RECHERCHES DE LABORATOIRE
Hémoculture. — L’hémoculture nous a démontré la relative fréquence des bactériémies pneumococciques et' leur durée éphémère. Il importe en effet de distinguer la bactériémie ou passage de microbes dans le sang, ceux-ci allant se localiser rapidement dans tel ou tel organe, et la septicémie, lorsque les germes continuent à circuler dans le sang et s’y reproduisent.
Nous avons trouvé le pneumocoque dans le saiig dans 3o p. ioo environ des cas, et plus souvent chez le vieillard que chez l’adulte. Enfin, chez deux malades brightiques, l’ensemencement du sang nous a permis de révéler une pneumococcémie latente, dont une broncho-pneumonie dans un cas, une péricardite purulente dans l’autre ne devaient pas tarder à établir la preuve.
Nous avons pu déceler le pneumocoque dans les urines, dans un cas, et deux fois dans les selles. La recherche est très difficile, mais ces faits, qui ont été depuis confirmés par Ch. Richet fils, peuvent être considérés comme des arguments à la théorie de la septicémie pneumococcique.
Anticorps pneumoniques. — Nous avons recherché dans 18 cas de pneumonies, la présence des anticorps à l’aide de la réaction de fixation. Nous avons obtenu dans 16 cas des résultats positifs. Voici les principaux résultats de ces recherches.
Les anticorps pneumoniques se retrouvent dès les premiers jours de la maladie et paraissent disparaître très rapidement après la crise. Ils existent souvent chez des individus normaux ou tout au moins considérés comme tels. Ayant contracté une petite grippe, avec pneumocoque dans le sang, nous avons pu constater à différentes reprises, pendant un mois, que notre sang présentait une réaction de fixation positive en prenant une culture de pneumocoques comme antigène.
Conclusions.
Voici enfin les conclusions auxquelles nous avons abouti :
i° Les pneumonies et un grand nombre de broncho-pneumonies sont fonction de bacillémie ;
2° L’étude clinique des pneumopathies plaide déjà en faveur de cette notion.
La pneumonie franche aiguë par exemple, récemment encore considérée comme le type des phlegmasies pulmonaires locales, peut être souvent reconnue comme manifestement secondaire à une septicémie.
Tantôt les symptômes traduisant l’état septicémique prépneumonique occupent le premier plan, tantôt ils sont atténués au point d’échapper à un examen superficiel. Il s’agit de septicémie latente dont la notion actuellement s’impose.
3° Les pneumopathies s’observent au cours des infections sanguines (fièvre typhoïde, grippe, streptococcie, méningococcie, peste, morve, maladies parasitaires, etc.), et cette fréquence même explique leur origine hématogène.
Aucun autre déterminisme ne saurait en toute logique être invoqué pour la syphilis pulmonaire héréditaire et pour la pneumonie du fœtus.
4° L’anatomie pathologique vient à l’appui de la clinique en montrant les relations des lésions pulmonaires avec les altérations vasculaires et en permettant de saisir le passage des agents infectieux dans les vaisseaux.
D’autre part, la théorie ancienne de l’origine aérienne des pneumopathies s’accorde mal avec l’intégrité des voies respiratoires et l’atteinte massive des alvéoles.
5° L 'expérimentation sur les animaux fournit un argument puissant en faveur de la théorie de l’origine hématogène des pneumopathies, car on peut reproduire certaines d’entre elles par inoculation intraveineuse et retrouver les agents microbiens dans les vaisseaux pulmonaires au sein des lésions.
6° L’application des nouvelles méthodes de laboratoire (hémoculture) réactions humorales, etc.) à l’étude des pneumonies permet d’établir : i° qu’il existe des états septicémiques latents; 2° qu'au cours des affections pulmonaires en apparence locales,
les réactions humorales sont modifiées comme dans la plupart des infections géiférales.
7° Dans les déterminations sur les poumons des septicémies, un rôle important semble devoir être attribué aux toxines et à leur action sur le système nerveux.
8° La notion de l’origine hématogène des pneumonies et broncho-pneumonies a une double importance au point de vue pronostic et traitement.
La thérapeutique, en effet, dispose contre les septicémies de nouvelles armes (sérums, vaccins, colloïdes, ferments, etc.). Leur intervention peut être d’autant plus efficace qu’elle est plus précoce.
La nécessité s’impose donc d’assurer promptement par les procédés de laboratoire le diagnostic de bactériémie et de lutter, avant tout, contre elle dans un but prophylactique et curatif.
NOUVELLES MÉTHODES de SÉRO-DIAGNOSTIC COLLOÏDES ET LIPOÏDES