SYSTÉMATIQUE DES CENTRES NERVEUX
Question préjudicielle. — La dégénérescence tertiaire. — L’étude attentive des dégénérations médullaires, consécutives à la section des
racines postérieures lombaires chez le chien, me porta' à me demander si certaines dégénérations, en particulier celles qui se localisent dans les cordons latéraux, ne relèvent pas indirectement de la section des fibres radiculaires. La
causes d’erreur, de rapprocher la dég. tertiaire de celles qui constituent le groupe des « dégénérations aberrantes » et dont la cause ou le pourquoi doit être cherché dans les traumatismes opératoires passés inaperçus, le
trajet aberrant de certaines fibres directes, les infidélités de la technique, et en particulier de la méthode de Marchi, etc.
a» Trajet intra-médullaire des racines postérieures, Revue neurologique,
La<%. tertiaire est la seule qui puisse expliquer certains asynchronismes des dégénérations médullaires. Il faut encore en tenir compte dans l'interprétation si délicate de quelques dég. centrales : la plupart des faisceaux du
doublement complexe : les fibres que la lésion primitive n’a pas séparées de leurs cellules trophiques peuvent dégénérer par atrophie secondaire ou tertiaire de leurs cellules : tel est le cas de la voie thalamo-corticale et de bien d’autres faisceaux « dont la dégénération consécutive à une lésion déterminée avait été d’abord considérée comme rétrograde et est actuellement
Systématique des racines postérieures, structure des ganglions spinaux et la nature des relations qui les relient
Dès ses premières communications à l’Académie des sciences Waller avait pourtant décrit dans les racines postérieures des fibres médullifuges, c’est-à-dire dégénérant dans le bout périphérique, après section entre la moelle et le ganglion ; leur proportion était considérable. La technique mise en usage étaitd’ailleurs des plus grossières. Vejas, Max Joseph reprirent les expériences de Waller avec des procédés un peu moins archaïques, ils
fibres en question.
Cependant, comme aucun auteur n’avait mis leur existence en doute, on la considérait comme absolument démontrée et, en somme, malgré une erreur de détail (proportion trop considérable des fibres centrifuges), on avait sur la constitution des racines postérieures des notions infiniment
centrifuges qu’il fallait incriminer puisque la section des racines ventrales, pratiquée par M. le professeur Morat, n’avait rien produit de semblable.
Ces troubles trophiques sont encore à rapprocher de ceux que l’on peut observer chez l’homme dans plusieurs affections au cours desquelles les racines postérieures sont souvent dégénérées, en particulier dans le tabes et le
à posséder des fibres centrifuges et que des éléments physiologiquement semblables ont été mis en évidence dans les voies sensorielles de l’olfaction, de la vision et de l’audition. Leur physiologie ne peut guère, jusqu’à présent, bénéficier de ce rapprochement : les fibres centrifuges des voies sensorielles
(rétine, bulbe olfactif) et dont on chercherait vainement les homologues dans le domaine périphérique de la moelle. On n’a fait jusqu’ici sur leur rôle physiologique que de simples hypothèses qui attendent encore leur
objectivation des sensations) ; il n’est pas inutile de remarquer à ce propos cet ordre de faits psychologiques qui obéissent, comme les autres, au
Moelle. — La section expérimentale des racines postérieures produit chez le chien des dégénérescences ascendantes et descendantes décrites depuis longtemps, mais avec des divergences suffisantes pour justifier de
Notons parmi les faits signalés dans le mémoire visé ici quelques particularités dont l’interprétation offrait certaines difficultés :
Dans ce cas la dégénération porte sur un très petit nombre de fibres, on particulièrement raréfiées.
On ne peut d’ailleurs admettre le passage direct de certaines fibres d’une racine à une autre : il ne peut être question de fibres nées d’un ganglion spinal et passant dans la racine antérieure ; l’embryologie ne pourrait souscrire à cette hypothèse ; de telles fibres seraient les seules qui pourraient dégénérer dans la racine antérieure après section du segment cis-ganglionnaire de la racine dorsale. La dégénérescence rie pourrait atteindre en effet des fibres récurrentes nées de ces ganglions et passant dans la racine antérieure dont elles pourraient, à la rigueur, expliquer la sensibilité : ces fibres, d’autre part, s’arrêteraient aux méninges et ne pénétreraient pas dans
. Cette dég. tertiaire est toujours la plus tardive. Elle peut intéresser les deux racines antérieures après section d’une seule racine dorsale.
On connaît l’opinion soutenue par cet auteur sur la distribution des fibres radiculaires dans les cordons postérieurs : sa description a été mise en parallèle avec celle que l’on admet généralement et qui en diffère principalement en ce qu’elle considère les deux « faisceaux radiculaires » horizontaux, interne et externe, comme formés simplement de fibres collatérales. Les données fournies par la plus analytique des méthodes que l’on possède actuellement (méthode de Golgi) m’ont plusieurs fois aidé à juger les différences des résultats acquis par d’autres procédés.
L’accord est quelquefois d’autant plus difficile à établir que les nomen-
clatures française et étrangère, histologique, anatomo-pathologique, et embryologique, sont loin d’être concordantes, et qu’aucun travail de révision n’a jamais été tenté à ce point de vue : je signalerai, en ce qui concerne la moelle, les zones individualisées autrefois par Flechsig, les zones cornuradiculaires, l’identification des bandelettes externes de Pierret fp. 56) avec la zone d’irradiation, YEinstrahlungszone de Lenhossek, etc. Certains cas restrictifs des descriptions classiques de la dégénération ascendante des mêmes cordons ont été rapportés et critiqués (Schaffer, etc.). Quant à leur dégénération descendante elle a été l’objet d’un exposé historique et critique destiné à mieux mettre en lumière la part considérable que la neurologie française avait prise à cette question et l’indépendance, semble-t-il définitive, du système de la virgule de Schultze et du système en bordure (Hoche, Flechsig, Gombault et Philippe).
Mentionnons encore l’inégalité de répartition des cellules nerveuses considérées sur chaque moitié d’une section transversale de la substance grise et la possibilité d’interpréter l’asynchronisme de certaines dégénérations médullaires par l’hypothèse de la dég. tertiaire.
sement être répartis en deux groupes : celui des voies d’association et celui
sa solution affirmative a, la plupart du temps, paru nécessaire à l’interpré-
ait à la lumière d’une systématique sévère et d’une physiologie scrupuleuse,
bulo-cérébelleuses, faisceau en crochet, etc.).
La dernière édition de l’ouvrage de M. le P r Bechterew n’envisageait le rôle du cervelet qu’au point de vue de l’équilibration : quelques pages supplé-
(i) Centenaire de la Société de biologie, 1899.
mentaires (p. 4 g 4 à 5 oi) me servirent à rappeler les principaux faits qui
fonction tonique, dont elle n’est plus alors qu'un cas particulier. Un rapide exposé historique et critique des nombreuses théories proposées sur la
hypothèses émises à ce sujet (Bastian, V. Gehuchten, Grasset, etc.), qui diffèrent des précédentes par l'intervention quelles demandent au cervelet, la critique de ces théories et des deux dernières en particulier, d’après les
moteurs et surtout du cervelet,démontre que de tous les facteurs invoqués pour expliquer les contractures, l’action tonique de ce dernier est certainement un des plus vraisemblables, mais qui est loin de lever toutes les difficultés et que, par conséquent, le débat reste ouvert.
MO Voies de conduction, chap. III et IV, passim.
Cerveau. — Voies de conduction. Quelques additions concernant les voies centrales des nerfs crâniens (p. 565 et 4 i 8 ) ; les deux segments de la capsule interne (bras et avant-bras) ; ses rapports topographiques avec les
MO Rigollet. — Contribution à l'étude de l'hémianesthésie organique, thèse de Lyon, 1900, pp. 24 et suivantes.
Plusieurs figures nouvelles dont un schéma, malheureusement défiguré par le graveur, représentant l’ensemble de la voie sensitive (p. 736 ).
Cortex. — Quelques notes nécessitées par l’importance des travaux français dont elles résument la teneur : Sur le caractère essentiellement provi-
bilatéralité de certains centres, le centre du facial, les mouvements affectifs (p. 661 à 660), le lobe frontal et les mouvements de manège (689-690).
Enfin l’importance physiologique des résidus échelonnés qui seuls permettent aux excitations périphériques, non seulement d’être reconnues et classées, mais même d'être simplement perçues, justifiera peut-être le rapide
La caractéristique de la physiologie de l’écorce, c’est l’importance des associations, non pas seulement de sphère à sphère, au sens de Munk, Flechsig et Verger, des associations topographiques, mais des associations élémentaires, histqlogiques ; rien d'ailleurs ne permet d’attribuer à une
espèce cellulaire des fonctions particulières ; aucune ne peut être abstraite par le physiologiste et nous avons déjà eu l’occasion de remarquer que la qualité consciente de toute activité nerveuse, c’est-à-dire tout fait psycholo-
différent, on peut s’expliquer non seulement la contingence des symptômes sensitifs par rapport à la fixité des troubles moteurs dépendant de la même lésion, mais encore les différences que présentent les divers troubles sensitifs les uns par rapport mx autres,^
que les lésions corticales atteignent le plus aisément.
En effet, parmi toutes les associations que réveille une excitation arrivant dans le cortex, il n’en est pas de plus contingentes que les associations kinésigènes et cette contingence est même telle quelle a donné lieu à l’ancien mythe du libre arbitre, d’après lequel ces phénomènes moteurs feraient exception à la plus universelle des lois scientifiques et seraient des effets sans cause.
les centres sensitifs. Si unè lésion limitée suffit pour aboulir des mouvements nombre d’associations, une foule de résidus strictement définis, d’images lières, c’est-à-dire un certain degré de tonus, ou, en d’autres termes,
images peuvent même affecter plusieurs localisations éloignées selon les hasards des associations qui les ont produites : s’il existe plusieurs centres des mouvements de la main, du cou, etc., c’est que les résidus qui consti-
d’images fixées antérieurement, plus simples et d’un usage plus fréquent; c’est en même temps parce que ces images ont perdu, grâce à l’hérédité, le pouvoir de se fixer ailleurs. L’expérience démontre du reste que, même chez les animaux, dont les différences psychiques individuelles sont beaucoup moins accusées que chez l’homme, les centres des mouvements très spécialisés n’offrent pas la fixité des autres.
On peut donc, en faisant des processus d’association la condition
complexes que le noumène est plus différencié, expliquer le degré de contingence et de fixité de chacun des symptômes psychiques des lésions cérébrales :
intéressée, grâce à la délicatesse de son mécanisme; que la fixité de chaque trouble moteur est en rapport direct avec la complexité des associations qui
En résumé, l’histoire de la physiologie de l’écorce montre l’insuffisance, au point de vuq clinique, de l’opposition des differents modes de sensibilité, purs ou compliqués de manifestations motrices. Quant aux éléments qui constituent chaque mode, les différences ne sont que quanti-
les lésions de l’écorce, les activités de celles-ci ne doivent pas être échelonnées, d’après leur teneur en associations motrices, car la proportion de ces
de chaque mode de sensibilité, de l’attention qu’il met en jeu, de ses variations par l’exercice, etc., permettra plus tard de fixer sa résistance aux lésions corticales. Pour le moment on ne peut proposer que des graduations provisoires : une classification 'pathogénique qui ne considérerait que
une opposition stérile et aussi injustifiée que celle des « centres moteurs » et des « centres sensitifs », ou bien encore que cette répartition plus récente de 1’« intelligence », de la «volonté», etc., dans les différentes couches de l’écorce (Cajal, etc.).
D’autre part; pas plus que les territoires de l'écorce, les cellules qui la constituent ne peuvent accepter un rôle spécifique : rien ne permet jusqu’à présent de différencier, au point de vue physiologique, les espèces cellulaires considérées isolément ; et d’ailleurs en leur attribuant des fonctions fixes, on ne pourrait lever les difficultés devant lesquelles la division topographique de l’écorce est restée impuissante : ce fait, par exemple, qu’une même lésion corticale accompagnée d’un trouble moteur défini peut, chez un sujet, produire des troubles sensitifs qu'elle ne produira pas chez un autre. Ce sont les hasards- d’association des premières excitations reçues par l’individu qui font que tel élément ou groupe d’éléments s’associe fréquemment d’abord, puis fatalement, à tel autre qui est moteur, à un autre dont les relations sont multiples et conscientes, ou à tel autre qui amène sur la scène toute une catégorie d’éléments chargés de résidus divers. Au milieu de ces multiples combinaisons, les contre-coups moteurs et la conscience (la sensibilité) ne sont éveillés que d’une façon incidente. S’il y a dans la symptomatologie des lésions corticales quelque particularité curieuse, c’est bien la fixité relative de leurs symptômes : si ceux-ci ne varient pas dans des limites plus larges, toutes choses égales d’ailleurs, d’un individu à un autre, ce n’est certes pas la fixité des connexions de chaque région de l'écorce qui pourrait l’expliquer (Y. Voies de conduction, II e partie, ch. YI, p. m), mais bien l’hérédité qui, chez le nouveau-né, parmi les bifurcations infinies qui, du bas en haut du névraxe, s’offrent aux premières excitations, indique à celles-ci le chemin choisi autrefois par leurs semblables dans des organismes plus simples.
coo Les voies de conduction, V e partie, chap. V, passim et p. 671 à 681.