs particuliers pour s'armer contre moi. Par exemple, il y avait plusieurs Compagnies, qui avaient obtenu des concessions de terres au Canada et dans le Nouveau-Brunswick, et dont les membres, S'ils avaient voulu se donner la peine d'examiner l'état de la question avec un esprit libre et dégagé de toutes préventions, auraint vu qu'il était de la bonne politique de seconder ma cause, en considération des profits et des avantages qu'il était en leur pouvoir d'obtenir, Mes amis étaient tellement convaincus que c'était à le véritable point de vue sous lequel on devait considérer ma situation présente et à venir, que d’après leur avis, je cherchai l’occasion de cultiver la connaissance d'un homme trèsintelligent et très-distingué, que j'avais vu à Liverpool, et qui s’intéréssait si vivement au succès d’une Compagnie qui se formait alors, qu’il avait l'intention de passer en Amérique et de s'établir sur les terres concédées à la Compagnie. D'abord nous nous vimes sur le pied de la plus franche amitié, et tout paraissait promettre un arrangement avec les directeurs, sur le principe d’un avantage mutuel; mais dans une entrevue qui ent lieu à sa demeure en ville, je fus présenté à un étranger qu'ilme dépeignit comme le membre le plus actif de la nouvelle Compagnie. Je ne mentionnerai aucun nom; mais comme l’objet de cet important personnage était de défaire tout ce qui avait été fait, je ferai le résumé de toutes mes allusions sur lui et sur la Compagnie dont à soutenait si vivement les intérêts, en faisant observer que quelques minutes s'étaient à peine écoulées que je vis qu'il fallait abandonner tout espoir d'une discussion calme et franche sur le sujet de notre entrevue ; et en effet la conversation dut se terminer brusquement, d’après les manières froides et les sourires forcés de l'étranger, qui ne pouvaient cacher, comme il en avait l'intention, lironie insultante qui lui échappait, à chacune de mes remarques. Autant je me rapelle avec plaisir mes communications avec le premier personnage, autant le souvenir de la conduite de ce “membre si important” excite en moi de dégoût.

Les agens que Je députai auprès des secrétaires ou des directeurs des autres Com. pagnies de commerce ou d’émigration, représentent la manière dont ils furent reçus, comme tenant de l’insulte; enfin, sans la moindre connaissance de ma cause, ou des propositions que Je désirais faire, tous ces hommes s’étaient évidemment laissé aveugler par des préventions si fortes qu’il n’y avait nul moyen de les disposer à écouter un seul instant les explications de mes amis ou de mes délégués.

Pendant plusieurs années, mon esprit fut ainsi tenu dans un état d’irritation ; et sans cesse harassé, je tombai même dans une sorte de découragement causé, premièrement, par les persécutions de ceux qui conspiraient sans relâche contre moi ; en second lieu, par les déboires que j’éprouvais en essayant de négocier avec les Compagnies qui, dans leur propre intérêt, et par les propriétés qu’elles avaient acquises dans mes possessions héréditaires, avaient, quoiqu’elles le niassent, les plus grands motifs pour me prêter leur sincère assistance ; #roisièmement, par la manière dont j'étais reçu, lorsque je m'adressais à d’autres personnes qui jouissaient à la fois de grandes richesses, d’un

haut rang et d’une influence considérable, et qui, en se déclarant pour moi, auraient dissipé tous les obstacles malicieusement suscités par mes ennemis, comme le vent dans l’air dissipe la fumée. Cependant au lieu de cette bienveillance, où même d’une civilité ordinaire, presque toutes les personnes dont j'ai parlé (sous l'influence et par les avis des gens de loi qu'ils consultaient,) nous ont traités moi et ceux que Je déléguais auprès d'eux, de la manière la plus brusque et la plus désobligeante ; sans donner aucune raison valide pour leur refus, et plutôt laissant voir les préjugés les plus méprisables, et une ignorance totale de la justice de ma cause. Leur ignorance refusait d'être éclairée : c’était de cette ignorance brutale, stupide, opiniâtre, toute particulière à ces francs habitans de Londres, vrais enfans de la capitale, d'où ils ne sont jamais sortis, hommes à argent, et tout entiers sous l'empire du préjugé. Ce refus d'examiner ma cause était fréquemment accompagné de l’aveu d’une déférence servile pour quelques personnages que véritablement ils craindraient d’offenser, s'ils allaient s’aviser de secourir le Comte de Stirling, le Comte de Stirling opprimé.

Je ne puis m'empêcher de remarquer ici, comme un fait singulier, que pendant la longue et pénible lutte que j'eus à soutenir seul contre le pouvoir et l'influence du Gouvernement, et contre des adversaires particuliers qui, outre leur propre richesse et leur pouvoir, ont fait peser sur moi les forces réunies des familles auxquelles ils étaient liés dans toutes les parties du royaume, et les tracasseries harassantes de leurs agens, je n'ai jamais trouvé parmi la haute noblesse, ni dans cette classe si famée de grands propriétaires et d'anciennes familles d'Angleterre, un seul exemple de cette sympathie, de ce courage effectif, de générosité dans les motifs, d'indépendance de sentimens, de désir de comprendre ma véritable situation, avec la volonté de me protéger et de m'aider dans une si bonne et si juste cause. Pas un individu de ces classes st hautement favorisées n’a tenté de me servir, (quoique j'aie le droit incontestable d’être considéré comme appartenant à leur ordre.) Je ne parle pas d'argent, —il n’en est point ici question ; mais je veux parler de cette assistance que quelques uns d’entre eux auraient pu m'offrir, en défendant mes droits dans le Sénat, à la Cour, et dans la société. De telles marques d'intérêt en ma faveur, dans les circonstances d’oppression que je viens de rapporter dans ces pages, auraient cependant pu faire honneur aux membres de l'aristocratie britannique. Pourquoi donc ne s’en est-il trouvé aucun exemple ? Ai-je jamais rien fait qui füt indigne de mon caractère comme gentilhomme, comme homme d'honneur où comme chrétien ? Je suis sûr qu'aucun individu, à moins qu'il ne soit aussi pervers, aussi méchant et aussi dénué de principes que quelques uns de mes lâches calomniateurs, ne hasardera une telle accusation contre moi, et encore moins contre ma famille, qui fait à si juste titre mon orgueil et mon espérance. Je sais que plusieurs individus très-respectables ont conçu des idées erronées sur ma conduite et mes procédés en diverses occasions; mais il faut qu'ils soient bien aveuglés par leurs préventions, si je ne parviens à les convaincre, eux et tous ceux dont je désire mériter l'estime et le respect, de la pureté de mes motifs et

de mes intentions, depuis mes premières démarches jusqu’à ce jour. Quand j'aurai obtenu la libre possession de mes propriétés, et que j'aurai surmonté les difficultés dans lesquelles j'ai été entrainé par une lutte si prolongée, on verra alors si ce n’est pas là l’incontestable vérité. En attendant, j'ai la conviction intime de mon droit, et j'éprouve un sentiment honnête de fierté d’avoir fait, au milieu d'épreuves si extraordinaires, tout ce qui était en mon pouvoir, pour maintenir ma position, sans jamais avoir dévié du sentier de l'honneur ; j'ai aussi la satisfaction de croire que j'ai fait tous mes efforts pour veiller au bonheur de ma famille et défendre les intérêts de ceux qui m'ont secondé. Eu égard à ces circonstances, je m'attendais assurément à rencontrer dans la CLASSE OPULENTE, plus de sympathie et plus d’assistance que je n’en ai trouvé jusqu'ici. J’ai été trompé dans mon attente; mais je trouve encore dans mes réflexions une source de consolation, et le plus puissant aiguillon pour m’encourager à continuer mes efforts.

Ce n’est que dans la classe moyenne, cette classe véritablement anglaise, qui occupe une situation enviable, aussi éloignée des extrêmes de l'influence seigneuriale, de la richesse, et du grand monde, que de l’égoïsme et de l’arrogance commerciale, ce n’est que là que j'ai trouvé quelqu’appui. Oui, c’est parmi cette classe que se rencontrent, dans un degré bien supérieur, ces aimables qualités du cœur, ces graces de l’esprit et du corps, cette droiture et cette bonté d’ame, cet amour de la vertu, et ces sentimens nobles et honorables qui distinguaient également autrefois une portion si considérable des plus hautes et des plus basses classes de la société, en Angleterre. Toute ma vie, je me ferai gloire de reconnaitre qu’un grand nombre des personnes auxquelles je viens de faire allusion, m'ont secondé de toute l’étendue de leurs moyens bornés, et ont ajouté par leur généreuse sympathie au prix d’un secours si opportun.

Jamais plus noire méchanceté ne fut exercée contre un individu inoffensif, que celle qui fut mise en œuvre par quelques uns de ceux qui sont pour la plupart agens du grand complot formé par mes ennemis privés, ou des hommes autrefois employés par moi et qui ont trahi ma confiance. Plusieurs tentatives ont été faites pour concilier certaines personnes dont la violence semblait provenir d'opinions erronées plutôt que d’aucun mauvais motif; mais tout me porte à croire que ces personnes, comme leurs fauteurs, n’ont réellement rien tant à cœur que d'effectuer ma ruine. S'il en était autrement, ils m’auraient accordé le temps que je leur demandais pour m'arranger avec eux,—ils n'auraient pas fait des dépenses inutiles, et ne m’auraient point harassé par des poursuites dont le seul objet était de me porter les coups les plus mortels, sans qu’ils eussent par ces moyens la moindre chance d’atteindre le but qu’ils prétendaient avoir en vue. De fait, la conduite hostile de plusieurs personnes, si conforme à celle de ces derniers, se trouve suffisamment expliquée par leurs liaisons avec les agens de mes plus puissans adversaires, et par l'emploi qu’elles firent de ces hommes perfides qui avaient lâchement abandonné et trahi ma cause, et qui déployaient leur rage contre moi par leurs faussetés et leurs calomnies. J'ai découvert les

traces de plusieurs complots tramés contre moi, et Je me suis assuré les moyens de faire tomber sur leurs auteurs la répropation publique et le châtiment qui leur est dû, si je le jugeais nécessaire. En attendant, je veux bien avertir ces personnes du danger auquel elles s'exposent. Ceux qui ne craignent pas d'employer des traitres et des imposteurs, pour favoriser leurs plans, devraient dans tous les cas ne pas perdre de vue que la même trahison couve dans leurs propres camps, et doit, selon les événemens, remettre entre mes mains ce qui peut servir à les couvrir de honte et d’ignominie.

Ce n'a jamais été que par les plus purs et les plus honorables motifs que j'ai demandé qu'on m'accordât du temps et qu’on eût confiance en mes promesses. 11 est vrai que des années se sont passées dans l'attente, lorsque dans l’origine je ne comptais que des mois ; mais les faits sont des argumens irrésistibles, et il est de fait absolu que je n'ai, dans aucun cas, occasionné volontairement le moindre délai. Je n'ai fait aucun tort intentionnel à qui que ce soit ; et nul individu ayant de justes réclamations contre moi, ne me verra différer d'un seul jour à lui donner la satisfaction à laquelle il a droit, dès qu’il sera en mon pouvoir de le faire. Je rejette avec la plus vive indignation et le plus profond mépris, les fausses, infames et abominables accusations dont je sais qu’on cherche à me noircir; et à quiconque me demandera pourquoi je n’ai pas plus tôt donné des preuves de mes intentions, je répondrai par ce passage de Mother Hubbard's Tale, qui présente l'expression si vive de mes sentimens :

Full little knowest thou, that hast not tried, What Hell it is in suing long to bide ;

To lose good days that might be better spent ; To waste long nights in pensive discontent ; To speed to-day, to be put back to-morrow, To feed on hope, to pine with fear and sorrow ; To fret thy soul with crosses and with cares, To eat thy heart, through comfortless despairs.

Si aux causes de délai si justement représentées dans les vers ci-dessus, j'ajoute que les plus violens avocats de la persécution exercée contre moi, sont presque sans exception, les mêmes hommes qui ont employé tous les moyens et artifices que la méchanceté pouvait suggérer, pour augmenter les préventions et le discrédit dont ils étaient eux-mêmes la première cause, afin, par ce moyen, de m'empêcher d'obtenir les avances de fonds qui m'étaient nécessaires pour m'arranger avec ceux qui les employaient, le public comprendra que leur objet réel était de m’écraser, et non pas d'obtenir paiement, ce qui n’était qu’un faux prétexte.

Je mets cet exposé de meslongues souffrances sous les yeux d’un public juste et éclairé, dans la persuasion qu’il excitera l’attention, qu’il redressera, à mon égard, le jugement de ceux qui se sont laissé influencer pour un temps par des rapports diffamatoires,

et qu'il portera tous ceux dont la bonne opinion est de quelque prix, à élever la voix pour ma défense, Quant à ceux qui se sont servis du pouvoir suprème du Gouvernement pour m'écraser, et aux familles qui ont abusé de leurs richesses et de leur crédit pour fair peser contre moi le poids et l’ascendant que leur donnaient de si précieux avantages, j'espère aussi qu'ils reviendront à des idées et à des sentimens plus louables, Je puis convenablement répéter ici ce que j'ai avancé au commencement de ma narration, que moi et ma famille nous ne sommes pas les seuls qui ayons à souffrir d’une si horrible injustice. Les affairss, les vues et les desseins de quelques Compagnies Coloniales, de ceux qui se proposent d'émigrer, et des présens colons, et même les intérêts des créanciers du feu Duc d'York, se trouvent compromis par le délai apporté au réglement de mes réclamations. Comment ces derniers peuvent-ils espérer aucun accommodement de leurs demandes, tant que sera pendante l’action en Chancellerie, portée par moi contre les fermiers de la Compagnie des Mines de la Nouvelle-Ecosse ? Les conseils de ces créanciers paraissent avoir jugé, comme font, je crois, la plupart des gens de leur profession, qu'il était inutile de s'adresser à moi, où d'avoir aucun égard à mes poursuites. Ainsi soit : c’est à eux et non à moi de s’assurer Jusqu'à quel point ils ont tort ou raison dans la conduite qu'ils ont adoptée, À l'égard de la contestation si inutilement suscitée par les fermiers de la Compagnie, je pense qu'ils ont eu tout le temps d'examiner s’il ne serait pas infiniment plus à leur avantage de se réunir à moi que de s'opposer à mes desseins. Dans les colonies, on commence à s'apercevoir que les titres des terres récemment achetées, sont incomplets sans ma confirmation, et qu'ils sont sujets à être disputés. De là doit résulter une grand défiance, ce qui joint à l'incertitude attachée aux conséquences de mes démarches, et à la grande agitation politique qui règne au Canada, déploiera de plus en plus les idées des propriétaires-colons, et fournira de nouveaux motifs de réfléchir müûrement sur la justice de ma cause. Dans ce pays, quel avantage le Gouvernement at-il retiré de la tyrannie et de l'injustice exercées envers moi? Aucun ; à moins qu’à son avis, la perte et les embarras ne soient un avantage. Mais je me trompe: j'oubliais les triomphes momentanés que les membres du gouvernement ont obtenus. Oui, ils ont, en effet, réussi jusqu’à présent à faire échouer tous mes desseins, en affectant le mépris de mes droits, en se servant de l’arme du pouvoir, pour intimider tous ceux qui ont osé élever la voix en ma faveur, en se prévalant de la servilité des uns, de l’orgueil et de la jalousie de quelques autres, qui auraient pu soutenir mes droits et s’acquérir un honneur immortel, en défendant les priviléges et l'indépendance de leur ordre et de leur pays. Oui, voilà ce qu'ils ont fait; et si la renommée dit vrai, ils ont fait davantage encore, dans un moment critique, en conférant des grades militaires et civils à des personnes que leurs intérêts auraient autrement portées à coopérer dans mes démarches. Bien plus, on dit que, par des moyens à eux particuliers, ils ont imposé silence à des écrivains qui étaient disposés à défendre ma cause, dans quelques ouvrages périodiques. Quant aux éditeurs distingués de plusieurs journaux très-bien

conduits, je n'ai que des graces à leur rendre de la bonté et de l'impartialité qu'ils ont montrées, en parlant de moi et de mes affaires. Il en est bien quelques uns, à la vérité, qui de temps en temps ont laissé défigurer leurs colonnes par des attaques basses ct malicieuses ; mais j'aime à croire que les éditeurs de ces journaux ne pouvaient savoir à quel point les auteurs de ces misérables diatribes les trompaient, et exposaient tout à la fois la vénalité et la corruption de leurs motifs.

La juste appréciation de ma cause et une justice impartiale, tels sont les deux objets que j'ai maintenant en vue. Ceux de mes concitoyens qui ont le courage de s'avancer pour venir à la défense d’un opprimé, les nobles et généreux étrangers que l'indépendance de leurs sentimens et de leurs intérêts met à l'abri de toute influence, seront également portés en ma faveur. Tous les hommes d'un honneur et d'une intégrité incorruptible seront mes amis, après avoir lu l'ouvrage que l’on m'a conseillé d'écrire particulièrement pour leur examen ; et j'espère que dans cette vieille Angleterre, il se trouvera enfin quelques hommes sincèrement disposés à me donner leur assistance dans le Parlement et au dehors, auprès du trône et parmi le peuple. Mon appel, j'en suis convaincu, ne sera pas rejeté avec indifférence. Non; ils y donneront toute leur attention, et alors ils feront de prompts et vigoureux efforts pour seconder la cause de la Jusrice.

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