PATHOGÉNIE DES HYDROPISIES
Bulletin scientifique du département du Nord , 2' série, 3' année, n°> 6 et 8 .
Ces articles résument une série de leçons que j’ai faites dans mon cours de pathologie générale à, la Faculté de médecine de Lille (1880-1881), sur la pathogénie des hydropisies. — J’ai montré tout d’abord l’insuffisance des explications classiques appliquées aux hydropisies mécaniques et cachectiques. Puis, m’appuyant sur les expériences toutes nouvelles de Cohnheim et de Lichtheim, expériences que j’ai en grande partie répétées dans mon laboratoire, j’ai essayé de donner de ces deux variétés d’hydropisie une interprétation plus conforme à la physiologie pathologique actuelle.
Eu égard à l’hydropisie dite mécanique, il est certain qu’il y a dans ce processus morbide plus qu’un acte purement physique. Sans doute, la pression sanguine y est le fait dominant. Mais le liquide qui filtre ne présente pas la même composition que le liquide générateur. C’est ce qui nous oblige à associer dans notre conception pathogénique, au facteur mécanique, un acte .de sélection, d’ordre vital par conséquent, exercé par la paroi lors de la filtration, particulièrement par l’endothélium, puisque la transsudation se fait surtout dans les capillaires réduits exclusivement dans leur structure histologique à cet élément.
Si nous ne pouvons pas concevoir les hydropisies mécaniques sans faire intervenir une action vitale de la paroi vasculaire, cette intervention devient capitale dans les autres formes d’hydropisie, dans l’œdème collatéral et dans l’hydropisie cachectique. '
L’œdème collatéral, associé au processus inflammatoire, en représente le degré le plus léger, c’est la dernière vague du mouvement plus ou moins tumultueux qui s’accomplit au centre du foyer. Le terme d ’hydrophlegmasie, substitué à celui d’œdème collatéral, résume très exactement la critique que j’ai faite de ce dernier.
La pathogénie de l’hydropisie cachectique forme la partie essentielle de cette étude.
Cette hydropisie est généralement rapportée à l’hydrémie. Mais cette notion classique soulève bien des objections. Le degré de l’hydropisie est loin d’être en rapport avec celui de l’hydrémie : chez le scarlatineux, par exemple, à peine le réactif a-t-il décelé l’albumine dans les urines, que déjà sa figure et ses pieds enflent. La pléthore séreuse déterminée par l’anurie hystérique ou l’anurie due à l’obstruction des uretères par des calculs, des néoplasmes, n’entraîne jamais d’œdème à la suite.
Ces doutes, soulevés par l’observation clinique, se confirment par l’expérimentation. On peut injecter dans les vaisseaux de l’oreille du lapin une solution convenable d’eau salée, et faire durer l’expérience tant que l’on voudra, sans produire d’oedème dans cette oreille. On peut même produire une dilution générale du sang, au point que celui-çi ne renferme plus que la moitié de ses principes solides sans provoquer de l’œdème.
Ni l’hydrémie simple, ni l’hydrémie pléthorique, considérée chacune en elle-même, ne saurait produire l’hydropisie cachectique. Ce qui est décisif dans cet acte, c’est l’altération des parois vasculaires. Si celles-ci sont intactes, elles ne sé laissent pas plus facilement traverser parle sérum hydrémique que par le sérum normal. Mais la transsudation hydropique se produit, si le sang hydrémié se trouve en contact avec des parois altérées, et elle se mesure alors à la fois sur la grandeur de chacun de ces deux facteurs : hydrémie et troubles nutritifs des vaisseaux. Dans l’espèce, ces derniers sont le résultat, soit d’une phlegmasie plus ou moins apparente (hydropisie des brightiques), soit de l’hydrémie elle-même (hydropisie des tuberculeux, des cancéreux, etc.).
Ces considérations, longuement développées, se dégagent rigoureusement de l’expérimentation; elles donnent aux interprétations pathogéniques une base plus solide qui écarte toutes les contradictions que soulèvent les expli-
s’occupent d’étiologie trouveront toujours à puiser. Peut-être cette richesse même a-t-elle été parfois un écueil pour l’auteur : les données contradictoires qui se rencontrent au milieu de ces faits accumulés avec tant de profusion, l’ont quelquefois visiblement gêné pour en dégager une conclusion ferme. Les observations douteuses ou incomplètes ne doivent point affaiblir la valeur de documents précis. N’y avait-il pas, parmi ces innombrables relations, dont beaucoup sont signées de noms inconnus, des faits qui ont été trop appréciés de l’auteur? Ce n’est pas une critique que nous lui adressons, mais une pensée dont nous n’avons pu nous défendre à la lecture de son