De la glyoémie asphyxique eu Diabète asphyxique
Thèse de doctoral en médecine, médaille de la Faculté, ln-8 ; librairie du Progrès médical, Paris, 1879.)
59 Une tliéorie très en vogue en physiologie générale, tend à ramener les combustions respiratoires à un conflit entre l’oxygène et le sucre du sang et des tissus, toutes les substances combusiibles passant, avant leur oxydation, par l’ctat intermediaire de substance sucrée. Quoi qu’il en soit de cette tliéorie, il est certain qu’en fait on retrouve ce problème de la corrélation entre l’oxygène et le sucre à la base de toutes les études sur la chaleur animale cl le travail musculaire.
Dans un mémoire sur la Glycémie asphyxique {Thèse de médecine, 1879), j’ai examiné expressément l’un des aspects de ce vaste sujet. Je me suis posé la question suivante ; Quelle est l’influence immédiate des grandes modifications de la respiralion, et, en particulier, de Tétât asphyxique sur ta quantité
1° J’ai établi, à la suite de vingt-six expériences concordantes, ce résultat, à savoir que : dans Tasphyxie rapide (en vase clos), la quantité de sucre du sang varie en sens contraire de la quantité d'oxygène. Pour employer une comparaison suggérée par l’cxpérienœ môme, il semble qu’en tournant le robinet de communication du poumon avec l’air libre, on ouvre ou l'on ferme instantanément le réservoir de sucre qui alimente le sang.
2" Une seconde série d’expériences exécutées, au moyen des appareils de Paul Bert, sur des animaux respirant un air raréfié et renouvelé à la pression de 15 à 25 centimètres de mercure (asphyxie par dépression sous courant d’air) a montré que l’acide carbonique n’avait pas de rôle è jouer dans le phénomène, et que l’hyperglycémie était le résultat direct ou indirect de la diminution d’oxygène. En un mot, j’ai établi l'existence de l’hyperglycémie asphyxique, et, par vnie de conséquence, do la glycosurie asphyxique ou diabète asphyxique, le sucre en excès passant alors dans les urines.
5" 11 faut d’ailleurs distinguer 1 asphyxie lenic de lasplivxie rapide. 1,’asphyxie lente, longtemps prolongée, peut amener l’épuisement des réserves sucrées, et, par conséquent, l’hypoglycémie, ainsi que l’avait dit Cl. Bernard. Mais, tant que l’épuisement n’est pas complet, l’action excitante de la priva-
GLYCÉMIE ASPHYXIQUE.
lion d’oxygène continue à se manifester ; il n’y a pas contradiction, mais, au contraire, accord entre ces faits.
4" Il était nécessaire de serrer de plus près les rapports numériques entre l’oxygène et le sucre. J’ai vu que les variations se produisent en sens inverse, mais qu’il n'y a point de proportionnalité entre elles. L’excès de glucose ne correspond point à la diminution d’oxygène, ainsi que cela devrait arriver si cet excès de sucre était dd à la diminution des combustions respiratoires
Interprétation. — L’augmentation de sucre dans le sang peut s’expliquer de deux manières : soit par la diminution de la dépense des tissus, soit par une augmentation de l’apport du foie. La première cause peut et doit sans doute intervenir, mais elle reste à peu près négligeable en comparaison de la seconde. C’est l’apport du foie qui est exalté par l’asphyxie et qui joue le rôle principal tant que les réserves de cet organe ne sont point épuisées. La preuve on est fournie, en premier lieu, par l’absence de proportionnalité que nous venons de signaler, et, en second lieu, par le fait de l’hypoglycémie des périodes ultérieurs de l’asphyxie lente. L’augmentation du sucre dans le sang asphyxique est donc due à une augmentation de l’apport du foie et non point à une diminution des combustions respiratoires.
Le mécanisme de la relation établie par les expériences précédentes est le suivant : le sang asphyxique agit comme un excitant qui provoque le foie à déverser dans le torrent circulatoire une plus grande quantité de sucre.
Dans un appendice de ce travail j’ai examiné la question du diabète curarique. Cl. llernard l’avait signalé dès 1855. J’en ai donné l’explication en le rattachant au diabete asphyxique et on rendant compte des irrégularités apparentes du phénomène'.