LA PESTE
Valeur de la réaction de fixation dans le diagnostic de la peste.
Quelques cas de peste observés à Paris.
Diagnostic de la peste.
Notions élémentaires sur le diagnostic bactériologique, la prophylaxie et le traitement de la peste.
La Peste à Paris. — Etude épidémiologique et clinique.
La peste, formes cliniques et traitement.
La peste. — Etiologie. — Formes cliniques. — Prophylaxie et traitement.
(1 vol. in-8, 184 pages et 15 figures, Maloine.)
La peste, qui a erré par le monde dans le cours des siècles, n’avait pas paru à Paris depuis 1669, lorsqu’elle se montra en I 9 I 7 avec un cas isolé et, en 1920, sous la forme d’une épidémie assez grave..
C’est M"” Pfeiffel qui eut la première l’occasion d’observer dans le service de M. Guinon, un enfant avec état général grave et adénite axillaire et de trouver dans son pus un cocco-bacille qui lui avait fait penser au bacille pesteux; un doute persistait sur la nature exacte de l’affection malgré la culture positive, mais une mort rapide avait empêché de pousser plus loin les
investigations, M. Guinon et M lle Pfeiffel devaient se remémorer ce fait lorsqu’au mois de juin 1920, ils constatèrent chez, un malade de treize ans une adénite avec état général grave, le bacille de Yersin fut par eux trouvé dans le ganglion et identifié par M. Dujardin-Beaumetz et nous à l’Institut Pasteur.
L’existence de quelques cas de- peste à Paris avait une importance telle que s’imposait en même temps l’urgence de recherches scientifiques au point de vue diagnostic et épidémiologique et la nécessité d’éveiller l’attention des médecins sur la présence de cette maladie.
Nous avons, comme médecin inspecteur des épidémies, été chargé de cette mission qui nous permit de découvrir toute une série de nouveaux cas non identifiés. Nous avons été amenés à préciser le diagnostic par une méthode de laboratoire chez tous les malades où il semblait suspect.
C’est alors que nous avons pensé à instituer un séro-diagnostic de la peste par la recherche de la fixation avec le bacille pesteux pris comme antigène.
Cette méthode de séro-diagnostic donna des résultats franchement positifs et permit ainsi de faire le diagnostic alors que l’examen bactériologique du pus était négatif.
Nous avons, comme mesure immédiate, pratiqué la sérothérapie antipesteuse par voie intraveineuse en insistant auprès des médecins traitants sur la nécessité de l’instituer dès le début d’un cas douteux avant même l’hospitalisation qu ils devaient toujours s’efforcer d’obtenir.
Nous avons pu, de cette manière, surveiller le développement de cette épidémie, en observer tous les cas, et suivre le plus grand nombre des malades depuis le début de leur affection.
C’est au cours d’une enquête pratiquée à propos d’un cas dans la banlieue de Paris que nous apprenons que le père du malade avait sucombé à une affection prise pour un phlegmon; la mère ayant attiré notre attention par son mauvais état général, fut trouvée par nous porteuse d’une masse ganglionnaire avec périadénite dans l’aine droite. Le séro-diagnostic positif chez elle plaidait en faveur de la peste. Cette femme nous apprenait en outre qu’un de ses neveux, venu pour 1 enterrement de son oncle, était malade et nous le trouvions 3 jours après dans un service de chirurgie avec un bubon de l’aine; la réaction de fixation se montrait positive.
JOLTRAIN
La preuve était faite que toute cette famille était atteinte de peste bubonique avec 2 cas mortels et 2 cas bénins.
Le 25 juin 1920, M. le professeur Teissier rapportait le cas de M Ue L... qui avait succombé rapidement dans son service, à la suite d’une septicémie d’origine inconnue, mais avec présence de ganglions. L’hémoculture avait montré un bacille sur l’identification duquel on restait encore indécis.
Au cours de notre enquête sur place, nous apprenons qu’il avait existé quelque temps auparavant une véritable épizootie murine; on avait trouvé un grand nombre de cadavres de rats dans le quartier.
Notre attention fut attirée par la présence dans la cour d’un jeune convalescent avec anémie et bubon suppuré de l’aine. Le séro-diagnostic était positif, il s’agissait bien de peste bubonique.
Nous avons pu éclairer complètement l’histoire épidémiologique de ces 2 cas.
M lle L..., domestique dans la maison de ce malade, avait aperçu dans la cour un rat qui se traînait péniblement, elle parvint à le saisir par la queue et appela à son aide, le jeune homme qui à son tour le saisit. Tous deux furent mordus par des puces. Après 2 jours d’incubation, la jeune femme était atteinte de forme grave de peste bubonique dont elle mourait. Le lendemain, le jeune homme accusait les premiers symptômes de l’affection que nous constations chez lui.
L’histoire la plus curieuse qui nous permit d’étudier l’épidémie de peste parisienne dans tous ses détails est la suivante :
M. Rathery ayant observé des cas suspects à l’hôpital Tenon, nous demanda de venir examiner les cadavres; l’autopsie ne permettait aucun doute, dans les bubons, le bacille de la peste était très abondant.
Ce foyer nous a permis de découvrir toute une série d’autres cas.
Les deux époux qui venaient de mourir avaient quelques jours avant veillé les corps de leurs parents décédés.
Le père était mort brusquement d’une prétendue embolie et la mère mourait le lendemain d’une affection analogue. Tous deux habitaient au rez-de-chaussée d’une maison basse, dans une cité de chiffonniers, c’est là qu’on nous apprit qu’une petite fille de onze ans avait succombé, le jour précédent, à une
septicémie qu’on avait cru de nature typhoïdique. Une autre personne de la famille était soignée à son domicile pour un ganglion de l’aine gauche. La réaction de fixation chez elle était positive.
Nous trouvons en plus dans la cité un enfant atteint de peste. Nous pratiquons immédiatement une injection intraveineuse de sérum à haute dose et cette thérapeutique amena la guérison.
Le foyer le plus important dans cette même cité fut celui de la f ami lle A... Ils avaient été à plusieurs reprises dans le logement des époux F... au moment de leur mort.
La jeune fille Suzanne, âgée de quati'e ans, tombe malade 3 jours après, avec vomissements, fièvre, taches de purpura sur le corps, qui avaient fait penser au médecin qui avait été appelé à une rougeole confluente. L’enfant venait de mourir quand nous la vîmes. Trois faits attirèrent notre attention à la vue du cadavre : cyanose, purpura et bubon.
Dès que nous soulevons le drap qui recouvre le corps, nous voyons sauter un grand nombre de puces. Dans le lit à côté, se trouve le père, atteint, lui aussi, de peste avec pneumonie.
Nous pratiquons ioo centimètres cubes de sérum antipesteux intraveineux. L’amélioration fut manifeste; mais le malade ayant refusé tout nouveau traitement le lendemain, mourait 3 jours après.
Une deuxième fdle, âgée de dix-huit ans, enceinte de 7 mois, est également atteinte de bubon inguinal. L’avortement se produit le lendemain; l’enfant est mort-né, son sang contient du bacille de la peste.
Ce foyer est à son tour l’origine d’autres cas, si bien que du même foyer ont résulté 18 contaminations dont 8 morts.
L’épidémie s’étendit ensuite dans plusieurs quartiers et dans la banlieue parisienne. Nous pûmes étudier tous ces cas, pratiquer dans la plupart, le séro-diagnostic, préciser les cas douteux et établir avec l’aide de MM. Roux, Dubief et Duj ardin-Beaumetz toute une série de vaccinations et de sérothérapies sur place.
Cette épidémie dont nous avons publié l’histoire donna la statistique suivante :
91 cas confirmés.
4o cas non traités avec 32 morts soit : 80 p. 100.
5 i cas traités avec 2 morts, soit : 3 ,9 p. 100.
Lannée suivante, nous avons eu l’occasion d’observer à 1 hôpital Cochin, avec M. de Gennes, 2 cas de septicémie pesteuse, avec mort rapide.
Nous avons enfin précisé la technique du séro-diagnostic de la peste avec MM. Dujardin-Beaumetz et Simard, de l’Institut Pasteur.
Cette étude nous a amené à publier un livre sur la peste rappelant son étiologie, montrant, d’après les cas observés, l’allure clinique habituelle de cette affection dans nos pays, précisant les mesures prophylactiques à prendre et la thérapeutique à instituer.
Nous avpns, en outre, avec M. Dujardin-Beaumetz, exposé toutes les recherches scientifiques faites à propos de ces cas dans un mémoire présenté à l’Académie des Sciences (Prix Bréant, 1921).