NÉLATON
graves : une angioleucite diffuse phlegmoneuse des régions crurale supérieure et inguinale se développa, et le malheureux jeune homme succomba en peu de jours.
L’autopsie put être faite, et comme il existait deux tumeurs inguinales, j’enlevai ayec le plus grand soin la tumeur droite qui n’avait point été touchée. M. Sappey, dont l’habileté est si connue, voulut bien examiner avec moi celte tumeur. Il la remplit avec une injection çle mercure. La pièce, parfaitement, conservée au musée üupuytren, est cataloguée sous le 0°
L’examen dé cette pièce, nous a montré, que la lumeui; est formée par la dilatation variqueuse des vaisseaux qui entrent dans la cornposition des ganglions lymphatiques,, Ces vaisseaux sont flexueux, repliés plusieurs, fois sur eux-mêmes; ils ont de 2 à d çiillimètres de diamètre : quelques-uns (vaisseaux afférents) entrent dans la masse ganglionnaire, d’autres (vaisseaux efférents) en sortent pour aller se perdre dans la chaîne des ganglions supérieurs. Je me borne à ces indications sommaires ; elles suffisent pour démontrer que je venais d’observer une espèce de tumeur qui n’avait jamais été décrite et dont on ne soupçonnait pas même l’existence, j’ajouterai d’une tumeur à laquelle il n’est pas permis au chirurgien dq toucher sa,ns exposer le malade aux dangers les plus sérieux.
Depuis cçtte époque, j’ai eu plusieurs fois l'occasion d’observer des tumeurs de ce genre et d’en montrer quelques spécimens bien caractérisés dans mon cours de l’Hôpital des cliniques. Aujourd hui, la dilatation variqueuse des ganglions lymphatiques est diagnostiquée par tous, les chirurgiens, et l’on connaît les dangers attachés à une tentative d’extirpation.
On a connu presque de tout temps les polypes naso-pharyugiens; au xvii e et au xvm e siècle, les procédés les plus ingénieux pour la
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ligaturë en particulier de cés tumeurs ont été multipliés, il ést permis de dire que la pratique ne retirait aucun avantage de ces manœuvres compliquées; il manquait lâ notion fondamentale qui, une fois établie, a transformé la thérapeutiqüe de cèlte cruelle affectioû.
Les polypes naso-pharyngîëns s’insèrent constamment à la base du c^ane, c’est-à-dire à un périoste spécial qui coüVre l’apophyse basilaire de l’Occipital et se ë'ôhfôhd latéralement avec le tissu fibreux de la base des os ptérygoïdés et dû trou déchiré.
C’est là leur seule insertion. Leurs autres attaches sont consécutives et partant accessoires, ët l’on ne guérit cés tumeurs qu’en détruisant leur base d’implantation.
Cette loi fondamentale éfâtit posée, ët je ne crois pas qu’au milieu des débats soulevés sur ce sujet, on l’ait jamais trouvée en défaut, j’ai pu établir les faits cliniques suivants :
Ces tumeurs ne s’observent que sur de jeunes sujets ét presque exclusivement du sexe masculin.
Elles tuent fatalement si fart n’intervient pas; on n’a pu citer qu’un homme approchant de la maturité qui en offrait un exemple, mais c’était là un cas exceptionnel.
Enfin, des diverses parois de la loge cübique qui les renferme, c’est par la voûte palatine qu’il est le plus facile de les atteindre. Dès lofs fut fondée et bientôt consacrée, par de nombreux succès, l’opération des polypes uaso-pharÿngiens par la méthode palatine. Elle consiste dans l’incision sur la ligne médiane de tout le voile du palais, complétée par la résection, également médiane, de la moitié postérieure de la voûte. C’est la voie ouverte, non-seulement à l’extirpation de tout ou partie de la thmeur, si celle-ci est praticable, mais surtout aux opérations consécutives qui se proposent la destruction graduelle du tissu morbide.
Unë fois Cette voie ouverte, faut-il, comme on le faisait autrefois, procéder à l’excision de la tumeur? Des dangers sérieux peuvent se
présenter pendant ce temps de l’opération. En effet, à peine a-t-on touché à la tumeur, que le sang coule en abondance, tombe dans le pharynx, les voies aériennes, produit des syncopes; et, dans quelques cas rares à la vérité, on a vu le malade succomber entre les mains de l’opérateur. Pour remédier aux difficultés de ce temps dé l'opération, nous avons pensé qu’on pourrait utilement employer l’action électrolytique pour détruire la tumeur. Après un certain nombre d’expériences faites sur les animaux, nous avons appliqué ce moyen, et, chez trois malades, nous avons pu obtenir un trèsbon résultat.
(Communication à l’Académie des sciences, séance du
ÆthinoftiMstie.
La destruction du nez est une des mutilations qui donnent à la face l’aspect le plus repoussant. Les appareils prothétiques de métal ou autres substances ne parviennent à masquer la difformité que d’une manière très-imparfaite. Aussi les chirurgiens ont-ils depuis longtemps cherché à reconstituer, par une opération anaplastique, l’organe plus ou moins complètement détruit. Mais les résultats de la rhinoplastie étaient si peu satisfaisants, que la plupart des chirurgiens de notre époque avaient renoncé à cette opération. Le nez, restauré par les méthodes anciennes, manque de soutien ; c’est une masse informe, vacillante, qui n’a d’un nez que le nom et la place.
La méthode des lambeaux latéraux, conseillée et appliquée par Dieffenbach, semblait devoir donner à l’organe restauré plus de fixité, une forme symétrique. Mais dans cette méthode, les lambeaux d emprunt doivent, pour arriver au contact sur la ligne médiane, éprouver une traction transversale d’où résulte un aplatissement , je dirai même un affaissement complet du dos du nez qui se léduit alors à une plaque cutanée sans saillie appliquée au devant
des orifices nasaux. C’est pour corriger ces imperfections que j’ai apporté à la rhinoplastie les modifications qui font l’obiet de cette note.
Comme Dieffenbach, je taille deux lambeaux latéraux qui représentent chacun la moitié d’un nez. Ces lambeaux contiennent toutes les parties molles qui recouvrent l’apophyse montante de l’os maxillaire supérieur et les parties adjacentes. Leur pédicule correspond à la partie supérieure du nez et à la région du sac lacrymal. On peut donc les mobiliser très-aisément et les amener au contact sur la ligne médiane.
Si l’on se bornait à ce que je viens de dire, on verrait bientôt la saillie nasale disparaître sous l’influence de la traction exercée transversalement par le tissu de cicatrice qui doit recouvrir la surface laissée à nu par les lambeaux déplacés. Pour parer à cet inconvénient, ii fallait fixer chacune des moitiés du nez aux apophyses montantes des os maxillaires; il fallait en un mot obtenir au bord externe des lambeaux une cicatrice adhérente. C’est dans ce but que je me suis attaché à comprendre, dans les lambeaux, le périoste de la région, afin de produire une dénudation du tissu osseux : on sait, en effet, que c’est dans ces conditions que se produisent les cicatrices adhérentes. Le résultat a répondu à mon attente : c’est d’après cette méthode qu’ont été opérés les sujets dont je possède ici les portraits photographiés.
Malgré le soin que j’ai mis à comprendre le périoste dans l’épaisseur des lambeaux, je n’ai jamais observé de reproduction osseuse. Dans le cas où une partie des ailes du nez est conservée, il faut faire passer par-dessus ces parties les lambeaux qui doivent former le lobule : les portions conservées du nez primitif, ayant leur fixité normale, s’opposent à l’aplatissement. Chez une femme que je viens d’opérer, les ailes du nez qui n’étaient pas complètement détruites, ont été laissées à leur place, et les deux lambeaux pris en dehors de ces parties ont été ramenés en dedans.
Mtléphnroptmstie.
Les opérations anaplastiques inventées pour la restauration des paupières sont nombreuses et très-variées. Cependant, dans bien des cas, on n’obtient qu’une reconstitution incomplète de ces organes. Le procédé que je vais décrire, et qui est surtout applicable à la paupière inférieure; est des plus simples, et m’adonné souvent des résultats très-satisfaisants.
Il consiste dans la formation d’un lambeau, ayant la forme d’une paupière* dont le pédicule correspond à un des angles palpébraux, tandis que l’extrémité libre est fixée à l’angle opposé, mais à 1 ou 2 centimètres au-dessus de cet angle, dans un point qui a été préalablement avivé.
La paupière se trouvant alors fortement tendue dans le sens transversal, résiste à la traction exercée par le tissu modulaire qui tend à la renverser. J’ai appliqué souvent ce procédé à la restauration des paupières; il m’a toujours donné un résultat très-satisfaisant.
Épispatiias.
La cure de l’épispadias, infirmité congénitale dans laquelle la paroi supérieure de l’urèthre fait défaut, exigeait, par l’énorme étendue de la gouttièré qu’on se propose d’obturer, un surcroît de précautions opératoires.
J’ai créé pour le traitement de cette affection une méthode qu’on a pu nommer anaplastie pat double tégument. Un lambeau autoplastique destiné à former la paroi supérieure de l’urèthre est emprunté à la région prépubienne, renversé de haut en bas et fixé aux bords de la gouttière uréthrale préalablement avivée. Si l’on s en tenait là, ce lambeau ne tarderait pas à être attiré vers la paroi abdominale, ainsi que la verge à laquelle il'est soudé. Pour s’opposer
9 . ce déplacement, il faut appliquer sur ce lambeau une autre portion de tégument qui exercera sur lui une traction en sens inverse.
C est dans ce but que j’ai emprunté à la partie antérieure du scrotum un lambeau disposé en forme de pont au-dessous duquel on fait passer la verge déjà recouverte par le lambeau abdominal.
Inutile de faire remarquer que la verge ainsi reconstituée ne sera qu’un organe très-imparfait pour les rapprochements sexuels; le but qu’il faut surtout poursuivre en présence d’une pareille diffoi> mité, c’est d’éviter l’incontinence d’urine, et de disposer la verge de telle manière que l’urine puisse être facilement retenue dans la vessie, au moyen d’appareils, prothétique^ ou d’une légère compression. Cette opération a été exposée par M. Dolbeau, avec tous les détails qu’elle comporte, dans un mémoire qui a été couronné par L’Académie des sciences.
Fis tûtes uréthro-tpçniennes .
Avant que la méthode de traitemeut, dite méthode américaine, pour la guérison des fistules vésico-vaginales, eût vulgarisé le précepte capital dans toutes les autoplasties, d’adosser non des bords mais de vastes surfaces cruentées, j’avais prouvé, par un assez grand nombre d’opérations heureuses, l’importance de celte indication que je remplissais parla réalisation d’une idée qui a été considérée comme nouvelle.
Je me suis proposé de fermer un orifice fistuleux en joignant à l’avivement de ses bords la juxtaposition non d’un lambeau, mais d’un pont tenant aux parties vivantes par deux larges bases et formant au devant de la brèche qu’il s’agit de combler comme un opercule, un couvercle.
Les fistules urinaires placées dans la portion libre de l’urèthre, entre le gland et les bourses, ne guérissent jamais d’elles-mêmes, contrairement à ce qui advient aux fistules placées en arrière ou
au niveau du scrotum, et pour lesquelles il suffit de rendre au canal son diamètre normal. Pour triompher de cette difficulté, plusieurs chirurgiens avaient été jusqu’à établir une fistule artificielle au périnée à l’aide d’une boutonnière, opération presque aussi dangereuse que l’incision de la taille. Mon procédé du pont autoplastique a débarrassé la pratique de cet expédient dangereux, et dans mes mains comme dans celles de plusieurs de nos collègues de France et de l’étranger, l’opération des fistules uréthro-péniennes est devenue aussi simple qu’efficace.
£tiÿérofo»nt«.
L’occlusion de l’intestin est une cause de mort assez souvent observée, contre laquelle les traitements les plus divers ont été conseillés, et appliqués, il faut en convenir, assez souvent avec quelque succès. Cependant, dans bien des cas, les moyens médicamenteux internes et externes, les diverses pratiques thérapeutiques, douches, électricité, massage, etc., restent sans effet et la mort arrive en quelques jours.
Pour ces cas véritablement désespérés, on a plus d’une fois posé la question de savoir si le chirurgien ne serait pas autorisé à pratiquer une incision à la paroi abdominale pour aller à la recherche de l’étranglement. Mais cette opération a toujours été repoussée, et elle devait l’être, à cause de l’incertitude et des périls de cette recherche faite nécessairement sans guide.
Une seule opération est possible, c’est l’établissement d’un anus contre nature, par une ouverture pratiquée au bout supérieur. Cette opération atteint nécessairement le but que le chirurgien se propose, elle est d’une exécution facile : en faisant l’incision au-dessus de 1 arcade crurale droite on rencontrera presque toujours, ainsi que j ai pu le reconnaître par de nombreuses recherches faites dans ce but spécial, une partie de l’intestin grêle peu éloignée de la valvule
iléo*cæcale ; le bout supérieur fortement distendu, tandis que le bout inférieur est rétracté, peut seul se présenter dans l’incision ; il n’y a donc nulle incertitude sur le résultat immédiat de l’opération, c’està-dire l’évacuation des matières arrêtées par l’obstacle.
Le procédé opératoire peut se résumer en quelques mois : découvrir l’intestin par une incision; le fixer aux lèvres de la plaie par des points de suture assez rapprochés pour donner toute garantie contre un épanchement de matière stercorale dans la cavité du péritoine. .
J’ai pratiqué neuf fois cette opération dans des cas désespérés : quatre de mes opérés ont guéri. Notre maître, M. Yelpeau, l’a pratiquée également avec succès ; mon élève M. Dolbeau, un de nos agrégés les plus distingués, compte déjà sept succès obtenus par cette méthode. On peut donc dire que la chirurgie ne sera plus désarmée en présence de cette terrible affection.
Chose remarquable, le cours des matières intestinales dans les cas de succès, n’a pas tardé à se rétablir par les voies naturelles ; l’intestin, devenu libre dans l’abdomen par sa déplétion, s’est dégagé et a repris une position compatible avec la libre circulation de ces matières.
Quant à l’anus anormal il se ferme spontanément lorsque les matières ont repris leur cours naturel; ou bien on le ferme par une opération anaplastique.
A nus coattre nature. Occlusion.
Après avoir rétabli le cours des matières dans 1 intestin par la section de l’éperon, ou cloison intermédiaire aux deux bouts de l’intestin, on voit presque toujours se rétrécir l’orifice de 1 anus contre nature, et celui-ci, quelquefois, se ferme seul. Cependant, dans quelques circonstances il persiste, et le ehirurgièn est alors forcé
NÊLATON.
de recourir à une méthode anaplastique. Nous avons plusieurs fois appliqué le procédé suivant avec succès :
Le pourtour de l’ouverture anormale étant préalablement avivé, l’intestin est détaché, renversé en dedans et fermé par une suture ; un lambeau en forme de pont est taillé sur un des côtés de cet orifice, abaissé sur lui de manière à le recouvrir entièrement. On fixe alors le ambeau dans cette situation par quelques points de suture.
Ovariotomie.
L'ovariotomie, proposée déjà dans le xvn e siècle, discutée et appliquée par quelques chirurgiens pendant le xvm% ne fut définitivement admise dans la pratique qu’à partir du commencement de ce siècle.
Ce fut en 1809 que Mac Dowel fit sa première opération à Dans ville. Cette tentative hardie eut un grand retentissement en Amérique, où le chirurgien du Kentucky ne tarda pas à trouver de nombreux imitateurs. Vers 1815, un chirurgien italien, Emiliani de Fiaenza, pratiquait également avec succès cette opération, et bientôt les faits vinrent à se multiplier en Angleterre et en Allemagne. Cependant en France, malgré deux succès fort remarquables obtenus par deux chirurgiéns de la province, Voyeikowski, de Quingey (1844), et Yaulegeard, de Condé-stif-Noiréaü (1845), on persistait à croire et à euseigner que les quelques cas de guérison observés étaient des cas exceptionnels publiés avec éclat, tandis que Ion gardait te silence sur les cas malheureux. Aussi en 1856, lors de la mémorable discussion soulevée à l’Académie de médecine, la proscription de l’ovariotamie fut-elle universelle. Seule, là voix de notre regretté collègue Cazeaux ht entendre une protestation, non pas, comme on l’a dit, en faveur de cette opération, mais contre le jugement prématuré que venait de porter la savante compagnie.
C est en vain qu’un jeune médecin de grand mérite, M. Jules
Worms (Gazette hebdomadaire , 1860), s’appuyant sur une analyse rigoureuse des faits et des travaux publiés, cherchait à démontrer que 1 ovariotomie avait été condamnée en France sans examen suffisant, et que les résultats obtenus à l’étranger imposaient au moins l’obligation d'étudier sérieusement la question. La chirurgie française opposait toujours la môme résistance.
Au mois de novembre 1861, désireux d’acquérir par moi-même une conviction basée sur l’étude des faits, je me rendis à Londres dans le but d’étudier la pratique de nos habiles confrères, Spencer Wells, Tyler Smith , Baker-Brown, qui me fournirent avec un empressement dont je ne saurais trop les remercier, de nombreuses occasions d’assister à leurs opérations et de suivre les malades opérés.
De retour à Paris, j’ai fait sur l’ovariotomie une série de leçons cliniques, qui, grâce à la nouveauté du sujet dans l’enseignement français, ont eu quelque retentissement. Je m’exprimais ainsi :
« En présence d’un kyste ovarique, multiloculaire au début, et ne déterminant pas encore d’accidents, je m’abstiendrais de toute opération.
» Je m’abstiendrais de même si j’avais affaire à un kyste ancien, très-volumineux et ayant déjà porté une atteinte profonde à la con stitution. Le moment opportun pour agir serait, je crois, celui où le kyste commence à prendre un développement rapide, alors que la production d’accidents sérieux est imminente, alors, mais seulement alors, j’opérerais.
» Je ne saurais trop engager les chirurgiens à se défier des préventions plus sentimentales que logiques. En présence d’une affection aussi grave, il faut, quand arrive le moment où le danger est imminent, mettre en parallèle la gravité du mal et les ressources de l’art.
» Il faudrait que les chirurgiens haut placés prêtassent loyalement le concours de leur appui moral à ceux de nos confrères qui oseront
assumer la responsabilité de ces opérations. Grâce à cet appui mutuel, grâce à de nouvelles et sérieuses recherches, la lumière se fera enfin parmi nous sur cette question si grave et si controversée de l’ovariotomie. »
Cet appel fut entendu, et le 2 février 1862, M. Demarquay m’invitait, avec plusieurs de nos confrères, à assister à une opération qu’il devait pratiquer à Saint-Germain. Cette opération, exécutée de la manière la plus régulière, eut une terminaison funeste. Quelques semaines après, je pratiquai moi-même une ovariotomie qui ne fut pas plus heureuse. Mais,le2âjuin delà mêmeannée, j’annonçaisà l’Académie un premier succès. Quelques jours après cette communication, le 12 juillet, la Gazette des hôpitaux nous faisait connaître une opération suivie de succès pratiquée par M. Kœberlé, de Strasbourg. Depuis cette époque, plusieurs opérations heureuses ont été pratiquées en France, soit à Paris, soit dans les départements.
A Paris, M. Boinet a obtenu un succès; mon élève et ami le docteur Péan, quatre succès sur cinq opérées; M. Labbé, un succès; M. le professeur Gosselin vient de réussir dans un cas des plus compliqués ; moi-même sur douze opérations je compte six succès. A Strasbourg, le chiffre des guérisons obtenus par M. Kœberlé, chiffre que je ne connais pas exactement, dépasse la moitié des cas. A Béziers, M. Lacroix obtint trois succès sur trois opérées; à Alais, M. Serres deux succès sur deux cas ; à Rennes, M. Régnault trois succès sur quatre opérées, et M. Aubrée un succès ; à Lyon, M. Desgranges ; à Dijon, M. Brûlé ; à Angers, M. Daviers ; à Routot, M. Gignoux; à Montpellier, M. Alquié; à Marseille, M. Berrut, comptent également un succès.
De& travaux intéressants et utiles à des titres divers ont été publiés en grand nombre sur ce sujet ; et ainsi de communs efforts, triomphant de la routine et de la prévention, ont naturalisé parmi nous lopéiation la plus hardie, et nous ajoutons la plus justifiée de la chirurgie du xix e siècle.
Mais il ne suffisait pas d avoir appelé l’attention des chirurgiens sur 1 ovariotomie ; il fallait encore chercher à déterminer la part qu’il faut attribuer à cette opération dans le traitement des kystes de l’ovaire; comparer entre elles toutes les méthodes thérapeutiques et poser rigoureusement les indications. C’est ce que je me suis efforcé de faire dans un travail en cours de publication que je regrette de ne pouvoir présenter aujourd’hui, mais dont je puis dès à présent formuler la conclusion principale.
L’ovariotomie, abstraction faite des contre-indications, doit être réservée pour les cas où le danger de mort est certain et peu éloigné. En nous conformant à cette règle, nous avons obtenu 8 succès sur 17 opérations. Sans doute cette proportion est moins favorable que celle qu’on obtiendrait en opérant plus tôt; mais le chirurgien n’aura pas à regretter, dans les cas malheureux, d’avoir abrégé la vie des malades.
Résection et suture «tes nerfs élans tes cas été névrtnne
(Bulletin delà Société de chirurgie, 4 864, 2 e série, t. V, p. 304.)
L’observation de chaque jour nous a appris que lorsqu’un nerf a été divisé, deux choses peuvent se présenter, ou bien la fonction, supprimée par la section nerveuse, se rétablit peu à peu, ou bien elle est irrévocablement perdue. Cette abolition de la fonction est observée, surtout alors qu’à la suite de la section, un écartement se produit entre les deux bouts du nerf divisé.
Ayant eu l’occasion de réséquer une portion du nerf médian, dans une longueur de à centimètres, pour un névrome très volumineux, j’ai mis en contact, au moyen de sutures métalliques, les deux surfaces de section du nerf excisé.
H m’a paru que dans un temps très-court (vingt-quatre heures), la fonction était rétablie comme par une réunion immédiate, con-
trairement à ce que devaient nous faire présumer les belles recherches de M. Vu.lpian, sur la régénération des tubes nerveux.
Nous sommes-nous trompés dans cette appréciation? Une analyse plus complète des mouvements de la main nous aurait-elle fait reconnaître notre erreur? C’est là une question de physiologie pure que nous croyons ne pas devoir traiter ici. Ce qui est incontestable, c’est que, malgré une résection de k centimètres, les mouvements ont été rétablis dans leur intégrité. Au point de vue clinique, nos observations nous paraissent avoir une grande importance, et les chirurgiens sauront bien désormais qu’avec le secours de la suture nerveuse, on peut faire subir aux nerfs une perte de substance considérable, sans abolir définitivement ia fonction.
On aurait pu croire que la présence d’un corps étranger dans le nerf ne vint à déterminer des accidents nerveux d’une extrême gravité. Les choses se sont passées très-simplement, et nos deux malades ont guéri sans avoir éprouvé aucun accident.
VwBwteurs fibreuses etc tu crête iliaque,
(Gaz. des hôpit., février 1862, p. 77.)
Parmi les nombreuses variétés de tumeurs du bassin, il en est une dont les traités classiques ne font pas mention bien qu’elle ait une physionomie toute particulière. Ces tumeurs de nature fibreuse, qui atteignent un volume qui varie de celui d’un œuf de poule à celui de deux poings réunis, sont attachées au bord libre de la crête iliaque \ de là le nom de tumeurs fibreuses de la crête iliaque que j’ai cru pouvoir leur donner.
Elles tiennent à l’os pur un pédicule étroit, s’engagent entre le péritoine et le fascia iliaca et viennent se projeter dans la fosse iliaque. Ces sortes de tumeurs n’ont jusqu’à ce jour été observées que chez des femmes.
J ai bien des fois insisté dans mes leçons sur le diagnostic de des tumeurs, et j’ai pu en montrer plusieurs spécimens.
Le seul traitement véritablement efficace a leur opposer consiste dans l’extirpation ; une incision oblique semblable à celle que l’on fait pour la ligature de F artère iliaque citerne parcourt la tumeur dans toute son étendue ; le péritoine est décollé, et la masse étant ainsi isolée, on arrive sur le pédicule dont on pratique la section. Ma première opération fut faite en présence de MM. Déguisé et Michon, et ce dernier voulut bien, à l’occàsion d’une communication faite par un de nos collègues à la Société de chirurgie, affirmer que je lui avais depuis longtemps fait connaître ces tumeurs et que j’en avais extirpé une très-volumineuse en sa présence.
Mal perforant an pieti.
(Gaz. des hôpit ., 10 janvier 4 852.)
En 1852, j’ai décrit sous le nom d’affection singulière des os du pied une affection jusqu’alors inconnue caractérisée parles phénomènes suivants :
Au niveau des saillies osseuses du pied, on voit se former une phlyctène. L’épiderme se soulève ; sous cette épiderme il y a un peu de sérosité purulente ; que l’épiderme se perfore spontanément ou avec le secours de la chirurgie, le derme se montre avec une teinte rosée ; il est plus douloureux au toucher que dans les phlyctènes ordinaires ; pendant quelque temps, les choses restent dans cet état ; bientôt le derme se perfore à son tour de dehors en dedans : une petite fistule s’établit qui arrive dans le tissu cellulaire sous-cutané et fournit de la sérosité légèrement purulente. Quand cette fistule existe depuis quelque temps et que l’on vient à l’explorer avec le stylet, on arrive sur une portion d’os dénudée, nécrosée.
Le séquestre qui s’est formé peut être extrait ou se sépare de
lui-même. Le malade n’est point pour cela guéri : un nouveau séquestre se forme et entretient la suppuration. Vient-on à pratiquer une amputation partielle du pied, celui-ci trouve alors de nouveaux points d’appui sur le sol, el l’on voit se produire sur ces nouveaux points de pression la même série de phénomènes que nous venons de signaler.
C’est ainsi qu’on a vu quelques malades subir successivement, dans l’espace de quelques années, plusieurs amputations partielles du pied. Le malade qui fait le sujet de notre première communication avait été opéré successivement par MM. Ricord, Blandin, Boyer, Michon, Malgaigne et par moi-même à une époque à laquelle j’ignorais, comme la plupart des chirurgiens, la marche pour ainsi dire fatale de cette affection.
Depuis cette époque, des travaux nombreux ont été faits sur ce sujet; mais une certaine confusion s’est introduite peu à peu dans cette étude, et l’c-n a compris sous le nom de mal perforant du pied, des affections telles que les hypertrophies épidermiques, l’ulcération des bourses séreuses, avec dénudation des os, etc., qui diffèrent essentiellement de la maladie sur laquelle j’ai appellé l’attention des chirurgiens.
Kystes s *>us-h y oïil i en s
(Thèse Demoulin. Paris, 4 866.)
Certains kystes se rencontrent à la partie antérieur e et médiane du cou entre l’os hyoïde et le cartilage thyroïde, au niveau de la membrane qui les unit.
Boyer croyait que ces kystes étaient produits par un épanchement de liquide dans la bourse muqueuse, dite sous-hyoïdienne : il s expliquait l’insuccès des divers traitements employés contre cette affection par la mobilité que présentent l’un sur l'autre le corps de l’os hyoïde et la saillie antérieure du cartilage thyroïde. Une étude approfondie de ces tumeurs m’a démontré qu’elles ne
contenaient pas un liquide séreux comme celui qui se produit dans les bourses destinées à faciliter le frottement des surfaces, mais un liquide qui a tous les caractères physiques du mucus. Notre savant collègue le professeur Robin, ayant bien voulu examiner quelques-unes de ces tumeurs, a découvert une particularité anatomique que nous ne connaissions pas, c’est-à-dire la présence d’une couche de cils vibratiles semblable à celle qui tapisse la muqueuse des voies aériennes.
Après avoir reconnu combien ces kystes résistent aux traitements les plus énergiques, j’ai été conduit à proposer l’extirpation totale du kyste et du trajet fistuleux qui lui correspond, opération qui offre sans doute quelques difficultés, mais qui a déjà plus d’une fois amené la guérison. On trouvera dans la thèse d’un de mes élèves, M. le docteur Demoulin, un certain nombre d’observations recueillies à ma clinique, entre autres celle d’un médecin qui portait sa fistule depuis quinze ans, et qui a été radicalement guéri par l’opération.
Tintietir* ^Intidtilntre* rfu voile rfu f tttlai.s.
On sait que le voile du palais est formé de deux couches superposées, l’une glanduleuse, l’autre musculo-fibreuse, comprises entre deux membranes muqueuses, dont l’une, antérieure, se continue avec la voûte palatine, tandis que l’autre, postérieure, vient se perdre dans les fosses nasales.
La couche glanduleuse forme à elle seule près de la moitié du voile du palais. C’est dans cette couche que l’on voit se produire des tumeurs qui prennent quelquefois un volume considérable, obstruent l’isthme du gosier et deviennent menaçantes pour la vie. Nous prenions autrefois ces tumeurs pour des tumeurs cancéreuses, et nous considérions les malades qui en étaient atteints comme voués à une mort certaine.