PATHOLOGIE INFECTIEUSE SPÉCIALE
L’expérimentation, aidée par l’observation, m’a permis d’enregistrer des faits, qui, chacun dans leur sphère, pour un certain nombre au moins, présentent des détails intéressants.
Voies digestives — Organes annexes.
112. — Angiocholite microbienne expérimentale. — Lésion de l’homme portée sur l’animal. Soc. Biol., 21 février 1891, avec M. Roger.
J’ai observé, dans le service de M. Bouchard, un malade mort au milieu d’accidents toxiques, infectieux. — A l’autopsie, j’ai recueilli du liquide dans les voies biliaires en pleine suppuration; ce pus contenait le bacterium coli, — Nous l’avons cultivé, puis, grâce à l’injection de la culture dans le cholédoque, ■' nous avons reproduit la maladie, preuve nécessaire, indispensable, car, au moment ■ de la nécropsie, le bacterium coli peut se trouver dans un foie altéré, sans être la cause de cette altération. — Il ne faut pas se contenter, comme on le fait souvent, d’une simple constatation. — Nombre d’auteurs ont confirmé cette manière de voir. — Aujourd’hui, les angiockolites microbiennes, à peine connues au moment de la publication de ces faits, forment un chapitre classique. — La bile, normale et en quantité et en qualité, s’oppose à l’ascension des germes dans le canal cholédoque; de même la salive, de même le suc pancréatique, l’urine, etc., en s’écoulant dans les canaux de Sténon, de Wirsung, dans l’uretère, etc., protègent mécaniquement ces conduits contre l’inoculation. La diminution de ces écoulements, les altérations chimiques des humeurs,-1 en les rendant moins antiseptiques, favorisent l’infection : nous avons pu,
précisément, expérimentalement, montrer que les produits microbiens font varier la sécrétion biliaire, et dans sa qualité et dans sa quantité. (Voir Traité de pathologie générale, Bouchard; tome II, chap. IV, V, IX.)
Appareil circulatoire.
113. — Lésions cardiaques et tuberculose. Soc. Biol,, 2 avril 1893.
On sait que la question des relations des affections du cœur el de la badlose est à l’ordre du jour. — J’ai pu observer, chez un animal tuberculeux, une myocardite hypertrophique, dont j’ai présenté les pièces. — J’ai mis en évidence, au point de vue expérimental, le mécanisme des endocardites à bacille de Koch. (Voir Leçons de pathogénie appliquée, XIV e leçon.) — Voir parag. 64 : Dilatations cardiaques expérimentales.
Voies respiratoires.
114. — Note sur un cas de tuberculose humaine à virulence anormale, avec M. Roger;
Soc. Biol., 12 novembre 1892.
Ce travail met en lumière l’influence de l’espèce animale sur la virulence d’une bactérie : elle établit le rôle des passages, si important en matière d’épidémie.
Dans ce cas, le bacille de Koch avait déterminé; chez l’homme, une tuberculose aiguë à forme pneumonique. — Transporté sur le cobaye, qui, fréquemment, exalte cette virulence, ce bacille n’a fait naître que des lésions restreintes, à très lente évolution : il y a eu modification par le milieu.
11S. — Granulie sans bacille de Koch chez l’homme. Soc. Biol., 17 octobre 1891.
Dn homme meurt dans le service deM. le professeur Bouchard. —A l’autopsie, on constate une tuberculose suraiguë, sans ancien foyer, sans vieux ganglion, sans cicatrice d’aucune sorte, soit dans les poumons, soit ailleurs. — 11 a été impossible, sauf erreur, de déceler le bacille de Koch ; or, on a employé les inoculations, les cultures sur des milieux reconnus aptes a l’évolution de
l’agent de la tuberculose humaine, les préparations à l’état frais ou après durcissement; ces préparations ont permis de reconnaître le follicule tuberculeux, mais c’est tout. — En outre, on a,isolé un bacille de faible virulence, sans aucune ressemblance avec celui de Koch.
Malgré le fait de Kouskow, malgré le nôtre, malgré les pseudo-tuberculoses de la pathologie comparée, il convient, disions-nous en 1891, d’attendre d’autres observations, avant de conclure.
Toutefois, depuis celte époque, des faits analogues, sortis du laboratoire, portent à penser quül existe chez l'homme, comme chez le cobaye, par exemple, des affections tuberculiformes variées.
Nous ne prétendons pas qu'il y ait des tuberculoses, comme on nous Ta fait dire, sam bacille de Koch. — Non. — La caractéristique de ta tuberculose, du tubercule, c’est ce bacille; là où il fait défaut, le tubercule vrai, celui de Laënnec, n’existe pas. —• On sait parfaitement que la’ disposition concentrique, que la dégénérescence vitro-caséuse, que les cellules géantes, que les éléments épithélioïdes, que l’état nodulaire, que la structure folliculaire, ne sont plus des marques spécifiques (parag. 116). —Le bacille est nécessaire. — L’inoculation ne saurait suffire; elle indique, quand elle réussit même en séries, qu’il y a un être vivant, sans préciser son espèce. — Donc pas de tuberculose sans ce bacille.
Mais, il n’est pas impossible que Ton arrive à isoler une entité morbide jusqu’à ce jour confondue avec cette tuberculose. — Supposez la technique moins avancée. — Comment distinguerez-vous les fausses bacilloses du cobaye des véritables? Le parasite est votre unique garantie.
Pourquoi, chez l’homme, ne rencontrerait-on pas une ou plusieurs de ces affecuons tuberculiformes? Quel principe s’y oppose?
Les observations de Kalt, du professeur Hayem, etc., plaident en faveur de cette manière de voir que nous avons soutenue depuis des années avec des faits à l’appui.
116. — Variations du tubercule. Gazette hebdomadaire, 27 février, 1892.
Dans ce travail, j’établis comment, de découverte en découverte, on en est venu à montrer que les prétendues caractéristiques anatomiques du tubercule n existent pas, en dehors du bacille, du moins en tant que critérium ; je
montre comment le nodule, le follicule, les zones concentriques, l’élément épithélioïde, la cellule géante, l’état vitro-caséeux, l'inoculation en séries, caractères gui se retrouvent dans la morve, l’infection purulente, la syphilis, certaines infections granuleuses, doivent céder le pas au bacille, non à un bacille quelconque, mais à celui qui offre les réactions, les modes de développement assignés par Koch.
117. — Pseudo-tuberculose bacillaire. Acad. Sc., 10 mars 1888.
Nous avons étudié, M. Roger et moi, une maladie du lapin et du cobaye, produite par un bacille complètement différent de celui de Koch. — Ce bacille inoculé fait naître des nodules tuberculeux.
Plusieurs auteurs ont vu ultérieurement ce que nous avons avancé. — Depuis cette époque, la classe des pseudo-tuberculoses s’est notablement étendue-, elle a élargi le cadre de la pathologie comparée, en nous révélant des types morbides nouveaux. D’autre part, elle a fait éviter des erreurs, en apprenant que l’aspect à l’œil nu, que le succès de 1 inoculation sont mcapaoles de déceler la nature vraie d’une infection tuberculiforme.
118. — Bacille d'Eberth dans un épanchement pleural. Soc. méd. des hôpitaux, 17 avril 1891, avec M. Rogeb.
Chez un malade tuberculeux, ajant èu, deux mois auparavant, une dothiénentérie douteuse, assez mal caractérisée, les signes d’un épanchement pleural ont provoqué une ponction qui a permis d’isoler un bacille répondant, en tous points, au bacille d’Eberth.
A l’époque où ce.fait a été signalé, les idées de spécificité étaient moins ébranlées qu’aujourd’hui. — Ce fait a fourni un argument expérimental en faveur de cette thèse, à savoir qu'm agent pathogène, qui engendre une maladie spéciale, précise, peut aussi causer une affection banale.
119. — Pleurésie à proteus. — Influence de la grossesse sur l’infection. — Influence de l'infection sur les nouveau-nés. Soc. Biol, 15 juin 1895.
J’ai pu, grâce à ce fait, fournir une 'prenne expérimentale du mécanisme de la genèse des gaz intra-pleuraux ; j’ai montré que ces gaz dérivent parfois de la vie d’un germe. — J’ai montré, en outre, comment le caractère de putridité du foyer correspond à ce que produit le germe en cause in vitro. — On sait maintenant pourquoi on peut trouver des gaz dans une plèvre non perforée.
On se souvient que j’ai montré la possibilité ds créer des inflammations des séreuses à l’aide des toxines. (Voir paragr. 69 bis.)
Voies urinaires.
120. — La bactérie commune des infections urinaires. — (Bacterium coli.) Soc. Biol., 19 décembre 1891, (en collaboration.avec M. le professeur Bouchard).
11 nous appartient d’avoir démontré que cette bactérie est capable de fabriquer des gaz, surtout lorsqu’on lui impose la vie anaérobie. — C'est là un fait et d’un intérêt pratique et d'un intérêt théorique; celle propriété est propre, en effet, à expliquer certaines pneumaturies.
De plus, nous avons fixé les limites de la résistance de cette bactérie au sublimé, au naphtol, à l’acide borique, au froid, â la chaleur, etc. ; nous avons recherché l’influence de la lumière sur son évolution, etc.
L’importance de ce parasite, si bien étudié par l’École de Necker, hôte constant de nos cavités, donne à ces recherches, relativement déjà anciennes, un intérêt particulier.
Infections générales.
121. — Quatre infections distinctes chez un chien diabétique. Soc. Biol., 4 mars 1895.
Sur un même animal, rendu glycosurique par l’ablation du pancréas, j’ai vu, avec M. Gley, évoluer deux staphylocoques, le blanc, le doré, en outre, le bacterium coli, le bacille de la tuberculose.
Celle observation reproduit expérimentalement la prédisposition aux processus infectieux de l’homme atteint de diabète.
La débilité résultant de la suppression d’une glande, dont l’importance physiologique dans les métamorphoses alimentaires est notable, l’action du sucre en excès et sur le terrain et sur le microbe constituent des faite rendus indéniables par plusieurs expériences aussi bien que leurs conséquences ; ces notions permettent de comprendre les processus pathogéniques de la prédisposition considérable, pour les virus, qui dérive de l’hyperglycémie.
122. — Tumeurs et microbes. Soc. Biol., 12 juillet 1890, avec M. Gley.
Des staphylocoques, greffés sur des ostéo-sarcomes, provoquent l’ulcération, la suppuration de ces tumeurs ; j’ai fourni la preuve expérimentale de ces faits. — M. Yerneuil a soutenu des idées semblables.
Je ne parle pas ici de recherchés plus ou moins analogues, simplement mentionnées dans le Traité de médecine de MM. Charcot et Bouchard (voir ce traité, chapitre IV). — Je ne parle pas de tentatives effectuées pour prouver la nature parasitaire de la mélanose. — Nous avons, en effet, réussi des cultures, mais très imparfaitement ; nous avons échoué dans les essais d’inoculation ; nous avons vu, avec M. Babinski, les éléments que d’autres ont plus tard décrits à titre de parasites. Toutefois, nous nous sommes gardés de formuler une affirmation dans une question qui, en dépit du nombre des travailleurs, s’obstine à demeurer obscure.
123. — Éruption vésiculeuse hémorrhagique. Traité de médecine Charcot-Bouchard,
Chez un adulte atteint d’un embarras gastrique, j’ai retiré, du liquide de plusieurs vésicules cutanées remplies de sang, le staphylococcus aureus à l’état de pureté, staphylococcus très abondant, devenu hémorrhagipare. — Le malade ne portait pas d’autre lésion.
J’ai ainsi contribué à établir que des. bactéries vulgaires sont susceptibles de s’éduquer, d’acquérir des attributs spéciaux, de devenir hémorrhagipares ou pyo-
C’est là l’opinion que j’ai soutenue, en apportant à l'appui une série d’expériences, à l’encontre de différents auteurs qui exigent l’association d’un germe venu secondairement, en particulier du bacille de Hlava, pour provoquer des extravasations sanguines (voir paragr. 58) : cette manière de voir est généralement adoptée.