BACTÉRIOLOGIE GÉNÉRALE
Étiologie de l’infection. — Pathogénie des causes.
(Pathologie expérimentale ayant pour but d'établir la genèse des conditions, des modifications aptes à rendre l'économie favorable au développement des bactéries.)
Le microbe étudié en lui-même, une fois connu, peut être mis en contact avec l’organisme.
S’il est ou très virulent ou très abondant, il triomphera. — A l’aide du virus pyocyanique, le professeur Bouchard a mis en évidence l’influence des doses, non plus seulement, comme on l’avait fait, au point de vue de la production du mal, mais encore au point de vue de la genèse de chacun des symptômes pris en particulier.
Ordinairement, les agents pathogènes ne parviennent à réaliser la maladie que dans des organismes débilités, dans ceux qui’ ont subi l’influence de causes secondes variées.
On avait pu croire, au début- des études de bactériologie, que ces causes étaient inutiles, qu’elles constituaient des notions vieillies, usées : il n’en est rien. (Voir les Leçons du prof. Jaccoud.)
Je crois avoir contribué à placer les choses au point, à restaurer l’ancienne tradition, à empêcher toute exagération, a éviter des erreurs. — Aujourd’hui, ôn commence à admettre ces données, on commence à reconnaître que le microbe habituellement n’est pas tout.
Il me sera permis de remarquer que mes premiers travaux de bactériologie datent de 1882; or, à ce moment, dans les milieux médicaux, ces idées étaient peu en faveur. —- Plus tard on les a acceptées avec enthousiasme; on n’a plus vu que le microbe. — Il m’est également permis de dire que je me suis trouvé alors parmi ceux qui, les premiers, ont réclamé en faveur du terrain, du rôle des
cames secondes, de la pathologie cellulaire, de l’histologie, de l’anatomie, de la chimie biologique, de la physiologie.
17. — Influence de la fatigue sur le développement des maladies microbiennes. — Étude expérimentale du surmenage. .. Soc.Bioi., 18 janvier 1890 et Arch.Phys..mo, avec M. Rogeh.
Les rats sont assez réfractaires au charbon symptomatique. — J’ai réussi à leur inoculer ce virus en les obligeant à parcourir de longues distances, à marcher en suivant la circonférence d’une roue mise en mouvement par
Dans ces conditions, Y alcalinité des humeurs fléchit: les activités phagocytaires diminuent. (Voir Palh. génér. de M. Bouchard, tome II, chap. III.)
On a, dans ces constatations, une des explications propres à faire comprendre le rôle joué par le surmenage dans l'éclosion des maladies.
La mise en jeu de cette cause m’a également permis de rendre virulentes des bactéridies charbonnenses très atténuées, qui, chez des sujets sains, ne provoquaient aucun désordre.
Il est peu d’expériences qui aient reçu autant de confirmations que ces expériences sur le surmenage ; il est même permis de les expliquer par ces ' deux faits : en premier heu, ce surmenage diminue l’alcalinité des plasmas; en second lieu, cette diminution d’alcalinité fait fléchir l’étal bactéricide.
18. — Influence du froid, de divers agents, sur l’infection. Maladie pyocyanique, 1889; Traité Méd. Charcot-Bouchard, vol. I, chap. III, et Traité Patholog. Génér. de M. Bouchabd, vol. II, chap. III, VI,
Je suis arrivé expérimentalement à des résultats analogues à ceux que donne le surmenage en refroidissant des animaux, en leur faisant respirer des vapeurs nocives, en les intoxiquant, soit avec des poisons venus de l’extérieur, comme l’alcool, les sels de mercure, soit avec des substances qui peuvent être engendrées par la vie de nos propres cellules, l’acide lactique, par exemple, soit encore avec des toxines microbiennes.
J’ai pu, de la sorte, mettre en évidence la réalité de l’action des agents
physiques, des variations de température, aussi bien que celle des empoisonnements par des corps gazeux ou liquides. — J’ai ainsi, d l'aide de la bactériologie, mis en lumière le rôle de ces agents étudies au point de vue de la médecine expérimentale
19. — Influence des gaz délétères sur la marche de l’infection charbonneuse. Acad. Sc„ 12 septembre 1892.
On accuse, à chaque instant, l’encombrement, les émanations des égouts, des fosses d’aisances, dé causer des maladies virulentes ou plutôt de les
J’ai soumis ces idées au contrôle de l’expérimentation. — Avec M. Roger, j’ai démontré la réalité de cette opinion.
Plus tard, reprenant ces recherches, je me suis assuré que ces corps agissent, en partie, en influençant l’organisme, les vaso-moteurs, en empêchant la diapédèse, la sortie des phagocytes ou celle des humeurs bactéricides, par conséquent en faisant fléchir les défenses de l’économie. — J'ai ainsi fourni l’explication de ce que j’avais avancé; j’ai une fois de plus mis en lumière le rôle des réactions de l'organisme.
20. — Mécanisme de l'influence des substances toxiques agissant à titre de causes secondes dans la genèse de l’infection. Acad. Sc„ 30 juillet 1894.
J’ai réussi à saisir l’un des mécanismes des interventions de ces causes secondes.
J’ai vu, avec M. Duclert (comptes rendus de l’Acad. des Sc., 30 juillet 1894) que, dans ces conditions, chez ces animaux empoisonnés, la gravité du mal tient non à une augmentation d’activité des microbes, mais à un accroissement de nombre; or, on sait que, pour les virus, la quantité importe : MM. Chauveau, Bouchard ont placé ce fait en lumière, en se servant du bacille pyocyanique.
J’ai même reconnu que cet accroissement de nombre dépend de l’affaiblissement des cellules chargées de la défense : ces cellules phagocytaires, altérées par les poisons introduits, fonctionnent moins énergiquement; elles détruisent moins de germes, surtout dans les instants qui suivent l’inoculation. — M. Bouchard a vu ces faits, en injectant les toxines.
Dès lors, puisque les générateurs sont plus abondants, on comprend pourquoi les engendrés, les principes nuisibles, le sont aussi.
21; 22. — Des conditions qui règlent le passage des germes à travers le placenta (Influence des lésions sur la répariition des microbes). Soc. Biol., 9 juin 1894; Traité Méd. Charcot-Bouchard, vol. I; chap. III.
J’ai vu les détériorations placentaires d’origine toxique (toxines) faciliter le passage des germes. — J’ai également prouvé ( Traité Pathol, gén. de Bouchard, tome II, chap. III), avec Duclert, que les Usions, les déchirures des autres tissus, du foie, des reins, etc., favorisent l’action des virus, en agissant surtout sur l’élément quantité.
23. — Influence du système nerveux sur l'infection. Soc. Biol., 9 mars 1889. — Voir aussi : Influence du système nerveux sur les effets des sérums des vaccinés. (Variations dans les réactions de l’organisme secouru.) Acad. Sc., 4 janvier 1897.
J’ai établi, expérimentalement, l’influence de différentes autres causes secondes propres à agir sur le développement des maladies infectieuses.
J’ai prouvé, avec M. Rüffer, que les détériorations préalables de divers organes, de divers systèmes, en particulier celles du système nerveux, hâtent ce développer son pouvoir trophique, par ses propriétés vaso-motrices, ce système nerveux commande aux humeurs, aux plasmas; il leur imprime une série de modifications, — Nul n’ignore que modifier ces éléments revient à modifier les milieux au sein desquels les agents pathogènes évoluent.
Or, tout changement apporté dans un bouillon de culture fait varier et la pullulation et le fonctionnement des espèces qui vivent dans ce bouillon.
Confirmées par Helman, Roger, Frankel, etc., ces notions sont aujourd’hui classiques. — Elles éclairent singulièrement la part à réserver aux troubles du névraxe dans la pathologie humaine.
Des expériences, récemment publiées, prouvent que l'intégrité de ce névraxe est nécessaire à la défense qui suit la pénétration des sérums de réfractaires. — Avec de Nittis, je sectionne le sciatique d’un lapin; j’injecte dans ses veines
du sérum d’animal immunisé contre le proteus, puis j’inocule ce proteus actif, tuant les sujets normaux en 24 heures, et à la patte énervée et à la patte normale; or, du côté énervé, l’abcès est, dans la majorité des cas, plus marqué : dam tous ces actes, la réaction de l’économie est chose de premier ordre.
24. — Corps thyroïde et infection (Rôle des glandes à sécrétion interne. — Auto-inloxication). Voir artic. in Rev. génér. des Sc., 1893; voir aussi Traité Pathol, gêner, de Bouchard, chap. III; VI.
J’ai, dans cet ordre d’idées, montré, avec M. Gley, la prédisposition des sujets privés de corps thyroïde : je les ai vus contracter plus aisément la tuberculose, et, récemment (inédit), le vibrion septique.
Ces sujets, en raison des fonctiom physiologiques de cet organe, se trouvent dans la situation des êtres intoxiqués; d’autre part, l’état bactéricide diminue : <i ces données nous a conduit l’étude de cette glande interne, glande dont la physiologie sert de base à ce grand mouvement scientifique, qui pousse la médecine expérimentale dans la voie des sécrétions internes, comme dans celle des auto-intoxications (Voir mon livre : Les Poisons des tissus).
25. — Influence des modifications locales, générales du terrain sur le développement de l’infection. Soc. Biol., 30mars 1889; Mal. pyocyanique, 1889; Traité Méd. Charcot, Bouchard, tome I, chap. III, VII, et Traitépathol. génér., tome H, chap. III, VI, etc. ;
La clinique apprend que les affections des viscères ou de l’économie prise dans son ensemble favorisent l'infection.
Je me suis efforcé, non sans succès, de reproduire expérimentalement les désordres qui éclatent, lorsque le système nerveux, les viscères, etc., sont compromis, lorsque l’état général, dans le cas de diathèse, de diabète patexemple, est atteint, lorsque le froid, etc., a déjà débilité l’économie.
J’ai ainsi établi, et cela d me époque où ces notions étaient devenues obscures, qu’il convient de ne pas faire table rase des idées traditionnelles, en particulier, îles lieux île moindre résistance.
Après avoir prouvé qu’en matière d’étiologie les causes secondes, en déprimant le terrain, aident singulièrement à l’évolution des microphytes, je me suis attaqué aux modifications imposées par ces causes à ces microphytes.
Ces microphytes viennent du dedans ou du dehors; quelle que soit leur origine, ils n’échappent pas à l’influence d’une série d’agents; l’action de ces agents, le plus souvent atténuante, rend compte, pour une part, du peu d’effet d’une série de germes. — Ainsi nos expériences contribuent à expliquer, dam une mesure donnée, pourquoi, entoures de parasites, nous ne sommes pas sans cesse envahis, rendus malades par eux : au moment où ils passent des milieux extérieurs dam l’économie, ils ont fréquemment subi l action de ces agents: ils trouvent sur nos surfaces des obstacles anatomiques, chimiques; s’ils pénètrent dans nos tissus, de nouvelles défenses sont enjeu. (Sem. mèd., 10 déc. 1892 ; Défenses contre l’infec-
.11 est clair que, si ces agents ou l'un d’eux a affaibli ces microphytes, le succès de l’infection se trouve compromis; mais, l’inverse a lieu, quand cette influence a abouti à l’exaltation de ces parasites ou à la débilitation du terrain.
J’ai passé en revue ces divers agents, en particulier ceux de l’atmosphère.
26. — Électricité et microbes. — Action des courants de haute fréquence sur le bacille pyocyanique. — Conditions expérimentales. Soc. Biol., 6 mai; 15 juillet 1893, avec le professeur d’AasoxvAL, de l'Institut 1 .