I. — Expériences sur les Porcs
Toutes ces expériences ont été faites à l’Ecole d’Alfort dans le service du professeur Nocard, car nous ne pouvions songer à introduire à l’hôpital Trousseau des animaux de ce genre, difficiles à manier et trop bruyants. D’une façon générale, nos expériences ont consisté à badigeonner les narines, la bouche, la gorge, la muqueuse des conjonctives, avec des pinceaux stérilisés et imprégnés de mucus recueilli dans la gorge d’enfqnts atteints de la rougeole, en pleine éruption. Il ne s’écoulait pas une heure entre la récolte du mucus et son dépôt sur les muqueuses des animaux mis en expérience.
Première expérience : Porcelet n° 1 (2 mois), 13 février 1897.
Frictions sur la muqueuse conjonctivale de l’œil droit avec un pinceau
la muqueuse de la gorge avec des pinceaux imprégnés du mucus de la gorge d’un enfant au 2“ jour d’une éruption de rougeole.
Mêmes frictions avec des pinceaux imprégnés du mucus de la gorge et du nez d’un enfant au 1“' jour d’une éruption de rougeole.
Dixième expérience : Porcelet n° 8 (20 jours), 13 avril 1897.
Frictions sur la muqueuse conjonctivale, dans les narines et sur la muqueuse de la gorge, avec des pinceaux imprégnés de mucus de la gorge et du nez, recueilli Sur un enfant au 2" jour d’une éruption de rougeole.
Mêmes frictions avec des pinceaux imprégnés de mucus de la gorge, recueilli Sür un enfant au 3" jour d’une éruption de rougeole.
Les expériences que j’ai faites sur les porcs ont toutes été néga-
Nous nous sommes cependant placé dans des conditions identiques à celles que rapporte Behla; nous avons multiplié les inoculations sur des porcs de différents âges, sans pouvoir provoquer la moindre réaction fébrile, le moindre exanthème.
Aussi, sans nier les faits rapportés par Behla, nous sommes en droit de nous demander si les phénomènes qu’il a observés chez son cochon de lait se rapportent bien à la rougeole, ou s’il ne s’agit pas au contraire de l’une de ces maladies éruptives qui sont si fréquentes chez le porc, et encore si mal connues.
n. — Expériences sur le Singe.
Premier singe : Sajou capucin.
Ce singe est installé dans une cage au milieu des malades dans le pavillon de la rougeole, à l’hôpital Trousseau, le 4 mai 1897; il présente sur la région lombaire une petite plaie occasionnée par sa ceinture d’attache.
Le 9 mai, on lui badigeonne la bouche, la gorge et les narines avec trois pinceaux, qui préalablement ont été promenés sur la gorge d’un enfant, êgé de vingt mois, au 2* jour d’une éruption de rougeole très intense. Ces pinceaux étaient stérilisés.
Du 9 mai au 3 juin, le singe ne présente rien d’anormal.
Le 3 juin, apparition de quelques points rouges sur le visage, sans coryza, sans larmoiement; depuis quelques jours, il semble que l’animal mange moins.
Le 6 juin, érythème maculeux, lenticulaire, sur le visage et les membres ;
singe.
Température rectale le matin : 40°1 ; le soir 41°2.
Le T juin, le singe est pelotonné dans un coin de sa cage, se plaint de temps en temps, allonge ses pattes de devant et de derrière, mais ne présente ni jetage, ni injection des conjonctives. L’érythème du visage discret est d’un rouge |moins vif. Pas d’exanthème : la voûte palatine ne présente aucun piqueté. La soif persiste intense.
Température le matin : 39"S ; le soir : 40°2.
Le 8 juin, l’animal éternue de temps en temps, mais ne tousse pas. La soif est intense.
Diarrhée verte persistante. L’érythème du visage pâlit et est caractérisé par un pointillé rouge violacé. Température le matin : 39°4. Dans la journée, le singe est triste et immobile dans sa cage. Dans l’après-midi également, à deux reprises différentes, il présente des convulsions des quatre membres et des yeux; chaque attaque convulsive dure cinq à six minutes et est suivie d’une véritable torpeur. Température vespérale : 40“9.
Le 9 juin, l’érythème de plus en plus pâle sur le visage a disparu sur les membres. Le singe semble subir de vives démangeaisons, car il ne cesse de se gratter. Soif intense. Cessation de la diarrhée. Température, le matin : 39°9 ; le
Le 10 juin, l’animal est moins triste ; et, pour la première fois, depuis le début de sa fièvre éruptive mange du biscuit et quelques noisettes. L’érythème du corps, des membres a complètement disparu, celui du visage est à peine sensible. Légère desquamation furfuracée sur le front.
Température, le matin 39°6 ; le soir, 40°6.
Le 11 juin, l’érythème a totalement disparu ; mais la plaie que le singe présente sur son dos et qu’il ne cesse d’irriter, donne lieu à une petite hémorragie. Fièvre persistante.
Température, le matin : 40“4; le soir : 41°.
Le 12 juin, le singe mange et boit comme d’habitude et la température tombe à 38°5.
Les jours suivants, l’animal accuse une température oscillant entre 38“ et 39“ et due à l'état de sa plaie qui, ne pouvant être pansée, est badigeonnée avec de la glycérine â l’acide thymique.
En résumé, ce singe dont les muqueuses de la gorge et du nez ont été badigeonnées avec du mucus provenant de la gorge d’un enfant en pleine éruption de rougeole, et qui n’a cessé de vivre au milieu d’enfants. atteints de la rougeole, a présenté une fièvre éruptive ayant tous les
symptômes et signes de la rougeole. Cette fièvre éruptive s’est révélée 32 jours après l’installation du singe dans le pavillon de la rougeole, 27 jours après les badigeonnages de la gorge et du nez.
L’éruption a duré 5 jours environ et a été suivie d’une légère desquamation furfuracée. La température rectale a oscillé, durant la période d’éruption, entre 39°4 et 41".
Deuxième singe : Macaque.
Le 26 juin 1897, je badigeonne la gorge, les fosses nasales, les conjonctives du macaque avec des pinceaux stérilisés qui ont été préalablement promenés sur la gorge, les conjonctives et dans les fosses nasales d'un enfant atteint de la rougeole, au 2' jour de l’éruption, présentant un érythème papuleux généralisé et une rougeur diffuse de la gorge.
L’animal ne séjourne pas un seul instant dans la salle des rougeoleux et est immédiatement, après l’expérience, transporté à l’École d'Alfort, dans le service de M. le professeur Nocard. Ce singe n’a jamais été malade.
Troisième singe : Macaque.
En résumé, ce singe jeonnages une éruptio ( dans la rougeole.
Températures : le matin 38“4 ; le soir 38°9.
Le 14 décembre, l’animal est triste, éternue de temps en temps, et présente sur le visage, notamment au-dessus des yeux, une coloration rouge, nettement érythémateuse. La langue est très rouge. Pas d’exanthème. La fièvre est intense, 39°6 le
Le 1S décembre, l'érythème localisé au visage est moins intense que la veille. La peau du cou et de l’abdomen présente une teinte rosée, érythémateuse, assez uniforme. Léger coryza. La fièvre est moins vive. Températures : le matin 39“2, le
Le 19 décembre, l’érythème pâlit de plus en plus sur le visage, le cou, l’abdomen. Le coryza a cessé. Températures : le matin 38°6, le soir 39°4. L’animal com¬
mence à manger.
Le 17 décembre, l’érythème a complètement disparu, la température tombe à 38“8. L’animal est gai et mange.
Les jours suivants, la température se maintient à 38°S et tombe, h la date du 22 décembre, à 37°6.
En résumé, ce sajou robustus a présenté une fièvre éruptive, 11 jours après ses
sur huit singes : un sajou càpuein, deux sajous robustus, cinq macaques. Nous avons employé les mêmes procédés pour nos animaux, sauf pour une guenon macaque* Ces procédés ont consisté en badigeonnages des fosses nasales et de la gorge avec des pinceaux imprégnés de mucus provenant des fosses nasales ou de la gorge d’enfants atteints de la rougeole, en pleine éruption et ayant de la fièvre.
Dans quelques cas, nous avons injecté sous la peau de l’abdomen du sang provenant de ces mêmes enfants.
Chez le sajou capucin, l’éruption s’est révélée 27 jours après les badigeonnages ; chez le 1" sajou robustus, 13 jours après ; chez le 2' sajou robustus, 11 jours après.
Je ferai observer que le sajou capucin a vécu 32 jours au milieu des rougeoleux, ce qui autorise à suspecter dans une certaine mesure la contagion directe, sans contact provoqué expérimentalement. Les singes macaques se sont tous montrés réfractaires. Nous restons donc en présence de 3 singes, « sajou », qui ont été atteints d’une fièvre éruptive, ayant toute la symptomatologie et la durée de la rougeole, contractée dans un milieu spécial de rougeoleux, ce qui permet d’exclure toute discussion relative à un diagnostic différentiel.
De l’ensemble de ces observations, nous concluons :
1 0 Que les singes peuvent contracter la rougeole ;
2° Que certains singes, comme les macaques, semblent réfractaires à cette maladie infectieuse ;
3° Que les sajous paraissent plus aptes que les autres à prendre la rougeole ;
4° Que certaines variétés de sajous, comme le capucin, semblent être un terrain plus favorable pour la maladie elle-même.
18. Tubage et Trachéotomie dans la rougeole. (Bulletins et Mémoires de U Société de tUrapeutique, page 103,1897.)
Dans cette communication, j’ai insisté sur les dangers du tubage, chez les enfants qui se trouvent h la période d’ihvasion ou à la période
d’éruption de la rougeole, et j’ai conclu en faveur de là trachéotomie, Le plus souvent, l’intervention est dictée par des accès spasmodiques de la glotte qui menacent la vie. En 1896, à l’hôpital Trousseau, dans le service de M. Netter, tous les rougeoleux tubés ont succombé, soit à des ulcérations laryngées, soit à la broncho-pneumonie ; les rougeoleux trachéotomisés, au contraire, ont guéri, dans la proportion de un sur deux. Dans mon pavillon de la rougeole, à l’hôpital Trousseau, en 1897, sur cinq enfants ainsi trachéotomisés, trois ont guéri, deux sont morts.
Actuellement, dans mon service de l’hôpital Bretonneau, j’ai eu l’occasion de tuber un enfant atteint de spasmes de la glotte, la veille d’une éruption de rougeole. Or, la rougeole a évolué normalement, sans aucune complication pulmonaire. Mes conclusions de 1897 ne sont donc pas absolues.
19. Traitement de la Rougeole. (Traité de thérapeutique appliquée, publié sous la direction d'Albert Robin, 1895.)
20. Traitement de la Rougeole. (Journal des praticiens, 1897.)
21. Traitement des complications de la rougeole. ( Journal des pralicüm, n. 2, 1898.)
Dans cet article, j’insiste sur les complications broncho-pulmonaires et oculaires de la rougeole, les plus graves, les plus fréquentes, surtout à l’hôpital.