INTRODUCTION
Les travaux que je vais résumer maintenant et qui concernent la pathologie des reins s'enchaînent mutuellement, aussi me paraît-il indispensable avant de les analyser, d’en faire d’abord une courte synthèse afin de montrer comment ils constituent, pour ainsi dire, une suite logique.
C’est l’étude de la perméabilité rénale, entreprise dès 1896 avec M. Achard, qui fut le point de départ de toutes mes recherches. Si l’on veut bien se rendre compte que, jusqu’alors, il n’existait pas de procédé pratique et sûr pour étudier les fonctions rénales, on concevra que toute une série de problèmes non encore élucidés se soient présentés d’eux-mômes à notre observation, dès que nous avons été en possession d’une méthode d'étude dont la valeur fut rapidement bonlrôlée et confirmée par de nombreux savants, tant en France qu’à l’étranger.
C’est ainsi que j’ai été amené très rapidement à envisager le rapport qui existe entre l’insuffisance rénale d’une pari, les néphrites, l’albuminurie, l’urémie, d’autre part.
Dès les premières observations, il fut facile de se rendre compte qu’il n’y a aucun parallélisme entre néphrite et insuffisance rénale :
Débilité rénale dont l’importance me paraît grande, au point de vue de l’étiologie et de la pathogénie des néphrites.
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE' HISTOLOGIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE DU REIN DES ANIMAUX
Importance de l'expérimentation comme préambnle à l’étnde de la Pathologie rénale. (N"' 98 et 99.)
En 1884, dans le livre si documenté et si instructif que Cornil et Brault ont consacré à la pathologie rénale, l’importance de l’expérimentation était bien mise en relief, et les travaux personnels des
jours identiques par la méthode de Van Gehuchlen-Sauêr, légèrement modiliée, mais à condition qu’on la suive fidèlement dans tous ses délails.
De nos constalalions découlent des conclusions très importantes pour l'étude de l’histologie expériraenlale du rein. Si l’on veut que ces études aient une réelle valeur, il faut que l’animal sur lequel on intervient n’ait pas été anesthésié (l’anesthésique employé lèsele plus souvent le rein) ; qu’on ne se soit pas servi de substances antiseptiques, le plus souvent toxiques pour le rein; que le rein à étudier ait été prélevé aussitôt après la mort, fixé, et inclus immédiatement par une technique impeccable. Toutes ces précautions minutieuses sont indispensables, pour que la pathologie expérimentale du rein ait quelque valeur.
Description de notre technique histologique, (N” 76.)
Un seul procédé de fixation nous a donné des résultats toujours constants et très satisfaisants. C’est la méthode préconisée par Van Gehuchten et modifiée par Sauer. Nous l’avons employée, avec diverses variantes, et c’est après des essais multiples, des tâtonnements souvent laborieux que nous nous en sommes tenu au procédé suivant.
coupes, la coloration.
Ayant "à étudier de très fines lésions protoplasmiq
que de mauvais résultats pour les relus des animaux à sang chaud.
Enfin d’autres expérimentateurs plus habiles et plus heureux que nous parviendront, peut-être, avec un des procédés qui n'a pas été fidèle entre nos mains, à avoir des figures toujours comparables entre elles et mettant en relief tonies les parties constituantes de la
ordinaires (24 heures après la mort) ce qui est cadavérique et ce qui est réellement pathologique.
Les altérations cadavériques des reins de lapin, de cobaye et de chien sont très rapides et très marquées. Nous avons sacrifié, pour nous en rendre compte, une série de lapins et de cobayes. Nous pré-
\ heure, 12 heures, 24 heures après la morl de l'animal.
Nous avons constaté que les altérations cadavériques sont très prononcées dès la première heure après la morl; il est même h noter que ces lésions ne sont guère plus intenses après 24 heures qu’après 2 heures ; c’est dans la première heure surtout que ces modifications SC produisent, et elles sont très nettes dès le premier quart d’heure.
Nos recherches, faites dans ce sens, nous ont permis de constater que les altérations portent principalement sur les tubes contournés, tandis que les tubes droits résistent beaucoup plus longtemps. Elles se présentent suivant trois types :
!«'■ Type. — Les cellules se sont détachées en masse de la membrane basale, formant un bloc libre apparaissant comme flottant dans un tube limité par sa seule membrane basale. D’autres fois, quelques-unes seulement des cellules sq. sont détachées des cellules voisines et se retrouvent dans la cavité du tube.
2“ Type. — L’épithélium est resté en place, mais U laisse échapper des boules sarcodiques qui se répandent dans la lumière du tube, s’y fusionnent plus ou moins, donnant l’apparence grossière d’un réticulum à grosses mailles remplies de rares et fines granulations. Les boules ont dilacéré la bordure en brosse, qui n’est plus visible que
Brault au point de vue des lésions aiguës et par Claude au point de vue de l’évolution des lésions, sont des constatations du plus haut
Personnellement nous ne nous sommes servi que de substances toxiques usitées avant nous (cantharide, sublimé, acide chromique,
ces intoxications, sauf en ce q ui concerne les lésions épilhéliaks qu’il nous a été permis çle préciser grâce à noire technique spéciale.
Il est à noter que dans les deux premiers stades de cytolyse protoplasmique la bordure en brosse persiste, et nos travaux nous autorisent à admettre que, jusqu’à ce moment, la lésion est réparable. Au troisième stade, au contraire, quand la brosse a disparu, permettant au contenu de la cellule de passer dans la lumière des tubes, à ce
moment la lésion est devenue irréparable.
Méthode d expérimentation . in vitro .. (N- 81, 82, 85, 95.)
Celte méthode, que nous avons préconisée avec Rathery, nous a permis de préciser certaines données pathogéniques.
Sans doute, elle est plus difficile à mettre en pratique que la précédente, mais elle a cet avantage, d’avoir pu nous permettre de pré-
psie, analogues à celles que nous avons üécnU se protoplasmique.
Notons enfin que les animaux auxquels nous ; mies unilatérales simples, ont tous survécu, i succomber tous ceux auxquels, après la n jecté l’émulsion de leur propre rein; et à lei •nstalé des altérations manifestes de leur r< onlré le pouvoir toxique du parenchyme rér it d'ailleurs été confirmées, depuis lors, par c Léon Bernard.
C’est là, nous semble-t-il, une notion imporU fie, et nous verrons plus loin toutes les conséc nt, au point de vue de la physiologie patholo{ Mais, de plus, au point de vue pratique, cetl igée confine de bien près à l’organolhérapie.
(mander, en présence des résultats que nous ent il peut se faire que, en thérapeutique, < sultats par l’opothérapie rénale, du moment < )nslilue, en quelque sorte, un poison électif p Il nous semble que — comme M Metchiiikoll xines en général — il y a une question de < nale, qui est toxique à fortes doses, pourrait
intrapéritonéales de pulpe rénale. La substance toxique pour le rein semble donc être la même dans les deux cas : elle est due à l’action des substances albuminoïdes de l’épithélium des tubes contour-
in. — Etude « in vitro » du pouvoir népiiro-toxique des*si’:rums.
A la conception des sérums expérimentalement néphrotoxiques on a pu faire une objection capitale, à savoir que tout sérum injecté à un animal provoquait des lésions rénales et de l’albuminurie; ils seraient donc tous néphrotoxiques.
Il était indiqué, dans ces conditions, d’avoir recours à notre procédé d’étude in vitro pour savoir si cette action toxique sur le rein était directe ou indirecte.
Nous avons noté d’abord, qu’il est facile de préparer une solution réno-conservatrice avec des sérums normaux, en ramenant — leur point de congélation de — 0,56 à — 0,78 — par adjonction de quelques gouttes d’une solution saturée de NaCl.
Ces précautions une fois prises, nous avons opéré avec des sérums normaux et des sérums expérimentalement néphrotoxiques. Nous avons vu ainsi que les sérums normaux de l’homme, du chien, du lapin, du Cobaye, n’étaient pas nocifs in vitro
la terminaison plus rapide; il faut enfin tenir compte de l’intoxication par l’atropomorphine employée pour endormir le chien et qui se surajouta sans doute à l’intoxication par les poisons urémiques.
b. L'hypertrophie compensatrice du rein est on ne peut plus nette dans celte observation, puisqu’on a pu enlever 100 grammes de rein à un chien qui primitive après toute cette série d
opération, avait gagné 20 grammes en poids, qu’il ne devait probablement pas tout entier au tissu rénal (puisqu’il s’est développé du tissu scléreux) ; mais il est certain qu’une partie de cette augmentation de poids est due à l’hypertrophie du tissu rénal que prouve bien l’examen histologique (hypertrophie très marquée de l’appareil glomérulo-tubulaire.
c. L'hypertrophie très marquée dît cœur a été constatée dans celte
tiques, mais allant rarement jusqu’aux limites extrêmes que nous
d'hydronéphrose, qui ne diffèrent que par le degré, de celles qu’on ohlient par ligature aseptique de l’uretère.
TIQUE d’un seul REIN rcssort des expériences que nous avons faites avec Rathery, et nous rappellerons simplement ici, les résultats que nous a donnés la ligature unilatérale de Turetère. Elle fut faite sur vingt-trois lapins : la plupart moururent dans les vingt premiers jours, un au bout de trente-trois Jours, deux au bout de soixante, un seul
survécut longtempset fulsacrifiéau bout de cent soixante-trois jours. Tous les animaux, sauf un, présentèrent de ralbuminurie, un abaissement notable de leur poids et une cachexie progressive. Nous avons.
la veine de Foreille une culture de bact&rium ie de l’animal le surlendemain, on constatait, J du rein contusionné, les stries jaunâtres de
de l’ensemble de ces faits expérimentaux, qu’il des néphrites vraiment unilatérales ou à prémais ce sont là des faits exceptionnels que is de suppurations rénales.
avons pu ('ludier histologiquement les reins de leurs produits.
Les lésions que nous avons constatées, dans ces deu.v séries d’expérimentations, sont analogues et offrent deux variétés : tantôt les altérations étaient uniquement épithéliales, et, pour ainsi dire, superficielles; tantôt, elles étaient diffuses et durables.
Les lésions épithéliales se présentent sous l'aspect que nous avons nommé cytolyse protoplasmique, et sont tout à fait comparables à celles que l’on observe chez les animaux auxquels on a injecté de l’émulsion rénale. On trouve, en effet, disséminés sous l’étendue des coupes, une série d’Ilots formés de quatre ou cinq tubes et tranchant, par leur coloration claire, sur les tubes voisins qui sont tout à fait intacts. Si l’on examine à un plus fort grossissement ces zones altérée® nn note que les cellules ont perdu presque complètement leurs granulations, surtout dans les parties sus et péri-nucléaircs. Il s’agit donc là de lésions très marquées des tubes contournés, entraînant le passage d’albumine dans les urines, mais de lésions limitées, permettant la survie des animaux.
Les altérations diffuses que nous avons produites expérimentalement, sont analogues à celles dont nous signalerons d’autre part l’existence chez de jeunes enfants nés de mères atteintes de néphrite interstitielle.
A un faible grossissement, on constate des zones très nettes de sclérose péri-glomérulaire et péri-tubulaire. Il s’agit, dans ces cas.
(le plus, nous avons pu établir que, dans un grand nombre de cas’ les lésions sont plus superficielles, compatibles avec l’existence, et cela nous permet de comprendre les formes héréditaires moins graves, notamment l'état que nous décrirons sous le nom de • débilité
Enfin, l’élude du pouvoir néphro-loxiquc du sérum et du liquide amniotique dés femelles pleines, atteintes de néphrite, nous a montré qu’il existe des substances néphro-loxiques dans le sang maternel, et qu’elles sont transmises très abondamment au fœtus.
Le fœtus est donc, pendant toute la durée de son développement, irrigué et baigné par des humeurs néphro-toxiques. Mais il y a des degrés dans la toxicité : aussi, dans certains cas, les altérations seront si marquées que la mort surviendra dans les premiers jours ou même les premières heures, tandis que, dans d’autres, les altérations sont superficielles et compatibles avec la vie; mais le rein n’en reste pas moins un point faible, prêt à présenter des réactions lésionnelles à l’occasion des moindres poussées toxiques ou infectieuses : c’est le sul stratum anatomique de l’état que nous décrirons sous le nom do « Débilité Rénale ».