Vaccination et accoutumance. Soc. Biol., 24 mai
Je ne me suis pas borné à établir ce qu’était l’immunité ; je me suis efforcé de faire voir ce qu’elle n’était pas.
Le jour où l’on a prouvé que les microbes agissent par leurs toxines, ce jour-là on devait penser que l’état réfractaire consiste dans une accoutu-
L’histoire des mithridatisations, des accoutumances aux médicaments, devait fatalement conduire à cette doctrine, simple, claire, séduisante.
J'ai le premier, avecM. Gamaléïa, démontré expérimentalement que, quelquefois, il n’en était rien. — J’ai indiqué que, pour tuer un lapin vacciné, il faut une dose de toxines égale à celle qui est nécessaire pour tuer un lapin sain. •— Ce s faits ont été confirmés par MM. Melchnikoff, Roudenko, Dunschmann, lssaeff, etc., à propos du cholérarhog, du charbon symptomatique, du choléra indien, de la pneumonie. — J’ai m des oiseaux peu sensibles au virus pyocyanique vivant ne pas supporter la toxine. — Il est de toute évidence que ces faits s’appliquent à des sujets dont la résistance ne repose pas essentiellement, comme dans la vaccination diphtérique ou tétanique, sur des processus antitoxiques.
Du reste, si l’organisme vacciné ne subit pas les atteintes du poison microbien, c’est, en partie, parce que, chez lui, ce poison n’est produit ni en quantité ni en qualité voulue, et non en raison de l’accoutumance. — Les tissus, à cet égard, n’ont pas besoin d’être insensibles à quelque chose qui n’existe pas, ou qui n’existe qu’à dose faible. — Toutefois, l’accoutumance, dans certains cas, joue m rôle effacé; nier totalement ce processus serait aller trop loin.
On a parfois confondu le pouvoir antitoxique et l’accoutumance. Seuls,
ceux qui ne connaissent pas la valeur des termes peuvent commettre cette confusion : dans le Traité de médecine Charcot-Bouchard, vol. I, chap. X, XI, j’ai insisté sur cette donnée.
L’antitoxine supprime brusquement les effets des toxines, dune façon immédiate-, l’accoutumance, du moins telle qu’on l’a toujours entendue, exige la progression, la lenteur, et cela sans parler des mécanismes d action : je veux bien confondre les deux processus, mais alors qu’on change la signification
93. — Actions des substances microbiennes snr les appareils nerveux vaso-dilatateurs des animaux vaccinés. Soc. Biol., 25 nov. 1895, avec M. Gley. (Réactions analogues des cellules nerveuses chez les réfractaires et les non-réfractaires. — Action
Les partisans de la théorie de l’accoutumance ont dû reconnaître que là dose de toxine, qui tue les animaux normaux, tue aussi les immunisés; ils ont donc été obligés d’admettre que cette accoutumance n’existe pas.
Ils ont alors objecté, toutefois par simple hypothèse, que certaines cellule^ devaient être accoutumées, que celui qui parviendrait à faire agir les toxines uniquement sur cette catégorie de cellules constaterait cette accoutumance. — Il est vrai qu’ils se sont gardés d’indiquer quelles sont ces cellules.
Malgré la gratuité de l’hypothèse, nom avons tenu à répondre, dans la mesure du possible, en dépit du défaut de précision de l’objection.
Nous avons observé uniquement les éléments nerveux, en particulier les éléments vaso-moteurs, attendu que ces éléments sont, dams l’espèce, les plus importants, attendu qu’ils commandent à la sortie des humeurs, à celle d’une foule de cellules mobiles, chargées de la phagocytose.
Or, avec Gley, nous avons m que, pour agir sur les centres dilatateurs, pour produire le réflexe de Snellero-Schiff, il faut, pour les lapins rendus résistants, un volume de produits bactériens égal à celui qu’exigent les lapins témoins; il n’y a donc pas accoutumance, même pour cette catégone de cellules. — En outre, avec Desgrez, j’étudie en ce moment le mode de réaction en présence dès toxines des sujets normaux et des réfractaires sans parvenir à saisir de différences bien notables, sauf pour la nutrition, qui, dans quelques cas, est
ralentie. — Il va de soi qu’il s’agit d’immunités à processus non antitoxiques, ou à processus antitoxiques peu développés; il va de soi qu’accoutumance et état ou action antitoxique sont choses distinctes : nous l’avons indiqué.
94. — Les leucocytes des vaccinés et non vaccinés en présence des toxines. Voir vaccination et accoutumance ; Soc. Biol., 24 mai 1890, et Traité Méd., Charcot-Bouchard; tome J, chap. XI.
Si, au lieu d’agir sur les éléments nerveux, on agit sur les leucocytes, si on les met en contact avec les toxines, on voit que ces leucocytes, quelle que soit leur origine, se comportent à peu près de la même façon.
Le plus souvent, on n’aperçoit aucune modification', à la longue, ces leucocytes s’altèrent, mais ces altérations se produisent dans un cas comme dans l’autre.
Tels sont les résultats, les constatations, les expériences enregistrées à propos d’une immunité déterminée spéciale, sans prétendre à une loi absolue.
95, 96, 97.—Recherches sur la transmission héréditaire de l’immunité; Archiv. Phys. 1895. — Nouvelles recherches sur cette transmission. — Rôles des sexes ; Archiv. Phys., 1894,1895. (importance de la cellule).
Dans une série de recherches poursuivies sur l’hérédité, avec M. Gley, j’ai pu réunir, en faveur de la doctrine à la fois humorale et cellulaire de l’immunité, de nouveaux arguments.
On vaccine des mâles et des femelles par des toxines; on constate chez quelques-uns l’existence des principes bactéricides. — On les accouple après un ou deux mois.
Parfois, mais rarement ( il faut poursuivre le plus souvent très longuement ces recherches avant d’aboutir à un résultat positif), on obtient des rejetons.qui, eux aussi, offrent la preuve de l'existence d’une résistance souvent faible.
Comment comprendre ce fait, sinon en admettant que les cellules des ascendants, capables de créer des substances protectrices, ont donné aux cellules des descendants, qui sont leurs émanations, dont le protoplasma provient de leur protoplasma, la faculté de fabriquer ces mêmes substances ?
On ne peut invoquer l’action des toxines vaccinantes; on ne peut dire que ces substances protectrices ne sont autre chose que ces toxines.
Au moment de l’accouplement il n’y avait plus trace de ces toxines chez
les générateurs; elles avaient été éliminées. — Du reste, comment concevoir leur transmission en assez grande quantité chez une série de petits? Comment, saisir cette transmission? Comment les supposer incluses dans l’ovule ou le spermatozoïde? — D’ailleurs, si l’on chauffe ces toxines à 120", quelques-unes résistent en partie; à 70°, les éléments défenseurs, germicides ou autres, disparaissent.
Donc ces éléments, ne venant pas du dehors, des toxines, procèdent de la vie des cellules des rejetons, vie qui. se fait à l’image de celle des cellules des pères ou des mères.
L’immunité est bien une propriété cellulaire; cette propriété corniste à sécréter ces matières nuisibles au développement des microphyles, comme aussi à exercer la pliagocytose-
la mise en jeu de ces propriétés dans le mécanisme de l’immunité exige une explication.
Les principes bactéricides ou antitoxiques ne sont pas, à notre avis, les uniques facteurs de l'immunité acquise. —Nous estimons que la phagocytose, qui intervient d'une façon si importante dans l’immunité naturelle, intervient aussi dans cette immunité acquise. Toutefois, nous l’avons dit, nous pensons, en nous basant sur des constatations positives, que cette intervention est le plus souvent second aire, que les phagocytes englobent, ingèrent des êtres, des parasites, à un moment où ils sont déjà malades par suite des effets des corps germicides issus de l’économie, corps sortant, diffusant plus ou moins librement suivant l’état des capillaires, suivant les toxines vaso-motrices.
Pour nous, la phagocytose, telle qu’on l'a comprise au début, telle qu’elle est formulée dans les écrits, consiste dans un englobement des germes, englobement suivi d’une destruction, d'une sorte de digestion intra-cellulaire. Aujourd’hui, on élargit par trop la définition : dès l’instant où l’on fait jouer un rôle à une cellule, dans la question de l’immunité, on devient phagocytaire.
Cependant, il faut bien qu’on le sache, les humoristes, ceux qui ont soutenu que les qualités nuisibles des humeurs influencent l’évolution des parasites, ces auteurs ont, en général, toujours admis des relations entre ces humeurs et les tissus : ils ont, du reste, fourni la preuve de celle intervention des tissus solides, quand, à la suite de ms travaux sur les sérums bactéricides, Roger a étendu cette propriété aux muscles.
Pour ma part, je ne me laisserai pas prêter cette opinion, à savoir que j’ai
pu considérer les plasmas en dehors de tout rapport avec les éléments anatomiques; je ne ferai pas dater de ces dernières années la démonstration de l’origine cellulaire des principes défenseurs. — Ces plasmas sont, en partie, ce que ces éléments les font; ces éléments puisent dam ces plasmas; ils rejettent dans ces plasmas ce qu’ils ne peuvent conserver. — Ce sont là des notions élémentaires, tellement élémentaires qu'on ne peut concevoir qu’on puisse prêter à quelqu’un l’idée de rendre les humeurs absolument indépendantes des cellules.
Admettre que de ces cellules viennent les principes protecteurs, défenseurs, c’est admettre ce que nom avons toujours dit, toujours écrit; il est facile de le prouver : scripta manent. — Nous avons toujours proclamé que l’immunité est une propriété cellulaire; nous ne pensions pas, en faisant cette affirmation, professer la doctrine phagocytaire, quand bien même les antitoxines viendraient des phagocytes.
La phagocytose, telle qu’on l’a établie, au début, est une théorie essentiellement intra-cellulaire, mécanique, physique. — Si vous reconnaissez que la destruction des microbes a lieu en dehors des cellules, dans les plasmas, vous cessez d’être un phagocytaire absolument orthodoxe, à moins de modifier la doctrine première. — Les plasmas ne vivent pas.
Avant l’immunisation par les produits solubles, les plasmas ne renferment pas ces matières; les tissus n’ont pas acquis le pouvoir de les engendrer. — Le passage de ces produits solubles confère ce pouvoir à ces tissus, du moins à quelques-uns d’entre eux.
Par le fait de la fécondation, les molécules des ascendants chargées de faire delà bile, de la salive, des sucs germicides, etc., ont transmis aux atomes des descendants ces qualités, ces attributs, d’autant plus que, dans l’ovule ou le spermatozoïde, ces atomes sont représentés; or, ce sont ces atomes inclus qui sont le point de départ de la formation des particules constitutives des organites des descendants.
Dès lors ces particules, ayant la constitution anatomique de celles des ancêtres, auront leurs propriétés physiologiques. — Les particules qui, chez ces ancêtres, sécrétaient des sucs gastrique, pancréatique, du liquide biliaire, salivaire, sécréteront ces sucs, ces liquides; de même, les éléments, qui engendraient des principes défavorables aux agents pathogènes ou à, leurs produits, engendreront ces mêmes principes (Voir Rev. génér. des Sc., fév. 1894).
98. - Immunité après lésion locale. Soc. Biol., 4 mai 1889; Traité de Méd. Charcot-
Bouchard, tome I, chap. XI; P ath. gêner, de M. Bouchard, tome II, chap. XI).
J’ai pu réaliser d’autres expériences capables de jeter sur la question de l’immunité un certain jour.
Le cobaye est assez résistant, relativement, au virus pyocyanique éduqué chez le lapin. — Si on inocule sous la peau de cet animal une dose moyenne de ce virus d’une activité modérée, les désordres se réduisent à une inflammation limitée, à une sorte de gomme, qui s’ulcère, puis se cicatrise.
Or, si l’on expose cet animal, cette cicatrisation terminée, aux atteintes de ce virus rendu très énergique, on constate qu’il résiste; ses humeurs sont bactéricides; ses cellules déploient une activité phagocytaire marquée.
D’autre part, le bacille, en général, demeure, pendant la maladie conséquence de l’inoculation première, cantonné dans la zone de l’inoculation.
Le professeur Bouchard nous a appris que plus un organisme est résistant, plus les atteintes des germes restent habituellement localisées. — La clinique l’enseigne de son côté. — line pneumonie lobaire remplace la septicémie du pneumocoque, quand ce pneumocoque évolue chez un adulte fort et non chez un fœtus, chez l’homme et non chez la souris. — Le streptocoque, qui pénètre par une piqûre anatomique, borne son action à un phlegmon du membre supérieur, si son développement est difficile; dans lè cas contraire, il provoque une infection générale.
Cette lésion locale est le résultat lie la réaction défensive des tissus; une muraille, de cellules mobiles ou mobilisées enveloppe l’agresseur, le circonscrit.
C’est ce gue démontre notre expérience. — Si, en effet, on remplace, à l’exemple . du professeur Bouchard, le cobaye par le lapin qui est moins résistant à un bacille qui a longuement vécu dans son organisme, ce bacille se généralise promptement; il tue ce lapin.
On fournit, du reste, la contre-épreuve de cette manière de voir, en augmentant artificiellement, au préalable, cette résistance du lapin. — On observe alors, chez le lapin, les altérations observées chez le cobaye.
Il y a donc une relation entre cette résistance et la lésion locale. — M. Bouchard,
tu après
a vu ce fait, en se serTant de ce bacille pyocyanique : nous l’aTons lui, en usant de ce même bacille.
Toutefois, ce que nous avons plus spécialement établi, c’est qu’un état réfractaire général fait suite à cette lésion. — L inoculation ultérieure échoue, qu’on la pratique dans le foyer cicatrisé ou en d’autres points.
Comme le microbe crée cette immunité à l’aide de ses toxines qui ront exciter les tissus à produire les principes défenseurs, il en résulte que si ce microbe est demeuré localisé, ses sécrétions se sont généralisées, car partout on décèle ces principes défenseurs, partout les tissus les engendrent.
Actuellement, ce mécanisme est classique. — On sait que dans les maladies infectieuses, dans la diphtérie par exemple, l’agent pathogène, le plus habituellement, ne quitte pas le pharynx, tandis que ses produits ront dans tous les Tiscères.
En 1889, les démonstrations expérimentales de ces faits étaient peu précises; nous estimons avoir éclairé ces questions, et établi des notions aujourd’hui classiques.
Nous arons, également, insisté sur diïerses causes de généralisation comme de localisation, sur les maladies locales qui se généralisent, sur les maladies générales qui se localisent, sur les facteurs capables de faire rarier les signes, les lésions, l’aspect, la grarité, etc,, des affections. (Voir Traité de médecine Charcot-Bouchard, toI. I, ch. V, Ali, VII, VIII.)
99. — Effets de l’inoculation du Tibrion septique chez le chien (La spécialisation des tissus et l'immunité). Soc. Biol., 25 juin 1887.
Dès 1887, arec M. Roger, nous axions étudié expérimentalement la solution du problème relatif aux rapports des lésions locales et de l’immunité. — Ces données peurent être utilisées pour combattre la théorie dite localistique de l’immunité.
Dans une économie, prétend Wolf, tel tissu est seul susceptible de laisser éroluer un microphyte déterminé. — En éïoluant, ce microphyte détruit ce tissu. — A sa seconde inoculation, ne trouvant plus ce tissu, il ne peut plus se développer à nouveau (Voir Palh. génér. deM. Bouchard, tome II, chap. XI).
Or, dans nos expériences, nous détruisons ken une partie du tissu cutané, mais une partie plus grande encore persiste; néanmoins, placée dans celte
partie persistante, ou au niveau de celle qui a été détruite, ou encore ailleurs, la bactérie est impuissante à pulluler; on ne remarque rien de spécial dans la zone cicatrisée.
100. — Atténuation de la bactéridie par des principes microbiens. - Origines de ces principes. (Vaccination, protection par des virus différents.) Soc, Biol., ti mars 1893. — Voir aussi : Développement des microbes dans le sérum des vaccinés, Soc. Biol., 23 novembre 1889.
Nous avons démontré que le bacille pyocyanique ou ses toxines font apparaître dans le sérum des infectés, des vaccinés, des corps propres à affaiblir et ce bacille et la bactéridie et le streptocoque; déjà nous avons indiqué une partie de ces faits, à d’autres égards, au paragraphe 16.
Ces constatations expliquent, dans quelque mesure, la guérison du charbon réalisée par l’inoculation de ce bacille pyocyanique; cette guérison, ou plutôt cette atténuation, signalée d’abord par le professeur Bouchard, a été obtenue, ■ après lui, par Woodhead et Cartwright Wood, par de Freundenreich, par Blagovestchensky, etc.
101. — Sécrétions cellulaires. — Influence des toxines sur révolution des microbes.
(Voir paragraphe 15.) Archiv. Phys, octobre 1891.
J’ai prouvé, avec le professeur Guignard, que si les toxines du bacille du pus bleu gênent le développement de ce bacille, elles sont également défavorables à celui de la bactéridie. — Courmont et Nicolas ont confirmé ces faits, ajoutant à ces causes la consommation de l’oxygène, quand il s’agit d’aérobies.
C’est, en somme, faire intervenir la concurrence vitale dans le mécanisme des influences mises en jeu par un microbe pour agir sur un autre microbe ; c’est élucider le mécanisme des rares associations microbiennes qui, chez l’animal, se combattent; le plus souvent elles se favorisent, comme je l’ai soutenu dès 1889 : Je n insiste pas sur ces faits, dont la partie principale a été envisagée ailleurs (Voir paragraphe 139 et Path. génér, de M. Bouchard, tome II, chap. VII).
. 102. — Vaccination par le sang. (Premiers essais d'utitisation de ce liquide pour la
défense de l'économie.) Mal. pyocyanique,tSS9-, Soc. Biol., 16 révrieri889, avecM. Roffeb.
J’ai été, je crois, le premier à vacciner avec des toxines, dont la pureté était inattaquable. — Je puis aussi revendeur cette priorité pour la vaccination par le sang des animaux infectés.
Raynaud n’a pas opéré une stérilisation assez puissante, au cours d’essais de cet ordre. — Toussaint a aussi tenté la chose avant nous; toutefois, il n’a chauffé qu’à 58“, température qui ne détruit pas suffisamment les germes : l’un et l’autre ont peut-être introduit des microbes vivants. — Nos expériences échappent à cette objection.
Elles démontrent que, dans le corps de l’animal, les agents pathogènes fabriquent ■des substances vaccinantes, tout comme dans certaines cultures.
Cette démonstration n’était pas superflue, surtout en 1889, car les fonctions de ces agents oscillent d’un rnilieu à l’autre : le bacille pyocyanique, ici, fait des pigments ; là, il n’en fait pas. — Il était donc possible de voir ce bacille engendrer des matières immunisantes dams les bouillons et ne pas en sécréter dans
En vaccinant à l’aide des urines des lapins inoculés, le professeur Bouchard avait prouvé que ces matières naissent dans l’animal. — Nous avons apporté un complément à cette démonstration, mise en évidence Jpour la première fois à l’aide de ce virus pyocyanique.
103. — Toxines dans l’organisme animal. (Nécessité de cette démonstration.) Soc. Biol..
4 juillet 189).
Les expériences de vaccination par le sang que nous venons de rappeler, la note sur les Toxines dans l’organisme que nous mentionnons, etc., prouvent que, dès 1889, 1890, 1891, nous avons établi l’existence des toxines vaccinantes, morbifiques, au sein des tissus.
Depuis lors, divers auteurs, Camara Pestana, Bruschettini, etc., pour le tétanos, pour la tuberculose, etc., ont réalisé des constatations d’un ordre identique qui n’ont fait que confirmer ce que nous avions avancé. — Ces
toxines, pour une part, vaccinent; pour une autre part, elles créent des désordres, prédisposent aux maladies ; nous l’avons montré ailleurs. — Encore une fois, les produits fabriqués par un germe variant avec les milieux, avec les conditions de nutrition, de vitalité de ce germe, on n’est pas en droit de conclure rigoureusement de ce que fait ce germe dans un bouillon, in vitro, à ce qu’il fait dans l’économie : on oublie trop souvent cette donnée. — Voilà pourquoi nos expériences ont quelque valeur.
104, 105. - Recherches sur faction des toxines, sur les vaso-moteurs. — Rapport entre ces phénomènes et la diapédèse. (Propriétés vaso-motrices et toxines: Leur importance en raison de celle des vaso-moteurs.) Acad. Sc., 28 juillet 1890; Congrès de Berlin août 1890; Archiv. Phys. 1890. (Phagocjtose chez les sujets vaccinés; absence de ces phénomènes chez les sujets nerveux : raison de ces différences.).
Je suis obligé, pour montrer dans quelle mesure mes travaux se rattachent à la question de défense, d’immunité, de rappeler certaines expériences déjà mentionnées à d’autres points de vue.
Mis sur la voie par les observations de M. Bouchard, nous avons établi, avec M. Gley, l’existence des propriétés vaso-motrices des toxines. — Grâce aux capillaires rétrécis ou élargis par ces actions, les sérums germicides, antitoxiques, le phagocyte sortent difficilement ou facilement : de -là l'importance de ces données dans la genèse de l’immunité, à laquelle concourent, en outre, d’autres facteurs, la chimiotaxie, les variations thermiques, les réactions acides, etc.; mais, au fond, les éléments les plus actifs dérivent des cellules.
Quand on dépose sous la peau d’un vacciné du virus pyocyanique, en dehors des modifications que nous avons déjà mentionnées, il se produit un afflux cellulaire considérable; la phagocytose se réalise; cet afflux fait défaut àii est restreint, si l’animal n’est pas vacciné. — J’estime que nos recherches permettent d’expliquer ces différences, suivant la doctrine de M. Bouchard.
Placés dans le tissu conjonctif, les microbes, comme tout agent solide, irritant, excitent les terminaisons nerveuses, à la manière du fragment de bois introduit dans la pulpe d’un doigt. Le système nerveux répond par un réflexe vaso-dilatateur; la vaso-dilatation favorise la sortie du sérum, ainsi que celle des leucocytes, ainsi que la diapédèse. — Dès lors, humeurs et cellules concourent à la défense.
Or, chez les animaux non vaccinés, le bacille pyocyanique, l’expérience le prouve, fonctionne librement; il engendre toutes ses sécrétions, parmi elles, le corps qui empêche à la vaso-dilatation de se produire. Dès lors, ni le sérum ni les leucocytes ne peuvent sortir aisément.
Chez les vaccinés, au contraire, l’état bactéricide initial fait que le bacille n’évoluant pas en pleine activité, ainsi que le montre l’expérience, cette sécrétion manque; la dilatation se réalise, avec elle osmose et diapédèse.
On a dit que cette sortie était due aux attractions chimiotactiques des bacilles, plus encore des toxines. — Nous ne nions pas cette influence; mais nota remarquons que ce qui s’échappe d’abord, c’est la sérosité, substance morte, inerte, incapable d’éprouver des sensations d’attraction ou de répulsion, à moins de prêter des attributs de vie à ce qui ne vit pas. — D’autre part, si nous estimons que ces influences s’exercent sur les cellules qui sont arrivées dans le tissu conjonctif,
parois des capillaires (théorie de M. Bouchard).
On a critiqué nos expériences à l’aide d’un dispositif expérimental un peu simple. —Nous nous bornons à mentionner, en renvoyant au paragraphe 103, l’indication de notre réponse.
106. — A propos de l’action des produits microbiens sur les vaso-moteurs. — Réponse au travail de MM. Massart et Bordet. Soc. Biol., 17 octobre 1891, avec M. Gley.
Il nous suffit de rappeler que l’existence des attributs vaso-moteurs des sécrétions microbiennes, attributs démontrés tout d’abord par Bouchard, Charrin et Gley, a été reconnue par des physiologistes, tels que les professeurs Morat, Arloing, etc.
M. Morat, dans ses expériences avec M. Doyon, a vu exactement ce que nous avions vu, à savoir un effet de constriction.
M. Arloing a observé, avec M. Courmont, à l’aide d’un autre germe, de la dilatation. — C’est ce que j’ai enregistré en substituant les toxines pyocyaniques à la tuberculine.
Remplacer, à l’exemple de nos honorables contradicteurs, les appareils si délicats de Marey, de François-Franck, destinés à l’étude de la circulation, par un fer rouge, c’est, à coup sûr, simplifier la technique. — Il suffit de
mentionner ce choix d’instrument pour renoncer au parallèle des sujets en cause. — Il me semble inutile d’insister sur l’importance capitale de ces attributs, quand on sait le rôle des vaso-constrictions ou des vaso-dilatations, dam la genèse de l'inflammation, de l'œdème, de la sortie des sérosités bactéricides, antitoxiques, des phagocytes, etc.
RÉSUMÉ
107 à 111. La maladie pyocyanique et l'immunité. (Mise en évidence des vaccins solubles, des modifications des sérums, des principes bactéricides, des actions vaso-motrices, des changements humoraux, de la propriété cellulaire, etc.)
{Maladie Pyocyanique, 1889 ; Traité de médecine Charcot-Bouchard, chapit. IX, X, XI; Traité palhot. génér. de Bouchard, tome II, chap. IX, XI).
Si l’on veut bien grouper mes expériences relatives au virus pyocyanique, surtout celles qui ont trait à l’immunité, expériences éparses dans diverses publications, on verra qu’à l’aide du virus pyocyanique j’ai démontré que l’on peut vacciner en injectant les produits solubles des bactéries, que cette immunité n’est pas due à ces proàuits eux-mêmes, agissant par leur présence.
Ce même virus a servi à asseoir définitivement la doctrine des principes bactéricides, à prouver que ces principes dérivent de nos cellules, à faire voir que l’immunité est héréditaire, que cette hérédité réside dans une propriété cellulaire, dans la transmission, des organites des générateurs à ceux des engendrés, du pouvoir de sécrétion des corps nuisibles aux germes infectieux.
Ce même virus a été utilisé pour établir que l’accoutumance, que la théorie localistique sont impuissantes à tout expliquer, que les lésions locales sont en rapport avec une résistance naturelle ou acquise, que les humeurs sont propres à jouer le rôle de vaccin, que, dans l’organisme comme dans les bouillons, ces vaccins, parfois actifs contre plusieurs germes, sont sécrétés, etc.
Aujourd’hui, la théorie de l’immunité la plus admise est celle qui se trouve basée sur ces faits. — Dès 1890, M. Bouchard l’a exposée en s’appuyant sur ces données. — La découverte capitale, réalisée en dehors de ces recherches poursuivies à la faveur du bacille du pus bleu, n’est autre que la découverte des antitoxines, c’est-à-dire des corps qui annulent l’effet des sécrétions des microbes, comme les substances bactéricides annulent ceux des êtres infectieux vivants.
Tout récemment, C. Fraenkel, Sobernheim, dont il suffit de citer les noms, formulaient, dans leurs études sur l’immunité cholérique, une conception absolument semblable à celle qui se dégage des faits que nous avons rappelés, faits établis par nous depuis longtemps.
Pour eux comme pour nous, les toxines provoquent l’apparition des principes nocifs aux agents pathogènes; ces principes naissent de la vie des cellules modifiées par le contact de ces toxines. —Lorsque le microbe pénètre pour la seconde ou la troisième fois, son développement est entravé par ces principes, par l’état des humeurs déjà métamorphosées.
C’est alors que, d'après nos observations, la phagocytose intervient. — Son œuvre est d’autant plus facile que les phagocytes luttent contre des bactéries modifiées. — D’autre part, les antitoxines exercent un rôle de stimulation, d'excitation a la défense, de réaction : nulle expérience ne met plus clairement en lumière cette donnée capitale, que celle qui consiste à montrer, comme je l’ai fait avec de Niltis, que la patte postérieure droite d’un \lapin à sciatique coupée oppose aux atteintes du protern une résistance moindre que la gauche demeurée saine, malgré une injection dans les vaisseaux ou sous la peau du |flanc du sérum d’un animal immunisé contre ce protérn. {Acad. Se., 4 juin 1897.)