CHAPITRE IX
ARGENT COLLOÏDAL
202. — Efficacité de l’argent colloïdal (oollargol) dans le traitement des maladies infectieuses, multiplicité de ses indications. Société médicale des hôpitaux 12 décembre 1902,
203. — Argent colloïdal. Modes d'emploi, doses, effets, mécanisme de son action.
204. — Le collargol dans les infections chirurgicales. Société de Pédiatrie, janvier 1903.
205. — L’argent colloïdal (collargol) et ses applications thérapeutiques. Presse medicale, li février i9U3, avec M. Salouos.
206. — Un cas de tétanos traité par les injections intraveineuses de collargol. Société tnédicale des hôpitaux, 17 avril 1905, avec M. Saloïion.
207. — Administration du collargol par la bouche et par le rectum. Société médicale des hôpitaux, 22 avril 1904.
208. — Le collargol dans les angines diphtériques malignes. Société de Pédiatrie, 1904.
Dans Une série de communications, nous avons attiré l’attention sur les bons résultats que donne en maintes cinonstanees l’argent colloïdal, et sur le mode d’action de cet agent médicamenteux introduit dans la thérapeutique par Credé sous le nom de Collargol.
Nous avons montré que le collargol -peut être employé avec grande Milité dans un grand nombre de maladies infectieuses. Il en atténue la gravité, en abrège la durée. Son action ne se traduit pas seulement par un abaissement margué de la température quelquefois définitif-, mais autant et peut-être plus par une modification de l’état général, une sensation de bien-être.
Nous avons observé les bons effets du collargol dans l’infection purulente
et l’infection puerpérale, dans la scarlatine, la diphtérie, l’érysipèle, la lièvre typhoïde, la méningite cérébrospinale suppurée, l’endocardite ulcéreuse, la pleuropneumonie, la tuberculose à forme pneumonique, et publié des observations avec tracés.
Avec Credé nous avons eu souvent recours aux frictions qui sont suivies d’absorption pourvu qu’elles soient pratiquées avec soin.
Dans les cas graves et où il importe de se hâter il est indiqué de recourir aux injections intraveineuses. Celles-ci peuvent être pratiquées sans aucun danger et nous y avons pour notre part eu recours en plus de 200 occasions.
Bien que Credé soit, depuis 1897, revenu en maintes occasions sur l’utilité de cette médication elle n’avait pas obtenu l’attention qu’elle mérite et Credé tout le premier se plaît à reconnaître que nos publications ont beaucoup contribué à en généraliser l’emploi même en Allemagne.
Le mode d'action du collargol est des plus singuliers. C’est incontestablement un agent antimicrobien, c’est aussi un médicament qui agit à la manière d’un ferment et qui modifie les poisons microbiens et autres.
Credé a eu en vue tout d’abord Yaclion antimicrobienne. C’est une notion ancienne que certains mets se conservent mieux dans des vases d’argent, on appliquait dans certains pays des pièces d’argent à la surface des plaies et des ulcérations. Les tissus toléraient mieux que tous autres les fils d’argent et c’est à l’emploi de ces derniers que l’on attribuait les succès de Marion Sims dans l’opération de la fistule vaginale.
Expérimentalement l’action antibactérienne do l’argent métallique a été établie par Miller, par Behring, par 'Vincent et par Credé et Beyer. Nous rappellerons enfin les expériences de Baulfn sur l’aspergillus niger. Dans ces expériences, le nitrate d’argent s’était montré le plus énergique des agents. Pour empêcher le développement de l’aspergillus il suffit d’une proportion de 1 pour 1 600 000 tandis que le sublimé doit être introduit à la dose de 1 pour 500000.
Les expériences ont établi cependant que le collargol n’a pas une action bactéricide très marquée. Il faudrait 10 heures pour détruire le staphylocoque avec une solution de 1 pour 30 et 8 heures pour détruire le streptocoque avec une même dilution (Cohn).
L action empêchante est plus marquée. L’addition de 1 de collargol pour 2000 (Credé), 5000 (Cohn) 6000 (Brunner), empêche le développement du staphylococcus aureus dans le bouillon.
Expérimentalement les injections de collargol ne réussissent pas en général à empêcher les infections; mais, dans ces maladies expérimentales, les quantités de microbes en circulation sont généralement beaucoup plus élevées que dans les maladies de l’homme et des animaux domestiques et les nombreuses observations des vétérinaires établissent l’efficacité du collargol.
Nous pensons qu’une grande part de l’activité du collargol est due à son pouvoir catalytique. Les expériences de Bredig ont montré que les métaux à l’état colloïdal, argent colloïdal comme platine colloïdal agissent comme des véritables ferments accélérant par la présence à doses infinitésimales des transformations chimiques du même ordre que celles dans lesquelles interviennent les ferments figurés et les ferments organiques.
11 nous a paru intéressant de rappeler les principales expériences de Bredig sur les métaux colloïdaux.
Comme dans toutes les fermentations, lè métal colloïdal agit, alors qu’il est dans une proportion infinitésimale par rapport à la masse à transformer; la décomposition de l’eau oxygénée est accélérée par la présence du platine colloïdal dans la proportion de 1 pour 70 millions.
Les modifications de la température, de la lumière, de la réaction, influent l’action des métaux colloïdaux. Cette action est paralysée par la présence des traces infimes de substances toxiques. Le métal colloïdal à ce point de vue, se comporte en quelque sorte, comme une substance vivante.
On ne saurait passer sous silence ces propriétés des métaux colloïdaux et il faut, selon nous, en tenir le plus grand compte quand il s’agit d’expliquer le mode d’action du collargol.
Nous avons montré combien ce médicament peut être utile dans les diphtéries toxiques malignes. Dans ces dernières, contrairement à l’opinion courante, les accidents ne sont pas dus à une infection surajoutée, mais à la droduction et à l’activité exagérée des poisons diphtériques. Si les malades ne
succombent pas dans les premiers jours ils sont habituellement atteints de manifestations paralytiques et celles-ci affectent bientôt le type de paralysies bulbaires portant leur action sur le cœur.
En traitant ces diphtéries graves par les^ injections intra-veineuses de collargol, concurremment avec l’emploi du sérum antidiphtérique, nous avons obtenu un abaissement très marqué de la mortalité et nous avons vu guérir nombre de malades, chez lesquels la paralysie avait fait son apparition.
Notre impression est que dans ces cas l’agent colloïdal a agi directement sur le poison paralysant diphtérique.
Nous avons obtenu des résultats non moins satisfaisants dans un cas de tétanos traité, par des injections intra-veineuses répétées, de collargol concurremment avec l’emploi du sérum antitétanique et de lavements de chloral.
Une autre série d’observations, plaide encore, croyons-nous, en faveur de cette interprétation. Nous avons, avec d’heureux résultats, introduit chez beaucoup de malades le collargol par le tube digestif (injections ou lavements). En pareille circonstance, le collargol subit probablement des modifications et ce n’est plus à l’état colloïdal que l’argent absorbé circule dans les vaisseaux. Nous avons traité ainsi, avec succès, beaucoup de fièvres typhoïdes et quelques dysenteries. Lé succès ne devait pas surprendre; les sels d'argent, et notamment le nitrate d’argent, avaient été déjà employés avec avantages dans ces maladies. L’ingestion du collargol n’a pas empêché la production de périostites suppurées. Mais chez une malade qui malgré l’usage du collargol en potions avait eu trois périostites suppurées, les frictions de collargol ont amené les résolutions de ces périostites suppurées, comme elles l’avaient fait antérieurement dans d’autres cas.
Il nous paraît que ces observations permettent de distinguer entre les effets imputables à l’argent, sous la forme métallique, et ceux qui sont dus à l’argent, sous la forme colloïdale.
Ces observations gagneront évidemment à être multipliées. Elles sont dès à présent déjà fort suggestives.
Pour obtenir du collargol de bons effets, il importe de ne pas réserver son emploi aux cas trop avancés. Il faut y revenir à temps.
Il est essentiel d’employer des doses suffisantes et répétées s’il est néces-
II faut se préoccuper du mode d’administration, la friction suffit évidemment chez beaucoup de malades, mais il faut que les téguments se prêtent à l’absorption et qu’ils soient préparés comme quand il s’agit de frictions mercurielles. Beaucoup d’insuccès des frictions sont dus à l’insuffisance de préparation.
L’injection intra-veineuse peut être pratiquée sans aucune crainte. Elle permet d’agir vite, et on peut la renouveler plusieurs jours de suite.