Étude anatomique sur les fœtus acéphaliens
(Archives générales de médecine, juin 4 852.)
Il semble que, comme théorie, l’acéphalie doive rester indé-
chiffrable, et cependant aucune partie de l’histoire des monstruosités n’a été plus travaillée : déjà à propos de ces êtres étranges, au milieu du dernier siècle, l’ancienne Académie des sciences vit soulever dans son sein la controverse célèbre d’où naquit peutêtre la science tératologique, et, depuis, de nombreuses observations ont été partout recueillies. Or, si l’acéphalie est le dernier terme de la monstruosité, elle est pourtant soumise à des règles plus fixes que toute autre : le désordre est toujours le même et se retrouve dans les deux cents exemples qu’on en pourrait maintenant rassembler : c’est toujours l’enfant né sans tête, sans poitrine, sans cœur, sans poumons, sans estomac, sans foie, sans une partie des premiers intestins (Winslow, Académie des sciences, 1740); et l’on peut promettre qu’une pareille invariabilité cache une loi.
Je n’ai pas trouvé cette loi; mais j’ai le premier, je crois, montré sous son vrai sens le système vasculaire si bizarre de ces monstres. Ce qui frappe chez eux, c’est la pauvreté des artères, et les explications les plus étranges ont été données sur leurs moyens de nutrition : on a été jusqu’à dire que celle-ci s’opérait par un simple mouvement ondulatoire du liquide nourricier. Les veines, en effet, sont très-développées. Une veine ombilicale volumineuse pénètre dans l’abdomen ; elle a reçu d’abord, dans le cordon, un rameau peu considérable, qui provient de tout l’intestin jusqu’à la fin du rectum. Dans le ventre, elle fournit deux branches supérieures, sorte de troncs innominés qui s’arrêtent à la jonction de la dernière vertèbre avec le haut du thorax. En bas, la veine ombilicale, qui a conservé son calibre, descend entre les deux reins, reçoit sur ses deux côtés les veines émulgentes et les spermatiques, et finit en deux branches, l’une pelvienne, l’autre veine fémorale. Or, au point où elle a reçu la