LES POISONS DU BACILLE TUBERCULEUX HUMAIN
c’est que, contrairement à ce que l’on a écrit dans ces dernières années, la pneumonie tuberculeuse, à tous ses stades, n’est pas le fait d’une infection secondaire, mais du bacille de Koch. Ce bacille agit, en partie du moins, par une toxine, l’éthérine ; et celle-ci diffusant à une certaine distance du bacille pourra provoquer des lésions pneumoniques là où, bactériologiquement, le bacille de Koch est absent.
La sclérose pulmonaire d’origine tuberculeuse, la phtisie fibreuse. (XIX.)
Nous avons déjà fait remarquer les similitudes et les différences d’action qui caractérisent les extraits éthéré et chloroformé du bacille tuberculeux, en injection sous-cutanée. Il était à prévoir qu’elles se poursuivraient en injection intra-trachéale ; mais au moment où nous commencions l’étude de la chloroformine, en injection dans le poumon, nous étions loin de supposer les résultats auxquels nous a conduit l’expérimentation.
Depuis les recherches de Laënnec, de Cruveillier et surtout de M. Grancher, on sait que toute lésion tuberculeuse est caractérisée par la double évolution fibro-caséeuse. Nous venons de voir que
Vélhérîne. On pouvait penser que la sclérose reconnaissait un poison analogue. Dans notre mémoire sur la dégénérescence
fibro-caséeuse du tubercule était le fait d’une même toxine. « La double évolution caséeuse et fibreuse du tubercule, écrivions-nous, est commandée par la plùs ou moins grande abondance de la substance caséifiante; abondant, le tubercule dégénère en masse, mais toujours au centre avant la périphérie. Quand la toxine est discrète, le centre seul est frappé irrémédiablement, et la zone embryonnaire périphérique, légèrement irritée, enkyste par une formation fibreuse la partie centrale caséifiée. » Les faits expéri-
iLÉROSE PULMONAIRE D’ORIGINE TUBERCULEUSE
tuberculeuse est produite par un poison différent de celui qui engendre la caséification , et à la double évolution caséeuse et fibreuse du tubercule correspond une double cause pathogénique.
Parallèlement à ce qui a été fait pour l’extrait éthéré, nous avons injecté dans la trachée de lapins ou de cobayes l’extrait chloroformé dilué dans l’eau stérilisée.
La survie de l’animal est-elle de peu de jours, les poumons présentent à l’œil nu, et suivant les points, des lésions de congestion ou d’hépatisation. En pratiquant des coupes histologiques sur les fragments les plus atteints, on note que les parois alvéolaires très épaissies sont infiltrées de cellules embryonnnaires ; la lumière des alvéoles est rétrécie, elle renferme, là de fines granulations fibrineuses, ailleurs des cellules endothéliales détachées de la paroi et tuméfiées, et quelques cellules embryonnaires. Par places, les capillaires dilatés sont remplis de globules rouges. Le maximum des lésions siège constamment autour des bronches. Leur cavité est pleine de cellules cylindriques desquamées, tandis que leur paroi épaissie est infiltrée de nombreux éléments em-
compter jusqu’à trente. Ces cellules géantes, toujours situées dans les cavités alvéolaires,, sont le plus souvent entourées de cellules : épithéliales; quelquefois -, elles, sont isolées dans l’alvéole et à elles seules peuvent en combler la lumière. (Cf. PI. II, fig. 1.) |
A un degré;plus avaneé de l’altération anatomique, parois et cavités des alvéoles sont confondues et envahies par de larges bandes de tissu conjonctif néoformé. Ce dernier est composé de fines fibrilles avec quelques rares cellules aplaties. Les fibrilles se teintent légèrement par l’éosine ou le picro-carmin. (Cf. PI. II,. fig. 2.) Dans les mailles circonscrites par les fibrilles, on rencontre fréquemment de. belles cellules géantes. Au milieu du tissu néo- . formé se voient des cavités de dimensions variables. De formp quelquefois arrondie, le plus souvent aplatie, allongée, elles sont tapissées sur. leur surface interne par des cellules cubiques o,q j cylindriques/ .Ces ; cavités^ représentent. des alvéoles modifiées par le processus scléreux (Cf. PI. II, fig. 2). En cette circonstance, l’aspect des , préparations rappelle trait pour trait les lésions observées dans .la phtisie fibreuse de l’hpmme. Qu’on veuille bien se reporter à la figure empruntée à un mémoire de notre maître, M. le Professeur ,Cornil, sur la sclérose pulmonaire d’origine tuber-; . culeuse, et on pourra juger de la ressemblance des altérations cliniques et expérimentales.
Quand les animaux ont survécu plusieurs mois aux premières injections d’extrait chloroformé, les poumons sont ratatinés, rétractés par des brides fibreuses, les bords en sont emphysémateux. La plèyre viscérale est épaissie, sclérosée et des bandes de tissu conjonctif partent de cette dernière et cloisonnent le tissu hépatisé du.ppumpn,.
Sur les coupes histologiques faites dans ces points, on ne retrouve plus trace de la structure normale de l'organe. Des trousseaux de tissu conjonctif bien coloré et formés de fibrilles ondulées, à point de départ bronchique ou interlobulaire, enva-