HYGIÈNE. - HYGIÈNE EXPÉRIMENTALE
Mes recherches ont également porté sur le domaine de l’hygiène. — Ce domaine, dans ces derniers temps, a été particulièrement exploré; ses limites se sont étendues; ses possessions ont été délimitées avec plus de soin.
L’hygiène publique plus encore que l’hygiène privée, d’autre part, l’hygiène alimentaire ont fixé mon attention. — Quelques-uns de mes travaux relatifs i ces questions m’ont paru offrir quelque intérêt.
266. — Étude expérimentale sur la contagion. Soc. tl'hyg. et de me’d. publ.; Ami. d'hyg., 1886. — Habitats microbiens. — Contagion. Soc. Biol., 5 nov. 1892.
J’ai déjà indiqué certains de mes essais concernant le rôle de l’eau, de l’air, des poussières, etc., dans la diffusion des contages. — (Voir paragraphes 30, 31, 32, 33.)
Les agents atmosphériques, en influençant la vitalité de ces contages; en agissant sur l’économie, m’ont paru propres à fournir des notions basées sur des faits, capables d’intéresser les hygiénistes.
J’ai étudié la part à réserver à la pression, à l'ozone, surtout à la lumière, etc. (Voir paragraphes 26 à 30.)
D’autre part, je me suis efforcé de mettre en évidence par quels procédés se diffusent les virus, quand il s’agit non plus de vecteurs inertes, mais d'animaux vivants, transportant ces contages. (Voir paragraphes 183; 185.) js l
C'est dans ces conditions que j’ai précisé, autant que possible, la contagiosité des humeurs, des sécrétions , des excrétions des sujets malades, etc. (Voir paragraphe 34.)
Je rattache à ces questions d’hygiène une série de rapports administratifs qui concernent la salubrité publique.
267. — Rapport adressé au Ministre du Commerce sur les essais de vaccination anticholérique pratiquée par le D r Ferran. Académie de médecine, 1885 : Comité consultatif d'hygiène de France, avec MM. Brocardel et Albarran.
Le rapport de la mission française a paru le premier; toutes les antres missions ont adopté nos conclusions.
Nous n’avons rien nié, contrairement à ce que parfois on nous a fait dire, au point de vue des principes. — Nous avons uniquement soutenu que nous ne pouvions fournir la démonstration des bienfaits de la méthode du 1)' Ferran, tout en proclamant la possibilité de la chose, et cela en basant nos idées sur le rôle de portes d’entrée en matière de vaccination. — Pour des raisons spéciales, M. Ferran a refusé, â ce moment, de nous faire connaître sa méthode.
268. — Rapport sur l’épidémie cholérique de Bretagne de 1886. Recueil des actes du Comité consultatif, 1886.
A cette époque, j’ai été chargé par le gouvernement d’une mission avec les pouvoirs les plus étendus. — L’application des mesures prescrites a mis fin à l’épidémie. — Cette mission a duré deux mois. — J’ai eu l’honneur, dans le début, de collaborer avec M. le professeur Proust.
Grâce à la mise en pratique de l’isolement, de la désinfection, de la condamnation des eaux suspectes, etc. (Principes du Comité d’Hygiène), le mal a pu être enrayé.
269. — Le choléra à l'île d’Yeu. Société de médecine publique et d’huaiène: Revue d’hugiène; Comité consultatif d’hygiène de France, 1886; Mission du Ministère du Commerce et de l'Industrie.
J’ai obtenu des résultats analogues â ceux qui sont signalés dans le paragraphe relatif à l’épidémie de Bretagne (paragr. 268) ; j’ai mis en œuvré les mêmes procédés, isolement, propreté, eaux pures, etc.
270. — Organisation des postes sanitaires des frontières d’Espagne en 1886-1890. Mission du Ministère du Commerce et de l'industrie. (Ces Missions ont été menées à bien grâce au Comité de Direction des serviceg de l’hygiène composé au début de MM. Bnoi'ARm, PnousT, Nicolas.) (Voir Comptes rendus du Comité consultatif d'hygiène publique de France.)
Au cours de ces missions, j’ai organisé une série de postes, dont le type a été copié pim d’une fois soit en France, soit à l’étranger. —• 11 s’agissait de s’opposer dans la mesure du possible à l’importation du choléra.
Une visite médicale de tous les voyageurs à leur passage à la, gare frontière per -. mettait de distinguer les malades des bien portants. — Les-premiers étaient retenus dans des lazarets isolés, pourvus de tom les ustensiles nécessaires à la désinfection; ils étaient gardés jusqu’à l’achèvement de leur convalescence. — Les seconds étaient munis d'un bulletin qu’ils devaient présenter, dès leur arrivée, à la mairie de la ville où ils se rendaient. —Ce billet indiquant leur provenance, ces voyageurs, s’ils avaient eu quelque relation avec les foyers morbides, recevaient des visites médicales durant un temps variable, correspondan t à la durée de l’incubation, à la possibilité de la contagion. — En cas d’éclosion du mal, les précautions nécessaires étaient prises. — Qua/nt au linge, quant aux vêlements, pouvant jouer le rôle de vecteurs de virus, on les passait à l’étuve sous pression d'ISO'.
On a de la sorte évité les quarantaines, ces agglomérations si propices à l’éclosion de l’infection, quand elles se font dans de mauvaises conditions.
Pendant la mise en pratique de ces mesures, plusieurs individus suspects. ont été soignés aux postes sanitaires. — Une seule fois, le choléra s’est dévê-{ loppé chez un Français venant d’Espagne, habitant Lunel.
Les indications données de bonne heure, en raison du bulletin sanitaire, ont conduit à attaquer promptement, énergiquement le fléau, à l’éteindre
271. — Missions sanitaires, 1890. Annales d'hygiène et de médecine légale. —Le Choléra : Mesures prophylactiques. Rev. génér. Se., 30 juillet 1890.
Cette mission a eu pour but d’organiser sur les frontières de l'Italie, puis sur les Pyrénées, des postes d'observation sanitaire.
Ces postes, placés sur les voies ferrées ou sur les routes de grande communication, ont fonctionné, avec succès, d’après la méthode (quelques perfectionnements mis à part) que j’ai indiquée au paragraphe 270, concernant les frontières d’Espagne.
272. — Rapport sur l'épidémie de fièvre typhoïde d’Epiuay-sous-Sénart. Comité cornul- ... iatif d'hygiène publique de France; Annales d'hygiène et de médecine légale, mai 1887.
Le mode de développement de cette épidémie semblait accuser nettement le rôle de l’eau de boisson. — Le mal, déjà ancien, n’avait frappé que des personnes habitant une même cour, s’alimentant au même puits.
En dépit de nombreuses recherches, en dépit de cultures sur plaques, etc., je n’ai pu isoler le bacille d’Eberth.
Ces faits sé passaient à l’époque où l’on commençait à penser qu’il était aisé de déceler ce bacille dans les milieux aqueux. — A ce moment, plusieurs auteurs ont réussi à réaliser cet isoleme'nt.
Toutefois, actuellement, on reprend quelques-uns de ces résultats positifs; on a démontré de tous les côtés que ce germe vit plus difficilement dans l’eau qu’on ne le pensait, surtout si cette eau est impure; la concurrence vitale le fait disparaître : on peut le déceler dans ce milieu, mais plus rarement qu’on ne l’a cru. — D’autre part, on sait aujourd’hui qu’il est facile de le confondre avec le bacterium coli, etc. — Néanmoins, comme nous l’avons remarqué, si certaines, explications, chose secondaire, sont discutées, le fait du rôle pathogène de l’ern dam certains cas reste entier : les services rendus en hygiène publique par la mise en pratique de cette doctrine le proclament bien haut.
273. — Hygiène alimentaire. Comité consultatif d'hygiène de France, 1887-1894.
Depuis mon entrée au Comité consultatif d’hygiène publique de France, j’ai fait partie d’un grand nombre de commissions d’hygiène; j’ai rédigé une série de rapports. — Les plus nombreux visent Y alimentation en eau potable de plusieurs villes ; d’autres ont trait aux procédés de stérilisation des boissons-, d’autres traitent de l’entrée des viandes en France, de leur inspection, de l'approvisionne-
ment de Paris. — Les conclusions de ces rapports ont toujours été adoptées : je ne puis évidemment analyser tous ces Rapports, ni même les indiquer tous ici.
Au cours de ces travaux, j’ai rédigé différents mémoires sur Valimentation, en collaboration avec M. le professeur Brouardel, avec M. le professeur Chmtrveau, etc. ( Recueil des actes du Comité consultatif, d’hygiène publique de France, 1887-1894.)
Dans ces mémoires, la question de la contagion de la tuberculose par les aliments est longuement traitée. — J’incline à penser, en m’appuyant tant sur des recherches personnelles que sur celles de divers auteurs, que les muscles, le filet par exemple, sont rarement dangereux, à moins qu’il ne s’agisse de localisations spéciales dans ce tissu musculaire. — Lorsque la bacillose est cantonnée dans le poumon, ce tissu musculaire est généralement incapable de contaminer.
Ces travaux d’hygiène, pour la plupart, ont donc contribué à introduire des notions, qui, peu connues, discutées, à l’époque de ces travaux, sont aujourcChui
273 bis. — Hygiène internationale.
Au moment de l’Exposition, j’ai été délégué par le Ministère des affaires étrangères pour traiter, avec les envoyés américains, au point de vue sanitaire, la question des porcs de Chicago, c'est-à-dire la question de la trichinose.
RÉSUMÉ. — Ces recherches appartiennent les unes à l’hygiène expérimentale pure, les autres à l’hygiène internationale appliquée, les autres enfin à l'hygiène urbaine ou privée, etc. ; elles visent, dans leur ensemble, les modes de propagation des maladies, comme aussi les moyens de défense.