‹ Exposé des titres et travaux scientifiques, 1892-1905Chapitre 4 sur 25 · V. - RECHERCHES SUR LA SEXUALITÉ · texte numérisé non relu

V. - RECHERCHES SUR LA SEXUALITÉ

« Les fonctions sexuelles sont certainement, avec les fonctions de nutrition, les plus importants de tous les actes vitaux. On l’a dit et répété maintes fois, la faim et l’amour sont les deux plus grands mobiles de toutes les actions, aussi bien celles de tous les êtres humains que de tout autre être vivant,' qu’il appartienne au règne végétal ou au règne animal.

« De ces deux mobiles, c’est sans aucun doute le second qui s’adresse le plus directement à notre intelligence, car son étude soulève nombre de problèmes qui touchent à l’essence même de la vie. De tout temps, du reste, l’homme fût attiré par les passionnants problèmes de la sexualité et, comme nous le verrons plus tard, l’historique de cette étude doit remonter jusqu’aux premiers philosophes qui n’ont fait pourtant que donner le caractère philosophique à des notions et à des idées dues à des civilisations encore plus anciennes. Cependant, ce n’est guère que dans le courant du xix e siècle que l’on a vu naître lé courant scientifique qui entraîne de plus en plus les biologistes vers les questions sexuelles. Dans ces dernières années surtout, les recherches se sont multi^

pliées aussi bien dans l’ordre de l’expérimentation que dans celui de l’observation ou de la pure spéculation. Et les résultats obtenus ont été parfois si grands, les découvertes si imprévues, qu’il est permis d’entrevoir aujourd’hui des perspectives nouvelles.

« Pour notre part* depuis l’année 1901, époque où nous avons commencé, à la Sorbonne, notre cours libre d’Embryologie, il n’y a pas eu de saison où nous n’ayons. consacré,, sinon. toutes, du moins la plus grande partie de nos leçons, à traiter un des points de vue de la grande question sexuelle. Nous avons fait de même à l’École d’Anthropologie en 1903, 1904 et 1905. Enfin* pendant cette période de cinq années, la plus grande partie de nos recherches originales ont toujours été dirigées vers le même but.

« Il nous a semblé que nous pourrions rendre service à tous ceux qui s’occupent de Biologie, en publiant nos leçons sous la forme de plusieurs volumes dont l’ensemble doit former une sorte de Traité de la sexualité. Jamais, en effet, une pareille œuvre n’a été entreprise ni en France, ni à l’étranger; car, si beaucoup de livres ont paru sur la sexualité, les uns, tel que celui de Geddes et Thompson, ne traitentla question qu’au pointde vue doctrinal, d’autres, comme celui d’Havelock Ellis, n’envisagent que certaines parties de la sexualité; d ? autres encore, à titres plus ou moins attirants, ont un caractère de littérature spéciale qui, nous n’avons guère besoin de le dire, ne saurait nous intéresser.

« Ici, comme nous l’avons toujours fait dans nos leçons, nous envisagerons les questions sexuelles avec un esprit strictement scientifique et surtout avec cet esprit expérimental qui a fait la gloire de la science française. C’est dire que nous ne nous arrêterons guère aux théories qui planent exclusivement dans la splendeur des idées, pas davantage aux solutions pratiques qui prétendent s’appliquer immédiatement à l’espèce humaine.

« Nous nous efforcerons cependant d’approfondir le plus possible les diverses questions sexuelles et, pour cela, nous tâcherons de ne négliger aucun point de

bibliographie biologique est devenue si touffue qu’il est très possible de passer à côté de quelque mémoire important. Nous ne saurions non plus avoir l’illusion d’avoir fait une œuvre exempte de reproches; nous avons conscience que d’autres devront apporter à ce travail d’ensemble des améliorations de plan et de rédaction, en même temps que des augmentations de détail. Mais nous n’avons voulu faire qu’une œuvre d’essai en mettant au point une des questions les plus confuses et én lui apportant quelques idées et quelques faits

Les pages que nous venons d’écrire sont extraites d’un premier volume qui paraîtra en 1906. C’est pour donner une idée du but que nous poursuivons dans nos recherches actuelles que nous donnerons encore quelques extraits des introductions de deux autres volumes en préparation; du reste, ces introductions, que nous avons publiées sous forme d’articles de Revues, ne sont que la reproduction de nos leçons.

Dans le premier de ces articles, nous montrons comment s’est faite YÉvolution des idées générales sur la sexualité (N° 1). Quel que soit l’intérêt philosophique

• De bonne heure, cependant, à côté des prêtres qui gardaient jalousement leurs mystères, les philosophes, ne s’occupant guère alors que de l’espèce humaine, se demandèrent quels étaient les rôles respectifs de l’homme e* de 1» femme dans 1a. génération ; ils cherchèrent à comprendre comment, de l'union passagères de ces deux sortes d’individus, pouvait résulter la création d’un nouvel être. »

Dans un premier chapitre, nous voyons Hippocrate et Aristote exposer lents! deux théories contraires pour expliquer la formation de l’embryon humain;; théories qui nous arrêtent bien peu maintenant et qui guidèrent pourtant la

qui les accompagnent n’être qu’une sorte de piège, tendu par la Nature, pour inciter les individus à se sacrifier au profit de leur espèce. C’est la une opinion

partout de nos jours et que l’on nous voit combattre dans le cours de cet article, du moins dans cette forme sous laquelle on la, présente habituellement.

D’un autre côté, la découverte des phénomènes intimes de la fécondation, faite dans le*courant du dernier sicle, attira de nouveau l’attention des biolo-

iir les éléments sexuels.

>rs, les biologistes vont refusera •erme le nom de produit sécrété q [“tir de cette époque,, on néglij

l testicule et à l’ovaire le nom de glande

ea complètement la partie liquide du simple substratum. Aussi, lorsque les

tatives qui rappellent de bien près les « esprits » et les « forces formatives »

« L’ancienneté et la persistance, à travers les âges, de ces deux courants d’idées sont une constatation intéressante. Elles indiquent d’abord, certainement, une double direction dans l’esprit des hommes qui se sont occupés de ces questions. On peut remarquer, en effet, que, chez nous du moins, les médecins se rangent plus volontiers du côté d’Hippocrate, alors que les philosophes et les biologistes purs suivnt davantage Aristote. Mais cette constatation peut et doit signifier aussi que les deux systèmes renferment l’un et l’autre quelque chose de vrai. Un philosophe n’a-t-il point dit, paraphrasant un mot de Spencer : « Les principes les plus opposés contiennent toujours une certaine quantité dé cette vérité qui est éparse partout, condensée dans une formule? »

aujourd’hui dans les questions sexuelles, je m’efforcerai de découvrir et de mettre en évidence les liens qui doivent les unir.

« J’essayerai, avant tout, dégrouper en un seul ensemble toutes les questions diverses qui s’agitent isolément autour du mot sexualité : l’origine du sexe, le dimorphisme sexuel, les phénomènes du rut, la fécondation, l’hérédité, le déterminisme des sexes, l’instinct génital, l’amour maternel, etc. Ce sont là autant de points que l’on spécialise actuellement dans la science et qui, sans aucun doute, sont dépendants les uns des autres, du moins dans une certaine mesure, qu’il s’agira, pour nous, de déterminer.

faits connus, appliquant à l’explication et à la coordination de ces faits les données fournies par nos recherches particulières, nous espérons pouvoir présenter, dans cet ouvrage, une conception nouvelle de la sexualité de laquelle sera exclu tout raisonnement purement hypothétique. >

Cette conception nouvelle, que nous annoncions ainsi, n’a pas encore été publiée. C’est qu’avant d’aborder la question de l’explication de la sexualité, il faut d’abord se reconnaître dans les modalités si diverses de cette fonction. Et

avons présenté une Vue d'ensemble de la sexualité.

Nous ne donnerons encore ici que quelques extraits de cet article, modifiés

Après avoir montré les différentes manières dont les auteurs anciens et modernes ont compris les mots sexe et sexualité, nous considérons la question au double point de vue physiologique et évolutif et nous divisons les caractères sexuels én trois groupes :

I. — Caractères servant à accomplir l’acte de la fécondation, se formant de très bonne heure dans l’Ontogenèse comme dans la Phylogenèse;

II. — Caractères servant à préparer l’acte de la fécondation, apparaissant tardivement dans l’Ontogenèse comme dans la Phylogenèse ;

HT. — Caractères servant à l’éducation du nouvel être créé, apparaissant également tardivement dans l’Ontogenèse et dans la Phylogenèse.

Pour rester fidèles à la nomenclature classique, nous désignons ces trois groupes sous les noms de caractères sexuels primaires, secondaires et tertiaires'.

qui servent à accomplir l’acte de la fécondation et qui apparaissent de très bonne heure dans l'Ontogenèse comme dans la Phylogenèse; ajoutons que ces caractères une fois formés persistent, en général, pendant toute la vie de l’individu.

ces caractèrés, en effet, les uns, plus primitifs encore dans l’évolution, sont absolument indispensables à l’acte de fécondation, ils sont formés par les éléments sexuels, par les glandes qui élaborent ces éléments et par les conduits évacualeurs où l'ovule et le spermatozoïde terminent souvent leur évolution

Les autres caractères, qui apparaissent toujours postérieurement aux précédents, ne jouent qu’un rôle accessoire dans la fécondation ; ils n’existent

exemple, les cornes de certains Ruminants, les ergots des Coqs, les crochets Mais il ne suffit pas toujours d’avoir gagné, par la force, la possession d’une

la préparer à l’accouplement, soit seulement pour l’amener à accepter son assaut. Et alors nous verrons apparaître les caractères sexuels secondaires que l’on a appelés quelquefois psychiques : cris ou chants spéciaux des mâles, chez les Cigales, les Grenouilles et les Oiseaux, par exemple ; odeurs sexuelles du musc, de la civette et du castoreum chez les Mammifères; parures de noce

des cavités ordinaires du corps (branchies des Lamellibranches, bouche de certains Céphalopodes, pharynx d’un Poisson, l’Arius); soit dans des formations cutanées permanentes ou transitoires (Daphnies, Holothuries, Pipa, Notodelphes, Appendiculaires, Hippocampes, Syngnathes, Scyphies, le Rhinoderme de Darwin, les Monotrômes et les Marsupiaux) ; d’autres fois, enfin, ce sont les appendices normaux du corps qui gardent les œufs en développement (nageoires des Solénostomes, pattes abdominales des Ecrevisses, tentacules du Spirorbis spirillum , tentes formées par les piquants de quelques Oursins).

Dans les autres cas d’endotochie, l’œuf fécondé se développe à l’intérieur de

ment faux. Chez la femme, par exemple, la plupart des attributs féminins sont déjà formés dans la première enfance; nous les retrouvons dans la vie embryonnaire, peut-être môme dans l’état d’œuf; donc la crise pubertaire, C’est-à-dire

mâle et chez l’individu femelle, Geddes et Thompson arrivent à dire que ces deux sortes d’individus sont « le résultat et les expressions respectifs de la prépondérance du catabolisme et de l’anabolisme ». Le mâle est la résultante de la catabolie prépondérante : c’est le sexe le plus actif, le plus mobile ; il tend à

il reste plus petit, est toujours plus affamé que la femelle et tend à vivre moins longtemps. La femelle est au contraire la résultante de l’anabolie prépondérante ; elle tend à accumuler des réserves nutritives de plus en plus abondantes et, par suite, elle est plus passive, devient plus grasse et vit plus longtèmps.

Ces idées ne sauraient être combattues, car, dans leur ensemble du moins, elles

ne sont rien autre que l’expression des faits. Toute étude nouvelle sur cette question ne saurait donc avoir d’autre prétention que de poursuivre plus loin le

catabolique, ou destructive, chez le mâle, de la prépondérance anabolique, ou

années, dans nos recherches sur les différents phénomènes de la sexualité.

Nous poursuivons ce but en étudiant, à ce point de vue, le fonctionnement des glandes sexuelles et les phénomènes du rut dans les deux sexes ; en expérimentant sur la manière dont se comportent les mâles et les femelles subissant les mêmes influences; en montrant comment.se fait la Croissance comparée des

Vespèce humaine (N*

ludier par la Physiologie et surtout par la Physiogenèse, qui,peut mieux renseigner encore sur ces traces du passé. Et s.i nous ne pouvons espérer, llement du moins, arriver à des lois précises et définitives, nous arriverons

reste, il ne suffit pas, comme on l'a fait jusqu’ici, de mettre en évidence

sont que l’extériorisation, si l’on peut dire, de différences primordiales beaucoup plus profondes. Le petit, garçon, par exemplei se distingue de la petite fille longtemps avant l’époque où apparaîtront les caractères sexuels secon^ daires. 11 s'en distingue déjà, dès les premiers temps de la vie embryonnaire*

Page 1