NOUVELLES CONCEPTIONS SUR L’IMMUNITÉ ET L’ANAPHYLAXIE
LES CRISES HÉMOCLASIQUES ROLE DE L’ANAPHYLAXIE ET DE L’ANTIANAPHYLAXIE EN CLINIQUE
Réaction d’ordre anaphylactique dans l’urticaire. La crise hémoclasique initiale.
(En
collaboration avec MM. Widal, Abrami et Brissaud.) (.Société médicale des hôpitaux, 13 février 1914.)
Les phénomènes d’ordre anaphylactique dans l’asthme. La crise hémoclasique initiale.
(En collaboration avec MM. Widal, Lermovez, Abrami et Brissaud.)
(Presse médicale, 11 juillet 1914.)
Nouvelles conceptions sur l’immunité et l’anaphylaxie. Ferments peptolytiques et réaction d’Abderhalden.
(Annales médicales du Centre, février 1914.)
Camptocormie et paraplégie
consécutives à un ensevelissement par éclatement d’obus. Considérations sur l’action du choc émotif.)
(Société médicale des hôpitaux, 2 mars 1917.)
Indice réfractométrique du sérum* chez les intestinaux pendant période digestive.
(En collaboration avec M. Bauele.)
( .Réunion médico-chirurgicale de la 7®’ région, janvier 1919.)
Quelques cas d’urticaire traités par l’antianaphylaxie.
(Société médicale des hôpitaux, ‘6 juin 1919.)
Crise hémoclasique. Nouvelles méthodes de séro-diagnostic.
(5 e édition 1920.)
Urticaire par fatigue et colloïdoclasie.
{Société médicale des hôpitaux, 11 mars 1921.)
Crises hémoclasiques provoquées par les applications thérapeutiques de rayons X et de radium.
(En collaboration avec M. R. Bénard.)
(Société de Biologie, 8 avril 1921.)
Anaphylaxie de l’ipéca. Eczéma par contact avec l’émétine. Asthme par inhalation de poudre d’ipéca. Désensibilisation par voie souscutanée.
(En collaboration avec MM. Widal et Abrami.)
{Presse médicale, 22 avril 1922.)
Nouveaux horizons en médecine.
Rôle de l’anaphylaxie et de l’antianaphylaxie.
{Conférence Journées médicales belges, 25 juin 1922.)
Urticaire causé par le froid et hémoclasie.
{Congrès d’oto-rhino-laryngologie, juillet 1922.)
(N° JL69.)
M. le professeur Widal a bien voulu m’associer à quelquesuns des travaux qu’il .poursuit depuis une dizaine d’années avec mon ami Pierre Abrami sur les réactions d’ordre anaphylactique dans l’urticaire, l’asthme, sur la crise hémoclasique, la colloïdoclasie, le rôle de l’anaphylaxie et de l’antianaphylaxie en clinique.
C’est dans son service, dans son laboratoire et sous sa direction qu’ont été pratiquées toutes nos recherches dans cette
nouvelle voie ouverte par eux, à la médecine. Je ne pourrais en faire un exposé, sans leur exprimer auparavant ma gratitude infinie.
L’introduction dans l’organisme de substances étrangères a comme propriété essentielle de modifier l’équilibre humoral, de le rendre instable, préparant ainsi une rupture d équilibré
secondaire. . ..
Dans un travail sur l’hémoglobinurie paroxystique, MM. Widal, Abrami et Brissaud avaient montré que le froid produisait une série de troubles analogues à ceux que l’on a décrits au Cours des chocs anaphylactiques. On savait depuis les études de Ch Richet, Biedl et Krause, Arthus, que les états anaphylactiques s’accompagnent de trois symptômes vasculo-sangums : la chute rapide de la pression artérielle, la leucopénie, les troubles de la coagulation.
Le choc anaphylactique ne se produit qu’à la faveur dune modification de nature physico-chimique de l’organisme, sorte d’instabilité qui a été apportée par l’injection première. Maigre les différences qu’impriment à sa physionomie les variations des doses de substances nocives, le choc anaphylactique présente dans tous les cas un certain nombre de caractères qui lui ont assigné une place à part parmi les troubles expérimentaux jusque-là observés. Il ne constitue qu’un exemple, le plus saisissant il est vrai, d’un phénomène plus général, le choc protéique.
On s’aperçoit que les procédés dont on allait se servir pour éviter le choc anaphylactique étaient ceux-là mêmes dont se servaient les physiologistes pour combattre le choc proteique. Malgré d’indiscutables différences les accidents du choc anaphylactique et du choc peptohique sont bien de même ordre, formant un groupe à part en physiologie.
Ce sont les recherches de Widal, Abrami et Brissaud qui ont apporté à tous ces faits la démonstration dernière. Ce sont des arguments tirés de la clinique qui leur ont permis d’établir la séparation fondamentale entres les phénomènes de choc et les phénomènes toxiques au milieu desquels ils restaient confondus. . '.
L’un des premiers malades que MM. Widal, Abrami et Bris-
saud ont, avec nous, eu l’occasion d’étudier était un homme de trente-sept ans, depuis six ans atteint d’urticaire généralisée reproduisant le type classique de la maladie de Quincke. Cette urticaire était survenue sans raison apparente.
Les poussées quotidiennes revêtaient les localisations les plus variées; les différentes régions de la face, des membres, du tronc, le scrotum étaient suivant les jours et parfois simultanément le siège d’un œdème dur, chaud, rose, présentant les attributs du placard d’urticaire géante. La langue et le larynx ont été envahis par l’œdème.
Nous pouvions bientôt établir d’une manière indiscutable que les albumines animales étaient en cause. En soumettant l’un de nous et le patient au même repas d’albumines animales, nous constations que chez l’un le sang variait dans de faibles proportions après le repas, tandis que survenaient chez notre malade une série de troubles vasculo-sanguins des plus caractéristiques. La leucocytose subit une baisse régulière et progressive de 9-5oo à 3.ooo pour remonter ensuite, la pression artérielle baisse de 17,0 à i4,5, l’indice réfractométrique du sérum s’abaisse de 62,6 à 58,4. En outre le sérum renferme pendant toute la période une quantité notable d’albumines dialysables, donnant avec la ninhydrine une coloration deux ou trois fois plus nette que celle fournie par le sérum témoin.
C’est à l’ensemble de ces modifications humorales que M. Widal proposa de donner le nom de « crise hémoclasique », véritable rupture d’équilibre des humeurs. Cette crise précéda l’apparition de l’œdème survenant en matière de prélude, une poussée intense d’urticaire parut peu de temps après la crise vasculo-sanguine. En injectant au malade son propre sérum, on provoquait les mêmes phénomènes.
Une série de faits nous a prouvé que le brusque déséquilibre apporté à nos humeurs et constituant la crise hémoclasique pouvait être déterminé par l’injection intraveineuse de substances qui ne sont pas des colloïdes.
En injectant rapidement dans les veines 3oo grammes d’une solution isotonique de bicarbonate de soude de 5 p. 100 et plus simplement encore de 4oo grammes d’une solution isotonique de chlorure de sodium, nous avons reproduit avec MM. Widal, Abrami et R. Bénard des chocs indifférenciables de l’anaphylaxie vraie.
Le frisson^ la fièvre, lès vomissements, l’algidité, la diarrhée s’y retrouvent parfois avec les caractéristiques d’intensité redoutables.
D’autres corps comme le salvarsan et le néosalvarsan produisent des résultats analogues et nombre d’accidents semblent relever de ce mécanisme. Un sujet dont la sensibilité exceptionnelle au gi4 rendait impossible l’administration répétée du médicament fut envoyé dans le service du professeur Widal pour tenter chez lui une désensibilisation. A la suite de l’injection de doses faibles de novarsénobenzol, ce malade présentait un des chocs les plus dramatiques qu’d soit donné d’observer : avec o,3o, on assistait à une crise hémoclasique si intense que la pression' artérielle tombait en quelques minutes de 26,8 à 6, le chiffre des globules blancs s’abaissait de 18.000c à 2.000, l’indice réfractométrique subissait une chute de 4 degrés. Bientôt survenaient des battements, des nausées, des vomissements, des envies impérieuses d’uriner, puis le malade tombait dans un coma dont il sortait après quelques minutes. Ce qui a achevé d’établir l’identité entre les crises ainsi obtenues et celles des chocs anaphylactiques, c’est que l’on peut les éviter ou les atténuer par la skeptophylaxie, les inoculations de petites doses de substances .déchaînantes ou par des procédés comme la topophylaxie de Sicard.
La nature hémoclasique de certains accidents produits par les arsénobenzols a été confirmée par Emery et Morin, Gastou et plus récemment encore par Danysz, Leredde et Drouet.
L’analogie existant entre les caractères de la crise d’asthme et ceux que l’on observe dans l’anaphylaxie a conduit certains auteurs à penser que l’attaque d’asthme représentait une variété d’accident anaphylactique. L’étude d’un asthmatique a permis à MM. Widal et Abrami d’apporter avec Lermoyez, Brissaud et nous le premier cas rigoureusement démontré.
Il s’agissait d’un malade âgé de cinquante et un ans qui exerçait la profession de marchand de moutons. Depuis 1 âge de douze ans, il avait été journellement au contact des animaux et jamais jusqu’il y a quatre ans, il n’avait ressenti le moindre malaise, lorsqu’un jour, à quarante-sept ans, au retour d’un
voyage en Algérie, étant à Marseille, au marché aux moutons, il fut pris brusquement de sa première crise d’asthme. Elle éclata alors qu’il marchait parmi les moutons, dura deux heures et fut des plus violentes.
Depuis cette date, les crises sont devenues de plus en plus fréquentes au point de rendre impossible au malade l’exercice de sa profession. Trente-cinq ans de contact avaient été nécessaires pour réaliser la sensibilisation de notre malade et cette sensibilisation était telle que les particules impondérables laissées dans l’atmosphère par le suint des moutons suffisaient à déchaîner sa crise. Chez cet asthmatique, nous avons pu étudier dans leurs moindres détails les crises que l’on pouvait provoquer d’une manière expérimentale.
Le 25 janvier 191/1, 3o moutons furent conduits à l’hôpital Cochin dans une écurie neuve. En laissant séjourner le malade dans cette pièce, nous pouvions suivre exactement les phases de la crise. L’étude systématique du sang faite de quart en quart d’heure nous révélait l’apparition d’une crise hémoclasique des plus manifestes avec tous ses caractères et celle-ci était ellemême disparue, lorsque éclata la plus forte crise d’asthme qu’il nous ait été donné d’observer.
Par voie respiratoire aussi, cet asthme provoqué par le lièvre et le lapin. M..., étudiant en médecine, de souche arthritique, pere goutteux et mere urticàrienne, a de l’asthme depuis son enfance. C’est à l’âge de cinq ans qu’apparaissent les premiers phénomènes. Son père, médecin, voyant chez l’enfant une angine suspecte au cours d’une épidémie de diphtérie dans la localité où il exerce, lui pratique une injection de sérum antidiphtérique. Or, aussitôt après, alors qu’il s’agissait d’une injection première, — retenons ce fait intéressant, — il est pris de sa première crise d’asthme, avec état syncopal et un cortège clinique assez dramatique pour donner au père les plus grandes inquiétudes. L’enfant se remet, mais dans le courant de son adolescence, il a des crises d’asthme répétées, et cellesci deviennent de plus en plus fréquentes. Il vient à Paris et là ses crises disparaissent. Il se rappelle cependant, un jour, avoir eu au théâtre une attaque violente. Chaque fois qu’il retourne à la campagne, il est pris de crises d’asthme, surtout dès qu’il approche des écuries ou des cages à lapins. Après avoir lu les premières publications sur cette question, il devine
qu’il est sensible au cheval et en état d’anaphylaxie. Pendant la guerre, il est blessé, roulé dans une couverture de cheval; il a aussitôt une crise d’asthme. Et, fait curieux, comme il était déjà en état de choc lorsqu’on lui pratique une injection de sérum antitétanique, il supporte cette dernière sans aucun dommage. Il revient de la guerre, les crises deviennent plus fréquentes, et surtout, il remarque que chaque fois qu il va à la chasse il a des crises au point d’abandonner son sport favori. 11 lui suffit d’entrer dans une salle où il y a un carmer de chasseur pour avoir sa crise. Lorsqu’il vient nous consulter, nous le soumettons à l’expérience suivante. Ayant cache dans le laboratoire une case contenant des lapins, nous examinons son sang- l’hémoclasie se déclare avec son cortège habituel, nous permettant de prédire sa crise, et peu de temps après, le malade est pris d’éternuements, de larmoiement et il a une violente crise d’asthme.
Nous essayons chez lui la méthode des cuti-réactions dont les auteurs américains comme Walker ont montré toute la valeur diagnostique. Une série de traits de scarification superficièlle sont pratiqués sur la peau du bras, on touche chacun d eux avec des poils d’animaux variés. Quatre traits seulement donnent des placards d’urticaire manifeste. Ce sont ceux qui ont été effleurés avec du poil de lapin, de lièvre et de lapin de garenne. Ce malade était même tellement sensible qu’un coton passé sur le dos d’un lapin par une infirmière, qui prend som de ne pas entrer dans la salle où se trouve le patient, suffit à déterminer chez lui un placard urticarien. On passe devant l’œil et il se produit en quelques secondes une conjonctivite intense avec chémosis et œdème des paupières. L’ophtalmoréaction, comme la cuti-réaction, était positive.
Cet homme était sensibilisé au lapin et même à la fourrure de lapin, comme le prouvait l’incident du théâtre, le malade étant placé derrière une femme qui avait gardé sa fourrure. Nous sommes arrivés à le désensibiliser par une série de cutiréactions, méthode employée pour la première fois par Pasteur, Vallery-Radot et Haguenau chez un malade sensibilise au che-
Va Ce cas a été rapporté par M, le professeur Widal dans une de ses cliniques.
Le choc hémoclasique, ou même « colloïdoclasique ,,, sui .
uTd M ' Wid “‘ e ‘ Abr ‘ mi ' P eut observé
a la suite de causes intrinsèques. C’est l’auto-colloïdoclasie.
ne jeune femme dont nous avons rapporté l’histoire fait chaque fois qu’elle se fatigue, une crise hémoclasique et de urticaire avec prurit déterminant des lésions de grattage La malade étant au lit, il suffit de lui faire élever les hrl v nSfoÏ
nourl e t 6n tmant dam 168 mains un P° id « 5 oo g ZllZ P m obtenir comme par le pas de gymnastique ou l’ascension dun escalier, crise hématique et urticaire.Vus avons noté
Une autre expérience, chez elle, mérite d’être relatée si on
c’est a^’ ^ qU ° n U faSSe f9ire de& mouvem ents avec la main c est au moment précis où on lâche le lien qu’apparaît la crise hémoclasique, et bientôt l’urticaire
doV r rC “ akde d ° nt n ° US P ours uivoni S l’étude nous a
classique l'histoire de ces pharmaciens et de c« médêcinsqt'i de cel,e subsiance sans *•
suivre, avec MM. Widal et Abrami Vj t °nt permis de deux sujets qui se prêtaient d'une hçon “yptue^TX étu^'un eux, pharmacien, n'a pour toute infirmité qu'un asthme
uniquement provoqué par l’odeur de l’ipéca; l’autre, préparateur dans un laboratoire de pharmacie, n’a d’autre affection qu’une dermite eczémateuse de la face, dont les poussées subintrantes sont toujours produites par la même cause : la manipulation de la poudre d’émétine.
L’observation de ces deux malades nous a conduits à mettre hors de doute l’origine anaphylactique des troubles respiratoires et cutanés déterminés par l’ipéca; elle nous a permis en outre d’obtenir, dans l’un et l’autre cas, une désensibilisation manifeste par voie sous-cutanée.
La cuti-réaction à l’ipéca chez le premier malade était nettement positive.
En tentant chez lui une désensibilisation par injection souscutanée, nous avons pu voir jusqu’à quel point était poussée sa sensibilité. Avec une dose homœopathique x pour 80 000, on provoquait chez lui un placard d’urticaire au heu de la piqûre; en même temps survient une crise hémoclasique presque immédiate, abaissant les leucocytes à un quart, un cinquième de leur chiffre, faisant tomber la pression artérielle de 17 à i3; enfin, dix minutes environ après l’injection, une grande crise d’asthme éclate, si intense qu’on est obligé de
l’arrêter par une piqûre d’adrénaline.
Bien plus; vient-on à augmenter un peu la dose introduite de la .sorte par voie .sous-cutanée, ce n’est plus .seulement les accidents dont souffre spontanément le malade, les crises d’asthme, qu’on reproduit expérimentalement, c’est toute une série de phénomènes d’ordre anaphylactique, dont il n a jamais, durant sa vie, présenté le moindre .symptôme. Un jour, on lui fait une injection de la macération au cinq-millième. Dix minutes plus tard, il a une crise d’asthme légère, qui cesse au bout d’un quart d’heure, sans administration d’adrénaline. Nous pensons que la réaction est terminée, et le malade nous quitte pour rentrer chez lui. Or, à peine a-t-il franchi la porte de l’hôpital qu’il est pris d’éblouissements, de vertiges et dune amaurose subite. Il est obligé de s’adosser au mur. Ces troubles se dissipent heureusement en quelques minutes et le malade peut retourner chez lui. Il n’est pas arrivé depuis peu d’mstants qu’il éprouve un prurit violent, généralisé à tout le corps, et que ses téguments se couvrent d’un érythème rouge vif, scarlaniforme, et de larges placards d’urticaire. Peu après il est pris
tout à coup de refroidissement des extrémités, ses mains deviennent violettes, cyanotiques, puis blanches, glacées, c’est le syndrome de Raynaud qui apparaît soudain. En même temps il ressent des picotements dans les yeux et après des éternuemenfs répétés une hydrorrhée nasale s’installe qui persiste pendant vingt-quatre heures, véritable crise de coryza spasmodique.
Nous sommes arrivés à désensibiliser ce malade par une série d’injections sous-cutanées de solutions d’ipéca à doses progressivement croissantes.
L’autre malade présentait un eczéma aigu provoqué par le contact avec la poudre d’émétine, mais ce ne sont pas les mains qui sont le siège de l’eczéma, mais la face, phénomène de topographie élective fréquent en matière de phénomènes de choc. La cuti-réaction à l’émétine provoque chez lui un placard d’eczéma local et nous avons pu, lui aussi, le désensibiliser par les injections -sous-cutanées de solutions d’émétine.
Les chocs colloïdoclasiques ne résultent pas seulement de l’introduction dans l’organisme d’albumines hétérogènes comme l’ont montré MM. Widal et Abrami; des agents physiques peuvent également, comme le froid, leur donner naissance. Avec R. Rénard, nous avons pu montrer que dans certains cas, le « mal des irradiations pénétrantes » pouvait rentrer dans le groupe des chocs colloïdoclasiques.
Les faits que nous avons rapportés témoignent des profondes modifications apportées à l’équilibre humoral par la radiothérapie.
Utilisation du choc hémoclasique dans la thérapeutique des maladies typhoïdes et paratyphoïdes.
Le fait qu’un choc hémoclasique puisse exercer sur certains états morbides une influence salutaire et même curative est aujourd’hui établi d’une manière incontestable bien que les conditions dans lesquelles s’exerce cette action soient encore entourées d’obscurité. MM. Widal, Abrami et Rrissaud ont été les premiers à appliquer cette méthode qu’ils ont désignée sous
le terme de « sérothérapie anaphylactisante ». Ils ont montré que le sérum sanguin d’un sujet, par le seul fait de modifications physico-chimiques que le sang total a subies, se comporte comme une albumine hétérogène lorsqu’on le réinjecte au porteur. Ils avaient essayé cette méthode dans la lièvre typhoïde et obtenu quelques succès. Dès que nous avons constaté sur le front en 1914-1915 l’épidémie de typhoïde et paratyphoïde qui régnait, nous avons, à l’ambulance 6/8 transformée en hôpital de contagieux, employé ces méthodes thérapeutiques. Nous avons obtenu des crises hémoclasiques non seulement avec l’auto-sérum chauffé, mais encore avec des injections intraveineuses de sérum adrénaliné ou avec la collobiase d’or. Toutes ces méthodes possédaient à nos yeux l’immense avantage d’être faciles à appliquer, car on comprend l’impossibilité d’étendre beaucoup la balnéation et même le drap mouillé, dans une ambulance où il y a 700 typhiques répartis en différents services et un personnel restreint.
Nous avons d’abord essayé l’autonsérum, sans le faire chauffer et nous n’avons obtenu que des réactions atténuées. Avec le sérum ayant séjourné 25 heures à l’étuve nous avons obtenu des crises beaucoup plus violentes, même en employant la skeptophylaxie. Les chutes de température furent remarquables. Nous avons eu dans 4 cas sur 6 une disparition complète de la septicémie et un effet plus net sur la durée. La difficulté de prendre du sérum, de contrôler la stérilisation, nous a fait chercher pour provoquer le choc, des méthodes plus simples.
Le sérum adrénaliné intraveineux nous a donné le choc le plus formidable que nous ayons jamais observé, avec état de mort apparente pendant quelques instants. L’effet thérapeutique fut dans ce cas des plus remarquables. La température qui se maintenait à 4o° depuis de longues semaines tomba brusquement à 35,6 pour se relever à 37,2 et pour ne plus jamais remonter. Le bacille disparut du sang et la guérison fut complète. Nous n’avons pas osé renouveler cette tentative.
Le sérum de convalescent ne nous donna ni choc ni résultats.
Le système qui nous a paru le plus simple pour provoquer des crises hémoclasiques fut l’emploi de la collobiase d’or. Nous avons vérifié dans quelques cas la réalité de la crise, chute de pression, élévation passagère de la température et chute
consécutive, hypercoagulabilité, leucopénie, baisse de l’indice réfractométrique.
Nous avons employé des doses assez faibles de collobiase d’or, un demi-centimètre cube, puis un et un centimètre cube et demi. Les réactions obtenues furent parfois très violentes, toujours identiques à elles-mêmes. La chute de la température est indiscutable et plus forte et plus durable que l’action comparée des bains.
Nous avons pratiqué plus de 1.200 injections, chez 420 malades dont 180 typhiques, nous n’avons observé qu’un seul cas de mort par hémoi’ragie sans pouvoir affirmer la relation de cause à effet. Dans 36 cas l’hémoculture fut pratiquée avant et après les injections. II s’agissait dans 22 cas d’Eberth, dans 4 de Para-A, dans 10 de Para-B, nous n’avons observé que 3 cas (10 pour cent) environ chez lesquels l’hémoculture fut positive immédiatement après les quatre jours d’injection. Dans tous les autres cas le bacille disparut du sang, cependant dans une quinzaine de cas la température remonta et dans quatre le bacille reparut 8 à 10 jours après, pour disparaître à nouveau sous l’influence de nouvelles injections.
L’action sur le bacille est donc manifeste sur la maladie, il est plus difficile de porter un jugement absolu. Nous avons la conviction d’une action nettement favorable et en faveur de cette hypothèse, nous avons non seulement trente courbes sur cent qui montrent un fléchissement maintenu de la température, mais encore ce fait que sur un lot de cinquante malades, non traités par le choc la durée de la maladie est plus longue, le nombre des formes abortives exceptionnel.
Considération sur l’action du choc émotif.
À propos d’un cas de Camptocormie avec paraplégie, guéri par la suggestion, mais avec quelques signes organiques, comme l’hyperalbuminose du liquide céphalorachidien dont nous avons rapporté l’histoire à la Société Médicale des hôpitaux, nous avons émis l’hypothèse que le choc émotif était toujours suivi d’un brusque déséquilibre humoral. Il y aurait comme une véritable crise hémoclasique pouvant expliquer
certains phénomènes observés et mis à tort sur le seul compte du pythiatisme.
Nous avons rapporté le fait suivant qui vient à l’appui de cette théorie. Une jeune femme que nous avons vue à Nancy dans une cave lors d’un bombardement présentait de l’urticaire généralisée et sa température était un peu élevée? Nous n’avons pu observer les autres manifestations de l’hémoclasie, mais celle-ci ne faisait pas de doute. Cette jeune femme nous raconta qu’elle était sujette à l’urticaire et en présentait à chaque nouveau bombardement, et d’une façon plus générale chaque fois qu’elle avait une grande peur. Nous rapprochons ce fait des symptômes gastro-intestinaux observés au cours des émotions, et nous avons depuis montré la baisse de l’index réfractométrique chez les entéritiques. Il y a peut-être une voie ouverte à de nouvelles recherches dans ce sens pour expliquer l’action organique du choc émotif.
Quelques cas d’urticaire traités par l’antianaphylaxie.
MM. Pagniez et Pasteur Vallery-Radot, après avoir constaté dans un cas d’urticaire géante la crise hémoclasique initiale telle que nous l’avons décrite, ont pensé qu’il serait intéressant d’appliquer dans ce cas la thérapeutique antianaphylactisante. Ils ont à cet effet donné à leurs malades des peptones en petite quantité avant chaque repas et ont obtenu ainsi la guérison. Nous avons traité par l’autosérothérapie et par cette méthode plusieurs enfants atteints d’urticaire. Dans le premier cas, il s’agissait d’une petite fille âgée de sept ans présentant du prurit et de l’urticaire avec diarrhée et bronchite chaque fois qu’elle prenait des albumines végétales; après un repas d’œufs, nous avons pu constater la présence de l’hémoclasie. Nous lui avons donné pendant vingt jours des cachets de o,5o de peptone avant chaque repas et nous avons pu ensuite la réadapter lentement à la viande et aux œufs. La guérison paraît définitive. Dans un autre cas, il s’agissait aussi d’urticaire qui fut guérie de la même manière. Enfin dans un troisième cas il s’agissait d’une association d’asthme et d’urticaire. L’amélioration fut manifeste. En résumé dans plusieurs cas où les phé-
nomènes présents paraissaient nettement sous la dépendance de l’introduction dans l’organisme de substances albuminoïdes, mal ou incomplètement digérées, produisant une véritable anaphylaxie alimentaire, la thérapeutique antianaphylactisante et principalement l’injection de peptones nous ont donné dans ces cas des résultats qui ouvrent la voie à des recherches nouvelles du plus haut intérêt.
Avec MM. Widal et Abrami, nous continuons, au laboratoire de la clinique médicale de l’hôpital Cochin, à poursuivre ces recherches.
Chaque jour de nouveaux cas se présentent dont l’étude est complexe. Cette thérapeutique est encore pleine de mystères et d’imprévus, jusqu’au jour où nous pourrons dépister les instabilités colloïdales et lutter contre elles à leur origine.