De l’emploi des courants continus en thérapeutique
(Société de thérapeutique, 17 juillet 1870.)
Depuis l’année 1870, je me suis appliqué d’une manière toute spéciale à l’étude de l’effet thérapeutique de l’électricité. Les premiers résultats de mes expériences sont consignés dans la thèse de M. Chapot-Duvert (1870). On peut y voir que les courants continus agissent bien plus par l’action qu’ils exercent à chacun de leurs pôles que par la direction du courant, et que, par conséquent, il y a avantage, le plus souvent, à se servir de la méthode unipolaire de Remak, le pôle négatif étant excitant, et le pôle positif étant plus calmant. Cette mé- .thode est applicable surtout aux paralysies traumatiques des nerfs mixtes, aux paralysies hystériques, saturnines, enfin aux paralysies d’origine cérébrale. J’ai signalé aussi la remarquable influence des bains galvaniques (c’est-à-dire de bains traversés par un extra-courant) sur le tremblement alcoolique et mercuriel. Six malades ont été guéris par ce procédé dans l’espace de trois semaines.
La paralysie complète du diaphragme, sous l’influence du froid, est chose assez rare. J’ai eu l’occasion d’en observer un cas, dans lequel j’ai pu reconnaître un symptôme nouveau : c'est que, après chaque •repas, l’estomac, n’étant plus maintenu par la contraction tonique du diaphragme, se dilatait outre mesure et refoulait les poumons vers le haut. D’autre part, la galvanisation du nerf phrénique a pu être pratiquée au cou, et chaque fois qu’on l’électrisait, on voyait le diaphragme reprendre sa contractilité, qui disparaissait alors que le eourant venait à cesser. Le malade a parfaitement guéri au bout
(Société de thérapeutique, 7 mai 1871.)
Lorsque les paralysies s’accompagnent de la perte de la contractilité faradique et d’atrophie, les courants continus agissent d’une manière beaucoup plus efficace que la faradisation. Dans les deux cas dont il est question dans ce travail, les nerfs avaient été coupés par une balle. Les courants continus ont pu ramener la nutrition et guérir complètement les malades. Le premier, qui avait eu le nerf médian coupé, a si bien guéri qu’il a pu, l’année suivante, reprendre du service militaire. Le second avait eu le nerf cubital et le cubitus coupés par une balle. Au bout de deux mois il était parfaitement guéri.
18. Du traitement des paralysies rhumatismales de la face par l'électricité, faradisation et galvanisation.
(Mémoire lu il la Société de thérapeutique, 9 juillet 1873.)
Les électriciens, et plus particulièrement les électriciens français, •se partagent en deux camps, à propos du traitement de la paralysie faciale. , ■
. Les uns emploient exclusivement, la faradisation, les autres la galvanisation. Ces deux méthodes, prises exclusivement, sont mauvaises -, chacun des deux prooédés, a ses indications spéciales, tirées de la forme ou de la période de la maladie.
Première période ou premier degré de la paralysie rhumatismale de la face. — Dans cette première période ou ce premier degré, le caractère le plus important est la possibilité de faire contracter les muscles par la faradisation. Cette propriété, qui existe à l’état normal, est peu atteinte. Toutefois, ce symptôme se rencontrant non seulement dans la première période de la paralysie rhumatismale de la face, mais encore dans la paralysie centrale du facial, il faut chercher les bases du diagnostic dans les éléments suivants :
1° L’impression du froid, très accusée dans la semaine qui précède l’apparition de la paralysie.
2" L’étendue de la paralysie, qui porte sur tous les muscles et, en particulier, n’épargne pas l’orbiculaire palpébral, que ménage souvent la paralysie centrale.
3° Les troubles du goût, qui se montrent dans la paralysie rhumatismale ou périphérique et non dans la paralysie centrale. Cette altération du goût précède souvent de vingt-quatre heures la paralysie
Ce symptôme, ainsi que ceux qui se montrent du côté de l'oreille et du côté de la luette, fait supposer que dans cette affection la lésion du facial n’est pas bornée aux parties extérieures du nerf, mais qu’elle atteint la partie pétreuse du nerf facial.
Quelques pathologistes ont pensé, et M. Vulpian entre autres (t), que le gonflement du nerf dans ce canal osseux entraînerait l’étranglement du nerf, et que cette compression expliquerait les analogies qui existent entre les symptômes et l’évolution des paralysies traumatiques d’une part, et celles du nerf facial d'autre part;
4° La tonicité musculaire est affaiblie et les traits sont déviés .
(1) Archives ,1e physiologie, 1872, p. 2S2.
abolies ; elles
5» Les contractions volontaires sont plus ou peuvent l'être complètement.
6“ Les muscles sont excitables par la faradisation ; ils le sont également par la galvanisation, au moment de la fermeture ou de la rupture du circuit.
Traitement de la première période de la paralysie rhumatismale du facial. — f La paralysie rhumatismale du facial, abandonnée à ellemême alors qu’elle est au premier degré, s’aggrave presque constamment, passe au second degré, et peut entraîner une infirmité.
2” Le traitement par les ventouses, les vésicatoires ou la strychnine est à peu près sans effet, et laisse marcher la maladie,
3° Le meilleur traitement à employer est la faradisation.
Cette faradisation peut être exécutée par les petits appareils de Legendre et Morin ou de Gaiffe, en employant la somme des courants induits des deux fils.
Quand on possède un appareil puissant comme ceux de Duchenne, de Ruhmkorff, de Dubois-Reymond, eto., on doit préférer le courant de la deuxième hélice ou du fil fin, courant qui a une tension plus forte ét qui, agissant beaucoup moins sur la sensibilité musculaire, est moins douloureux que I’extra-courant ou courant de la première hélice.
4" On emploie les intermittences rapides.
5° La tension sera mesurée soit par un rhéostat, soit par l’énergie de la contraction musculaire. Cette dernière mesure, qui peut suffire, consistera h chercher la plus faible tension possible, pour obtenir une contraction qui ressemble à la contraction volontaire, c’est-àdire une contraction qui ne soit ni violente ni douloureuse.
6” On fera de la faradisation localisée sur les muscles isolés ou sur des groupes de muscles synergiques.
La faradisation des troncs nerveux sera cependant préférable pour faire' contracter les petis muscles et, eu particulier, le muscle de Horner.
7° Quand le malade guérit, il recouvre la tonicité musculaire plutôt que la contractilité volontaire.
Traitement de la seconde période ou du second degré de la paralysie rhumatismale du facial. — i” Lorsque la paralysie rhumatismale du facial est abandonnée à elle-même, la paralysie passe au deuxième degré au bout de huit à dix jours.
V Dans le deuxième degré, les muscles perdent la propriété d'être, excitables à la faradisation et la perte de cette propriété se fait d'une manière progressive, mais assez rapide, c’est-à-dire en quelques
On peut dire que plus cette propriété est atteinte, plus la paralysie sera difficile à guérir. Toutes ces propositions ont été démontrées par M. Duchenne, de Boulogne.
3" Tandis que les muscles perdent leur contractilité faradique, ils deviennent plus sensibles à la galvanisation qu’ils ne le sont à l’état normal, c’est-à-dire que les excitations produites par les grandes variations d’intensité du courant et surtout les ruptures d’équilibre qui existent à la fermeture comme à la rupture des circuits, provoquent des contractions musculaires aveo une intensité beaucoup plus grande qu’à l’état normal, par exemple, dans le côté non paralysé. La découverte de ce fait est due à Baïerlacher, en 1857. Pendant le passage du courant continu on n’observe pas de contraction.
4° La tonicité musculaire est en général perdue, et les traits sont déviés. Cependant, dans certains cas, la tonicité peut être en partie conservée, et alors la déviation des traits, qui est nulle, ou à peu près, au repos, ne se montre que dans les mouvements volontaires ou la mimique de la face.
5° La sensibilité musculaire est très faible.
Lorsque cette affection guérit, le retour des fonctions se fait dans Tordre suivant :
A. La contractilité provoquée par les excitations galvaniques s’affaiblit pour redevenir ce qu'elle est à l’état normal.
B. Ce qu’on obtient d’abord par le traitement, c’est le retour dè la tonicité.