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CHAPITRE III

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DE L'INFECTION MISE EN ÉVIDENCE DU ROLE MORBIFIQUE DES PRODUITS SOLUBLES MICROBIENS

Reproduction des principaux symptômes morbides. Actions des toxines génératrices des accidents. — Mécanisme de la production de ces symptômes.

On se contente trop souvent de dire que les bactéries créent la maladie en se servant de leurs toxines. — On injecte des cultures chauffées ou filtrées; on tue l’animal; on croit avoir tout démontré.

Mais entre la santé et la mort il existe une foule d’états intermédiaires : une affection morbide se compose de symptômes, de lésions de différents degrés, de troubles thermiques, digestifs, circulatoires, respiratoires, rénaux, nerveux, cutanés, glandulaires, sécrétoires, humoraux, etc.

Il faut établir par quels procédés les germes engendrent les uns et les autres; if faut, point capital dans l’histoire de la bactériologie, dont l’importance justifie ces quelques développements, il faut mettre en évidence le rôle pathogène, morbifique des toxines. — Il faut ensuite étudier les propriétés physiologiques de ces toxines, leur appliquer les méthodes, les techniques mises enjeu, quand il s'agit par exemple du curare, de la strychnine. — J’ai l'illusion de penser que les travaux d’expérimentation que je poursuis, à ce point de vue, depuis bientôt dix ans, forment la base de l’histoire physiologique de ces produits bactériens.

Pour expliquer les désordres causés par les microbes, on a dit que ces microbes déterminent des embolies capillaires. — Ces embolies parfois existent: je les ai constatées 1 ; mais, le plus souvent, elles font défaut; les bactéries

n’habitent pas le sang; elles n’y séjournent en abondance que dans des cas rares, en dehors, pourtant, de l’agonie, des périodes terminales.

On a invoque la consommation de l’oxygène. — Toutefois, l’analyse n’a pas justifié suffisamment cette manière de voir (paragr. 66). — Du reste, cette théorie ne saurait s’étendre aux anaérobies.

Alors est née l’hypothèse de l’action par les produits solubles. — Il fallait la démontrer.

Chez les poules sévit une septicémie désignée sous le nom de choléra, le choléra des poules : les volatiles atteints de ce mal, entre autres phénomènes, présentent de la somnolence. — Or, en injectant à des sujets de cette espèce des cultures stérilisées dans lesquelles avait pullulé l’agent générateur de cette septicémie, Pasteur a fait naître cette somnolence, prouvant par là que ce symptôme est la conséquence de la mise en jeu d’une substance chimique (3 mai 1880).

A vrai dire, sous l’influence de mille circonstances, ces poules offrent un aspect comparable; cette manière d’être constitue chez elles un état fréquent, banal; c’est là ce qui a été objecté. — Pasteur lui-même a remarqué que cette somnolence qui suit l’entrée de ces cultures filtrées n’est pas l’image absolue du sommeil vrai que provoque l’inoculation.

D’autre part, en introduisant sous leur peau, à l’exemple de M. Bouchard, des volumes suffisants de bouillon pur, on détermine une tendance marquée au sommeil : ce bouillon pur pouvait donc posséder par lui-même, avant que le microbe ait déversé dans son sein ses produits, cette matière dormitive.

On avait aussi, il est vrai, fait apparaître des convulsions, à l'aide des cultures stérilisées du streptocoque de l’érysipèle; mais ces convulsions ne caractérisent nullement cet érysipèle; on ne peut pas dire qu’on a isolé le produit générateur de l'érysipèle, parce qu'on possède un produit qui fait apparaître ces convulsions. — On pourrait en dire autant pour le tétanos, la fièvre typhoïde, etc.; les substances injectées étaient, d’ailleurs, impures. — Les démonstrations n’étaient donc pas inattaquables; la théorie manquait de bases'.

1. Il n'est que juste cependant de reconnaître que le prof. Bouchard a reproduit des accidents cholériformes

44. — Paralysie expérimentale par les produits solubles des cultures (Mise en

évidence des propriétés morbifiques des produits solubles microbiens). (Voir aussi Acad.

Sc„ 24 octobre 1887 : Noie sur les procédés capables d'augmenter la résistance). -

Soc. Biol, 3 mars 1888.

Les choses en étaient là, lorsque j’ai fait apparaître chez le lapin, à la faveur des toxines pyocyaniques, une paralysie du train postérieur, paralysie spasmodique, s’accompagnant d’un faible degré d’hyperesthésie, d’une insuffisance marquée des sphincters, de troubles trophiques articulaires, troubles si fréquents, qu’on a pu supposer qu’ils engendrent cette paralysie par voie réflexe.

Or, ce syndrome tout à fait spécial, qui se développe sous l’influence de la pénétration de ces toxines pyocyaniques, ce syndrome si défini, si net, si précis, qu’il permet, presque à lui seul, de faire le diagnostic de l’affection, ce syndrome se réalise également lorsqu’on inocule le bacille générateur de ces toxines pyocyaniques. — Il ne survient pas si l’on fait pénétrer du bouillon pur, dans lequel ce bacille n’a jamais vécu.

J’ai complété cette démonstration en provoquant, à l’aide de ces mêmes toxines, les différents autres symptômes, les diverses autres lésions, que crée l’inoculation de ce bacille, à savoir la fièvre, la diarrhée, l’albuminurie, l’entérite, des altérations rénales, des hémorragies, etc.

Dès lors, il a été établi que les infiniment petits engendrent la maladie par voie d’intoxication, en troublant le jeu des appareils, en modifiant la structure des tissus, à l’aide de leurs sécrétions*.

Une seule objection pouvait, à la rigueur, être formulée. — Comme on sait que lès produits des ferments figurés varient avec les milieux dans lesquels évoluent ces ferments, il était permis de se demander si, dans le corps de l’animal, ce bacille du pus bleu engendre ce qu’il fabrique dans les cultures inertes : cette question n’avait jamais été résolue, n’ayant jamais été posée.

La solution a été fournie par l’étude de cette même maladie pyocyanique.

En premier lieu, le professeur Bouchard, en injectant les urines des animaux

inoculés à l’aide du microbe qui cause cette affection, a pu créer l’immunité, la résistance à ce microbe, immunité, résistance, qui se développent aussi, quand on introduit les cultures stérilisées faites in vitro ; il a pu, en outre, toujours en injectant ces urines, donner naissance à cette paralysie spasmodique, si caractéristique, que j’avais déterminée à la faveur des produits extraits des bouillons où avait vécu l’agent pathogène (voir paragr. 45).

45. — Les matières solubles vaccinantes dans le sang des animaux infectés (Premier emploi du sang pour la défense de l'économie. — Les toxines sont sécrétées dons l’organisme). Mal. pyocy., 1889, et Soc. Biol., 16 février 1889.

En me servant, après stérilisation, non plus du contenu vésical, mais du sang des lapins contaminés par le germe vivant, j’ai reproduit, avec M. Rüffer, et l’immunité et les symptômes qui suivent l’inoculation; dans une expérience analogue, Raynaud n’avait pas stérilisé.

Ces expériences ont achevé de résoudre le problème de l’action des toxines ou des humeurs des sujets contaminés (paragr. 44); elles ont appris que, dans l’organisme aussi bien que dans les miliem inertes, les bactéries sécrètent des poisons capables de créer des lésions, des phénomènes morbides apparents ou encore la résistance.

Dès lors, il a été universellement admis que, pour faire naître la maladie, les microbes se servent de ces poisons issus de leur fonctionnement.

Les confirmations sont venues rapidement et de tous les côtés. — Roux et Yersin, en particulier, ont pu, imitant M. Bouchard, faire apparaître, en injectant l’urine des animaux ou des enfants frappés de diphtérie, la paralysie que développe l’inoculation du bacille pathogène de cette affection.

J’ajoute que, dans ces expériences du paragr. 45, pour la première fois on voit le sang utilisé pour la défense de l’économie, bien longtemps avant la sérothérapie, mais le mécanisme du phénomène réalisé n’est pas exactement celui de cette sérothérapie.

46. — Mécanisme de la fièvre dans la maladie pyocyanique. — (Découverte des produits fébrigènes bactériens). Soc. Biol. , 26 janvier 1889, avec M. Rüffer. — Les substances solubles du bacille pyocyanique provoquent la fièvre. Acad. Sc., 26 octobre 1891.

Parmi les principaux symptômes de la maladie pyocyanique figurent la fièvre, l’albuminurie, les troubles intestinaux, les désordres cardiaques, les perturbations nerveuses, les hémorragies, etc. — J’ai reproduit ces accidents soit en inoculant le bacille du pus bleu, soit en injectant ses toxines. (Voir maladie pyocyanique 1889 et paragr, 44, etc, — Pour la plupart, j’ai pénétré dans leur mécanisme intime.

Otto Weber, Chauveau, avaient élevé la température en injectant des liquides putrides; mais ces liquides contenaient des extraits de tissu musculaire, extraits thermogènes, comme je l’ai prouvé : on ne pouvait donc savoir si cette élévation était due aux toxines, d’ailleurs impures, ou à ces extraits.

Avec des substances retirées d'une culture pure, j'ai produit des élévations thermiques; ce fait, souvent confirmé, a résolu lè débat, d’autant plus que, parallèlement, j’ai fait naître les modifications des échanges (urée, acide phosphorique, oxygène, CO' en plus, chlore, bile en moins, etc.), qui caractérisent la fièvre (voir paragr. 48, 49, 50, 51, etc.).

47. — Modifications de la thermogenèse, dans la maladie pyocyanique, avec M. Langlois, Soc. Biol., 21 mai 1892. — Variations de la thermogenèse animale dans les maladies microbiennes. Soc. Biol., 17 février 1894.

J’ai montré, à l'aide du calorimètre du professeur d’Arsonval, instrument qui donne de meilleurs renseignements que le thermomètre, que des substances bactériennes agissent sur les sources intimes de la chaleur, le plus souvent pour les abaisser : personne, je crois, n’avait réalisé cette expérience avec le calorimètre.

Ces expériences prouvent que ces oscillations peuvent être de même sens avec des toxines vaso-constrictives ou vaso-dilatalrices ; de là cette notion, à savoir que les théories nerveuses périphériques de la fièvre ne sont pas, à tous les point de vue, suffisantes.

48. — Variations respiratoires dues aux toxines. (Voir in S an. méd., 2 mai 1894, article

sur les Propriétés physiologiques des Toxines. —Voir aussi Traite pathol. génér. de Bouchard, chap. IV, V, IX.)

J’ai tenté avec succès de réaliser différents changements que l’état fébrile engendre habituellement.

J'ai fait voir, par exemple, que l’oxygène absorbé, que CO’ exhalé augmentent, quand on injecte certaines toxines ; c’est là une analogie de plus avec l’état pyrétique, que l'on réduit trop souvent aux simples oscillations thermiques. — Il y a, d'ailleurs, lieu de remarquer qu’une foule de poisons bacillaires sont volatils, aptes par conséquent à s’échapper par ces voies broncho-pulmonaires : partant on conçoit l'importance de toute modification atteignant cet appareil.

49. — Modifications urinaires. — Modifications nutritives. — Fièvre d’origine bactérienne, avec M Cuvuuu. Soi. KM., 27 janvier 1894.

Sous l’influence de ces sécrétions, Yacide phosphorique, l’urée augmentent; les chlorures fléchissent. — On réalise ce que fait la fièvre chez l’homme-, on nous montre ainsi le processus toxique de ces changements.

50. — Altérations humorales, désordres fonctinnnels dans l’infection expérimentale. (Voir dans Sem. méd., 2 mai 1894, article sur les Propriétés physiologiques des Toxines. — Voir Traité pathol. génér. de Bouchard, tome 11, chap. IV, V, IX).

51. — Humeurs et sécrétions dans l'infection expérimentale. Soc. Biol., 18 février 1895.

Labile diminue sous l’action des produits solubles; or, la bile concourt à l’élimination de certainspoisons, à l’antisepsie du tube digestif, à la nutrition, c’està-dire à la résistance de l’économie. — L’oxygène, le sucre du sang fléchissent aussi (voir paragr. 66, 67, 68, 69). — L’alcalinité de., plasmas « abaisse très légèrement. — Les milieux changent.

On doit ces notions expérimentales à la mise en jeu du virus pyocyanique.

52. — Influence du protoplasma des cellules microbiennes sur le fonctionnement du

rein (Albuminurie). Arch. Phys., numéro de juillet 1893. Maladie pyocyanique, G. Steinheil, éditeur, 1889, et Traité de médecine Charcot-Bouchard, vol. I, chap. V.

J’ai expliqué cette albuminurie par les lésions rénales dues aux germes ou aux toxines qui traversent ces organes urinaires, par les qualités vaso-motrices de ces toxines, qualités qui, découvertes par le professeur Bouchard, par Gley et moi (voir paragr. 219), sont capables de changer et la vitesse et la pression;j’ai aussi invoqué les altérations humorales (page 47). — Toutes ces conditions sont capables d’influencer l’osmose, la filtration, de créer cette albuminurie; Runeberg, Max Hermann, Overbeck, etc., l’ont établi, surtout en ce qui concerne les conditions physiques de la circulation.

Ainsi ces toxines touchent à l’état du filtre, de la membrane, à sa structure; elles louchent à la composition des liquides, à la rapidité du cours, à la tension, etc., autrement dit. ces toxines sont capables de mettre en jeu tous les mécanismes albuminuripares.

53. — Porte d’entrée et Toxines. — Diarrhée d’origine centrale. Traité de médecine Charcot-Bouchard, vol. I, chap. V, et Soc. Biol., 13 juillet 1895.

Les toxines produisent ces accidents, en s’éliminant au travers de l’intestin, en passant du sang dans le canal alimentaire. — J’ai mis en évidence ce mécanisme qui, depuis lors, a été généralisé par Sanarelli, Denys, von den Bergh, etc.; il n’exclut pas, d’ailleurs, les effets'irritatifs directs ou vasomoteurs que j’ai également mis eu évidence (voir chap. XII) ; il montre, en tout cas, le rôle éliminateur du tube digestif, l’origine centrale de certains désordres.

54; 55. — Note sur quelques différences dans l'action physiologique des produits solubles du bacille pyocyanique, Soc. Biol., 28 novembre 1892 (Troubles nerveux réflexes, directs, etc., dus aux toxines). — Voir pour les désordres moteurs : Paralysie par les produits solubles des cultures, Soc. Biol., 3 mars 1888; Traité de médecine Charcot-Bouchard, tome I, chap, V.

Rien n’est plus facile que de déterminer des convulsions, en poussant dans les vaisseaux les produits du bacille du pus bleu ; on fait ainsi apparaître les divers troubles cérébraux ou médullaires des pyrexies.

Des effets plus nombreux, plus précis, sont aisés à observer, au point de vue moteur, sensitif, etc. — En tout cas, ces données nom révèlent le mécanisme des accidents, des symptômes, qui portent sur le némaxe.

Dès 1888 (voir Maladie Pyocyanique), à l’époque où je réunissais des documents pour écrire mon livre sur la maladie pyocyanique, j’ai reconnu, avec M. Gley, que le pouvoir excitomoteur de la moelle est modifié par les toxines.

Plus tard, j’ai vu, avec plus de netteté, que les parties de ces toxines qui sont insolubles dans l’alcool affaiblissent la contraction musculaire, la puissance excito-motrice directe ou indirecte, etc. — Les effets differents, a certains égards, de oes éléments solubles et insolubles dans cet alcool, prouvent la vérité du grand principe de la pluralité des substances actives sécrétées par un môme germe; ce principe, soutenu par le professeur Bouchard, par moi, jadis discuté, est aujourd’hui admis.

L'importance de ces données devient considérable, pour qui sait que l’intégrité des réactions de l’économie, en particulier des réactions nerveuses, est indispensable à la mise enjeu des moyens de défense. — J’ai établi la nécessité de l’intervention de ces réactions, qu’il s’agisse de l’attaque, qu’il s’agisse de l’immunité : des expériences entreprises avec de Nittis, comme celles que j’ai publiées avec Rü/fer, ne laissent aucun doute à cet égard.

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