NOUVELLES MÉTHODES DE SÉRO-DIAGNOSTIC
Séro-diagnostic de la syphilis.
Diagnostic de la syphilis par les nouvelles méthodes.
Résultats de la réaction de Wassermann dans 200 cas de syp hilis
(En collaboration avec M. le professeur E. Gaucher.)
Résultats comparés de la méthode de Wassermann et d’un nouveau procédé de simplification pratique.
(En collaboration avec M. René Bénard.)
Méthodes de simplification du procédé de Wassermann. Mécanisme intime de la réaction.
(En collaboration avec M. René Bénard.)
Valeur séméiologique de la réaction de Wassermann.
Méthodes de simplification. (Etude analytique et critique.)
JOLTRAIN
— io —
Résultats comparés de la réaction de Wassermann et de la réaction de Desmoulières.
La réaction de Wassermann dans les syphilis anciennes.
(En collaboration avec M. le professeur A. Fovkni)®.)
Séro-diagnostic du mycosis fongoïde.
(En collaboration avec MM. le professeur Gaucher et L. Brin.) (N° 35.)
Les réactions humorales dans le mycosis fongoïde.
(En collaboration avec M. L. Brin.)
Erythème prémycosique avec réaction de fixation positive.
(En collaboration avec MM. le professeur Gaucher et Flurin.)
Sérologie de la lèpre.
(En collaboration avec M. Jeanselme.)
Nouvelles méthodes de séro diagnostic. (3 e édition épuisée.)
(Un volume in-8,240 pages, Maloine, éditeur, Paris, 1911.)
(4 e édition épuisée 1913).
(5 e édition épuisée.)
(Un vol. in-8, 420 pages, Maloine, Paris, 1918.)
(6 e édition en préparation.)
Valeur des réactions de fixation dans l’étude des maladies cutanées et syphilitiques.
(En collaboration avec M. le professeur E. Gaucher.) (Rapport au Congrès de Londres 1913.)
Séro-diagnostic mycosique. Applications au diagnostic de la sporotrichose et de l’actinomycose. Coagglutinations et cofixations mycosiques.
(En collaboration avec MM. F. Widal, P. Abrami, Brissaud et Weill.)
Valeur de la réaction de fixation dans le diagnostic de la peste.
Séro-diagnostic de la syphilis.
L’étude des réactions humorales a trouvé, dans ces dernières années, de nombreuses applications pratiques, lorsque, pour la première fois, M. Widal démontra, avec Le Sourd, qu’il était facile, à l’aide du phénomène de Bordet et Gengou, de mettre en évidence, dans le sérum des typhiques, la présence d’anticorps spécifiques. On ne pouvait encore se douter de l’importance que prendrait, quelques années plus tard, en matière de syphilis, une méthode de séro-diagnostic basée sur les mêmes principes.
Wassermann, Neisser et Brücke, en appliquant à la recherche des anticorps syphilitiques un procédé analogue, ont trouvé un des meilleurs moyens de diagnostic. Il n’existe pour ainsi dire plus de laboratoires aujourd’hui où l’on ne pratique la réaction de Wassermann de façon courante. Nous avons été les premiers, après M. Levaditi, ù pratiquer le iséro-diagnostic de la syphilis en France dans les laboratoires des professeurs Widal et Gaucher, et à vulgariser la méthode de Wassermann. Nous avons aujourd’hui fait plus de io.ooo réactions et nous avons, dans une série de publications, exposé les principes de la méthode, décrit avec soin la technique employée par Wassermann et à laquelle aujourd’hui encore nous donnons la préférence avec celle de Ronchèse que nous employons d’une façon courante dans le laboratoire du professeur Widal.
Les réactions de floculation nous donnent jusqu’à présent, par la méthode de Vernes, des renseignements de même ordre.
Nous avons essayé toutes les méthodes de simplification et toutes les améliorations. Elles ont le grand défaut de ne pou-
voir révéler toutes les causes d’erreurs, faute de témoins suffisants. Nous avons, dans plusieurs publications, publié les résultats que nous avons obtenus avec chacun de ces procédés.
Procédé de Bénard et Joltrain. — Nous avons même proposé avec M. René Bénard une méthode de simplification, basée sur ce fait que le sérum du malade sert à la fois de sérum hémolytique, pour les globules rouges de mouton qu’on emploie, de complément, et d’anticorps. Il suffit de mettre en présence un antigène, le sérum du malade, et des globules rouges de mouton. S’il n’y a pas d’hémolyse, on conclut que le complément a été dévié et qu’ainsi a été empêchée l’action du sérum humain sur les globules rouges. Si un sérum témoin non syphilitique hémolyse, on dit que la réaction est positive. Notre méthode est moins précise que celle de Wassermann, parce qu’elle ne possède pas les mêmes moyens de contrôle, mais elle a au moins le mérite d’être simple, à la portée de tous, et très rapide. Elle a donné au professeur Jadassohn, qui l’emploie dans son service à Berne et qui a fait faire à une de ses élèves, M Ile H. Pristch, une thèse sur les « Résultats fournis par le Wassermann et le Joltrain-Bénard », d’excellents résultats.
Nous avons enfin exposé dans de nombreux travaux les résultats qui nous ont été fournis par la réaction de Wassermann, aux diverses périodes de la syphilis, dans la syphilis héréditaire et familiale, dans les syphilis traitées par les nouvelles méthodes, et dans toutes les affections du tube digestif, du cœur, du foie et du système nerveux où l’on peut soupçonner la syphilis. En voici un'très rapide résumé.
Les malades atteints de syphilis en activité nous ont donné une moyenne globale de 80 p. ioo de résultats positifs, et les individus normaux ou atteints d’autres maladies ne donnent qu’exceptionnellement une réaction positive.
Syphilis primaire. — Dans les premiers jours du chancre, la réaction est le plus souvent négative ; en suivant des malades en série et en renouvelant journellement l’examen, nous avons vu la réaction de Wassermann devenir positive du quinzième au vingtième jour en moyenne. Les anticorps apparaissent dans l’organisme d’une manière brutale : un sérum qui ne fixait pas le complément un jour est susceptible de le dévier énergiquement le lendemain. Nous avons rapporté une
observation de chancres successifs où le séro-diagnostic est resté négatif jusqu’au vingtième jour; les réinoculations ne sont possibles qu’à cette période. Une adénite considérable paraît, dans un cas que nous avons observé, avoir retardé l’étape septicémique et l’apparition de la réaction de fixation. Au contraire, dans un cas de chancre de la lèvre, nous avons trouvé un séro-diagnostic au dixième jour, la roséole fut aussi plus précoce.
Syphilis secondaire. — Chez les malades atteints d’accidents secondaires, la moyenne des résultats positifs est de 85 p .ioo, sans tenir compte des réactions faiblement positives.
Syphilis tertiaire. — Dans les syphilis tertiaires avec accidents, la moyenne est de 66 p. ioo.
Le séro-diagnostic permet de se rendre compte de la fréquence des syphilis latentes.
Dans les syphilis de vieille date, comme nous avons pu le voir avëc M. le professeur Fournier, la réaction de Wassermann le plus souvent disparaît et surtout quand les malades ont été traités régulièrement.
Un grand nombre de malades du système nerveux paraissent, d’après la réaction de Wassermann, être sous la dépendance directe ou indirecte de la syphilis. Nous avons avec une grande fréquence trouvé la réaction de Wassermann positive non seulement dans la paralysie générale (75 p. 100) et le tabes (80 p. 100), mais encore chez les lacunaires (79 p. 100), les hémiplégiques ( 5 o p. 100), les hydrocéphales, etc. Avec le liquide céphalo-rachidien, en dehors des méningites syphilitiques, nous avons trouvé une proportion relativement moins grande de résultats positifs qu’avec le sérum.
Nous avons constaté la grande fréquence de la réaction de Wassermann dans les affections aortiques, les leucémies, dans un grand nombre d’affections nerveuses. A part les sérums lépreux et dans quelques cas très rares de scarlatine, les sérums non syphilitiques ne donnent jamais de réactions positives.
Les statistiques que nous avons rapportées prouvent l’excellence de la réaction de Wassermann au point de vue du diagnostic.
Mais il ne faut pas trop lui demander. Nous avons prouvé qu’elle ne peut donner que peu de renseignements utiles, *n matière de médecine légale ou de contagion.
Enfin, il semble bien que la médication ait une influence manifeste sur la réaction, mais cèlle-ci est beaucoup moins grande qu’on ne l’avait cru tout d’abord. Bien que dans, la majorité des cas la réaction de Wassermann soit de nouveau positive, quelques jours avant l’apparition des récidives, nous avons vu,, exceptionnellement il est vrai, des accidents spécifiques apparaître au moment où le séro-diagnostic donnait un résultat négatif.
Si les nouvelles médications arsenicales, et en particulier 1 arsénobenzol, peuvent dans certains cas faire disparaître rapidement les anticorps syphilitiques, ce n’est là qu’un état momentané.. Contrairement à l’opinion des auteurs allemands, nous ne croyons donc pas qu’on soit autorisé à se baser sur la réaction positive pour imposer un traitement intensif et nous avons vu des sérums syphilitiques contenir des anticorps malgré tous les traitements.
Parmi les médications antisyphilitiques, c’est peut-être le bismuth qui nous a paru faire disparaître le plus rapidement la réaction de Wassermann.
SËRO-DIAGNOSTIC MYCOSIQUE
L étude de plusieurs malades atteints de diverses mycoses en évolution a permis à MM. Widal et Abrami d’établir qu’au cours, de ces affections, le sérum sanguin acquiert des propriétés analogues à celles que déterminent les infections bactériennes. Pendant un an, dans le laboratoire de M. Widal, ces auteurs ont, avec nous, fait des recherches à ce sujet. Nous avons montré que ces propriétés pouvaient servir de base à un séro-diagnostic des maladies à champignons, et fait ressortir l’intérêt que peut présenter pour le médecin, la connaissance des propriétés humorales développées dans le sérum des malades atteints de mycose. Il nous paraît utile de résumer à ce point de vue les conclusions qui se dégagent de l’ensemble de nos recherches.
I. Le sérum des sujets atteints de sporotrichose possède deux propriétés fondamentales, qu’il est très facile de mettre en évidence, et dont l’étude permet un séro-diagnostic immédiat de cette maladie : la propriété agglutinantë et le pouvoir anticom-
plémentaire, à l’égard du Sporotriehum Bmrmaimi. Ce» deux propriétés existent presque toujours simultanément : elle» se complètent par conséquent et se contrôlent l’une l’autre.
ai) La recherche de la réaction agglutinante nécessite une technique un peu particulière, en raison de .ce fait que seules les spores du Sporotriehum représentent l’élément, agglutinable du parasite; d’où le nom de sporoagglutination proposé par MM. Widal et: Abrami. Il est très facile d’obtenir ces spores à l’état isolé, en filtrant sur papier Chardin une émulsion de culture totale dans l’eau chlorurée physiologique : les spores seules traversent ce filtre.
Et’autre part, toute culture de Sporotriehum ne peut servir indifféremment pour la recherche de la sporoagglutination. Ce sont les cultures développées sur gélose glycosée de Sahouraud, et vieilles- de- 6 semaines à 3 - mois, qui fournissent les spores les plus agglutinables.
A l’aide des émulsions de spores ainsi obtenues, on peut, par la méthode des dilutions successives, mesurer le pouvoir agglutinant des sérums, aussi exactement qu’on chiffre le taux aggluti-natif dan» la fièvre typhoïde.
Alors que le sérum des sujets sains, ou atteints d’affections non mycosiques, ne fournit que des sporoagglutination» nid les ou positive» seulement à r./ro,, r/ 3 o, avec le sérum des isporotriehoeiques au contraire, on obtient des réactions très intenses et qui ont oscillé, chez la plupart des malades observés jusqu’ici, autour de i/2«©<,, i/ 3 î©o, r/ 4 oo.
b) Cette réaction agglutinante est doublée par la réaction de fixation, qui permet de déceler, dans le sérum des sporotrichosiques, une sensibilisatrice à l’égard du Sporotriehum Reurmamni. Cette réaction de fixation, recherchée par une technique semblable à celle de Bordet-Gengou, peut être effectuée à l’aide d’une culture quelconque de Sporotriehum.
Alors que chez les sujets normaux, ou atteints d’affections non mycosiques, la réaction de fixation est négative, die s’est montrée au contraire positive,, avec une très: grande intensité,, chez tous les sporotrichosiques examinés jusqu’ici. Sa recherche vient donc contrôler, en quelque- sorte-, cellie de- la sporoagglutittation; la. eomstatation,. chez un malade,, et à ram taux élevé,, de» deux réactions,, permet un aéro-diagnostic immédiat de sporotrichose.
Réaction agglutinante et réaction de fixation suivent le plus souvent, au cours de l’évolution de la .sporotrichose, une marche parallèle. Non seulement elles persistent pendant toute la phase active de la maladie, mais elles survivent à sa guérison, pendant un temps plus ou moins long. Aussi leur recherche peut-elle être exploitée pour faire le diagnostic rétrospectif de cette mycose.
II. La spore du Sporotrichum Beurmanni n’est pas agglutinée seulement par le sérum des sporotrichosiques, et ce sérum n’est pas non plus le seul à produire au contact du Sporotrichum une réaction de fixation positive. On observe, en effet, avec le sérum des sujets atteints de certaines autres mycoses, des phénomènes de coagglutination et de cofîxation très importants.
Il est deux mycoses, dans lesquelles ces réactions s’observent constamment : le muguet et l’actinomycose.
à) Le sérum des sujets atteints de muguet coagglutine les spores du Sporotrichum à des taux variant entre i/5o et i/i5o.
Ici encore, la réaction coagglutinante est doublée par une réaction de cofixation et, inversement, le sérum des sporotrichosiques fournit une réaction de fixation positive avec les cultures du muguet.
b) Il en est de même pour l’actinomycose. Le sérum de tous les actinomycosiques examinés jusqu’ici nous a fourni au contact des spores du Sporotrichum Beurmanni des coagglutinations manifestes, s’effectuant à des taux variant entre i/5o et i/r 5 o. Ces taux, pourtant déjà très élevés, .sont bien différents de ceux de i/ 4 oo, i/ 5 oo, qui sont communément observés chez les sporotrichosiques.
La réaction de coagglutination, chez les actinomycosiques est accompagnée, comme pour le muguet, d’une réaction de cofixation, et, à l’inverse, le sérum des sporotrichosiques cofixe en présence des cultures de l’actinomyces.
c) Les phénomènes de coagglutination et de cofixation, ainsi observés chez les malades atteints d’actinomycose, comportent, au point de vue pratique, une importance de premier ordre : ils permettent en effet d’orienter vers un sérodiagnostic immédiat de cette affection, dont les manifestations profondes, viscérales, ont jusqu’ici échappé à l’investigation clinique.
Les réactions de coagglutination et de cofixation déterminées au contact du Sporotrichum par les sérums actinomycosiques rendent possible un séro-diagnostic indirect de l’actinomycose.
En raison de l’extrême facilité de sa culture et de sa dissociation, la spore du Sporotrichum est une spore de choix pour ces recherches. Lorsque le problème se pose, au lit du malade, de savoir s’il ne s’agit pas d’une manifestation de l’actinomycose, la constatation d'une sporoagglutination et d’une réaction de fixation positives pour le Sporotrichum Beurmanni indique que l’on est en présence d’une mycose appartenant à un groupe dont l’actinomycose fait précisément partie. En orientant ainsi le diagnostic, cette séro-réaction indirecte peut aider à trancher le problème posé par la clinique. Elle nous a permis, dans plusieurs cas, de reconnaître la nature actinomycosique de lésions dont le diagnostic, jusque-là, était impossible à établir.
Sérodiagnostic de la lèpre.
L’agglutination, par les sérums de lépreux, de bacilles de Hansen retirés d’un tubercule, et la réaction de fixation en prenant comme antigène une solution éthéro-alcoolique de léprome, ont permis au professeur Gaucher et à M. P. Abrami d f établir dernièrement un séro-diagnostic de la lèpre, qui pourrait permettre de reconnaître, avec certitude, les formes atypiques de la maladie et de les différencier des affections qui donnent lieu à des syndromes cliniques voisins.
Ces auteurs ont employé comme antigène une émulsion obtenue en triturant dans le sérum physiologique le produit de broyage de lépromes desséchés. Le phénomène était observé après un contact de quatre heures entre l’antigène et le sérum éprouvé.
Comme il est assez difficile de conserver cette émulsion, nous avons essayé de modifier légèrement la méthode de MM. Gaucher et Abrami en employant comme antigène un extrait alcool-éthéré de léprome.
Il a l’avantage de pouvoir, en tubes scellés, se conserver très longtemps. Il suffit seulement de doser son activité comme on le fait pour les extraits alcooliques du Wassermann. Nous
avons dans nos expériences employé: une dilution de cet extrait, à i p. 7 dans l’eau physiologique, et nous avons toujours obtenu des résultats identiques à ceux que donnait l’extrait aqueux.
Les sérums provenant de cas de lèpres tuberculeuses ont fourni constamment une réaction positive et très intense. Les résultats: ont été au contraire négatifs avec de nombreux sérums de sujets non lépreux. Il en a été ainsi, en particulier, chez deux malades atteints de syringomyélie.
Nous en avons pratiqué, pour notre part, un assez grand nombre pour pouvoir formuler les conclusions suivantes :
Le sérum des lépreux a certainement une composition très spéciale, et sa richesse en certaines substances,, protéines on globulines-,, font que très souvent il est fixant.
Nous Lavons trouvé avec ces propriétés dans une proportion de 25 p. ioo.
Le sérum lépreux donne non seulement une réaction positive avec l’antigène lépreux, mais aussi souvent avec l’antigène syphilitique, l’antigène du mycosis fongoïde et même avec des produits microbiens (mycoses, pneumocoques, streptocoques), il est polyfixant.
Dans quelques cas, d’ailleurs rares, nous avons vu des réactions positives avec l’antigène lépreux, en employant d’autres sérums non spécifiques (i psoriasis, 2. syphilitiques). Ces faits d’ailleurs ne retirent rien à la valeur de la réaction, mais montrent qu’on ne saurait lui faire jouer un rôle trop considérable au point de vue de la prophylaxie de. cette maladie. Nous avons enfin, avec M. Jeanselme, confirmé la valeur de cette réaction et montré que les sérums lépreux possédaient tous un index réfractométrique très élevé.
SËFtO-D[AGNOSTIC DU MYCOSIS LONGOIDE
Le mycosis fongoïde est une maladie générale, assez rare,, mais des plus redoutables, qui se manifeste au début par des éruptions d’aspects divers, eczématiformes, érythémateuses, urtieariennes,, lichénoïdes. A ces érythèmes, souvent de durée fort longue, succèdent des tumeurs dermiques,, de constitution spéciale,, formées de tissus, conj,onctifs réticulés- et d’éléments
embryonnaires ou fibro-plastiques. Il est peu d’affections dont le diagnostic soit plus délicat que celui du mycosis fongoïde à la période prémycosique, c’est ainsi que l’on ne possède cliniquement que de très vagues symptômes pour distinguer cette éruption du psoriasis généralisé, du pityriasis rubra secondaire, du pemphigus foliacé, ou même du lichen plan ou d un eczema généralisé.
L’étude des réactions humorales nous a paru présenter dans des cas semblables un intérêt capital non seulement pour préciser le diagnostic, mais encore au point de vue de la physiologie générale, sachant quel rapprochement on peut établir entre, cette infection, les inflammations chroniques, les états leucémiques, et les tumeurs malignes. Le fait que 1 on obtient des réactions de fixation positives dans la lèpre,, comme Font démontré MM. Gaucher et Abrami en employant pour antigène les lipoïdes extraits du léprome, nous a conduit à rechercher, avec MM. Gaucher et Brin, si les sérums des malades atteints de mycosis fongoïde ne contenaient pas d anticorps spécifiques. En d’autres termes, nous avons voulu savoir si le sérum de ces malades ne possédait pas de qualités susceptibles- de provoquer une réaction particulière vis-a-vis d un antigene tiré de la tumeur elle-même. Nous avons employé comme antigène un extrait alcoolo-acétonique de tumeur, et nous avons multiplié les tubes témoins et les expériences de contrôle, toute méthode de simplification étant trop sujette à l’erreur en pareille matière.
Les premiers résultats que nous avons obtenus avec cette méthode ont été assez nets. Le premier cas que nous avons étudié était un mycosis fongoïde dont le diagnostic ne faisait aucun doute et qui était à la période des tumeurs. Avec le sérum de ce malade, la réaction a toujours été très nette. Il y avait absence d’hémolyse dans tous les tubes où l’antigène était en présence: du sérum, et de complément,, celui-ci ayant été fixé, tandis que les tubes témoins étaient nettement hémolyses. Dans les deux Gas, chez des malades présentant des tumeurs diagnostiquées cliniquement mycosis fongoïde, la réaction a été positive.
Nous nous sommes adressé en outre aux érythèmes prémycosiques, puisque c’était à leur propos que le séro-diagnostic acquérait toute son importance. Dans les deux premiers cas,
il s’agissait de dermatite exfoliatrice généralisée, diagnostiquée cliniquement prémycosique : le séro-diagnostic fut positif. Dans un troisième, il s’agissait d’un malade atteint d’érythème qu’on avait supposé prémycosique en raison du prurit; la réaction fut négative, mais l’examen histologique et l’évolution démontrèrent qu’il s’agissait d’un psoriasis généralisé. Le quatrième cas concernait un pemphigus foliacé; la réaction fut négative.
Depuis, nous avons eu l’occasion d’en observer plusieurs autres.
Tous les sérums que nous avons examinés ensuite, appartenant à des malades atteints d’autres affections cutanées ou non, nous ont donne des réactions négatives : syphilis, maladie de Recklinghausen, eczéma généralisé, psoriasis généralisé, dermatite exfoliatrice, autres dermatoses.
Il nous a semblé particulièrement intéressant de rechercher alors comment se comporterait, vis-à-vis de cet antigène, le sérum de certains cancéreux et sarcomateux.
Un cas d épitheliomatose, un de sarcome, un de sarcomatose diffuse généralisée nous ont donné des réactions de fixation négatives.
D’ailleurs, nous avons cherché maintes fois les réactions de fixation dans le cancer sans obtenir de résultats biens précis.
Ces recherches demandent donc toutes un supplément d’enquête, mais les résultats positifs jusqu’ici obtenus et le fait que cette réaction est toujours négative avec d’autres sérums pris comme témoins, montrent qu’il y a là une voie ouverte aux recherches. Des maintenant, le séro-diagnostic du mycosis fongoïde donne des résultats des plus utiles pour le diagnostic en complétant les enseignements de la clinique.
Il est intéressant de rapprocher ces réactions de fixation, des réactions colloïdales observées dans le cancer. Nous avons tenté (n° i 56 ) de nombreuses réactions pour établir un sérodiagnostic du cancer sans résultats assez probants.
MËIOSTAGMINE-RË ACTION
On sait que c’est une loi physique que chaque molécule comprise dans la couche superficielle d’un liquide est soumise à une certaine force appelée tension superficielle de ce liquide.
— fil —
Les recherches de Traube ont d’autre part montré que le nombre de gouttes fournies par un certain volume d’un liquide est en raison inverse de la tension superficielle de ce liquide. Donc quand cette tension superficielle s’abaisse, le nombre de gouttes fournies par le même volume de liquide augmentera.
Lorsqu’une sensibilisatrice se développe, elle tend à se fixer, au fur et à mesure qu’elle se forme, sur l’antigène qui a provoqué sa production.
MM. Ascoli et Izar ont recherché l’état de la tension superficielle dans la réaction qui se produit entre les sérums spécifiques et les antigènes correspondants. Cet abaissement de la tension de surface se reconnaît à ce que dans des conditions invariables de pression et de température, un volume déterminé de liquide fournit, avec un même compte-gouttes perfectionné, un nombre de gouttes, plus élevé, le volume de chacune d’elles se trouvant diminué.
C’est sur cet abaissement de tension qu’est fondée la méiostagmine-réaction (de [mtov, plus petit, et de , goutte
qui filtre).
Nous avons recherché la valeur de la méiostagmine-réaction, dans un grand nombre d’affections, sans que les résultats que nous avons trouvés nous puissent permettre de conclure à sa valeur absolue.
Nous avons enfin, dans plusieurs séries de publications et en particulier dans la dernière édition de notre livre sur les nouvelles méthodes, exposé ce .que nous avait appris la pratique des diverses réactions récentes, de l’or colloïdal, du benjoin colloïdal, de la réaction de floculation par la méthode de Vernes.
COLLOÏDES ET LIPOÏDES
Thérapeutique colloïdale.
Propriétés physico-chimiques des colloïdes.
Présence de globulines négatives dans le liquide pleural.
(En collaboration avec MM. Iscovesco et Monier-Vinard.) (N° 7 .)
Action des métaux colloïdaux.
(En collaboration avec M. Iscovesco.)
Modifications apportées aux formules sanguines et cytologiques rachidiennes et pleurales par injections de métaux colloïdaux.
(En collaboration avec M. Caussade.)
Emploi du mercure colloïdal et son mode d’action.
(En collaboration avec M. Claisse.)
Propriétés physico-chimiques des colloïdes. Rôle biologique.
Mode d’action thérapeutique.
(Annales des maladies vénériennes, janvier 1910 ; un vol. 60 pages, Maloine, édit.)
Il semble bien que depuis quelques années toutes les sciences biologiques soient entrées dans une phase nouvelle grâce aux progrès de la chimie physique. La découverte de l’état colloïdal, et surtout des propriétés particulières qu’acquièrent les corps sous cette forme physique, commençait à trouver en médecine quelques applications, lorsque nous avons commencé, en 1910, avec MM. Victor Henri et Iscovesco, au laboratoire de Physiologie de la Sorbonne, à nous occuper de cette importante question du rôle joué dans notre organisme par les colloïdes et les lipoïdes. Nos études sur les séro-diagnostics s y rattachaient directement.
Nous avons employé la thérapeutique colloïdale dans un grand nombre d’affections. Nous avons montré avec MM. Iscovesco et Caussade l’action des métaux colloïdaux sur les inflammations des séreuses, et la transformation des formules cytologiques des liquides pleuraux et céphalo-rachidiens. La presence dans les liquides de globulines négatives, comme nous l’avons prouvé par le transport électrique, peut donner
une explication de l’action de métaux colloïdaux de signe contraire. Nous avons essayé, dans plusieurs cas de méningites syphilitiques, de xadiculites,, et de syphilides ulcéreuses rebelles, l’ em ploi du mercure colloïdal à i gr. :s 5 p. 1000 en injections intraveineuses (5. '.centimètres cubes correspondant à o gr. 02 de benzoate ou de biiodure; et la dose de 20 centimètres cubes pouvant être facilement supportée sans accidents toxiques). Cette préparation nous a donné d’excellents résultats.
A la veille de la découverte du 606 qui a eu un si grand retentissement, nous avons eu l’idée de profiter de l’état colloïdal pour créer un colloïde mixte à base d’arsenic et de mercure qui fût moins toxique que chacun d’eux et qu’on puisse donner en plus grande quantité. Nous avions même pensé à unir le sulfure d’arsenic colloïdal et le mercure colloïdal, tous deux colloïdes de même signe; nous n’avons pu avoir de composé très stable, ce qui nous avait empêché de l’expérimenter chez l’homme, et bien que le chien puisse en supporter de très fortes doses. En tout cas il semble démontré que sous forme colloïdale les substances possèdent une toxicité moins grande.
Enfin, désireux de vulgariser ces notions nouvelles, nous avons résumé dans un petit opuscule les propriétés physicochimiques des colloïdes. Nous avons expose le phénomène de Tyndall, la préparation des métaux colloïdaux, les phénomènes d’adsorption, les mouvements browniens.
Nous avons réalisé le transport électrique sous 1 ultra-microscope, procédé des plus simples pour reconnaître le signe d’une solution colloïdale déterminée.
Nous avons cherché à montrer l’importance du phénomène connu sous le nom de précipitation des colloïdes, si bien étudié par V. Henri qui en a déterminé les lois. Nous avons essayé de faire comprendre l’action des colloïdes sur des colloïdes différents, la formation de complexes et la stabilisation.
Le fait qui domine toute l’étude des «olloïdes en biologie générale, c’est que la plupart des cellules constituant les divers tissus animaux sont composées de substances à l’état colloïdal. Certaines réactions dites « vitales » sont analogues à celles qu’on observe dans les systèmes colloïdaux.
Il suffit d’examiner toutes les grandes fonctions de l’organisme pour remarquer qu’on se trouve en présence de réactions
de colloïdes à colloïdes. Il en est ainsi de la plupart des réactions de fixation. Les anticorps, les ferments solubles, les diastases et les enzymes ne sont que des mélanges colloïdaux. Depuis la bouche jusqu’à l’extrémité du tube digestif, pepsine, trypsine, invertine, maltase, émulsine, et tous les phénomènes qui permettent l’élaboration des matières nutritives sont des faits de même ordre.
Les membranes cellulaires de leur côté ne sont que des complexes, ce qui éclaire en partie la question si controversée de la perméabilité cellulaire. L’étude de la sécrétion et de la résorption est entièrement liée à celle de la perméabilité des membranes à l’égard des électrolytes ou de différents colloïdes. Nous avons cherché à montrer comment les propriétés particulières des colloïdes expliquaient un grand nombre de réactions histologiques, les phénomènes de coloration des tissus comme les réactions précipitantes et fixatrices des colloïdes; la cérébrine, le protagon, les lécithines, ne sont que des complexes réversibles.
Ainsi s’expliquent les formations des toxo-albumines, le phénomène de la fixation des poisons sur les centres nerveux, bien étudiés par Guillain, et même certains côtés du problème si troublant de l’anaphylaxie.
Les propriétés catalytiques des solutions métalliques colloïdales les rapprochent des diatases et sont telles qu’un gramme atome métal de platine colloïdal, dissous dans 90 millions de litre d’eau, est capable de produire d’une manière indéfinie la transformation de l’eau oxygénée.
Enfin, après avoir vu l’action de l’hydrate de fer colloïdal, qui précipite les albumines du sérum et provoque l’agglutination des globules rouges, nous avons étudié au point de vue colloïdal un grand nombre d’antigènes, nous ayant servi pour les séro-diagnostics de la syphilis, de la lèpre, du mycosis fongoïde.
Nous avons exposé dans notre travail les faits observés par tous les auteurs sur la toxicité des divers colloïdes, leurs propriétés bactéricides, leur action sur le sang, la température et les séreuses.
Enfin nous avons -établi la bibliographie complète des métaux colloïdaux en 1910.
LIPÉMIE ET LIPOÏDÉMIE
Dépôts cutanés de lipoïdes (les xanthomes).
Les lipoïdes de la sclérose.
Nos études sur les colloïdes et l’état colloïdal des lipoïdes et d’un certain nombre de graisses de l’organisme nous ont toujours fait diriger nos recherches dans le but de déterminer le rôle exact joué par le trouble de leur métabolisme dans un •grand nombre d’affections. En cherchant à étudier le mécanisme intime de la réaction de Wassermann, nous avons été amené à admettre que le pouvoir actif de l’antigène était dû à sa teneur en lipoïdes et que le phénomène de la fixation était dû à des réactions physico-chimiques entre lipoïdes et albumines. On sait d’ailleurs qu’on a pu avec la lécithine et la cholestérine fabriquer des antigènes artificiels susceptibles d’être aussi sensibles que l’extrait de foie syphilitique.
D’autre part, les travaux de M. Chauffard ont éclairé le rôle considérable joué dans l’organisme par la cholestérine, et M. Widal avec MM. Weill et Laudat ont montré la constance de la lipémie chez les brightiques. Ils ont employé pour cette recherche la méthode précise de MM. Grimbert et Laudat pour le dosage des graisses des lécithines et de la cholestérine.
Ayant eu l’occasion d’observer deux malades atteints de xanthomes cutanés avec des sérums remarquablement lactés cents, nous avons poursuivi cette étude au point de vue cytologique, anatomo-pathologique et expérimental.
Xanthome généralisé avec chéloïdes secondaires.
Lipémie et lipoïdémie.
(Société médicale des hôpitaux, 15 novembre 1912.)
(Travail du Laboratoire du professeur Widal.)
Nous avons eu l’occasion d’observer une malade venue dans le service du professeur Gaucher, avec un xanthome tubéreux, généralisé et disséminé. L’affection avait débuté il y a une dizaine d’années et a évolué par poussées successives sans
JOLTRAIN
atteinte de l’état général. Sur les placards xanthomateux qui siègent aux deux coudes et à l’avant-bras s’étaient développées des chéloïdes épaisses et douloureuses. L’examen anatomopathologique montre la transformation possible de certaines cellules xanthélasmiques en fibroblastes.
Le sérum de la malade est remarquablement lactescent et donne l’aspect d’un lait riche en beurre. L’analyse chimique pratiquée avec l’aide de M. Laudat révèle une hypercholestérinémie variant suivant les examens entre 4 et 6 grammes, une lipémie de 4o à 5o grammes, et on trouve 3 à 4 grammes de lécithine. Il y a de l’hypercoagulabilité, le pouvoir lipasique du sérum paraît diminué, le pouvoir anti-hémolytique à la saponine augmenté, l’équilibre leucocytaire normal.
Les urines ne contiennent ni pigments, ni sucre, ni albumine, ni graisses. On ne constate aucun signe d’insuffisance glandulaire. Enfin les lipoïdes extraites du sérum paraissent expérimentalement posséder un pouvoir sclérosant.
Nouveau cas de lipémie et lipoïdémie avec xanthomes cutanés.
(En collaboration avec MM. Clunet et Claude.)
Dans le second cas que nous avons étudié avec MM. Clunet et Claude il s’agissait d’un homme également atteint de xanthomes généralisés avec un sérum très lactescent. L’étude clinique de ce sérum montrait une lipémie un peu moins considérable variant entre 34 et 4o grammes, un chiffre de choies- I térine de 6 gr. 43 et de lécithine de 5 gr. 02.
L’étude anatomo-pathologique des tumeurs cutanées montrait bien, la présence des cellules xanthomateuses, mais nous avons pu compléter cette étude par les diverses réactions colorantes (Nil bleu, Sudan III, Neutral-roth, Giaccio, figures myéliniques, etc.) et à l’aide du microscope polarisant.
Nous avons pu ainsi déterminer le siège exact des dépôts graisseux qui se font non seulement dans le tissu conjonctif, mais encore dans les cellules basales de l’épiderme. Le dépôt des lipoïdes ressemble étrangement, au point de vue de sa répartition, à celui des pigments dans le sarcome mélanique. Nous avons enfin pu déterminer en partie la nature des lipoïdes
du xanthome d’après la classification de Kawamura. Il n’y a que peu de lipoïdes biréfringents, c’est-à-dire une petite quantité d’éther de la cholestérine et surtout des mélanges d’acides gras et cholestérine.
Il serait intéressant de poursuivre l’étude expérimentale de ces lipémies. Déjà dans le premier cas nous avons isolé un lipoïde qui se dissout facilement dans le chloroforme, produit lorsqu’on injecte dans le derme un nodule induré permanent, et paraît posséder un pouvoir sclérosant.
Nous avons recherché cette lipoïdémie sclérosante dans un certain nombre d’affections sclérogènes.
Enfin il faudrait chercher les causes de ce métabolisme curieux des lipoïdes et des graisses dans l’organisme. Nous sommes persuadés que cette voie nouvelle donnera les plus précieux enseignements lorsqu’on l’étudiera conjointement à l’action des glandes endocrines, principalement de l’hypophyse, du corps thyroïde et de l’ovaire.